‹ Les feuilles d'automneChapitre 21 sur 125 · LA PENTE DE LA REVERIE · texte numérisé non relu

LA PENTE DE LA REVERIE

Ouvrait dans l'ombre au loin des vallons de lumière, Ainsi qu'un coup de vent fait sur les flots troublés Blanchir l'écume, ou creuse une onde dans les blés.

Bientôt autour de moi les ténèbres s'accrurent, 125

L'horizon se perdit, les formes disparurent,

Et l'homme avec la chose et l'être avec l'esprit

Flottèrent à mon souffle, et le frisson me prit.

J'étais seul. Tout fuyait. L'étendue était sombre.

Je voyais seulement au loin, à travers l'ombre, 130

Comme d'un océan les flots noirs et pressés.

Dans l'espace et le temps les nombres entassés.

Oh ! cette double mer du temps et de l'espace

Où le navire humain toujours passe et repasse,

Je voulus la sonder, je voulus en toucher 135

Le sable, y regarder, y fouiller, y chercher,

Pour vous en rapporter quelque richesse étrange,

Et dire si son lit est de roche ou de fange.

Mon esprit plongea donc sous ce flot inconnu,

Au profond de l'abîme il nagea seul et nu, 140

Toujours de l'ineffable allant à l'invisible.

Soudain il s'en revint avec un cri terrible.

Ebloui, haletant, stupide, épouvanté,

Car il avait au fond trouvé l'éternité.

Mai 1830.

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