‹ Les fiances d'Albano drame en cinq actesChapitre 70 sur 76 · ACTE V, SCÈNl TII. Ï · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNl TII. Ï

Qu’il reste o; nu’en ont fait le hasard et la justice : le meurtrier (ie Frotliano! Andrea le pleurera; mais il lui faudra dérolier ses larmes. Slefana, je ne la quitterai plus, elle n’exécutera pas sou projet iuselisé. (Apercevant Jdario qui e«t rentré sur les derniers mole.) Mario!..

MARIO

La place du frère n’est-elle |»as près de son frère?.. La place du prêtre n’est-elle pas près du condaniné ?..

Dli:LHO^Tb.

Ah ! VOUS savez?.,

MARIO

J’étais resté prosterné au pied de l’autel, demandant auSei-»' gneur de faire descendre un rayon de sa céleste lumière dans l’esprit des juges... tout à l’heure, une femme est venue s'agenouiller à mes côtés; cette femme demandait avec des sanglots le pardon de Dieu... elle allait commettre un crime... cette femme, c’était ta sœur... Elle m’a appris la sentence; elle voulait, in’at-c)le dit, mourir avec celui qu’elle n’avait pu sauver, et qu’elle aussi savait être innocent. (Mouvement de Oeimonie.) Rassure-toi, Stefana vivra, elle me l’a promis... elle vivra, car à présent elle espère.

DELHONTE.

Elle?

MARIO

Oui, un miracle est possible, et ta sœur a compris que trop en douter, c’est douter de Dieu, qui n’a pas condamné Micaël et qui nous met encore une fois en jirésencc l’un de l’autre, Delmonte, cos paroles sont h s dernicres i|ue je t’adresse... Le supplice s’apprête, l’ecliafaiid s’élève sur la place même où tu as commis le erinie. Mon frere, tu je vois, est déjà bien avant dans la mort; il ne reste plus à ta conseiencc ni le temps ni le doute; elle doit enfin te jiarler! Eh bien ! il s’olTre un moyen de satut, cl pour loi et pour Micaël... Écoute, je vais demander un sursis... je l’obtiendrai, quand j'aflirnierai aux juges que je connais l'assassin de Frediano, quand je m’engagerai à livrer Bon nom, à donner la preuve de son crime.

DELMONTE, effrayé.

Vous?

MARIO

Oui, mais pas avant trois jours, comprends-tu, trois jours!.. Ce délai suffira pour le mettre à l’abri de toutes poursuites, de toutes craintes, et, dans trois jours, relevé par toi du secret imposé par le devoir, je sauverai Micaël! Tu hésites encore ? Delmonte, l’autre soir, abattu et suppliant, tu me demandais un secours qui soutint ton corps affaibli par ta blessure, une prière qui rassurât ton âme contre le iuste elfioi dont elle était saisie. J’ai rappelé en toi la vie qui allait s’éteindre, et j’ai prié. Tu étais à mes genoux, et je faisais descendre sur toi le pardon du Seigneur. Je suis aux tiens. Grâce pour mon frère ! grâce pour

72 LES FIANCÉS d’ALBANO.

mon père, qui ne survivra pas à sa douleur, à sa honte! (Moure* meut de Delmonte. ) Ah ! le miracle que je demandais à Dieu.... ce miracle s’accomplit, ma voix a touché ton cœur... tu vas me délier de mon serment... tu vas partir, et, dans trois jours, je pourrai parler... Oh !.. (Avec des sanglots.) je pourrai parler, n’estcc pas?., je pourrai rendre un fils à son père...

DELMOKTE.

Et un fiancé à Andrea... jamais!

Oh ! je lis dans ton cœur. Mon frère, appliqué à la torture, te ferait sourire, le oui arraché par le bourreau réjouirait ton âme; l’exécution venue, tu n’y man(|ueras pas, tu épieras le dernier soupir, tu tiendras à ne pas te retirer sans être bien sûr que ton second mort n’en reviendra pas.

DELMONTE.

Que dis-tu?

MARIO

Je dis : Ton second mort ; n’est-ce pas là encore un asssassinat?

DELMONTE.

Poux-lu le comparer à celui dont tu m’as obtenu le pardon ?

, MARIO, se relevant.

Malheureux ! avec l’hypocrisie dii repentir et la lâcheté du mutisme, tu prétends aller impunément du crime à l’absolution et de l’absolution au crime ! Tu n’as donc pas songé que la Providence peut faire éclater tout à coup des preuves qui retomberaient sur toi et t’écraseraient?

DELMONTE.

Eh bien ! alors, je saurais fuir...

MARIO

Tu fuirais!.. Mais le poignard dont tu as frappé le cœur de Frediano, tu l’as enfoncé en même temps dans le tien. Le coup est mortel, la blessure incurable; tu l’emporteras partout : le jour, la nuit, à toute heure, en tous lieux, Frediano et Micaêl t’apparaîtront... leurs spectres se dresseront devant toi, te poursuivront partout, jusque dans le saint temple où tu chercheras un asile; tu verras toujours couler leur sang... tu croiras entendre sans cesse : « Il m’a tué par le fer; il m’a tué par le silence! » Tu voudras te dérober à tes deux victimes comme à tes terreurs! vainc tentative! Tu auras aussi la torture! le remords! ton supplice, celui de toi contre toi-même! Alors, sans repos, sans sommeil, tu demanderas à Dieu la mort qui serait l’oubli, et Dieu te laissera la vie qui sera le châtiment !..

DELMONTE, se traînant à scs pieds.

Pitié !

MARIO

Ya-l’en! l’heure fatale va sonner... laisse-moi prier avec l’in-

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