RÉPARTITION DE LA LAINK RÉCOLTÉE
Ce tableau singulièrement instructif nous apprend que, pendant dix ans tout au moins, la France consomme industriellement plus de laine que l'Angleterre ; il nous fait voir également que la consommation française représente 42 o/o de la quantité utilisée dans tout le continent européen, moins la C rande-Bretagne rangée à part.
C'est ainsi que se trouve démontrée l'exceptionnelle importance qu'a prise l'industrie de la laine dans notre pays.
Cette puissance industrielle a pour caractère et jiour objet la transformation d'une énorme quantité de fibres textiles. Quelle est l'origine de ces matières premières.^ Dans quelle mesure notamment la production indigène peut-elle suffire aux besoins de la consommation industrielle ?
Ce problème ne se pose pas seulement pour la France ; il a donc un caractère de généralité qui nous oblige à le traiter dès à présent. Nous allons l'étudier dans le cbapitre suivant.
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LE BILAN DE LA PRODUCTION INDIGENE ET DE LA CONSOMMA- TION DANS LES PRINCIPAUX PAYS MANUFACTURIERS
Les principaux pays nianiifacturiers, la France, TAng^leterre, rAllemagne, les États-Unis, produisent de la laine. Nous savons, à coup sûr, que leur production indigène ne peut suffire aux exigences croissantes de la consommation de leurs filatures ou de leurs tissages. Il s'agit de préciser cette donnée et de montrer dans quelle proportion les importations étrangères doivent venir compléter, tant au point de vue de la quantité que de la qualité des fibres, la production lainière de chaque région industrielle.
La production indigène est indiquée dans un tableau que nous avons déjà dressé. Les quantités provenant de la tonte dans chaque région sont, par exemple, évaluées delà façon suivante pour Tannée 1902 :
France 43 millions de kilos
Grande-Bretagne. .... 61 —
Continent d'Europe (moins la France
et TAngleterre) 160 —
Amérique du Nord 1/19 —
On croit communément qu'une nation consomme ou utilise tout d'abord ses propres produits et n'a re-
Graphique io. — Jmportations et exportations simultauées de laines brutes
et de tissus de laine en France.
2(J2 LA LAINE KT AUTRES FIBRES d'oRIGI.NE ANIMALE
cours à rimporlation que pour en augmenter la quantité. C'est une erreur. Les importations et les exportations de tous les pays du monde comprennent simultanément des marchandises de même « espèce » et de même nom générique. On voit figurer ninsi dans les statistiques commerciales, tant à l'entrée qu'à la sortie, des vins, des céréales, des soies, des peaux, des laines... Chaque pays conserve seulement les produits dont la qualité et le prix permettent leur utilisation sur place. En revanche, rimj)ortation vient fournir des denrées de même nom, mais de qualité ou de prix différents, auxquelles la consommation assure un débouché. Ceci est rigoureusement exact pour les laines. — Non seulement la production indigène des grands pays industriels ne fournit pas une quantité sullisante de fibres textiles, mais encore des mélanges sont indispensables. L'utilisation partielle des toisons indigènes n'est encore souvent possible qu'à la condition de joindre ou d'unir par la fi lature et le tissage des laines étrangères aux laines nationales.
On commettrait une erreur grossière en ajoutant simplement à la quantité de laine produite par les moutons anglais ou français le poids nécessaire pour parfaire le poids total utilisé dans les manufactures -des deux pays. Le problème est j)lus complexe. Il faut tenir compte des quantités produites et exportées, des importations et des réexportations. Nous ignorons, en réalité, dans quelle proportion les toisons indigènes alimentent l'industrie lainière d'un pays ; nous ne savons pas davantage avec une exactitude parfaite quelle quantité de laines étrangères reste à l'intérieur des frontières. Ce que nous connaissons seulement avec précision,
lULAN DE LA PRODLCTION LAIMKUE
c'est d'une part le poids total des laines indigènes et importées, et, d'autre part, le poids des laines d'origine inconnue qui ont été exportées. Nous ne chercherons donc pas la solution d'un problème insoluble en nous efforçant de déterminer les poids respectifs de laines nationales ou étrangères qui entrent dans les manufactures d'Angleterre, de France, d'Allemagne ou*des Etats-Unis.
