‹ Les fiancés de St-EustacheChapitre 2 sur 3 · XI X · texte numérisé non relu

XI X

La chambre est noyée dans des rayons rouges assoupissants, où des vapeurs de rêves et

d'idéal semblent tournoyer dans l'air. Des amours de Boucher au plafond, dans un coin une Xiobé en pleurs, vis-à-vis d'un Rembrand, dont les sombres couleurs contrastent sur la blancheur mate d'un groupe en marbre blanc, représentant des sylphideB, dévoilant en des danses légères toutes les grâces de leurs formes. Des causeuses vous invitant à vous reposer dans un voluptueux confort, des fleurs aux multiples parfums éparses sur des tables d'onix et de porphyre, un luxe de tentures, de draperies capable d'affaiblir les natures les plus viriles, telles que ces bouft'ées d'opium ennivrant le fumeur, et le laissant pour quelque temps incapable de sentir, de penser, sinon (|u'il jouit d'une félicité stupide, d'où toutes les préoccupations sont bannies.

Cette chambre de pacha avait appartenu à un grand viveur, qui un beau jour avait pris la poudre d'escampette, sans avoir répondu à aucun des engagements extravagants qu'il avait contractés. On avait mis la pièce à louer avant la vente des meubles, devant avoir lieu deux mois plus tard. ]\I. DuVallon arrivant d'Europe s'y était installé pour ce laps de temps, surpris et charmé de retrouver dans le Xouveau-AIonde le luxe de l'ancien, les tableaux, les statues, les marbres lui rappelant sa belle patrie. Dans cette chambre il fit avec plaisir son chez lui, éprouvant l'agréable sensation

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de se sentir entouré d'anciens amis, c|u'en voyage l'on est si heureux de revoir. 11 y serait bien pour écrire, en remplaçant toutefois la clarté rougeâtre des bou.i^ies, qu'assombrissait encore les abat-jour, par les rayons bienfaisants du soleil ; en écartant les lourdes tentures des fenêtres pour y faire pénétrer l'air vivifiant du dehors, pouvant ainsi admirer alternativement les beautés de l'art et celles de la nature.

De la croisée les regards se portaient sur le beau fleuve Saint-Laurent dont la surface, ce matin-là, semblait une immense nappe recouverte de tremblantes pierreries ; sur la grève l'on voyait quelques sauvages occupés à confectionner, avec des perles de couleurs bizarres, de petites boites, des pelotes, des sacs destinés à être vendus aux blancs : ils les déposaient dan.s de larges paniers, déjà à demi remplis de mignonnes raquettes, de minuscules traînes sauvages, de mocassins de toutes grandeurs, faits de peau de chamois ; puis par groupe les Indiens remontaient la côte Bonsecours pour aller au marché faire leur commerce. On entendait aussi monter du sol au ciel les chants populaires des paysannes françaises, assises sur le bord des quais, au milieu de leur installation de fleurs, de fruits, de légumes, elles disaient les chansons du pays ; — A la Claire Fontaine; Vive la Canadienne;

C'est la Belle Françoise — et les refrains en choeur se répercutaient frais, sonores, interrompus de temps en temps par l'arrivée d'un acheteur, alors le silence se faisait parmi les ''revendeuses'" dans l'attente d'un gain quelconque.

Du\'allon. assis à sa table de travail, tout en écrivant observait par intervalle ce qui se passait au dehors. 11 en était là de sa chronique scientifique:

''Trop de science, trop de pouvoir, comme trop de luxe, trop de bien-être, amoindrissent les nations, les dégénèrent, les exterminent. On verra dans les années à venir que l'homme, dans sa rage de vouloir faire marcher la matière sans la force humaine, oubliera l'essentiel, la santé. Il ne craindra plus de s'empoisoner lentement ; mais sûrement par le carbone, distillant de ses feux, de ses machines, de ses voitures, partout l'air vicié s'infiltrera dans ses poumons, et les masses ignorantes boiront en riant le poison qui les tuera. . ."

Soudain l'auteur se leva précipitamment et pencha la tête au dehors pour mieux examiner une jeune amazone, accompagnée d'un élégant ca\'alier. En passant devant la demeure de l'écrivain, la jeune dame leva les yeux et adressa à DuA'allon un gracieux sourire, ainsi qu'un petit signe de la main très significatif. Saisis-

sant son chapeau Tauteur le l^randit dans l'air en signe d'allégresse.

