A MADEMOISELLE LOUISE
Oui, c'est bien le vallon! le vallon calme et sombre!
Ici l'été plus frais s'épanouit à l'ombre.
Ici durent long-temps les fleurs qui durent peu.
Ici l'âme contemple, écoute, adore, aspire,
Et prend pitié du monde , étroit et fol empire
Où l'homme tous les jours fait moins de place à Dieu !
LES FEUILLES D'ALTOMJNE. J13
Une rivière au fond, des bois sur les deux pentes. Là des ormeaux , brodés de cent vignes grimpantes ; Des prés , où le faucheur brunit son bras nerveux ; Là des saules pensifs , qui pleurent sur la rive , Et, comme une baigneuse indolente et naïve, Laissent tremper dans l'eau le bout de leurs cheveux.
Là-bas, un gué bruyant dans des eaux poissonneuses
Qui montrent aux passants les jambes des faneuses;
Des carrés de blé d'or ; des étangs au flot clair ;
Dans l'ombre , un mur de craie et des toits noirs de suie ;
Les ocres des ravins, déchirés par la pluie;
Et l'aqueduc au loin qui semble un pont de l'air.
Et, pour couronnement à ces collines vertes, Les profondeurs du ciel toutes grandes ouvertes, Le ciel , bleu pavillon par Dieu même construit , Qui , le jour , emplissant de plis d'azur l'espace , Semble un dais suspendu sur le soleil qui passe , Et dont on ne peut voir les clous d'or que la nuit !
Oui, c'est un de ces lieux où notre cœur sent vivre Quelque chose des cieux qui flotte et qui l'enivre ; Un de ces lieux, qu'enfant j'aimais et je rêvais, Dont la beauté sereine, inépuisable, intime, Verse à l'âme un oubli sérieux et sublime De tout ce que la terre et l'homme ont de mauvais !
Si dès l'aube on suit les lisières Du bois , abri des jeunes faons , Par l'âpre chemin dont les pierres Offensent les mains des enfants , A l'heure où le soleil s'élève , Où l'arbre sent monter la sève,
m LES FEUILLES D'AUTOMNE.
La vajlée est comme un beau rêve.
La brume écarte son rideau.
Partout la nature s'éveille.
La fleur s'ouvre , rose et vermeille ; La brise y suspend une abeille , La rosée une goutte d'eau!
Et dans ce charmant paysage Où l'esprit Hotte , où l'œil s'enfuit , Le buisson, l'oiseau de passage, L'herbe qui tremble et qui reluit , Le vieil arbre que l'âge ploie , Le donjon qu'un moulin coudoie , Le ruisseau de moire et de soie, Le champ ou dorment les aïeux , Ce qu'on voit pleurer ou sourire , Ce qui chante et ce qui soupire , Ce qui parle et ce qui respire, Tout fait un bruit harmonieux !
Et si le soir, après mille errantes pensées, De sentiers en sentiers en marchant dispersées, Du haut de la colline on descend vers ce toit Qui vous a tout le jour , dans votre rêverie , Fait regarder en bas , au fond de la prairie , Comme une belle fleur qu'on voit;
Et si vous êtes là, vous dont la main de flamme Fait parler au clavier la langue de votre âme; Si c'est un des moments , doux et mystérieux , Où la musique, esprit d'extase et de délire, Dont les ailes de feu font le bruit d'une lyre, Réverbère en vos chants la splendeur de vos yeux;
Si les petits enfants, qui vous cherchent sans cesse, Mêlent leur joyeux rire au chant qui vous oppresse ; Si votre noble père, à leurs jeux turbulents, Sourit , en écoutant votre hymne commencée , Lui, le sage et l'heureux , dont la jeune pensée Se couronne de cheveux blancs;
Alors , à cette voix qui remue et pénètre , Sous ce ciel étoile qui luit à la fenêtre, On croit à la famille, au repos, au bonheur; Le cœur se fond en joie, en amour, en prière; On sent venir des pleurs au bord de sa paupière ; On lève au ciel les mains en s'écriant : Seigneur!
Et l'on ne songe plus, tant notre âme saisie Se perd dans la nature et dans la poésie , Que tout près , par les bois et les ravins caché , Derrière le ruban de ces collines bleues , A quatre de ces pas que nous nommons des lieues, Le géant Paris est couché !
On ne s'informe plus si la ville fatale, Du monde en fusion ardente capitale , Ouvre et ferme à tel jour ses cratères fumants; Et de quel air les rois, à l'instant où nous sommes Regardent bouillonner dans ce vésuve d'hommes La lave des événements î
0 juillet IS3I