‹ Les feuilles d'automne (volume 3)Chapitre 12 sur 48 · A UNE FEMME · texte numérisé non relu

A UNE FEMME

Enfant ! Ai j'étais roi , je donnerais l'empire , Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux , Et ma couronne d'or, et mes bains de porphyre, Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire. Pour un regard de vous !

Si j'étais Dieu, la terre et Tair avec les ondes, Les anges, les démons courbés devant ma loi.

Et le profond chaos aux entrailles profondes, L'éternité , l'espace , et les cieux et les mondes , Pour un baiser de toi !

Mai 18.

xxm

Qui en 110 ama , no vive.

Oh ! qui que tous soyez , jeune ou vieux , riche ou sage y

Si jamais vous n'avez épié le passage ,

Le soir , d'un pas léger , d'un pas mélodMhx ,

D'un voile blanc qui glisse et fuit dans les téinèbres ,

Et, comme un météore au sein des nuits funèbres,

Vous laisse dans le cœur un sillon radieux ;

Si vous ne connaissez que pour l'entendre dire Au poète amoureux qui chante et qui soupire, Ce suprême bonheur qui fait nos jours dorés , De posséder un cœur sans réserve et sans voiles, De n'avoir pour flambeaux , de n'avoir pour étoiles , De n'avoir pour soleils que deux yeux adorés ;

Si vous n'avez jamais attendu , morne et sombre , Sous les vitres d'un bal qui rayonne dans Fombre , L'heure où pour le départ les portes s'ouvriront , Pour voir votre beauté , comme un éclair qui brille , Rose avec des yeux bleus et toute jeune fille, Passer dans la lumière avec des fleurs au front ;

Si vous n'avez jamais senti la frénésie

De voir la main qu'on veut par d'autres mains choisie ,

De voir le cœur aimé battre sur d'autres cœurs ;

Si vous n'avez jamais vu d'un œil de colère

La valse impure y au vol lascif et circulaire ,

Effeuiller en courant les femmes et les fleurs ;

Si jamais vous n'avez descendu les collines Le cœur tout débordant d'émotions divines , Si jamais vous n'avez , le soir , sous les tilleuls , Tandis qu'au ciel luisaient des étoiles sans nombre , Aspiré, couple heureux , la volupté de l'ombre, Cachés, et vous parlant tout bas, quoique tout seuls ;

Si jamais une main n'a fait trembler la vôtre ;

Si jamais ce seul mot qu'on dit l'un après l'autre ,

Je t'aime! n'a rempli votre &me tout un jour;

Si jamais vous n'avez pris en pitié les trônes

En songeant qu'on cherchait les sceptres, les couronnes,

Et la gloire , et l'empire , et qu'on avait l'amour !

La nuit , quand la veilleuse agonise dans l'urne , Quand Paris, enfoui sous la brume nocturne Avec 1» tour saxonne et l'église des Goths , Laisse sans les compter passer les heures noires Qui, douze fois, semant les rêves illusoires, S'envolent des clochers par groupes inégaux ;

Si jamais vous n'avez, à l'heure où tout sommeille, Tandis qu'elle dormait oublieuse et vermeille , fleuré comme un enfant à force de souffrir.

Crié cent fois son nom du soir jusqu'à Taurore , Et cru qu'elle viendrait en l'appelant encore, Et maudit votre mère , et désiré mourir ;

Si jamais vous n'avez senti que d'une femme Le regard dans votre âme allumait une autre âme , Que vous étiez charmé , qu'un ciel s'était ouvert , Et que pour cette enfant , qui de vos pleurs se joue , Il vous serait bien doux d'expirer sur la roue;... Vous n'avez point aimé, vous n'avez point souffert!

NoTembre 1831.

Mens blaiido in corpore blondo.

Madame, autour de vous tant de grâce étincelle, >'otre chaut est si pur, votre danse recèle

Un charme si vainqueur.

