INTRODUCTION
Avant d'aborder l'étude spéciale des filigranes, il est nécessaire de dire quelques mots du papier, dans lequel ils sont empreints. Il ne rentre pas dans le cadre de ce travail de retracer ses origines et son histoire’. Il suffira de rappeler que les Chinois désignent généralement Tsai-Loun, qui vivait environ 100 ans après J.-C., comme en étant l'inventeur ; que l’art de faire le papier fut introduit à Samarcande, vers 751, par des prisonniers de guerre chinois ; que de là, les Arabes le répandirent en Occident et que l’on constate vers 1150 l'existence de battoirs à papier en Espagne, à Xativa près de Valence, et vers 1276 en Italie, à Fabriano. Ce n'est pas ici, non plus, le lieu de décrire les procédés de fabrication du papier?, ni les progrès successifs qui y ont été apportés. Il convient toutefois de signaler ce qui distingue essentiellement le papier du parchemin et du papyrus, ses congénères, à savoir d'être, non une production naturelle, préparée ou travaillée d’une manière spéciale, mais une matière fabriquée, obtenue par la transformation d’autres produits. Ces produits (cordes, filets et chiffons blancs) battus, lavés et coupés en petits morceaux, étaient triturés et réduits en bouillie à l'aide de procédés de plus en plus perfectionnés. La pâte très liquide ainsi obtenue était amenée à un réservoir, appelé cuve, dans lequel l'ouvrier plongeait la /orme ou moule destiné à recevoir une cer-
1 Voy. sur ce sujet l'excellent Æssai sur l'histoire du papier d'Augustin Blanchet. Paris, 1900, 1re partie.
2 On les trouvera exposés dans tous leurs détails dans L'Art de faire le papier, par de la Lande. Paris, s. d. (vers 1762), fo.
Briquet. — Filigranes I.
taine quantité de pâte de papier, puis l’en retirait et lui imprimait quelques mouvements saccadés dans le but d’égaliser la matière et d'en bien entremèêler les filaments. L'eau s'écoulait à travers les fils de la forme et la feuille de papier ainsi produite était déposée sur un feutre. On empilait alternativement un feutre et une feuille de papier et on pressait le tout pour faire écouler le plus d'eau possible. Après cela, les feuilles étaient portées à l’étendage, et disposées sur des cordes où elles achevaient de sécher à l'air. On procédait ensuite aux opérations du collage et du satinage ; enfin on empaquetait le papier par rames de 500 feuilles.
Tels sont, dans leurs traits principaux, les procédés très simples, usités jusqu'au commencement du XIX°Ss., pour la fabrication du papier.
Le but essentiel de cet ouvrage est de faire cofnaître les caractères extérieurs qui différencient les papiers les uns des autres et qui permettent de les distinguer, de les classer, de leur assigner un àge et de fixer leur provenance. L'idéal serait de pouvoir déterminer le battoir d’où est sortie chaque sorte de papier et la date de sa fabrication. Inutile de dire que cet idéal est encore bien loin d'être atteint. Les caractères extérieurs du papier sont de deux genres : ceux qui se rapportent à la qualité, qui tiennent à la fibre elle-même et à la facon dont elle a été préparée, lavée et triturée, et ceux qui dépendent de la forme à l’aide de
laquelle chaque feuille de papier a été faite. Les
Introduction.
premiers de ces caractères sont d’un moindre intérêt et, pour la période qui nous occupe, d’une moins grande sûreté que les seconds. On comprend en effet que la pureté de la pâte, sa bonne trituration, sa solidité, sa plus ou moins grande translucidité, sa teinte blanche, grisätre, jaunâtre ou légèrement fauve, n’aient qu'une valeur relative et ne constituent pas des différences fondamentales. Il est certain que le même battoir n’a pas pu toujours fabriquer des papiers identiques à eux-mêmes ; qu’il a employé des matières variées, fait travailler des ouvriers d’habileté inégale, que les pluies ont souvent troublé les eaux les plus pures et que le temps, enfin, a modifié diversement, suivant les circonstances et les lieux où ils ont été conservés, des papiers ayant primitivement la même apparence.
Les caractères que la /orme imprime au papier sont plus essentiels ; ils se retrouvent sur toutes les feuilles et n’ont pas été modifiés par le temps. En raison même du mode de fabrication, chaque feuille produite sur une forme en a conservé l’empreinte, comme les médailles ou les monnaies gardent celle des coins auxquels elles ont été frappées. Les caractères transmis par la forme à la feuille de papier sont de quatre sortes : 1° le /ormat ; 2° et 3° les pontuseaux et les vergeures, qui varient de grosseur et d’écartement; 4° le jiligrane. Bien que, de ces quatre particularités, le filigrane soit la plus importante, il est bon de tenir compte des trois autres, qui peuvent être d’une réelle utilité dans plusieurs circonstances.
