I. Quantité de laine mise à la disposition de l'industrie
300 LA LAINE ET AUTRES FIBRES d'oRIGINE ANIMALE
Pour obtenir les valeurs correspondantes, il faut multiplier les poids ainsi déterminés par :
3 fr. le kilo pour la laine (laine en suint). 4o fr. — pour la soie.
I fr. 3o — pour le coton.
Il s'agit, bien entendu, de cours récents, moyens, et loin de correspondre à toute la gamme des qualités. Les valeurs totales produites seraient :
2 milliards de francs pour la laine.
800 millions — pour la soie.
Q.3\o a 2.()00 millions — pour le coton.
Telle est, fort probablement, l'importance relative de la laine au point de vue des valeurs. Elle l'emporte à cet égard sur celle de la soie, et bien certainement aussi sur celle du chanvre et du lin dont l'usage est moins étendu.
Calcul de la valeur totale des laines récoltées.^
On peut évaluer d'une autre façon la production de la laine dans le monde :
D'après MM. Fred. Huth et G'% la valeur des 3oo. 000. 000 de kilos exportés d'Australasie s'élevait en igoS à 22.713,000 L. st., soit 567.825.000 francs.
D'autre part, l'Argentine, l'Uruguay et les autres pays hors d'Europe donnent aussi un poids de laine égal à 3oo.ooo.ooo de kilos et auquel nous attribuons une même valeur de 567.825.000 francs.
La j)roduction de l'Europe et de l'Amérique du Nord
PRODUCTION DE LA LAINE COMPARÉE 3o f
est évaluée à 4i4-ooo.ooo de kilos qui valent — au même prix par unité — 783.098.000 francs.
Ainsi calculée, la valeur totale de la laine récoltée serait de 1.919.000.000 de francs. A l'heure actuelle, on peut affirmer sans erreur que la production de la laine offre un intérêt de premier ordre, et qu'elle le conserve malgré le développement extraordinaire de la culture du coton depuis un demi-siècle.
C'est ce que nous voulions précisément établir en terminant cette première partie de notre travail^ consacrée à la production de la laine.
LE COMMERCE DE:S LAINES
Les variations du prix des laines au XI siècle.
L'étude de ce problème avait ici sa place marquée. La production dont nous avons parlé exerce évidemment une influence sur la marche des prix ; les variations de cours exercent, à leur tour, une action certaine sur la production. D'autre part, c'est l'échange qui fixe la valeur et le prix d'un produit. Le problème des fluctuations de prix des laines est donc intimement lié aux questions déjà traitées dans la première partie de ce travail, et il nous amène à parler du commerce dont les laines ont été l'objet. Ce chapitre sert ainsi de transition naturelle pour relier entre elles les deux divisions de notre étude générale sur l'histoire économique de la laine.
Pour bien observer les faits et distinguer les causes auxquelles ils se rattachent, nous sommes obligés de remonter assez loin dans le passé, c'est-à-dire aux premières années du xix^ siècle. A ce moment, la laine en général, et même la laine commune, était une denrée rare et chère. La Chambre de commerce de Reims a conservé dans ses archives des notes précieuses relatives
LK COMMERCE DES LAINES
aux cours des laines lavées à dos sur le marché de celte grande cité industrielle.
Les qualités sont divisées en quatre catégories, et il s'agit, en outre, de toisons rapportées à un type spécial, — celui de la laine lavée à dos, — ce qui permet d'éliminer, au moins partiellement, les causes d'erreur tenant à des rendements en fibres lavées à fond. Les documents dont nous allons nous servir ont donc une grande valeur ; ils sont exacts et précis. TSous pourrons même noter les cours pratiqués en les rapportant à un type de rendement invariable, au type de la laine lavée à fond. M. Poulain^ et M. Ch. Marteau ont, en effet, publié un tableau synoptique des variations du prix de la laine de Champagne lavée à fond de 1789 à 1900 et 1908.
Nous nous contenterons de noter le cours à partir de 1800, parce que l'on a seulement distingué depuis cette date les quatre qualités principales, à savoir : laines mérinos, laines métis, laines moyennes, laines communes.
Première période (1805-1820). — Les cours pratiqués à Reims durant cette première période justifient l'opinion que nous avons émise plus haut : la laine est une denrée rare et chère.