Enfin, murmura-t-il, les voilà reconciliés. Et avec plaisir il suivit longtemps du regard Gabrielle Girardin et le Dr Clermont chevauchant côte à côte tels que de tendres amis n'ayant plus aucun secret l'un pour l'autre.

Sur les quais les paysannes chantaient toujours :

Nous la menons aux noces, Vole, vole, mon coeur vole.

Lucienne à Gabrielle.

8 novembre 1837.

Chère Gabrielle.

Onze heures ! La nuit est transparente, le ciel une masse de brillantes étoiles. Pierre vient de me quitter: de ma fenêtre je le vois encore se dirigeant lentement vers la demeure de sa mère. Combien sa tête est belle et noble sa démarche! Comme je l'aime! combien sa tendresse me rend heureuse! Te le dirai-je, chère Gabrielle. mon bonheur est si intense que parfois il m'effraye; deux mois se sont écoulés depuis mon arrivée ici et je crois n'avoir vécu qu'un jour, tant les heures se sont envolées rapides et douces.

Des pensées troublantes m'assaillent souvent, être heureux ainsi que nous le sommes, n'est-ce pas dérober impunément ime parcelle du ciel, dont nous n'avons pas. nous pauvres

mortels, le droit de jouir sur la terre? et je tremble chaque fois que Pierre me dit : Au revoir.

Je suis folle, n'est-ce pas? dis-le moi, bonne amie, toi qui m'adresses des pages remplies d'allégresse où tu me confies le roman de ta vie. C'est ainsi, petite rusée, que tu m'avais caché jusqu'ici le secret de ton coeur; tu l'aimais ce grand Dr Clermont sans m'en avoir jamais souftlé mot. Tu me demandais souvent ce que Pierre me disait, mais tu ne m'avouais pas ce que tu pensais de Charles. Ah ! c'était bien mal avec ta meilleure amie; enfin je te pardonne puisque tu m'annonces que tu es au comble du bonheur, qu'il t'aime comme tu as rêvé d'être aimée, entre parenthèse j'ajoute, comme tu le mérites.

Ta joie me fait du bien, je ne suis donc pas une exception à la règle, d'autres comme moi voguent sur des nuages d'allégresse, comme eux je puis avec confiance me laisser emporter dans ces zones de félicité, où un Dieu clément nous permet quelquefois de pénétrer.

Madame Dugal étant parfaitement rétablie nous avons fixé notre mariage à jeudi prochain.

Aujourd'hui j'ai reçu ma corbeille de noces. Là encore j'ai pu apprécier la nature de celui que j'épouserai bientôt; outre la beauté des objets contenus dans cette corbeille. Pierre a tout deviné, tout compris ce qui pouvait le plus flatter mes goûts : tandis que madame Chénier

?,'extasiait sur la qualité des châles, des cachemires ; sur la richesse des soieries, des dentelles, moi, émue jusqu'au fond de l'âme, je me disais en examinant la plus petite boucle, le moindre noeud de ruban. C'est ainsi que je l'aurais choisi, elle est placée à l'endroit où je l'eus mise moi-même. Comme il me connaît, quelle délicatesse à combler mes moindres désirs, et ce soir lorsque je l'ai remercié de ses superbes cadeaux j'ai beaucoup pleuré.

— Enfant, me disait-il, ne pleurez pas, ne y)leurez pas ou je m'en vais de suite.

— Xon, restez Pierre, près de moi, j'ai besoin de vous savoir là, de vous entendre me dire que je ne rêve pas, car le bonheur m'étouffe, il est* dans l'existence de ces moments suprêmes où l'on sent, sous une émotion trop vive, que la vie nous échappe.

Suis-je vraiment digne de posséder un coeur comme celui de Pierre? Gabrielle, voilà que mes craintes me reprennent, non je ne veux plus qu'elles me tourmentent, écris-moi encore, chère amie, ta joie me donnera la confiance d'être heureuse, de me laisser doucement bercer de mon bonheur, elle éloignera de ma pensée ces noirs esprits qui semblent voltiger autour de mon bonheur pour me le ravir.