I. — Le format, c’est-à-dire les dimensions de la feuille, est déterminé (le mot l'indique) par la forme dont les contours extérieurs encadrent la feuille. Il ne faut pas oublier qu’au cours de la fabrication, pendant le séchage et le collage, le papier se resserre dans des proportions qui varient suivant les circonstances atmosphériques, de sorte que l’on trouve des feuilles faites avec la même forme et qui ont entre elles, dans leur plus grand sens, jusqu’à deux ou trois centimètres de différence.
Les dimensions du papier ont beaucoup varié, suivant les époques et les besoins. Les Arabes paraissent avoir connu et employé neuf formats de papier (Voy. Karabaceck, Das arabische Papier. Vienne, 1887, p: 71), savoir :
1° le papier pour la poste par pigeons, très mince, de 0",061 >< 0",091.
2° le papier ordinaire, de 0",142 >< 0",213.
a: » tiersdumansüri!,de0",162><0",244.
4° » demi » de 0",244><0",366.
2° » de 0",325><0",488.
deux tiers »
6° » mansüri réduit ou diminué, de0",448 a 072.
7° » mansürietdemide Bagdad, de0",488 0/83:
8° » de Bagdad réduit ou diminué, de Cat OP UTT,
9° » Tümär et de Bagdad, de 0",733
En Occident le nombre des formats a été moins considérable ; on n'a rien fait, du moins jusqu’au XVII s., au-dessous de 0",23 >< 0",35 ni au-dessus de 0",50 >< 0",74.
Pour l'Italie, un document intéressant nous renseigne d’une manière très précise sur les formats qui y étaient employés : c'est une inscription gravée sur marbre, que l’on voit dans l’officine de l'imprimerie Merlani à Bologne et dont nous sommes heureux de pouvoir donner une première et exacte reproduction. Elle est conçue en ces termes :
QUESTE SIENO LE FORME DEL CHUMUNE DE BOLLO GNA DECHE GRANDECA DENE ESSERE LE CHARTE DE BA BAXE CHE SE FARANO IN BOLLOGNA ESSO DESTRETO CH OME QUI DE SOTTO EDIVIXADO
que l’on peut traduire ainsi : « Que celles-ci soient les formes de la commune de Bologne, de quelles grandeurs doivent être les papiers bombycins qui se feront à Bologne et dans son district comme celles exposées ci-dessous ».
Au-dessous de l'inscription sont tracés, les uns dans les autres, quatre rectangles de la dimension des différents formats de papier avec les noms qui leur étaient donnés. Enfin les armes de la corporation des pharmaciens sont gravées aux deux côtés du marbre.
Le nom de /mperialle est donné à un format de 0",740 >< 0",500;
Le nom de ÆRealle à celui de 0",615 >< 0",445;
Le nom de Meçane à celui de 0",515 >< 0",345 ;
Enfin le nom de ecute à celui de 0",450 4 ones À RE
1 Le nom de mansürt donné à une sorte de papier arabe, le fut probablement en l'honneur du calife Almanzor (1101—30).
Introduction.
OQUASTE SIENO LEHORME DEL NUMUNE DELOULO
GMA DEGNE GRANDACA DEN ASSARA LACNARTE DOBA BAXG OhASAFARANO INBOLLOGNA 8SSO DES TRATO ON OMG QUI DBSOTTO EDIUIXADO :- |
(Dacana REÇUTE
Inscription fixant les formats du papier de Bologne
encastrée dans le mur intérieur de la maison occupée par l'établissement typographique Merlani, Via Aceuse à Bologne,
d’après une photographie de M' N. Morini.
Malheureusement cette intéressante charte lapi- :
daire ne porte aucune date. Il faut donc suppléer à cette lacune et chercher, par la forme des lettres, le style et l'orthographe, à déterminer l’époque de sa rédaction. M. le prof. C. Malagola, directeur des Archives d'Etat de Venise, précédemment directeur de celles de Bologne, que nous avons consulté à ce sujet, estime qu’elle est de la seconde moitié ou de la fin du XIV°s. Il base son appréciation sur le fait que l'inscription est en italien et non pas en latin, ce qui ne permet pas de la faire remonter jusqu’au XIII° s. L'absence d’abréviations (il n’y en a qu’une, au mot bambaxe) et la régularité des lettres, dont chacune n’a jamais qu'une seule forme, tendraient à faire considérer cette inscription comme étant du XV°s.; mais la forme des caractères, particulièrement celle des lettres S, T et D, autorise à l’attribuer à
la fin du XIV's. Cette opinion est confirmée par la comparaison avec une inscription existant à l'entrée latérale de la cathédrale de Bologne et qui porte la date de 1398.
