A M. FONTANEY
C'est une chose grande et que tout homme envie D'avoir un lustre en soi qu'on répand sur sa vie , D'être choisi d'un peuple à venger son affront, De ne point faire un pas qui n'ait trace en l'histoire, Ou de chanter les yeux au ciel , et que la gloire Fasse avec un regard reluire votre front.
Il est beau de courir par la terre usurpée ,
Disciplinant les rois du plat de son épée.
D'être Napoléon , l'empereur radieux ;
D'être Dante, à son nom rendant les voix muettes.
Sans doute ils sont heureux, les héros, les poètes,
Ceux que le bras fait rois, ceux que l'esprit fait dieux :
11 est beau, conquérant, législateur, prophète,
De marcher dépassant les hommes de la tête ;
D'être en la nuit de tous un éclatant flambeau ;
Et que de vos vingt ans vingt siècles se souviennent!...
— Voilà ce que je dis . puis des pitiés me viennent
Quand je pense à tous ceux qui sont dans le tombeau !
Juillet 1820.
oh primavera ! giovenlù deir anno.
Oh gioventù ! primavera délia vita.
O mes lettres d'amour, de vertu, de jeunesse, C'est donc vous! Je m'enivre encore à votre ivresse;
Je vous lis à genoux.
Souffrez que pour un jour je reprenne votre âge! Laissez-moi me cacher, moi, l'heureux et le sage,
Pour pleurer avec vous!
J'avais donc dix-huit ans! j'étais donc plein de songes. L'espérance en chantant me berçait de mensonges.
Un astre m'avait lui!
J'étais un dieu pour toi qu'en mon cœur seul je nomme ! J'étais donc cet enfant , hélas ! devant qui l'homme
Rougit presque aujourd'hui!
O temps de rêverie , et de force , et de grâce ! Attendre tous les soirs une robe qui passe !
Baiser un gant jeté ! Vouloir tout de la vie , amour , puissance et gloire ! Être pur, être fier, être sublime et croire
A toute pureté!
A présent j'ai senti , j'ai vu , je sais. — Qu'imporie ? Si moins d'illusions viennent ouvrir ma porte
Qui gémit en tournant !
Oh ! que cet âge ardent , qui me semblait si sombre , A côté du bonheur qui m'abrite à son ombre,
Rayonne maintenant!
Que vous ai-je donc fait , ô mes jeunes années ! Pour m'avoir fui si vite et vous être éloignées
Me croyant satisfait ?
Hélas ! pour revenir m'apparaître si belles , Quand vous ne pouvez plus me prendre sur vos ailes,
Que vous ai-je donc fait?
Oh ! quand ce doux passé , quand cet âge sans tache , Avec sa robe blanche où notre amour s'attache ,
Revient dans nos chemins, On s'y suspend, et puis que de larmes amères Sur les lambeaux flétris de vos jeunes chimères
Qui vous restent aux mains !
Oublions ! oublions ! Quand la jeunesse est morte , Laissons-nous emporter par le vent qui l'emporte
A l'horizon obscur.
Rien ne reste de nous; notre œuvre est un problème. L'homme , fantôme errant , passe sans laisser même
Son ombre sur le mur!
Mai 1830.
Sinite parvulos venire ad me