DANS L'ALCÔVE SOMBRE
Il voit mille choses 25
Plus belles encor;
Des lys et des roses
Plein le corridor;
Des lacs de délice,
Où le poisson glisse, 50
Où l'onde se plisse
A des roseaux d'or.
Enfant, rêve encore !
Dors, ô mes amours !
Ta jeune âme ignore 35
Où s'en vont tes jours.
Comme une algue morte,
Tu vas, que t'importe ?
Le courant t'emporte,
Mais tu dors toujours ! ^0
Sans soin, sans étude,
Tu dors en chemin ;
Et rinquiétude,
A la froide main.
De son ongle aride 45
Sur ton front candide.
Qui n"a point de ride.
N'écrit pas: Demain!
Il dort, irmocence 1
Les anges sereins 50
Qui savent d'avance
Le sort des humains.
Le voyant sans armes,
Sans peur, sans alarmes,
Baisent avec larmes 55
Ses petites mains.
Leurs lèvres effleurent
Ses lèvres de miel.
L'enfant voit qu'ils pleurent
Et dit : Gabriel ! 60
Mais l'ange le touche,
Et, berçant sa couche,
Un doigt sur sa bouche,
Lève l'autre au ciel.
Cependant sa mère, 65
Prompte à le bercer,
Croit qu'une chimère
Le vient oppresser.
Fière, elle l'admire.
L'entend qui soupire, 70
Et le fait sourire
Avec un baiser.
10 novembre 1831.
nâc fioi awapnôffet, 6 aot evâp/j-ocFTÔv èari, ù kÔ(T/x€ • ovdév fj.01. irpôwpov, oôSè 6\l/i.fj.ov, 6 <roi evKaipov • wâv Kàpnos, 6 (pépovfTLv ai (rai œpai, ô (pùcris • CK (ToO Traira, èv aol Tràvra, fis crè trâvra. — Marc-Aurèle.
Parfois, lorsque tout dort, je m'assieds plein de joie
Sous le dôme étoile qui sur nos fronts flamboie ;
J'écoute si d'en haut il tombe quelque bruit;
Et l'heure vainement me frappe de son aile
Quand je contemple, ému, cette fête éternelle 5
Que le ciel rayonnant donne au monde la nuit.
Souvent alors j'ai cru que ces soleils de flamme
Dans ce monde endormi n'échauffaient que mon âme;
Qu'à les comprendre seul j'étais prédestiné;
Que j'étais, moi, vaine ombre obscure et taciturne, 10
Le roi mystérieux de la pompe nocturne ;
Que le ciel pour moi seul s'était illuminé!
Novembre 1829.