SCÈNE XI
MATHIEU, VEKIMER.
m lus t'-
Asseyez-vous, monsieur. [Verdier t'assied.) Y êtes-vous ?
VERDIER
J’y suis.
MATHIEU
El moi aussi; mettez d’abord 27 octobre 1775. Avez-vous une, montre, monsieur le secrétaire?
VERDIER
Pourquoi faire?
J* vous prierais de me dire l’heure.
TEK DI er, après l'avoir regardé dit avec humeur.
Il est onze heures.
MATHIEU
Si tard qué ça î merci Med. Mctter donc, 27 octobre 1775, onze heures du soir. Oh! la formule, ça me connaît. [Il continue à dicter.) Paï de*» vant le sieur Verdier, secrétaire au Chàtelét de Paris.»., moi , Jean— lloc Mathieu, ex garde du domaine, j’ai déclaré et déclare ce qui suit, pour eu faire ce..- que... de raison {Il regarde.) Ça J est-il?
VERDIER
Ce que de raison. (A part.) Ahl tu me revaudras la corvée.
MAflltEU.
Arrivons tout de suite au fait. (Dictant ) Vendredi soir 11 du courant, a neuf heures, en Avenant prendre dans le hangar, en face le logis de maître André-..
verdier, à part.
Nous y voilà...
Mathieu, dictant.
Un, lièvre que j’avais... trouvé dans le bois, j’ai retrouvé en plus de l'animal, un. petit enfant qui dormait comme chez lui. J'ai pris le petit avec la béte, et je les ai emportés chez la mère Mathieu, qui a fricassé l'un. (Il parle./ P.as l'entant, bien entendu. Venfant se porte bien ; la mère, c’est autre chose: elle est en prison,' pour avoir détruit l’enfant , et par ce papier je viens dire : il n’ÿ a eu de détruit que le lièvre... qui était excellent, Quant au petit, maman Mathieu lui a fait boire du lait, comme elle a dit, et je l’ai laissé bien gros, bien portant, dans les bras de maman Mathieu > il n’y a qu’à y aller voir.
• ' VERDIER
Tout ça serait fort bien inventé s*il n*y avait pas un enfant mort... un enfant noyé.
Mathieu , avec un souvenir.
Attendez donc l.„ oui... v’ià que ça se com-
;i SUINT-CLOU D. 51
plète... Mettez : Post**ripton. Je me souviens aujourd'hui qu’en montant la colline... an homme en manteau qui marchait très-vite, s’arrêta tout d’un coup, et laissa tomber de dessous son man- '• teau... je ne saisqooi dans le fleuve... Même que le vent lui enleva son chapeau, qu’il ne se donna pas la peine de ramasser.
verdirr,. effrayé.
. Tu as vu cet homme?
MATHIEU
J’ l’ai vu... deloinetdansrombre...maisj’airamassé son chapeau et j' l’ai donné à Laurent quand y m’a arrêté, pour le remettre au greffe. S'il n’a Raa exécuté ma volonté c’est un voleur, un archivoleur.
yebdier, vivement.
11 a déposé un chapeau?
MATUIBU.
Ah ! mais un chapeau, reconnaissable, un deces chapeaux dans le genre de ceux que portent les gens... pardine les gens de votre étoffé... Il y avait une ganse en acier... superbe ! J’ai eu l’idée un moment d* m’en faire une chaîne pour ma mon* tre... mais j’n’en avais pas d* montre. J’vous demande pardon, j’ bavarde, ça me fait perdre le fit. Voulez-vous avoir la bonté de reprendre du poste-cripton pour que f enchaîne?
VERDIER
a Le vent fit tomber son chapeau, qu’il ne se donna pas la peine...
MATHIEU
De ramasser... m’y voilà; écrivez: « Si ce je ne sais quoi tombé dans le fleuve était... un enfant ! celui qu'on a trouvédans les filets...» (Il parle.) C’est une idée.
VERDIER
Quelle idée !
MATHIEU
Tiens, elle n'est pas si bête, à c* qui me semble ! L’enfant qu’on.croyait mort, celui du hangar, est vivant... Un autre auquel on ne songeait pas est noyé. SI les filets ont fait r’irouvcr l’enfant, le chapeau fera r’ trouver l’homme. (Lui frappant sur l'épaule.) Qu’ est-ce que vous dites de ça ?
VERDIER, troublé.
Je dis... je dis...
MATHIEU
Je dis que je tiens le coupable.
Comment! tu tiens...
MATHIEU
Oui, plus je réfléchis, plus je suis s&r que c’est un enfant qu’on a jeté par dessus le pont.
VERDIER
Mais, malheureux, lu peux perdre un homme 6ur un simple soupçon.
MATHIEU
Et sur quoi donc que vous avez fait condamner mamselle Jeanne* puisque son enfant vit? Enfin v’ià toujours la chose.
11 veut prendre le papier.
MAGASIN THEATRAL
VERDIE»
Oh ! tout y est.
MATHIEU
Excepté le principal; je n'ai pas signé.
verdie», lui présentant l'écrit.
Eh bien, fais vite. (A part.) Que j'anéantisse ce malheureux papier.
Mathieu, ayant ligné.
Là... et maintenant...
VERDIER
Puisque c'est tout, reraets-le-raoi. 1 MATnitu.
Oh! non. ( Il plie le papier qu'il met tranquillement dùm ta poche.) A tout seigneur tout honneur. En vous remerciant de votre peine.
VERDIER
Comment, coquin 1
MATHIEU
N’ vous fâchez pas; je désire remettre la déclaration moi-même au président; il est juste que j'en aie le profit... vous en avez assez d'autres... verdier, d part.
Oh 1 si je pouvais le faire étrangler entre deux guichets... loi qui dois sortir d'ici dans quelques heures!... (Se frappant le front après un moment de réflexion. Haut.) Ainsi tu voudrais parler toimême au président?
MATHIEU
Comme vous dites.
VERDIER
A l'instant?
MATHIEU
Si ça s’, peut.
VERDIER
Je vais t’y conduire... il vient de rentrer.
Mathieu , se dirigeant uers l’entrée commune. Marchons...
verdier, l'arrêtant.
pas par là; à celte heure tout est fermé ; par un couloir particulier qui dans les cas extraordinaires mine au présidial; en voici la porte. (Il déligne une faune porte, à droite .) Je vais Couvrir.
MATHIEU
C'est ça... ouvrez.
VERDIER
Je marcherai devant toi.
MATHIEU
Ça me fera plaisir.
VERDIER
Ne va pas perdre ta déposition en route.
KATIIIEU.
Oh! elle est en sûreté dans ma bonne poche.
VERDIER
Alors parlons. (Il titre une clef de la poche.) Voyons si elle tournera facilement.
MATHIEU
Nous serons deux... Eh bien!... ça va-t-il?
verdier, après un effort.
Pas trop... c'est dur...
Donnez-moi donc ça; avec vos mains de beurre... (Il essaye.) Oui, c'est rouillé.
Il donne une forte secousse, lâ gâche cède, mais eu lies que la porte s'ouvre , c'est le pfiincher qui s'affaisse sous les pieds de Mathieu : il tombe dans une oubliette qui se referme par-dessus lui.
Mathieu, qu'on ne voit plus.
Ah!... ah!... ah!...
Au moment de la disparition de Mathieu, M“e de Nan- tcuil a paru à la porte secrète de droite.