Un si touchant regard baigne votre prunelle, Toute votre personne a quelque chose en elle

De si doux pour le cœur.

Que lorsque vous venez , jeune astre qu'on admire , Kclaire» notre nuit d'un rayonnant sourire

Qui nous fait palpiter.

Comme l'oiseau des bois devant l'aube vermeille, Une tendre pensée au fond des cœurs s'éveille

Et se met à chanter!

Vous ne l'entendez pas, vous Tignorez, madame. Car la chaste pudeur enveloppe voire âme

De ses voiles jaloux ; Et range que le ciel commit à votre garde N'a jamais à rougir quand, rêveur, il regarde

Ce qui se passe en vous.

Avril 1831.

Amor, ch*a nuir amato amar perdons.

Mi prese del cnstui piacer si forte, Che, corne vedi, aiicor non m*obhaiidona.

I>A«ITB.

Contempler dans son bain sans voiles Une fille aux yeux innocents ; Suivre de loin de blanches voiles ; Voir au ciel briller les étoiles Et sous Therbe les vers luisants ;

Voir autour des mornes idoles Des sultanes danser en rond ; D'un bal compter les girandoles; La nuit, voir sur Teau les gondoles Fuir avec une étoile au front ;

Regarder la luhe sereine; Dormir sous l'arbre du chemin ;

86 LES FEUILLES D'Al TOMNE.

Être le roi lorsque la reine , Par son sceptre d'or souveraine»

L'est aussi par sa blanche main ;

Ouïr sur les harpes jalouses Se plaindre la romance en pleurs ; Errer, pensif, sur les pelouses , Le soir, lorsque les Andalouses De leurs balcons jettent des fleurs ;

Rêver, tandis que les rosées Pleuvent d'un beau ciel espagnol , Et que les notes embrasées S'épanouissent en fusées Dans la chanson du rossignol ;

Ne plus se rappeler le nombre De ses jours , songes oubliés ; Suivre fuyant dans la nuit sombre Un esprit qui traîne dans l'ombre Deux sillons de flamme à ses pieds ;

Des boutons d'or qu'avril étale Dépouiller le riche gazon ; Voir, après l'absence fatale , Enfin de sa ville natale Grandir la flèche à l'horizon ;

Non , tout ce qu'a la destinée

De biens réels ou fabuleux

N'est rien pour mon âme enchaînée ,

Quand tu regardes inclinée

Mes yeux noirs avec tes yeux bleus î

Septembre 18.

Ob I les tendres propos et les cbarmanles choses Que me disail Aline en la saison des roses I Doux lépbyrs qui passiei alors dans ces beaux lieux, N'en rapportiez-vous rien à Poreille des dieux ?

SEOBAIS.

Vois , cette branche est rude , elle est noire , et la nue Verse la pluie à flots sur son écorce nue; Mais attends que l'hiver s'en aille, et tu vas voir Une feuille percer ces nœuds si durs pour elle, Et tu demanderas comment un bourgeon frêle Peut, si tendre et si vert, jaillir de ce bois noir.

Demande alors pourquoi , ma jeune bien-aimée , Quand sur mon âme , hélas ! endurcie et fermée , Ton souffle passe, après tant de maux expiés , Pourquoi remonte et court ma sève évanouie , Pourquoi mon âme en fleur et tout épanouie Jette soudain des vers que j'effeuille à tes pieds !

C'est que tout a sa loi , le monde et la fortune ; C'est qu'une claire nuit succède aux nuits sans lune ; C'est que tout ici-bas a ses reQux constants^ C'est qu'il faut l'arbre au Tent et la feuille au zéphire ; C'est qu'après le malheur m'est venu ton sourire ; C'est que c'était l'hiver et que c'est le printemps :

Février «8 . .

Ilere's a sigh to those wbo love nu', And a smile (o tbose wbo bâte ; And, wbatever, sky's above nie, litre'» a beart for every fote.

BTRON.

Page 1