SCÈNE IV
Les Mènes, LE PRÉSIDENT, M“« DE
André, allant au devant d'eux.
Vous ici, monsieur le président, et vous aussi, madame!
JE PRÉSIDENT
Pardon, mon ami, de vous déranger si tard...
mais en nous rendant de Versailles à Paris, une roue de ma voiture s'est brisée, et nous avons versé à l'entrée du bois.
ANDRÉ
Vous n'éles pas blessé ?
LE PRÉSIDENT
Non, fort heureusement.
GERTRUDE
Et madame de Nanteuil ?
Merci, bonne Gertrude ; je n'ai pas eu d’autre mal qu’un moment de frayeur, et il ne me reste de tout cela qu’un peu de fatigue.
andré, offrant tin fauteuil.
Mais daignez donc vous asseoir, madame. Allons donc, vous autres, un siège à monsieur le président... Gertrude, apporte des rafraîchissements.
LE PRÉSIDENT
Non, non"; nous nous sommes mis en roule en sortant de souper, nous ne prendrons rien ; tout ce que noua sommes venus vous demander, c'est l'hospitalité pour le restede la nuit.
H s’assied.
ANDRÉ
Disposez de moi, de mes gens, de ma maison; tout ce qui est ici ne vous appartient-il pas, mon- . ieur le président ?
GERTRUDE
Allons, Manon, va préparerun lit dansla chambre verte.
MANON
Oui, madame Gertrude.
Elle monte l’escalier.
GERTRUDE
Dans quelques minutes la chambre de monsieur le président sera prèle. (A part.) Et Jeanne, U, sans secours I
EUo sort par la seconde porte à droite.
le président, à André.
Notre voilure, n’est-ce pas, pourra être d'ici à quelques heures en état de marcher?
ANDRÉ
On va s'en occuper à l’instant... Petit Jean, prends avec toi le cocher de monsieur le président, et allez ensemble jusqu’à Saint-Cloud; vous éveillerez Langevin le charron.
petit jean.
Oui, not’ maître.
Il sort par le fond.
LE PRÉSIDENT
En vérité, je suis confus de tout mettre en désarroi chez vous, à cette heure de nuit ; mais c'est qu'aussi jamais accident n'arriva plus mal à propos.
ANDRÉ
Les affaires de monsieur le président ne souffrent guère de retard.
LE PRÉSIDENT
Ce n’est pas cela seulement, car les séances de justice criminelle, que je dois présider, ne s’ouvrent que dans trois jours ; mais nous avons affaire à Versailles pour le retour de mon gendre.
ANDRÉ
Quoi! le brave monsieur de Nanteuil...
LE PRÉSIDENT
Après avoir tenu la mer pendant dix-huit mois, sous le commandement de monsieur de Grasse, il vient d'entrer en rade à Dunkerque avec toute l’escadre.
ANDRÉ
Je comprends votre impatience, monsieur le président.
LE PRÉSIDENT
Et surtout celle de ma fille; Julie n'est pas encore d’àge à s'accommoder du veuvage, et une solitude de diz-buit mois c'est bien long... je dis solitude, car elle n’a pas même la société habituelle d’une jeune épouse, elle n’a pas d’enfants.
U”” DE- nanteuil, vivement.
Mon père...
LE PRÉSIDENT
Ah ! tu sais que c est un de mes chagrins qu’on ne m’ait pas encore fait grand-papa.
de NANTEUIL, t’efforçant de lourire.
Mais il me semble que jusqu’ici nous avons beaucoup parlé à maître André de ce qui nous touche et fort peu de ce qui l'intéresse.
MAGASIN THEATRAL
ANDRÉ, s'inclinant.
Madame...
H 1 "' DE NANTEt'IL.
Et votre fille, ma bonne Jeanne, noua ne U voyons pas; serait-elle malade?
ANDRÉ
Madame est trop bonne ; Jeanne est bien portante, sa chambre est toujours là... Si madame le désire...
M œo DE NANTEUIL.
Elle dort sans doute... ne l'éveillez pas.
ANDRÉ
Obi elle me remerciera ; elle aime tant madame 1
11 va pour ouvrir la porte, Gertrude entre.
Tout est prêt dans la chambre de monsieur le président.
LE PRÉSIDENT
Voilà qui répond à tout, mon cher André; n’éveillez personne, et conduisez-mol.
ANDRÉ
Gertrnde, vois donc ai Manon n’a pas fini dans la chambre de madame.
Gertrude monte l’escalier.
ie président, à sa fille.
Bonsoir, Julie; va te reposer; l'accident de cette nuit t’a donné l'air souffrant; songe donc que Nantcuil arrive, lâche d'avoir meilleur visage pour le recevoir.
Il la baise au front et s’éloiguo par la droite avec André.
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