‹ Les fiances d'Albano drame en cinq actesChapitre 20 sur 76 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ANDREA, puis STEFANA.

ANDREA

De qui est donc ce billet’(EiierouTre.)I)e Stefana Toraldi. Stcfana... que peut-elle me vouloir cette femme? Et pourquoi me dit-elle de l’attendre aujourd’hui... et de l'attendre seule?..

(pendant ce{ quelques mots, une femme jeune et belle, et portant un riche costume du pays, a monté lentement ta scène par la baie du fond. Au bruit, Andrea se retourne.) Ünc femme!... C’CSl elle!

STEFANA

Andrea Frediano s’étonne sans doute de me voir dans sa maison ?

ANDREA

En ctfet. (Lui tendant la main.) Stefana, sois la bienvenue sous notre toit.

STEF.ANA, la regardant.

Merci... Tu n’étais qu’un enfant lorsque je te vis pour la dernière fois, il y a cinq ansj tu partais alors pour la ville où devait s’achever ton éducation. On ne m’avait pas trompée : l’enfant est aujourd’hui une belle jeune fille... Oui, tu es bien belle!... ohl c’est que tu n’as pas souflert, tnil On ne t’a pas condamnée à une odieuse union avec un vieillard (|iii, à prix d’or, croyait acheter de l’amour! On ne m’a pas mariée, moi, ou m’a vendue! si ma main a été le prix d’un marché infâme, la tienne ne doit-elle pas être le gage d’une paix menteuse qui sera rompue demain peut-être! On fait taire -la haine, on ne l'arrache nas du cœur; et chez les Viterbi comme chez lesTrediano, la naine se transmet avec le sang.

Tu te trompes, Stefana, je n’ai pas de haine.

0 stefana.

Soit, mais tu ne peux aimer .Micaël que tu connais à peine. Tu te laisses donner à lui, voilà tout. Je croyais aussi, moi, pouvoir indifféremment accepter l’époux qu’on m'imposait... Durant quatre années,la femme était restée statue... Je médisais: Mon cœur est mort... il n’était qu’endormi : un instant -arrive toujours, vois-tu, où lé cœur d’une femme S’éveille... Malheur sur elle, alors, si elle est enchaînée !, Çe premier amour, saint

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et pur chez la jeune fille, est coupable chez elle, qui n’a plus le droit d’aimer. Épouvantée de cet amour, elle veut le caeher, rétoud'er: mais il brûle et dévore le cœur qui le renferme; il éclate enfin... Alors, plus de devoirs, plus d’obstacles, plus d’entraves, fout est oublié : la statue redevient femme, elle souffre, mais elle existe; son amour est une faute, un crime, une honte... et pourtant elle bénit Dieu qui le lui a envoyé; son amour est un tourment, une torture, mais l’amour c’est la vie!

ANDREA

Et qui te dit, Stefana, que Je n’aime pas Micaël?

STEFANA

Toi? sais-tu seulement ce que c’est qu’aimer? Tu crois à ton amour (>our Micaël, parce que lu éprouves une joie d’enfant à l’entendre le dire que tu es belle; parce que, naïve ou coquette, lu te voudrais voir déjà parée de ton voile et de tes joyaux de fiancée; ou parce que, entre deux sourires, tu auras échangé avec ton promis un anneau, une fleur... Mais as-tu jamais senti à rajiproche de Micaël ton corps frémir et brûler ? pour le voir passer, pour entendre de loin le son de sa voix, es tu restée | des nuits entières à l’attendre? Quand tu pries, as-tu toujours son image devant les yeux, son nom sur les lèvres, son souveuir au cœur? Pour presser sa main dans la tienne, pour reposer ton front sur sa poitrine, braverais-tu la pointe d’un poignard? Pour Micaël, enfin, donnerais-tu ton salut?

ANDREA

Tu me fais peur !

STEFANA

Peur?., oh I non... pitié, plutôt... Pitié ! je te prie à mains jointes de ne pas me prendre Micaël. Songe donc qu’orpheline et jetée à seize ans aux bras d’un vieillard, j’ai donné à Micaël tous les trésors de tendresse que Dieu met au cœur d’une femme, et que je gardais amassés dans le mien... Oh ! je l’avoue, mon amour a été au-devant du sien ; mais cet amour m’avait rendue folle, je lui ai tout sacrifié... Vois s’il est profond, cet amour!,, il résiste à l'abandon, à la trahison même. Il est plus fort que mon orgueil, puisque devant toi, ma rivale préférée, je m’agenouille et je pleure. Oh ! dis-moi que tu n’aimes pas Micaël! (Arecdet larmes daoila voix.) Dis-lc-moi... (A<ec forM.) Dis-le-moi. (se reieraot et avec colère.) Mais dis-le-moi donc!..

ANDREA

Je ne sais pas mentir, Stefana; avant que^licaël fût mon je l’aimais, ^

. stefana , aveo menace,

Toil

AN&REA, avec ealme.

Je l’aimais... non pus d’un amour violent comme le lien, ! amour qui pleure avec des menaces ou prie avec des blasphj^ mes^ mais d’un amour plus mi, peuHtre.

Oh!

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