DANTE
Contempler dans son bain sans voiles Une fille aux yeux innocents; Suivre de loin de blanches voiles ; Voir au ciel briller les étoiles Et sous l'herbe les vers luisants ;
Voir autour des mornes idoles Des sultanes danser en rond; D'un bal compter les girandoles; La nuit, voir sur l'eau les gondoles Fuir avec une étoile au front ;
Regarder la lune sereine; Dormir sous l'arbre du chemin;
Être le roi lorsque la reine, Par son sceptre d'or souveraine, L'est aussi par sa blanche main ;
Ouïr sur les harpes jalouses Se plaindre la romance en pleurs ; Errer, pensif, sur les pelouses , Le soir, lorsque les Andalouses De leurs balcons jettent des fleurs ;
Rêver, tandis que les rosées Pleuvent d'un beau ciel espagnol , Et que les notes embrasées S'épanouissent en fusées Dans la chanson du rossignol ;
Ne plus se rappeler le nombre De ses jours , songes oubliés ; Suivre fuyant dans la nuit sombre Un esprit qui traîne dans l'ombre Deux sillons de flamme à ses pieds;
Des boutons d'or qu'avril étale Dépouiller le riche gazon; Voir, après l'absence fatale, Enfin de sa ville natale Grandir la flèche à l'horizon ;
Non , tout ce qu'a la destinée
De biens réels ou fabuleux
N'est rien pour mon âme enchaînée ,
Quand tu regardes inclinée
Mes yeux noirs avec tes yeux bleus !
Septembre I!
Oh! les tendres propos et les charmantes choses Que me disait Aline en la saison des roses! Doux zéphyrs qui passiez alors dans ces beaux lieux, ïN'en rapportiez-vous rien à l'oreille des dieux ?
Vois, cette branche est rude, elle est noire, et la nue Verse la pluie à (lots sur son écorce nue ; Mais attends que l'hiver s'en aille, et tu vas voir Une feuille percer ces nœuds si durs pour elle, Et tu demanderas comment un bourgeon frêle Peut, si tendre et si vert, jaillir de ce bois noir
Demande alors pourquoi , ma jeune bien-aimée , Quand sur mon âme, hélas ! endurcie et fermée, Ton souffle passe , après tant de maux expiés , Pourquoi remonte et court ma sève évanouie , Pourquoi mon âme en fleur et tout épanouie Jette soudain des vers que j'effeuille à tes pieds'
C'est que tout a sa loi , le monde et la fortune ; C'est qu'une claire nuit succède aux nuits sans lune ; C'est que tout ici-bas a ses reflux constants , C'est qu'il faut l'arbre au vent et la feuille au zéphire C'est qu'après le malheur m'est venu ton sourire; C'est que c'était l'hiver et que c'est le printemps!
Février 18