AUTRE CHANSON
L'aube naît et ta porte est close!
Ma belle, pourquoi sommeiller:' A l'heure où s'éveille la rose Ne vas-tu pas te réveiller?
O ma charmante Écoute ici L'amant qui chante Et pleure aussi!
Tout frappe à ta porte bénie; L'aurore dit : Je suis le jour !
L'oiseau dit : Je suis l'harmonie !
Et mon cœur dit : Je suis l'amour !
O ma charmante, Écoute ici L'amant qui chante Et pleure aussi !
Je t'adore ange et t'aime femme Dieu qui par toi m'a complété A fait mon amour pour ton âme Et mon regard pour ta beauté !
O ma charmante , Écoute ici L'amant qui chante Et pleure aussi !
Février 18
Oh ! pour remplir de moi ta rêveuse pensée , Tandis que tu m'attends , par la marche lassée , Sous l'arbre au bord du lac, loin des yeux importuns Tandis que sous tes pieds l'odorante vallée , Toute pleine de brume au soleil envolée, Fume comme un beau vase où brûlent des parfums;
Que tout ce que tu vois , les coteaux et les plaines , Les doux buissons de fleurs aux charmantes haleines ,
La vitre au vif éclair , Le pré vert , le sentier qui se noue aux villages , Et le ravin profond débordant de feuillages
Comme d'ondes la mer,
Que le bois , le jardin , la maison , la nuée , Dont midi ronge au loin l'ombre diminuée,
Que tous les points confus qu'on voit là-bas trembler, Que la branche aux fruits mûrs, que la feuille séchée Que l'automne , déjà par septembre ébauchée , Que tout ce qu'on entend ramper, marcher, voler,
Que ce réseau d'objets qui t'entoure et te presse , Et dont l'arbre amoureux qui sur ton front se dresse
Est le premier chaînon; Herbe et feuille, onde et terre, ombre, lumière et flamme, Que tout prenne une voix , que tout devienne une Ame ,
Et te dise mon nom !
Enghien. Septembre 18
Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ; Puisque j'ai dans tes mains posé mon front pâli ; Puisque j'ai respiré parfois la douce haleine De ton âme, parfum dans l'ombre enseveli ;
Puisqu'il me fut donné de t'entendre me dire Les mots où se répand le cœur mystérieux ; Puisque j'ai vu pleurer, puisque j'ai vu sourire Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;
Puisque j'ai vu briller sur ma tête ravie Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours; Puisque j'ai vu tomber dans l'onde de ma vie Une feuille de rose arrachée à tes jours ;
LES CHANTS DU CREPUSCULE. V\l
Je puis maintenant dire aux rapides années :
— Passez! passez toujours! je n'ai plus à vieillir!
Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir !
Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre Du vase où je m'abreuve et que j'ai bien rempli. Mon âme a plus de feu que vous n'avez de cendre! Mon cœur a plus d'amour que vous n'avez d'oubli !
Janvier IS.