Ah ! mais, non, non, si l'on m'enlevait mon Pierre adoré, je sens, à l'exaltation de mon âme, que la mort à l'instant me réunirait à lui :

enfant j'ai survécu à un déchirement du coeur si cruel que la plaie à peine fermée s'ouvrirait béante à l'annonce d'une fatale nouvelle. Ma main tremble en écrivant ces mots, mes yeux se troublent, je pleure encore. Gabrielle, qu'aije donc? est-ce parce que Pierre vient de disparaître complètement à mes regards? je ne le vois plus, il a tourné l'avenue. Cependant rien ne doit le menacer, ce soir tout est calme ici. Saint-Eustache paisiblement s'endort, baignant ses beaux rivages dans les ondes pures de la rivière, qu'éclaire la lune toute en feu. Comme il est ravissant ce panorama! n'ai-je pas tort de m'alarmer ainsi? ce lieu n'est-il pas fait, au contraire, pour y cacher tous les bonheurs et je pèche en doutant. Il faut dormir confiante sous ce ciel rempli d'étoiles, luminaires brillants dont la scintillante clarté semble une voix mystique venue d'un autre monde pour nous murmurer d'espérer.

Bonsoir, chère Gabrielle, que tes songes soient tout roses. Avant de clore tes beaux yeux bleus, adresse au Tout-Puissant une prière pour ta craintive amie qui te presse dans ses bras et t'embrasse comme elle t'aime...

LUCIEXXE.

Les jours s'étaient succédé. On était au i 3 novembre. Au commencement du mois la nouvelle de la défaite de Saint-Charles était parve-

nue à Saint-Euslache. L'al)bé Turcotte et le curé du village avaient conseillé au Dr Chénier de ne plus apporter de résistance, car tout était perdu, qu'une défaite était inévitable s* Ton se ])attait. Chénier leur avait répondu cju'il ne cr()}ait pas à la défaite de Saint-Charles, que d'ailleurs, il était déterminé à mourir les armes à la main, qu'il défendrait ses droits ainsi que Xelson l'avait fait.

— Je ne crains pas la mort, avait-il dit, il faut au commencement des révolutions, des sacrifices, des actes d'énergie. Si nous battons les troupes anglaises à Saint-Eustache, tout le nord se soulèvera, l'Angleterre sera forcée de nous rendre justice. Qu'importe que je meurs, si j'assure à mes frères leur liberté.

Depuis ce jour il avait tout fait pour soutenir le courage de ses hommes et leur donner confiance, cependant un grand nombre, ne pouvant se procurer des armes et conseillés par le Curé Faquin et monsieur Désève son vicaire, retournèrent dans leurs familles.

Ces départs attristèrent profondément le Dr Chénier, bien que son courage n'en fut pas ébranlé. Il songeait avec amertume à tout ce que coiJterait la victoire, si l'on était victorieux; au sort malheureux des braves gens qui le suivraient, si l'on était vaincu ; une vague crainte l'envahissait parce que ses troupes n'étaient pas aguerries comme il l'aurait désiré, qu'elles

n'avaient pas assez d'armes, la défaite de Saint- Charles remplissait son âme d'appréhension; il songeait aussi à sa femme, à son enfant, que deviendraient-elles sans lui. et ses regards désolés les contemplaient avec amour. Cette enfant sommeillant dans son berceau tout blanc, avec le sourire des anges aux lèvres, cette femme jeune et aimée, dont peut-être il serait bientôt séparé pour toujours, quel serait leur destin s'il succombait. Un profond soupir souleva sa poitrine, interrompant le silence qui régnait dans la pièce. ^Madame Chénier, occupé à coudre près du lit de sr)n enfant, releva la tète.

— Tu souffres, Olivier, dit-elle s'approchant de son mari et lui prenant la main afïéctueusement, y a-t-il quelque chose de nouveau? Estu parvenu à trouver des hommes sur lesquels tu puisses compter?

— Chère amie, j'ai trouvé des hommes, au coeur généreux, prêts à tout sacrifier pour obtenir justice, ce qui m'afïlige c'est le départ d'un grand nombre d'entre eux. Cependant il faut se battre, il faut être vainqueurs, Xelson avec un petit peloton de braves a été victorieux, il faut, nous aussi, balayer l'ennemi.

— Si vous mettiez bas les armes.

— Ah ! pau\re amie, que dis-tu là. ta tendresse pour moi t'égare, rappelle-toi le sort cruel de ce peuple sans méfiance qui, croyant à l'honneur et à la parole donnée, remit ses

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armes aux Anglais, tous furent exterminés. Ici aujourd'hui, comme alors, en ce pays, on veut notre avilissement, notre perte, on veut faire disparaitre au Canada l'élément français ; que deviendrions-nous si nous imitions la soumission des Acadiens? Xon. non. il faut vaincre ou mourir; mais non d'une mort vile, il faut mourir en braves les armes à la main.

