A MES AMIS S.-B. ET L.-B
Amis , mes deux amis , mon peintre , mon poète ! Vous me manquez toujours, et mon âme inquiète
Vous redemande ici. Des deux amis , si chers à ma lyre engourdie , Pas un ne m'est resté. Je t'en veux , Normandie ,
De me les prendre ainsi !
Ils emportent en eux toute ma poésie ;
L'un avec son doux luth de miel et d'ambroisie,
L'autre avec ses pinceaux.
Peinture et poésie où s'abreuvait ma muse, Adieu votre onde ! Adieu l'Alphée et l'Aréthuse
Dont je mêlais les eaux !
9û LES FEUILLES D'AUTOMNE.
Adieu surtout ces cœurs et ces âmes si hautes ,
Dont toujours j'ai trouvé , pour mes maux et mes fautes
Si tendre la pitié!
Adieu toute la joie à leur commerce unie! Car tous deux, ô douceur! si divers de génie,
Ont la même amitié!
Je crois d'ici les voir, le poète et le peintre ! Us s'en vont raisonnant de l'ogive et du cintre
Devant un vieux portail ; Ou , soudain , à loisir, changeant de fantaisie , Poursuivent un œil noir dessous la jalousie ,
A travers l'éventail.
Oli ! de la jeune fille et du vieux monastère , Toi, peins-nous la beauté, toi, dis-nous le mystère
Charmez-nous tour à tour.
A travers le blanc voile et la muraille grise Votre œil, ô mes amis, sait voir Dieu dans l'église.
Dans la femme l'amour!
Marchez, frères jumeaux, l'artiste avec l'apôtre! L'un nous peint l'univers que nous explique l'autre;
Car, pour notre bonheur, Chacun de vous , sur terre, a sa part qu'il réclame A toi, peintre, le monde! A toi, poète, l'Ame!
A tous deux le Seigneur!
Mai 18:50.
Obscuritate rerum verba sœpè obscurantur
GERVASICS TILBERIENSIS