La maison où est installée la typographie Merlai, dans la via Accuse, était occupée anciennement par la corporation des pharmaciens, à laquelle les papetiers ressortissaient à titre de oëbedienti privilegtati. On prétend qu'avant d’être fixée au mur de cette maison, la plaque de marbre était placée dans un faubourg de la ville, nommé Borgo Polese (du nom d’un papetier fabrianais), où l'industrie papetière était concentrée. Quoi qu'il en soit et indépendamment de son importance pour la connaissance des formats de papier, l'inscription de Bologne est intéressante à deux points de vue : 1° Elle porte la locution de charte de bambaxe (papier bombycin) et cela à une époque où chacun
savait péremptoirement que le papier ne se faisait pas avec du coton mais uniquement avec des chiffons de toile. Le papier bombycin est donc du papier ordinaire. 2° L'existence, à la fin du XIV°s., d'un règlement fixant les dimensions du papier témoigne de l’ancienneté et de l'importance de la fabrication de ce produit à Bologne. On n'aurait pas réglementé l'industrie papetière s'il n'y avait pas eu d'assez nombreux battoirs à papier dans la ville et dans ses environs.
Quant aux noms des formats indiqués, qui se retrouvent encore en 1579, dans le tarif de la Gabella grossa, de Bologne, trois d'entr'eux, émpérial, royal et moyen, sont connus et ont subsisté longtemps ; le quatrième est inconnu : la signification même du mot recute où rozzute n'est pas certaine. Nous pensons qu'il veut dire réduit, diminué, de même que, dans les papiers arabes, il y avait le manzüri diminué; ce serait donc un synonyme de petit. Le plus anciennement employé de ces formats, dans les papiers filigranés, semble avoir été le moyen, celui d'environ 0",345 >< 0",515, autant du moins qu'on peut le conclure d'après les papiers, presque toujours rognés, de la fin du XIII° s. et du commencement du XIV°. Mais, très vite, déjà à partir de 1310, on voit apparaitre le format royal d'environ 0",445 >< 0",615 et le format reçute (qui en est la moitié) d'environ 0",315 >< 0,450. Ces deux formats sont presque seuls employés en Italie ; c'est plus tard, vers 1390, que nous voyons reprendre l'usage du papier moyen, et c'est en 1379 que l’on note l'impérial, qui paraîit avoir été usité rarement. Le recute a graduellement diminué en Italie ; dans la première moitié du XV[° s., il mesure en général 0,305 %< 0",440 ; quelquefois même il descend à 0",29 X< 0",43. À Venise, les dimensions primitives avaient été maintenues, ou à peu près, et les papiers de la fin du XV°'s. et de la première moitié du XV/°, qui portent une contremarque à leur angle inférieur, mesurent environ 0",320 >< 0",440.
En France, le plus ancien filigrane de provenance certaine, celui aux armoiries de Bar (v. Armotries, poisson), qui remonte à 1348, est sur papier mesurant 0,32 >< 0",46. Ce format, à travers de nombreuses fluctuations, est demeuré sensiblement le même, avec une tendance à se rapetisser, jusqu'à la fin du XV° s., où les papiers français mesurent généralement 0",305 >< 0",430 ;
mais avec le XVI°s., le rapetissement s’accentue, ou bien il se crée de nouveaux formats, car, pour le seul papier aux armes de France, on trouve du papier de 0,285 x 0",405, en 1509; de 0,28
39, en 1527; de 0",275 << 0,370, en 1547, et de 0” ,9255<0%,33/en 1550!
A côté de ce format courant, nous trouvons, à partir d’une époque qu'il n’est pas facile de fixer. un format à peu près double, mesurant environ 0",415 >< 0",600 et correspondant au papier royal italien. Il est difficile de déterminer l’époque de son apparition, parce que ce papier se voit muni de filigranes d'une provenance incertaine. Si, comme nous le croyons, certains papiers à l'arbalète, à l'arc, à la balance, etc., sont français, il en résulterait que ce format double remonterait déjà à 1387. 1374 et même 1363. Les papiers de cette dimension dont la provenance française est bien établie, comme ceux aux filigranes du basilic, de l'agneau pascal, de l'ancre à croisette, se rencontrent dès 1413, 1416 et 1418. Le papier aux armes de France que l’on trouve en 1454 mesure 0,415 >< 0",600.
