‹ Les feuilles d'automne (volume 4)Chapitre 16 sur 58 · A M. FONTANEY · texte numérisé non relu

A M. FONTANEY

C'est une chose grande et que tout homme envie D'avoir un lustre en soi qu'on répand sur sa vie , D'être choisi d'un peuple à venger son affront, De ne point faire un pas qui n'ait trace en l'histoire, Ou de chanter les yeux au ciel , et que la gloire Fasse avec un regard reluire votre front.

Il est beau de courir par la terre usurpée ,

Disciplinant les rois du plat de son épée.

D'être Napoléon , l'empereur radieux ;

D'être Dante, à son nom rendant les voix muettes.

Sans doute ils sont heureux, les héros, les poètes,

Ceux que le bras fait rois, ceux que l'esprit fait dieux :

11 est beau, conquérant, législateur, prophète,

De marcher dépassant les hommes de la tête ;

D'être en la nuit de tous un éclatant flambeau ;

Et que de vos vingt ans vingt siècles se souviennent!...

— Voilà ce que je dis . puis des pitiés me viennent

Quand je pense à tous ceux qui sont dans le tombeau !

Juillet 1820.

oh primavera ! giovenlù deir anno.

Oh gioventù ! primavera délia vita.

O mes lettres d'amour, de vertu, de jeunesse, C'est donc vous! Je m'enivre encore à votre ivresse;

Je vous lis à genoux.

Souffrez que pour un jour je reprenne votre âge! Laissez-moi me cacher, moi, l'heureux et le sage,

Pour pleurer avec vous!

J'avais donc dix-huit ans! j'étais donc plein de songes. L'espérance en chantant me berçait de mensonges.

Un astre m'avait lui!

J'étais un dieu pour toi qu'en mon cœur seul je nomme ! J'étais donc cet enfant , hélas ! devant qui l'homme

Rougit presque aujourd'hui!

O temps de rêverie , et de force , et de grâce ! Attendre tous les soirs une robe qui passe !

Baiser un gant jeté ! Vouloir tout de la vie , amour , puissance et gloire ! Être pur, être fier, être sublime et croire

A toute pureté!

A présent j'ai senti , j'ai vu , je sais. — Qu'imporie ? Si moins d'illusions viennent ouvrir ma porte

Qui gémit en tournant !

Oh ! que cet âge ardent , qui me semblait si sombre , A côté du bonheur qui m'abrite à son ombre,

Rayonne maintenant!

Que vous ai-je donc fait , ô mes jeunes années ! Pour m'avoir fui si vite et vous être éloignées

Me croyant satisfait ?

Hélas ! pour revenir m'apparaître si belles , Quand vous ne pouvez plus me prendre sur vos ailes,

Que vous ai-je donc fait?

Oh ! quand ce doux passé , quand cet âge sans tache , Avec sa robe blanche où notre amour s'attache ,

Revient dans nos chemins, On s'y suspend, et puis que de larmes amères Sur les lambeaux flétris de vos jeunes chimères

Qui vous restent aux mains !

Oublions ! oublions ! Quand la jeunesse est morte , Laissons-nous emporter par le vent qui l'emporte

A l'horizon obscur.

Rien ne reste de nous; notre œuvre est un problème. L'homme , fantôme errant , passe sans laisser même

Son ombre sur le mur!

Mai 1830.

Sinite parvulos venire ad me

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