La jeune femme avec angoisse se pressa sur le coeur de son mari.

— Xe dis pas cela, Olivier, ne le dis pas, fîtelle avec un sanglot.

L'enlaçant de ses deux bras le docteur la couvrit de baisers.

— Je t'aime, je t'aime, murmura-t-il. et des larmes brûlantes coulèrent lentement sur ses joues.

Elle avait caché sa tête dans son sein et leur^ sanglots se mêlaient. L'ombre de la nuit était descendue dans la chambre: ils étaient environnés de ténèbres et leurs âmes saisies de lugubres pressentiments ; c'était un adieu suprême qu'ils échangeaient, ils le sentaient et dans lerus tendres épanchements, ils se disaient :

— Pourquoi, pourquoi mourir, jniisque nou^ nous aimons, puisque la vie serait si belle, alors que notre tendresse la dore. "

Mourir à trente ans lorsqu'on est chéri d'une compagne aimée, lnrs([u'on a reçu d'elle un en-

fant qu'on adore; mourir lorsque l'existence offre tant d'horizons lumineux. Jeunesse, santé, talents, courage, vertu, Chénier possédait tout cela, il le sacrifia sur Tautel du patriotisme pour le bien de ses compatriotes.

Longtemps sans parler ils restèrent ainsi tous deux à mêler leur douleur; enfin s'arrachant aux étreintes passionnées de sa femme le Dr Chénier quitta comme un fou sa demeure et s'élança au dehors pour aller retrouver ses gens. En sortant il se heurta contre Edmond.

— Ah ! mon colonel, pardon je ne vous voyais pas; mais vous pleurez, qu'avez-vous?

— Ah ! mon brave, c'est toi. Eh bien ! oui, je pleure. Edmond, parce qu'il me semble que je viens de voir ma femme et mon enfant pour la dernière fois.

— ]Mon colonel, on va se battre?

— Au lever du jour peut-être.

— Alors il ne faut pas parler comme cela, ce sera la bataille d'Austerlitz.

— Ou celle de Waterloo. vS'il en est ainsi, Edmond, rappelle-toi que je te confie ma femme et mon enfant. Tu as toujours été un domestique dévoué, reste auprès d'elles ; si l'on est vaincu amène-les bien loin d'ici, afin qu'il ne leur soit fait aucun mal. et quand je ne serai plus, quand ma fillete sera grande, tu lui parleras de son père. Tu lui diras qu'il a tout sacrifié pour son pays, que jusqu'à la dernière

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heure il a espéré pouvoir le délivrer du joug tyrannique sous lequel il gémissait; si la fatalité veut que je succombe, dis-lui que son père a tout donné pour ses compatriotes, il s'est arraché à la tendresse d'une femme adorée, d'une enfant qu'il aurait voulu voir grandir, chérir et protéger, il a sacrifié ses joies intimes, ces bonheurs si vrais, mais hélas, trop courts, de ses belles années de jeunesse, parce qu'il espérait que la justice et le courage triompheraient, que la victoire était possibl-e, puisqu'avant nous une poignée de braves coeurs avaient fait reculer ies Anglais : si plus tard quelqu'un dit à ma fillette que son père fut téméraire, répond-leur : Le dapeau que Chénier a porté fièrement à l'assemblée de Saint-Charles, il l'a défendu noblement jusqu'à la mort, parce qu.'il \oulait le voir flotter victorieusement au-dessus du clocher de son village, s'il a été vaincu il a versé la dernière goutte de son sang pour le défendre. La vérité sortant d'une bouche franche les convaincra de la droiture de mes intentions et dans les années futures ceux qui me blâment aujourd'hui reconnaîtront l'erreur de leur jugement, ils comprendront que l'on doit tout risquer pour gagner une cause sainte, qu'un élan d'enthousiasme a souvent fait reculer une armée entière devant un peloton de soldats énergiques, décidés à vaincre ou à mourir, un mot d'encouragement au milieu des ba-

tailles les plus sanglantes a souvent décidé de la destinée de tout un peuple, on les a vu surgir de terre ces nations oppressées par leurs vainqueurs, se relever fières, encouragées par un succès momentané, elles ont continué à gagner du terrain, elles sont devenues puissantes et ont dicté à leurs oppresseurs des traités glorieux dans lesquels étaient ratifiées toutes leurs demandes. Ah ! si l'on succombe, que diï-ont ceux qui nous ont abandonnés au moment du combat? Qu'ils nous avaient prédit la défaite ! S'en suivait-il pour cela que nous ne poU- \ions être victorieux? Non, non, un soldat ne doit jamais reculer, il doit mourir à son poste et si je meurs. . .