Avant d'aller plus loin, signalons un papier sans filigrane, mesurant environ 0",31 ><0",39, d'une vergeure assez fine (20 fils vergeurs occupent un espace de 0",038), et présentant 5, et jusqu à 8 pontuseaux (espacés de 0",043 à 0",072). Le papier qui a ces dimensions anormales est très abondant dans les minutes de notaires et autres documents, écrits à Perpignan entre 1330 et 1370. Nous ne l'avons pas rencontré ailleurs. Il serait intéressant de connaître sa provenance; nos recherches à ce sujet ont été vaines. Nous en donnons pl. B, n° 13, un fac-simile.
Vers 1560, apparaît, muni des noms des papetiers troyens Lebé, Nivelle et Denise, un papier qui mesure environ 0",345 x 0,450. Ce format a dû trouver bon accueil auprès des consommateurs, car son emploi s’est étendu aux autres régions papetières de. France.
L'autorité a souvent cherché à fixer et à unifier les formats du papier. On trouve, déjà en date du 10 mars 1398 (1399, nouveau style), une ordonnance de Louis de Tignonville, bailli de Troyes, portant: « Pour ce qu'il nous a esté relaté et affermé que « les paupelliers ou ouvreurs de pappier, soulz le « dit bailliage, ont retraits ou fait retraire et ap- « petiser les moles où ils font le dit pappier, et
Introduction.
« consequamment ycellui pappier, d'environ ung « bon doy de long et autant de large, et qu'ils n’ont « sur ce aucune mesure livelée, par quoy ils le « pourroient appetiser à leur optat, et avecque ce « les saings dont ils signent ycellui pappier ils « contrefont chacun jour et saignent au saing l’un « de l’autre, et le mauvais et moyen pappier au « saing du meilleur, en grant deception du peuple ; « pourquoy nous mandames piecà plusieurs des « ditz pappeleurs, lesquels confessèrent ce que « dict est, senz y assigner cause raisonnable pour « quoy fait l’aient, ains seulement disoient qu'il « n'avoient aucunes mesures d’iceulx moles, ne au- « cuns saings ordonnés, et les faisoient faire tels « que bon leur sembloit. Nous avons ordonné et « ordonnons que doresenavant ledit pappier soit « fait du grand et du large ancien, dont par nous « ou le prevost de Troyes sera bailliez la mesure « aux diz ouvreurs, et pour ce que aulcuns d'eux « font meilleurs pappier que les autres, chacun « d’eulx aura saings différans pour signer son pap- « pier, et sy contresigneront le meilleur du moyen « et le plus moindre l'un de l’autre, affin d'en avoir « congnoissance à pene de confisquation d’icellui « pappier au roy nostre dit sire!. »
Plus tard, les papetiers ayant été reconnus suppôts de l’Université, ce fut celle-ci qui règlementa le papier. À sa demande un jugement fut rendu le 4 avril 1540 ordonnant entr'autres « que le papier sera fait à la forme ancienne, tant en longueur, grandeur que largeur. » Malheureusement en 1540, pas plus qu'en 1398, on n'a d'indications sur les dimensions des formats.
Le 22 août 1567, les juges et consuls de Thiers (en Auvergne) fixèrent par un arrêté (qui reçut la sanction royale en mai 1582), non pas les dimensions mais le poids que devaient avoir les différentes sortes de papier, à savoir:
Le fin coronne, pesant 13 livres ou 13 livres et demye chascune rame.
Le cartier fin, 15 à 16 livres.
Le fin espaignol, 9 à 10 livres.
Le fin à la serpente, 7 !/, à 8 livres.
Le petit pappier fin, 9 à 91/,.
Le petit au pot, appelé petit larron, 7 à 7 !/,.
L'espaignol grosbon, 9 !/, à 10 livres.
1 Bibl. nation. ms. français, 2625, fo 73. Nous remercions M. L.
Morin de Troyes de nous avoir signalé ce document, encore inédit, croyons-nous.
Le pappier moulage, 13 à 13 1/,.
Le pappier à la campane, 9 à 9 !/..
Le gros-villain, 19 à 20.
Celui au grand pot, 13 à 13 !/,.