Ce que l'on peut seulement indiquer, c'est le poids (approximatif) des toisons indigènes comparé au poids total des laines employées dans chaque pays ou dans chaque grande division géographique.
Ce renseignement ne laisse pas que d'être intéressant, puisqu^il démontre notamment la nécessité absolue des importations et précise la subordination des opérations industrielles à la production lainière des pays exportateurs situés au dehors. Le poids de la laine indigène ne représente qu'un maximum utilisable qui n'est jamais atteint, car tous les pays manufacturiers exportent certainement une partie du produit de leur tonte.
Sous le bénéfice de ces observations, voici comment on pourrait établir le bilan de la production et de la consommation totale dans quelques régions pour Tannée 1902.
Annke 1902.
Bilan de la production et de la consommation industrielle.
Millions de kilos.
Grande-Bretagne France Ileste de l'Europe Klats-Unis
Tonte Consom. Tonte Consoni. Tonte Consom. Tonte Consom. indigène totale indigène totale indigène totale indigène totale
61 223 /iS 234 160 327* 1^9 229
I. Chiffre de l'Europe continentale, déduction faite de la consommation de la France (28/1 millions).
294 ï ^ lai.m: i:r altues 1 [hiu:s d'origine amm>le
Le rapport du poids de la tonte indigène à la quantité totale utilisée se trouve donné par les chiffres suivants :
Angleterre 37 %
France 18 —
Reste de l'Europe 48 —
Etats-Unis 65 —
ALLEMAGNE Bilan de la production et de la consommation.
10 Tonte allemande 22 millions de kg.
20 Excédent des importations (période
Total égal à la consommation. 175.4 —
Rapport delà tonte indigène à la consommation 12.5 |). 100
Cette proportion varie de 18 0/0 à 65 0/0. Elle représente, nous le répétons, un maximum par rapport au poids réel des laines indigènes employées dans chaque pays En fait, la France et l'Angleterre n'utilisent
I. Notre observation se trouve confirmée par un travail de M. Ch. Marteau, manufacturier à Reims et membre de la Commission permanente des valeurs de douane. Voici comment ce spécialiste très compétent établit la répartition des laines d'origines diverses qui composent Tapprovisionnement de rindustrie française en 1894 :
Millions de kilos
Importation ou Expor- ('onsom- Origine production tation mation 9é
Australie et Cap 82.1 o.5 81. G 32. 10
Buenos-Ayres et laines de peaux. ii5.6 7.6 108. 3 42.70
Laines d'Europe fines 10. o o.5 9.6 3 76
Laines communes 17.0 7.0 lo.o 3.90
Tonte française 48.5 4.5 44. o 16.90
Laines de moutons importés. . . 1.6 Néant 1.6 o.65
Totaux. . . 274.8 i().8 255. o 100.00
IULAN DE LA PRODUCTION LAINIÈRE
pas autant de toisons indigènes qu'elles en produisent. La proportion de laine indigène indiquée plus haut est supérieure à celle que l'on constaterait si nous connaissions avec précision les réalités industrielles.
Le prodigieux mouvement d'afiFaires auquel donnent lieu la laine brute et ses transformations dépend donc de la tonte étrangère australasienne, sud-africaine ou argentine. On a pu concentrer en Europe et aux Etats-Unis l'industrie lainière dans quelques villes et dans quelques centaines de manufactures. La production de la matière première suppose l'utilisation de surfaces immenses que l'Europe ne pouvait consacrer à l'élevage et que les Etats-Unis eux-mêmes ne possèdent pkis. Cette situation spéciale et cette dépendance de l'industrie des vieux pays résultent des conditions mêmes de la production industrielle et agricole ; la première pouvant concentrer ses elTorts sur un étroit espace ; la seconde étant contrainte par la nature des choses de s'étendre sur des surfaces d^autantplus grandes que sa puissance productive doit être plus rapidement accrue.
C'est là un trait caractéristique qui explique du même coup le développement du commerce des produits coloniaux, à mesure que les besoins de la consommation industrielle ouvrent aux matières premières un plus large débouché dans les vieux pays industriels.
A plus forte raison pourrions-nous constater l'étroite dépendance de ces pays par rapport à la production étrangère en comparant comme quantités utilisées et comme valeurs constatées, les diverses matières textiles transformées dans les grandes régions industrielles.
LA PllODUCïION DE LA LAINE COMPARÉE A CELLES DE LA