— Ah î docteur, docteur, vous me chavirez l'âme en me parlant ainsi, non, vous ne mourrez pas, le bon Dieu ne le permettra jamais, que serait le village de Saint-Eustache sans vous, si charitable, si bon, que deviendraient les malades, les pauvres, si vous n'étiez pas là pour les secourir?

— Un autre prendra ma place.

— Jamais, jamais. Il n'y eruaura pas d'autre comme vous.

Et le domestique saisissant la main du docteur la baisa avec transport en sanglotant comme un enfant.

— Vous, mon sauveur, le meilleur des pères, non, non vous ne mourrez pas.

Le docteur ému, voulant rassurer un peu son serviteur:

— Eh bien, admettons que je ne mourrai pas, mais si toutefois le destin voulait que je succombe. . .

— Oh ! alors je tuerai tous ceux qui vous auront fait du mal et je me ferai passer sur le corps avant qu'on touche un cheveu à madame Chénier 014 à votre enfant, oui, je serai son chien fidèle à cette petite. Ah ! monsieur le docteur, ne craignez rien on l'élèvera dans toutes les politesses et les cérémonies, cette enfant-là.

— Merci, mon brave, fit le docteur avec un pâle sourire. A présent laisse-moi continuer mon chemin, on m'attend au camp, rentre à la maison.

— M^is, avant, docteur, dites-moi que ça ne reviendra pas ces mauvaises idées, vous verrez qu'on va les mettre à leur place ces damnés d'Anglais, votre bravoure, comme celle de Nelson, les fera tous rentrer dans leurs coquilles comme à Saint-Denis.

— Dieu t'entende, mon bon Edmond, tes paroles me font du bien. Tu as raison, le découragement n'est pas digne d'un colonel, c'est un mauvais conseiller qui peut faire échouer les plus belles causes.

— Oui, mon colonel, il faut vite le mettre à la porte cet intrus, il pourrait vous faire faire des bêtises, vous qui avez une cuirasse com-

me le petit caporal, oui. oui, vous allez balayer cette canaille d'Anglais qui veut nous jouer des mauvais tours.

— Allons, laisse-moi passer, mon ami, et rentre tout fermer à la maison.

- ,£dmond baisa encore la main du docteur.

- — Je me, ferais tuer pour vous si Ton vous faisait prisonnier.

— Merci Edmond, mais jamais l'on me prendra vivant, je mourrai les armes à la main.

— C'est cela, vaut mieux mourir sur "le champ de bataille que de languir comme Napoléon à Sainte-Hélène. Ah! mon colonel, ça serait un si grand malheur, cependant, de vous perdre.

Et Edmond se remit à sangloter.

— Allons, allons, si quelqu'un nous rencontrait ici on nous prendrait pour deux enfants, fit le docteur en essuyant lui-même les larmes qui coulaient de ses yeux, vas. mon brave coeur, retourne auprès du trésor que je te confie et prie le ciel qu'il me protège.

- Disant le Dr Chénier s'élança précipitamment sur le pont et le traversa en courant, voulant Cacher à son serviteur l'émotion qu'il ne pouvait plus dominer. Le ciel se couvrit soudain, la lune disparut sous un épais nuage, et .dans l'espace le cri lugubre d'un hibou se fit entendre. Le docteur tressaillit, ce cri avait résonné à son oreille comme un glas.

Elle fut magnanime, héroïque et sans tache, Votre légende ô tiers enfants de Saint-Eustacheî Quand le ceste pliait; quand, à St-Charle en feu. Les hardis défenseurs de notre sainte cause, Sacrifiant leur vie en un suprême enjeu. Martyrs du grand devoir que la patrie impose, Etaient morts aux lueurs de leurs foyers détruits; . Quand les plus dévoués au loin s'étalent enfuis. Traqués en malfaiteurs jusques à la frontière. Et que les conquérants, avec leur morgue altiôre. De leurs cris de triomphe insultaient les vaincus, Vous, au sublime appel d'un nouveau Spartacus, Voulûtes, réunis en phalange sacrée Défiant jusqu'au bout la puissance exécrée Des tyrans désormais transfermés en bourreaux. Vaincre en désespérés ou mourir en héros.

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