C'est aussi le poids et non pas les dimensions que les Conseils de Genève fixèrent pour le papier dans une publication du 28 juin 1563. Le papier, y est-il dit, doit être : « bien faconné, net, blanc, et bien collé comme appartient, bien tryé et compté et non cassé et de poids comme il a esté fait de tout temps, à savoir est : le petit papier, pesant de 6 à 7 livres, à 18 onces la livre ; le papier appellé la croix blanche et le petit longuet, de 9 à 10 livres : le messel et le moyen longuet, de 11 à 12 livres; le grand bastard ou la grande serviette, ou anglois, de 15 à 16 livres!. »
Le règlement fait pour l'Auvergne, en date du 30 décembre 1727, ne donne toujours que le poids que doit peser chaque rame de papier. Il faut aller, sauf erreur, jusqu'en 1730 pour trouver un règlement français fixant les dimensions du papier ; c'est celui fait pour la province du Limousin (du 12 décembre 1730) ; puis vient celui préparé pour la généralité de Rouen du 31 juillet 1731, et enfin le règlement général pour toute la France, du 18 septembre 1741.
Bien que, chronologiquement, il sorte du cadre de cette étude, nous pensons intéresser nos lecteurs en reproduisant ici ce dernier document, donné déjà par J. de la Lande? et souvent publié dès lors, mais en convertissant au système métrique les anciens poids et mesures.
L'arrêt du Conseil d’où il est tiré, modifiait sur quelques points celui du 27 janvier 1739, véritable code de l'industrie papetière en 61 articles. L'arrêt de 1741 n’en a que dix dont le troisième, seul nous intéresse, porte «que les Maîtres Fabriquants, outre les marques qui, suivant l’article XI de l’Arrêt du Conseil du 27 Janvier 1739, doivent être mises sur chaque feuille de papier, soient tenus, à commencer au premier Janvier prochain, d'y ajouter en chiffres mil sept cent quarante-deux, à peine deconfiscation, tant des formes dans lesquelles ladite marque ne se trouverait pas, que des Papiers qui auraient été fabriqués avec lesdites formes, et de trois cent livres d'amende contre les Maîtres Fabriquants. »
1 Reg. du Conseil, vol. 58, fo 71.
? Ouvrage cité, p. 99.
Introduction. 6
Tarif des Formats et Poids des Papiers, fin, moyen, bulle, vanant ou gros bon, fixés par arrest du Conseil d'Etat du 18 Septembre 1741.
Hauteur Largeur Minimum. Moyen. Maximum.
Millimètres. Kg. Kg. ; Kg.
Grand-Aiplée . LOGEMENT OU 988 61,614 64.059 et au-dessus Grand Sofeil RAR RP ET ne co uw LUE 974 51,345 54,768 58,680 Sole Lt en seu eue et ORPI OR DOI 00 798 39,120 42,054 et au-dessus Pet Soleil ETC TER Re AR AE ER PR 676 27,384 31,785 » GrandeiFleur défLys 20 EN Re DCE EM 0 839 32,274 34,230 36,186 Grand-Colombier ou Impérial . . . . . . . . . 575 859 41,076 43,032 et au-dessus à LÉlephant/. 130 6 Ce ENT A ER RU 812 39,120 41,565 » AAC ha peléts ser EURE, DE ARE MOINE RAT ER EE 812 29,340 32,274 » Pétit- Ghapelet ir te EU EN RTRERREE 785 26,895 29,340 » Grand-Atlas Pat Ci NEC ET ER ER C0 744 31,785 34,230 » PEU ATIA STE MUR TEE ES SRE 0 15 713 29,340 31,785 » Grand-Jésusou Super Royal me OR 52 704 23,472 25,917 » Grand-Royal étranger #4, SR 207 676 22,983 24,450 » Petite Fleur .de Lys CC ON EPS TRS 649 16,137 17.604 » Grand-Lombard' TS MEN RREPNE 571 663 15,648 17,604 19,560 Grand-Roôyal" 15,0 4e LOC CRE 26 613 14,181 15,648 et au-dessus Royal hs Pie Lemon MÉCRRRSRSERE ESC 595 13,692 14,670 » Petit-ROyal 26, 20 04 ea CNP ES 541 9,780 10,758 » Grand-Raïsin LME RC NE O0 613 122295 14,181 » Lombard Me ER CT RP ORNE ER 07 577 10,758 11,736 » Lombard ordinaire ou Grand Carré . . . . . . . 446 555 9,780 10,758 » Cavalier es on Un CP RE DENON REP 7 528 12380 7,824 » Petit-Cavalier MEME RE OT RTL) 473 6,846 1395 » Double:Clothe 51,1 "7N SRE SERRE AT 0 582 7,824 8,802 » Grande-licorne a1a1Cloche PR 00525 514 5370 5,868 » Cocher AT APRES Re TE A PA 291 392 3,912 4,401 » Carré ou Grand-Compte ou Carré au Raïsin . . . . Carré au Sabre ou Sabre au Lyon MNT CU +19 541 7,824 8.802 “ Carré très mince . . . . . . . comme le carré, mais la rame pourra ne peser que 6,357 etau-dessous Ecu, ou moyen compte, ou compte ou Pomponne . . 383 514 FRS 9,780 et au-dessus Ecu'très mince LEP RTE PO RER RS 514 5,379 etau-dessous Au Coutelas.i: 2" EURE RAR ER AN 514 7,824 8,313 et au-dessus Gränd-Meéssel., CON ONRORRR OTRE R R 06 514 6,846 15595 » Second-Messel 1 MN RER PNR 07 473 5,379 5,868 » Etoile, Eperon ou Longuet. Ml te ae es 10974 500 6,357 6,846 » Grand:Corneétie "ARR RE AE RE 00) 480 4,890 5,868 6,846 Grand-CornetStrés mince Re NO RE ne 480 3,868 etau-dessous À: la main ti ER APE RS 6 548 5,868 6,357 et au-dessus Couronne où Grfion PP 462 4,890 5,868 »