Pour la laine de Champagne lavée à fond rapportée à un type unique par MM. Poulain et Ch. Marteau, pour les mérinos et les laines communes, voici les moyennes que nous avons calculées :
ï, L'Industrie lainière^ par M. Poulain, i brochure et i graphique, chez Guillaumin.
3o4 lA LAINE ET AUTRES FIBRES d'oRîGINE ANIMALE
Prix par kilo
Lavée à rond Mérinos Communes
fr. c. fr c. fr. c.
i'*^ Période ^ 1800-09. . . . i^.So 0.5o 6 ,80
s iSioi'j. . . . 1-2. 00 8.5o 5.4o
prix élevés { 181 5- 19. . . . ir^.oo S.Tk) 5.3o
Movenno. . . 1 3 . 78 8 . 80 5.66
Les cours étaient très élevés, et nous allons voir bientôt qu'ils se sont brusquement abaissés à partir de 1820. Le régime douanier ne saurait être accusé, cependant, d'avoir rehaussé artificiellement les prix, car les droits d'entrée, supprimés de 1796 à 181 4, n'avaient pas été relevés par la loi du 2 5 décembre 181 .4.
A coup sûr, les événements politiques rendaient les transactions difliciles et restreignaient le développement normal de la production lainière. Il est donc possible que TolTre ait diminué pendant celle première période, et que nos importations ordinaires aient fléchi durant les années si troublées du premier Empire.
TSous ne devons pas oublier non plus qu'il s'était produit depuis près de quarante ans une hausse remarquable et conlinue du prix des denrées agricoles. Cette hausse se manifeste clairement à la fin du règne de Louis W et ne cessera précisément qu'à partir de 1820- Le froment, par exemple, valait 16 fr. 30 par hectolitre de 1766 à 1790 ; son prix s'élève et se maintient à un niveau svipérieur au commencement du xix'' siècle. Les mercuriales ofTicielles donnent :
fr. c.
i8oi-i8o5 21.76
i8ii-i8i5 2/4-08
Movenne. . . 22.93
Francs
Gratmiique II. — Variations du prix de la laine de Champagne^ (Taprès MM. Poullaia et Ch. Marteau (i8i 2- i(jo8)-
3o6 l.\ I VINE ET AUTRES FIBRES D ORIGINE ANIMALE
Il en était de même pour les autres céréales et pour le bétail. Un phénomène semblable était constaté en Angleterre et en Allemagne * .
La période que nous considérons a été certainement une période de hauts prix.
Indépendamment de toute autre cause, le cours des laines est donc resté très élevé parce qu'il a subi cette influence générale qui s'exerçait depuis 1770 sur le cours des céréales, du bétail, sur le loyer du sol et sa valeur vénale, etc.
En Angleterre, nous pouvons, d'ailleurs, relever exactement le cours d'une laine de type classique, le (( Lincoln Half Hog - », dont le cours se maintient à 16 d Ja livre depuis 18 10 jusqu'à 1820, alors qu'il tombe ensuite à ^3 et i2 d., diminuant ainsi de 20 0/0.
Nous allons précisément observer ce curieux phéno-
I. Nous trouvons dans un ouvrage intéressant de M- Decliesne : L*Evo^ lution économique et sociale de l'Industrie de la laine en Angleterre, Paris, Larose, 1900, rindication suivante qui confirme de tous points nos observations :
Prix de 2 qualités de laines
anglaises par Lh. en
pence.
Années
Southdown
Kent
iG.o
2. Voir les statistiques officielles reproduites par les journaux spéciaux, < l Tiotamment par le Bradfonl Observer,
LE COMMERCE DES LAINES
mène de baisse soudaine et générale en étudiant la marche dvi prix de la laine en France durant la seconde période dont il nous reste à parler.
Deuxième période (1820-1850). — La période 1820 à i85o est très nettement caractérisée par la baisse ou l'état stationnaire du prix des laines. Le contraste qui s'observe en comparant les cours de cette série d'années à ceLix de la période précédente est immédiatement visible. Voici les moyennes quinquennales que nous avons calculées pour la laine mérinos, la laine commune de la qualité et la laine lavée à fond.
