ACTE IV, SCÈNE IV
MARIO, regardant.
Elleesl de la main de votre père? (a part.) Écrite quelques instants peut-être avant l’assassinat... (liant.) Andrea, à votre douleur il ne se mêle, n’est-ce pas, aucune pensée de révolte?
ANDREA
j’obéirai... je ne serai pas à Micaël... mais, malgré moi,’ et depuis que j’ai lu celle lettre qui m’ordonne si cruellement d’étouffer mon amour... Oh! pardonnez moi, frère, car ce sentiment est impie, j’ai peur de moins aimer mon père.
MARIO
Oli! taisez-vous, taisez-vous. ,
ANDREA
Quand il reviendra, je lui dirai que je veux entrer dans nu cloître, je lui dirai qu’il n’a plus do fille.
MARIO
Andrea... ne craignez-vous jias d’attirer un grand malheur sur vous? ne craignez-vous pas qu’une voix s’élève et vous crie: «Andrea, vous n^vez plus de père?»
ANDREA
Ah!... vous m’avez fait peur, Mario, (a un domciiiquc qui sort d« la galerie portant une carabine et un manteau.) Que poi*tez-VUUS là, Anton»?
LE SERVITEUR, arec embarru.
C’est... . •'
ANDREA, regardant.
Le manteau, la carabine de mon père...
LE SERVITEUR
Oui.
ANDREA
' Il est donc rentré ?
LE SERVITEUR
Oui.
ANDREA
OÙ est-il?
LE SERVITEUR
Là... dans l’oratoire, (sur un gette de Mario U sort.)
MARIO, arrêtant Andrea, qui se dirigeait vers U galerie.
OÙ allez-vous?
ANDREA
’Trouver mon père...
MARIO
Votre père...
ANDREA
Vous avez entendu... il est là!...
MARIO
Je ne vous laisserai pas sortir d’ici, je ne vous laisserai pas entrer dans l’oratoire où est votre père , tant que vous n'aurez pas chassé de votre cœur les mauvaises pensées qui l'assiégeotji
S2 LES FIANCÉS d’alBANO.
0!i! si vous SilvioZ... (l.ui preuaut la maiu et 1# regar'lanl.) Si VOUS saviez !... .
ANDUEA.
Oiioi donc?
MARIO
Vous n’avez donc pas de pressi iitiinenls, Andrea?
AKDERA.
Dos pressentiments!... Pourquoi?
MARIO
Tenez, la nuit où ma mère est morte, j’étais loin d’elle, au couvent; je ne la savais pas malade, je m'étais couché après avoir prié pour elle, comme de coutume... Malgré la fatigue d’une brûlante journée, je ne pouvais pas m’endormir, et quand le sommeil enfin s’empara de moi, ce sommeil n’était- pas nn repos: c’était une torture... Des images funèbres, des fantômes passaient dans mes rêves, je me croyais dans la chambre de ma mère. ..je soulevais doucement ses rideaux, je posais mes levres sur son front : ce front était glacé, sa bouche était sans souffle, scs yeux sans regard... c’était une morte que ['embrassais... Je jetai un cri de désespoir et d’épouvante, on vint à moi, on me traita de visionnaire. Le lendemain, une lettre cachetée de noir arrivait au couvent; elle m'était adressée, je l’arrachai des tnains du supérieur .. je l’ouvris, et je tombai comme frappé de la foudre, je n’avais lu que ses mots : « Pleure et prie; ta mère est morte! » ^
ANDREA, avec effroi.
Morte ! .. .
Andrea, est-ce que vous aussi vous n’avez pas fait un rêve ?
ANDREA
Mon Dieu!
MARIO
N’avez-vous donc songé ([u’à Micaël et qu’à votre amour? n’avez-vous pas songé à votre père?
ANDREA
A mon père!
MARIO
A votre père... qui est vieux, et qui pouvait mourir?
ANDREA, avec terreur.
Ah! Mario... (se reroetiant ] Mario, ne me dites pas nue mon père peut mourir... chaque soir je demande à Dieu ae m’appeler à lui !a première, et, tout ànieure, j’étais insensée, j’étais . folle !
MARIO
Ainsi, pour votre père, qui a brisé votre mariage, qui vous sépare de votre fiancé... il n’y a plus dans votre cœur que Tespecl ?..i - . . - ' .