Couronne très Mince RE NE RE TR ER 3,423 etau-dessous Champy ou Baétard' PORN RL RS 458 5,379 5,623 et au-dessus Teillére,; grand format PR RE 6 469 4,890 5,868 » Cadran Re NE PR 0 412 4,890 5,868 »
Teillérer sise PREMIERE RERO MENT 433 5,623 6,112 » Pantalon 1:13. Se ATARI RE RE NS 433 4,890 5,379 » Petit-Raisin, ou Baston-royal, ou Petit-Cornet à la
grande Sorte . PRES MORT RO TN (OR 433 d 012 4,401 » Auxilrois O0ouStronds ou Génes NN ON 03 11 433 4,156 4,401 » Petit nom de JéÉSUS RS 408 3.429 3,667 »
Aux Armes d'Amsterdam, ou Propatria, ou Libertas . 327 419 SA, 6,112 » Cartier grand format Dauphiné . : . . . . . . 365 433 5,868 6,846 » Cartier grand format AS PER 728 433 5,868 6,357 » Cartier. :,1-5 0% Mit N NU TNRRNRREESES 11 408 4,890 5,379 » POLOU Gartertondinaire NN NE RS 11 392 4,401 4,890 » Pigeonnérouw Romainet 22-10 CPCRTTIREMER a 10279 410 4,156 4,890 » Espagnols Re ANNEE RE 0 11 392 3,912 4,401 »
LG LYS ee à 0 Pate LCI ON ARR RE EEE LI 381 3,912 4,401 » Petità latmain; tou Main fleurie ARE RON ES 370 3,667 3,912 » Pelit-Jésus. ni a diet ee CONS I M 207 358 2,689 2,934 »
Toutes les différentes sortes de papier au-dessous de 0",257 de hauteur seront de hauteur, longueur et poids, qui seront demandés. Le papier appelé Trace, ou Tresse, ou Etresse, ou Main brune, le papier brouillard ou à la demoiselle, et les papiers gris et de couleur, seront des largeurs, hauteurs et poids qui seront demandés.
En Allemagne on trouve pendant longtemps un seul format de papier qui oscille entre 0",300 >< 0",420 et 0",345 > 0,460 et qui, au cours du XVI° s., est généralement de 0,335 >< 0,440.
Le format double est rare et n'apparaît que tardivement, mais il est difficile de fixer la date de cette apparition, toujours par la raison que la provenance de certaines marques n’est pas absolument sûre. Si le papier au filigrane de la balance à long fléau est de fabrication allemande, le grand format se trouverait dès 1455. Mais parmi les filigranes dont la provenance ne laisse aucun doute, tels que les armoiries, nous ne trouvons le grand format que plus tard, ainsi : la pomme de pin d’Augsbourg, en 1501 ; la bande accostée de deux étoiles de Kaufbeuren, en 1535 ; la croix sur trois monts, en 1537 ; les trois tours de Prague, en 1538 ; les armoiries de Breslau, en 1541; les armes d'Autriche portées par une aigle, en 1542; les armoiries de Schrobenhausen, en 1553; celles de Nuremberg, en 1556; la crosse de Bâle, en 1560 ; le mur crénelé de Bautzen, en 1562 : les armes de Memmingen, en 1580. Pour plusieurs papeteries importantes, telles que celles de Ravensbourg, de Ratisbonne, d'Ettlingen et de Strasbourg, nous ne connaissons aucun cas de filigranes apposés sur grand format. Les deux formats, ordinaire et double, que nous venons de mentionner sont désignés le plus souvent dans les comptes à raison de leurs filigranes ; ainsi, pour le format ordinaire, la chancellerie d’Innsbruck achetait en 1567 de Hürnbain, papetier à Kempten, au prix uniforme de 1 f1.8 kr. la rame, les trois sortes de papier : à l'aigle, auK, et à l'ours, et pour le grand format les deux sortes appelées Gross-Regall et Adler-Regall, à 3 florins la rame. Des achats analogues sont rapportés dans la plupart des comptes de chancellerie ; mais on y trouve aussi un papier désigné sous le nom de median, mot qui semble signifier un format moyen et sur les dimensions duquel nous ne sommes pas suffisamment renseignés!.