Prix des laines à Reims par kilo (i82o-i85o)
Périodes
Période ( o ^ }
, . / i8io-ia. .
antérieure ) o r
Moyenne.
Période o -
de baisse V 00 q/
ou de prix ^ 1835-39. .
tionnaires o / ^ /
Moyenne.
Laine lavée à dos
Laine lavée à fond
Mérinos
Commune
Type uniq
fr. c.
fr. c.
3o8 LA LAINE ET AUTRES F[BRES d'oRIGINE ANIMALE
La baisse des prix est donc soudaine et considérable. Dans Tespace de quelques années, elle atteint plus de 4 francs par kilo pour les laines lavées, près de 3 francs pour la laine mérinos, et près de 2 francs pour les laines communes, soit 3i à 32 0/0, en tenant compte des trois moyennes que nous avons calculées pour les périodes i8o5-i8i9 et i820-i85o.
La législation douanière de la France avait cependant été remaniée et les importations étrangères étaient frappées de droits élevés
La loi du 7 jiiin 1820 imposait aux laines fines une taxe de 20 à 60 francs par 100 kilos, selon qu'elles étaient brutes ou lavées, et aux laines communes un droit de 5 à i5 francs pour les mêmes catégories. Une ordonnance du 3i octobre 1821 précisait encore les distinctions à faire entre les laines fines, communes ou moyennes, en les caractérisant parleur prix.
Une autre ordonnance royale datée du 16 mai 1823 augmente même les droits en introduisant des catégories
I. L'Angleterre, elle «lussi, inaugura un système de protection douanière à partir de 1819 pour donner satisfaction aux éleveurs. Un droit fut iHabli sur les laines d'Espagne. Cette mesure paraît avoir eu pour conséquence une réduction des exportations de draps :
avant la taxe
, après la taxe \ iSao ' i8
Milliers de.
pièces exportées
En 182"), l'Angleterre revenait au système de la liberté qu'elle n'a jamais modifié depuis.
LE COxMMERCE DES LAINES
nouvelles parmi les laines importées. Les droits d'entrée sont portés à 2/10 francs par quintal pour les laines surfines lavées à chaud, dont le prix dépasse 5 fr. 5o par kilo ; à 200 francs pour les laines lavées à froid quand leur prix est supérieur à 5 francs, et enfin à 80 francs pour les mêmes libres surfines brutes dont le cours dépasse 2 fr. 5o.
Des classifications analogues établies pour les laines fines ou communes fciisaient varier les taxes protectrices de 3o francs à 180 francs par quintal. — Elles représentaient en réalité des droits ad valorem variant de 25 0/0 à 4o 0/0.
On a vu que le prix des laines françaises fléchissait, néanmoins, avec une extraordinaire rapidité. Aussi la lutte contre la concurrence étrangère est-elle poursuivie sans trêve.
L'ordonnance du 22 décembre i824porteà /io francs le droit sur les laines communes brutes, et à 100 francs la taxe sur les mêmes laines lavées à froid.
Deux ans plus tard^ la loi du 7 mai 1826 modifie le principe de la taxation et frappe toutes les laines u en masse » d'un droit ad valorem de 3o 0/0. Aucune laine ne pouvait être évaluée à moins de i franc, 2 francs et 3 francs par kilo, selon qu'elle était à l'état brut, lavée à froid ou lavée à chaud I
Enfin une loi nouvelle, celle du 2 juillet i836, réduit seulement à 20 0/0 les droits sur les laines brutes importées par navires français. Une taxe de 220/0 frappe les laines étrangères importées sous un autre pavillon, et les « peignés » restent soumis au droit de 30 0/0 ad valorem .
Il suffit de jeter les yeux sur le tableavi que nous avons
3ïO LA LAINE ET AUTRES FIBUES d'oRIGINE ANIMALE
dressé pour voir que la législation protectrice n'a pas eu pour effet de provoquer une hausse sensible de prix, La baisse a été simplement atténuée ou limitée, selon toute apparence.
En Angleterre, on observait le même phénomène de dépression des prix. La laine-type, Lincoln Half-Hog S valait par Lb. de 453 grammes :
Pri.r juir Lb.
Va\ deniers (lo c.^
i835-3(j if) .()
i84o-AA I I