A MADAME MARIE M
Oh! votre œil est timide et votre front est doux. Mais, quoique, par pudeur ou par pitié pour nous, Vous teniez secrète votre âme,
Quand du souffle d’en haut votre cœur est touché, Votre cœur, comme un feu sous la cendre caché, Soudain étincelle et s’enflamme.
Élevez-la souvent cette voix qui se tait.
Quand vous vîntes au jour un rossignol chantait. Un astre charmant vous vit naître.
Enfant, pour vous marquer du poétique sceau,
Vous eûtes au chevet de votre heureux berceau Un dieu, votre père peut-être.
Deux vierges, Poésie et Musique, deux sœurs, Vous font une pensée infinie en douceurs, Votre génie a deux aurores,
Et votre esprit tantôt s'épanche en vers touchants, Tantôt sur le clavier, qui frémit sous vos chants, S'éparpille en notes sonores.
Oh! vous faites rêver le poëte, le soir!
Souvent il songe à vous, lorsque le ciel est noir, Quand minuit déroule ses voiles;
Car l’âme du poëte, âme d'ombre et d'amour,
Est une fleur des nuits qui s'ouvre après le jour Et s'épanouit aux étoiles.
décembre 1830. Minuit.
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Qui donne au pauvre prête à Dieu.
Dans vos fêtes d'hiver, riches, heureux du monde, Quand le bal tournoyant de ses feux vous inonde, Quand partout à l’entour de vos pas vous voyez Briller et rayonner cristaux, miroirs, balustres, Candélabres ardents, cercle étoilé des lustres, Et la danse, et la joie au front des conviés; Tandis qu’un timbre d’or sonnant dans vos demeures Vous change en joyeux chant la voix grave des heures, Oh! songez-vous parfois que, de faim dévoré, Peut-être un indigent dans les carrefours sombres S'arrête, et voit danser vos lumineuses ombres
Aux vitres du salon doré?
Songez-vous qu'il est là sous le givre et la neige, Ce père sans travail que la famine assiége?
Et qu’il se dit tout bas : — Pour un seul que de biens
At
A son large festin que d'amis se récrient!
Ce riche est bien heureux, ses enfants lui sourient. Rien que dans leurs jouets que de pain pour les miens! —
Et puis à votre fête il compare en son âme
Son foyer où jamais ne rayonne une flamme,
Ses enfants affamés, et leur mère en lambeau,
Et, sur un peu de paille, étendue et muette,
L’aïeule, que l’hiver, hélas! a déjà faite Assez froide pour le tombeau.
Car Dieu mit ces degrés aux fortunes humaines.
Les uns vont tout courbés sous le fardeau des peines; Au banquet du bonheur bien peu sont conviés; Tous n’y sont point assis également à l’aise.
Une loi, qui d’en bas semble injuste et mauvaise,
Dit aux uns : Jouissez ! aux autres : Enviez !
Cette pensée est sombre, amère, inexcrable,
Et fermente en silence au cœur du misérable.
Riches, heureux du jour, qu’endort la volupté,
Que ce ne soit pas lui qui des mains vous arrache
Tous ces biens superflus où son regard s’attache; Oh! que ce soit la charité! |
L’ardente charité, que le pauvre idolâtre!
Mère de ceux pour qui la fortune est marâtre, Qui relève et soutient ceux qu'on foule en passant, Qui, lorsqu'il le faudra, se sacrifiant toute, Comme le Dieu martyr dont elle suit la route, Dira : Buvez! mangez! c’est ma chair et mon sang.
Que ce soit elle, oh! oui, riches, que ce soit elle Qui, bijoux, diamants, rubans, hochets, dentelle, Perles, saphirs, joyaux toujours faux, toujours vains,