1 Son rapport comme prix avec les deux autres formats ne donne pas les éclaircissements qu’on pourrait espérer. Ainsi à Bâle, de 1558 à 1562, le papier d'impression de format ordinaire, appelé Kronenpapier, est vendu à Froben à raison de 6 flor. la balle et-le median à raison de 8 flor. (R. Wakernagel, Rechnungsbuch der Froben und Episcopius. Bâle, 1881, p. 42 et 43). À Innsbruck, de 1565 à 1567, le papier de format ordinaire, comme on vient de le voir, est vendu 1 fl. 8 kr. la rame, le regall 3 fl. et le median 2 1. À Gratz, en 1577, le papier de format ordinaire est vendu 1 fl. 30 kr. la rame, le regall 5 fl. et le median 4 fl. (Communication obligeante de M. le Dr von Zahn, archiviste).
IT. — La vergeure du papier est produite par les fils de laiton de la forme, qui retiennent la pâte suspendue dans l’eau et qui, en la retenant, y déposent leur empreinte. En regardant le papier par transparence, on y voit des lignes alternativement foncées et claires. Les lignes foncées sont produites par la plus grande épaisseur de pâte contenue entre les fils; les lignes claires, au contraire, sont formées par l'incrustation du fil vergeur dans la pâte, c'est-à-dire par une épaisseur moindre. Les fils vergeurs sont fins et serrés au XIIL° s.; ils deviennent gfos et espacés vers le milieu du XIV?, puis redeviennent fins et serrés. L'espace occupé par vingt vergeures, varie entre les limites considérables de 16 à 80 millimètres (PL. A, n° 1 et 2), la moyenne courante étant de 25. On remarque dans un grand nombre de papiers fabriqués pendant un demi-siècle environ (1340-90), une particularité caractéristique. En regardant ces papiers par transparence, on voit au travers de la feuille, à mi-hauteur, une ligne sombre, comme si un fil vergeur avait été supprimé. En réalité, tel n’est pas le cas ; mais ce fil a été remplacé sur la forme par deux ou trois fils très fins, qui, ayant une épaisseur moindre que les autres, ont amené le dépôt d’une épaisseur de pâte plus forte qui se traduit à la vue par la ligne sombre qui vient d'être mentionnée. Le même papier offre sur ses bords, en haut et en bas, une vergeure plus fine et plus serrée que dans le reste de la feuille. (PI. À, n° 5 et C, n° 18.) La vergeure est parfois constituée de fils métalliques de grosseur inégale; lorsque ceux-ci sont utilisés avec art, il en résulte une sorte de réglure du papier dans la pâte, qui devait être agréable aux scribes de l’époque (pl. À, n° 8). Notons encore une autre particularité de la vergeure, qui ne se renconjre que durant un demi-siècle, à partir de 1445 jusqu’à la fin du XV°s. Ce papier, vu contre le jour, offre, indépendamment des vergeures, des stries alternativement foncées et claires espacées d'environ cinq millimètres (pl. A, n° 7). Nous ne savons comment expliquer cet aspect très spécial de la vergeure qui avait déjà frappé Camus! et à laquelle nous donnons le nom de cannelée. Les papiers qui présentent ce caractère sont, pour la plupart, Or1ginaires du nord de l'Italie, du Piémont en parti-
culier.
1 Notice d’un livre imprimé à Bamberg en 1462, Paris, an VII.
Introduction.
Il est à peine besoin de dire que la vergeure du papier a beaucoup varié dans le cours des siècles. En Italie le goût d’un papier fin amena, dès la seconde moitié du XV° s., l'emploi de fils métalliques extrêmement ténus et cette mode se propagea en France, où l’on réussit, au XVI° s., à fabriquer des papiers aussi minces et d'une vergeure aussi serrée qu'en Italie.
