‹ Les feuilles d'automne (volume 4)Chapitre 23 sur 58 · A MES AMIS S.-B. ET L.-B · texte numérisé non relu

A MES AMIS S.-B. ET L.-B

Amis , mes deux amis , mon peintre , mon poète ! Vous me manquez toujours, et mon âme inquiète

Vous redemande ici. Des deux amis , si chers à ma lyre engourdie , Pas un ne m'est resté. Je t'en veux , Normandie ,

De me les prendre ainsi !

Ils emportent en eux toute ma poésie ;

L'un avec son doux luth de miel et d'ambroisie,

L'autre avec ses pinceaux.

Peinture et poésie où s'abreuvait ma muse, Adieu votre onde ! Adieu l'Alphée et l'Aréthuse

Dont je mêlais les eaux !

9û LES FEUILLES D'AUTOMNE.

Adieu surtout ces cœurs et ces âmes si hautes ,

Dont toujours j'ai trouvé , pour mes maux et mes fautes

Si tendre la pitié!

Adieu toute la joie à leur commerce unie! Car tous deux, ô douceur! si divers de génie,

Ont la même amitié!

Je crois d'ici les voir, le poète et le peintre ! Us s'en vont raisonnant de l'ogive et du cintre

Devant un vieux portail ; Ou , soudain , à loisir, changeant de fantaisie , Poursuivent un œil noir dessous la jalousie ,

A travers l'éventail.

Oli ! de la jeune fille et du vieux monastère , Toi, peins-nous la beauté, toi, dis-nous le mystère

Charmez-nous tour à tour.

A travers le blanc voile et la muraille grise Votre œil, ô mes amis, sait voir Dieu dans l'église.

Dans la femme l'amour!

Marchez, frères jumeaux, l'artiste avec l'apôtre! L'un nous peint l'univers que nous explique l'autre;

Car, pour notre bonheur, Chacun de vous , sur terre, a sa part qu'il réclame A toi, peintre, le monde! A toi, poète, l'Ame!

A tous deux le Seigneur!

Mai 18:50.

Obscuritate rerum verba sœpè obscurantur

GERVASICS TILBERIENSIS

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