‹ Les fiancés; roman historique (volume 2)Chapitre 5 sur 39 · INTRODUCTION. VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. VII

que les noms ne sont que de purs, de tres-purs accidens... > Mais quand j'aurai eu Théroïque constance de transcrire cette histoire de ce manuscrit à demi effacé et couvert de ratures, et que je l'aurai, comme on dit, mise au jour, se trouvera-t-il ensuite quelqu'un qui ait la constance delà lire*^ Cette réflexion dubitative, née de la difficulté de décliiffier un griffonnage qui venait après accidem, me fit suspeiidre mon travail de copiste , et songer plus sérieusement à ce qu'il convenait de faire.

Il est bien vrai, disais-je à part moi en feuilletant le manuscrit, il est bien vrai que cette grêle de pointes d'esprit et de figures de rhétorique ne continue pas ainsi tout au long jusqu'au bout de l'ouvrage. Le bon sixcentiste (1) a voulu tout d'abord faire un peu étalage de son érudition; maié ensuite, dans le cours de la narration, et parfois pendant d'assez longs traits, le style coule d'une façon bien plus naturelle et plus simple. Oui; mais comme il est vulgaire! comme il est ennuyeux! comme il est incorrect! fdiotismes lombards à foison, phrases de la langue employées à contre-sens, syntaxe arbitraire, périodes boiteuses. Puis, par surcroît, quelques élégances espagnoles semées çà et là ; et, ce qui est pis encore, dans les endroits les plus terribles ou les plus touchants de l'histoire, à chaque occasion d'exciter la surprise ou de donner à réfléchir, à tous ces passages, en somme, qui demandent, en effet, un peu de rhétorique, mais d'une rhétorique sobre, fine et de bon goût, ce brave homme ne manque jamais d'y en fourrer de celle dont il a assaisonné sa préface. Et alors, en assemblant avec une admirable habileté deux qualités en apparence si

(1) On appelle sixcentistes (secentisti) les écrivains de la fin du seizième et de la plus grande partie de dix-septième siècle, époque de décadence des lettres en Italie. On désigne, par contre, sous le nom de troiscentistes {treceritisti) ceux de la fin du treizième et d'une très-grande partie du quatorzième siècle, époque glorieuse où fleurirent les Dante, les Pétrarque, les Boccace, etc.

^ote du traducteur^

Vm INTRODUCTION.

opposées, il trouve moyen d'être à la fois trivial et prétentieux dans la même page, dans la même période, dans le même mot. Bref, des déclamations ampoulées, composées de force solécismes vulgaires', et partout cette pédanterie vaniteuse qui est le caractère propre des écrits du seizième siècle dans notre pays. En vérité ce n'est pas chose à pouvoir décemment présenter aux lecteurs d'aujourd'hui : ils sont trop judicieux, et trop dégoûtés de ce genre d'extravagances. Il est, ma foi, très-heureux que cette bonne pensée me soit venue au début de ce malencontreux travail : aussi je m'en lave les mains.

Sur le point toutefois de rassembler ces vieilles paperasses pour les resserrer, je regrettais qu'une histoire aussi belle dût rester toujours inconnue ; car, en tant qu'histoire, il se peut que le lecteur soit d'un autre avis, mais, quant à moi, elle m'a semblé fort intéressante. — Pourquoi ne pourrait-on pas, pensai-je, prendre -de ce manuscrit la série des faits, et en reconstituer le style?

Aucune objection valable ne s'étant présentée à cette idée, le parti en fut aussitôt embrassé. Et voilà l'origine du présent livre, exposée avec une ingénuité égale à Timportance du livre lui-même.

Cependant quelques-uns des faits , et certains usages décrits par notre auteur nous avaient semblé si inouïs, si étranges, pour ne pas dire plus, qu'avant d'y ajouter foi, nous avons voulu consulter d'autres témoins, et nous nous sommes imposé la tâche de fouiller dans les mémoires au temps, pour nous assurer si vraiment le monde allait alors de cette façon. Une telle recherche dissipa tous nos doutes : à chaque pas nous rencontrions des choses semblables, et même de plus exorbitantes ; et, ce qui nous a paru encore plus décisif, nous avons rencontré jusqu'à quelques-uns des personnages, dont n'ayant jamais entendu parler que par notre manuscrit, nous étions en doute s'ils avaient réellement existé. Et, à l'occasion, nous citerons quelques-uns

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de ces témoignages, afin de donner créance aux choses auxquelles, en raison même de leur étrangeté, le lecteur serait davantage tenté de la refuser.

Mais, en rejetant comme intolérable le style de notre auteur, quel style y avons-nous substitué? Voilà le point capital.

Quiconque, sans en être prié, se mêle de refaire le travail d' autrui, s'expose à rendre un compte sévère du sien propre, et en contracte en quelque sorte l'obligation. C'est là une règle de fait et de droit à laquelle nous ne prétendons nullement nous soustraire ; et même, pour nous y conformer de plein gré, nous nous étions proposé de donner ici, point par point, raison de la manière d'écrire que nous avons employée; et, à cette fin, nous sommes allé, durant tout le temps de ce travail, cherchant a deviner les critiques possibles et probables, avec l'intention de les réfuter toutes d'avance, une à une. Et là n'aurait pas été la difficulté, attendu que (nous devons le dire pour rendre hommage à la vérité) il ne se présentait pas à notre esprit une seule critique qu'il n'y vînt en même temps une réponse victorieuse; de ces réponses qui, je ne prétends pas dire résolvent, mais déplacent les questions. Souvent même, en mettant deux critiques aux prises entre elles, nous lei^ faisions battre l'une par l'autre; ou, en les examinant bien à fond, en les comparant attentivement, nous parvenions à découvrir et à démontrer que, bien qu'ainsi opposées en apparence, elles n'en étaient pas moins d'un même genre, provenaient l'une et l'autre de ce qu'on ne prenait pas assez garde aux faits et aux principes sur lesquels devait être basé le jugement; et, les mettant alors, à leur grande surprise, ensemble, nous les envoyions promener bras dessus, bras dessous. Il n'y aurait jamais eu d'auteur qui prouvât avec une telle évidence qu'il avait bien fait. Mais quoi? lorsque nous en sommes venu à récapituler toutes ces objections et toutes ces réponses pour les ranger avec un certain ordre, misé-

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