III. Les pontuseaux sont, à proprement parler, des bâtonnets en bois, taillés en arête et placés dans la forme, perpendiculairement aux fils vergeurs pour les empêcher de fléchir. Mais ces bàtonnets seuls ne laisseraient pas de trace sur le papier !. L'empreinte, qui se voit presque toujours distinctement, est produite par un fil métallique tendu par dessus les fils vergeurs ; il les serre contre le bâtonnet en bois et les empêche de se déplacer ou de chevaucher les uns sur les autres. Nous ne nous expliquons pas autrement l'apparence de certains papiers où les pontuseaux sont distendus ou courbés (PI. B, n° 9); toutefois, ce fil n'atteignant pas suffisamment le but, on a très vite cherché à lier, d’une manière plus effective, les fils vergeurs aux pontuseaux, résultat qui a été atteint en les cousant pour ainsi dire les uns aux autres à l’aide d’un fil très fin, tantôt d'une manière intermittente ou irrégulière, tantôt d'une manière continue ou en sautant un fil vergeur (PI. B, n° 10, 11 et 12).
Le nombre des pontuseaux a beaucoup varié dans le cours des âges, ainsi que leur écartement. Dans les papiers de format ordinaire (de 0",32 >< 0",45 environ), il y en a habituellement sept à dix (espacés de 0",045 à 0,060), au XIII s. et dans la première moitié du XIV°; de dix à quatorze (espacés de 0,028 à 0,040), dans la seconde moitié du XIV°s. et dans le XV°s., et jusqu à vingt à vingt-quatre (espacés de 0",018 à 0",025) à la fin du XV's.et au XVI°(PI.B, n* 14,15 et 16). Un plus grand rapprochement des pontuseaux paraît donc avoir été de tout temps un signe de progrès ou d'amélioration. C’est pourquoi, lorsqu'on rencontre le même filigrane sur deux papiers différents, il faut tenir pour le plus ancien celui où les pontusceaux sont le plus espacés ?.
! Desbarreaux-Bernard (Catalogue des incunables de la Bibl. de Toulouse, Toulouse, 1878, p. xxr1) mentionne du papier sans pontuseaux, qui est probablement le produit de formes ainsi établies.
? Dans les papiers de grand format, l’écartement des pontuseaux
Certains papiers, surtout ceux de provenance italienne, présentent cette particularité d’un écartement plus grand des deux pontuseaux entre lesquels est placé le filigrane (PI. C, n° 20). Dans cet intervalle plus grand souvent se trouve tendu un pontuseau supplémentaire qui supporte le filigrane (PL..C, n*#21et22°)
D'autres papiers, à partir de la fin du XIV°s., mais surtout et d’une manière continue au XV[°s., ont, à chacun des bords de la forme, un pontuseau supplémentaire, constitué par un gros fil de laiton appelé #ranche-file, lequel est séparé de son voisin par un espace plus petit que celui qui existe entre les autres pontuseaux (PI. B, n° 17).
IV. Le filigrane, empreinte laissée en creux dans la feuille de papier par un ornement en fil de métal fixé sur la forme, est, de toutes les particularités qui différencient les papiers, la plus importante et la plus facile à saisir.
On a beaucoup agité la question de savoir dans quel but les filigranes avaient été imaginés et employés ? Constatons d’abord que l'emploi général des filigranes démontre leur raison d'être ; ils avaient une utilité, ou pour celui qui en faisait usage, ou pour l'autorité qui l’imposait, ou pour le consommateur de papier qui l’exigeait.
Quant au problème intéressant de la signification des filigranes, on peut le formuler ainsi : Pourquoi tel moulin à papier a-t-il pris telle marque pour son papier de préférence à telle autre? Est-ce affaire de pure fantaisie personnelle ou y a-t-il dans ce choix un motif sérieux ? La réponse à cette question ne saurait être absolue ; elle variera selon les époques et les pays. Ecartons d'abord une hypothèse mal fondée ; celle selon laquelle les filigranes cacheraient une signification symbolique et auraient été apposés par des affiliés à des sociétés secrètes ou à des confréries religieuses. [arold Baylay (dans un article intitulé : Hidden symbols of the rosicrucians, paru dans le Baconiana, a quarterly magazine, Londres, 1903, n® 1 et 2) donne les dessins d’un certain nombre de filigranes à l'appui de cette manière de voir; ainsi un serpent se mordant la queue (n° 5, Paris, 1736), symbole du cercle de l’éternelle sagesse ;
est à toutes les époques plus considérable que dans ceux de petit format, fait dont il faut tenir compte quand on compare à ce point de vue deux feuilles de papier.