SPÉCIMENS DE PONTUSEAUX PI. B
9. Pontuscaux distendus. Pap. italien. (Reggio d'Emilie, 133L.
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11. Pantusecaux cousus d’une façon 12. Pontuseaux cousus à la vergeucontinue à la vergeure. Pap. de prov. re, en sautant un fil. Pap.de prov. incertaine. (Berne; 1395.) incertaine. [(Chaussin, 1424.)
13. Pontuseaux espacés d'environ 72 millimètres. Pap. sans filigrane. Prov. incertaine. (Perpignan, 1357.
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14. Pontuseaux espacés d’environ 38 millimètres. Papier français. Ecrit en Bretagne en 1476.
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10. Pontuseaux cousus de loin en loin à la vergeure. Pap. italien. :Trévise, 1382.)
15. Pontuseaux espacés d'environ 23 millim. Papier francais. Ecrit à Châteaudun en 1490.
16. Pontuseaux espacés d'environ 17 millim. Pap. francais. (Béziers, 1594.)
17. Pontuseaux et tranche-file. Pap. français. (Lorraine,.1399.)
20. Filigrane posé entre deux pontuseaux plus espacés que les autres. Papier italien. Ecrit à Bologne en 1385.
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18. Filigrane posé sur une vergeure supplémentaire fine disposée au milieu de la feuille, Papier italien. Ecrit à Avignon en 1370.
21. Filigrane posé sur un pontuseau supplémentaire placé entre deux pontuseaux plus espacés que les autres. Papier italien. Ecrit à Bologne en 1390.
19. Filigrane posé sur un des pontuseaux; ceux-ci étant réguliérement espacés. Papier probablement français. Ecrit à Verdun en 1390.
22. Filigrane posé sur un pontuseau supplémentaire placé entre deux pontuseaux plus espacés que les autres. Papier italien. Ecrit à Pistoie en 1468.
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Introduction.
une fleur de lys (n° 11, Paris, 1677), emblême de la Trinité ; un coq (n° 13, Paris, 1745), symbole de l'aurore; un cerf (n° 17, Paris, 1699) personnifiant l'âme chrétienne soupirant après l’eau de la vie éternelle, etc. Tous ces objets et bien d’autres ont effectivement un sens symbolique, mais il faudrait prouver qu'ils ont été choisis comme filigranes en raison de ce sens, et non comme tant d’autres objets qui en sont dépourvus. L'auteur donne encore à l'appui de sa thèse, sous les n°* 26, 27, 28 et 29, des filigranes reproduisant dans un cartouche un nom entier de papetier.
Ces noms sont séparés de l’initiale du nom de baptême par un signe représentant : un cœur surmonté d’une plume, un cœur surmonté de deux épées et un cœur surmonté de la colombe du Saint- Esprit. M. Baylay voit dans ces marques accessoires des symboles ; or ce sont tout simplement les marques de fabrique de ces papetiers, telles qu'on les trouve dans le Tableau des noms, surnoms et marques des fabricants de papier (d'Auvergne), dressé en 1732 par Madur et qu'a reproduit M. Cohendy dans sa Vote sur la papeterie d'Auvergne (Mémoires de l'Académie de Clermont, Clermont, 1862). Grâce à ce recueil, nous pouvons compléter les noms des n° 28 et 29 que Baylay n'a pas pu lire en entier, ce sont ceux de F. Francolon et de B. Quiquandon. Dans la même revue Baconiana, 1903, n° 4, M. William Krisch, dans un article intitulé The raison d'être of mediæval papermarks, estie qu'il est une classe de filigranes qui sont la marque emblématique d'associations ou
de confréries, et que les papiers qui en sont munis .
ont été faits à l'intention de ces associations. A l'appui de cette idée l’auteur reproduit 21 filigranes. Dans les n° 1 à 3 (Londres, 1634), M. Krisch veut voir une truelle, celle du grand architecte et dans les lettres I L C, que l’auteur lit I L G et qui accompagnent le n° 3, les initiales du mot Illustris Geometris. Les n* 4 à 21 sont tirés des Gresham's Works, Londres, 1605 ; deux sont au raisin, les autres au pot à une ou deux anses, marques qu'il considère comme symboliques.
Dans les marques du pot à deux anses, l’auteur lit dans ces deux anses les lettres SS, dont une est renversée et il les interprète comme les initiales de Spiritus Sanctus. Puis, dans ce que nous considérons comme les initiales de papetiers, il voit l’abrégé de mots ou de phrases ; ainsi il in-
Briquet. — Filigranes, I.
terprète dans le filigrane n° 11 les lettres S I par Saluti ; dans le n° 15, H P par Aierosolymam peto ; dans le n° 18, P B par Pro bono ; dansle n° 9, P O par Poto ; dans le n° 17, P par potos ; dans le n° 16, 1 B par /dem bibo ; dans le n° 19, D B par Det benignitate ; dans le n°12, D C par Dei caritate; dansle n°7, R G par Æogo gratiam. Tout cela dénote beaucoup d'imagination, mais ne saurait être admis sur une simple affirmation. L’auteur se bute à ce fait que, dit-il, on trouve dans un assez mince volume in-4° jusqu'à cinquante (!?) marques différentes, et que ces marques ne pouvant pas désigner des formats ou des sortes distinctes, il faut qu'elles indiquent autant de papetiers différents, ce qui est inadmissible, selon lui. Et cependant, qu'y a-t-il d'extraordinaire que dans un pays où le papier était importé de l'étranger, on trouve des mélanges pareils? Il y a eu, de tout temps, des marchands en gros, intermédiaires entre les petits fabricants, dont ils réunissaient les produits, et les imprimeurs ou gros consommateurs de l'étranger. Ce qui se passait dans les Pays-Bas à l'époque des incunables (Voy. Agneau pascal, n° 26, note) s'est passé en Angleterre au XVII s. En Auvergne, où le filigrane du pot était très usité, on comptait à Thiers, en 1567, vingtsept maîtres papetiers, et à Ambert, en 1577, on détruisit cinquante moulins à papier qui gênaient la défense de la ville. L'état des manufactures de papier établies aux environs d'Ambert, dressé pour l'Intendance, en 1717, porte 57 moulins en activité, 42 vacants et 20 détruits. Il n’est donc pas surprenant de trouver réunies les marques d'un grand nombre de papetiers de la même région. En outre, il y a des faits positifs établissant que les lettres accompagnant les filigranes sont les initiales des papetiers. Dès 1567, à la demande des intéressés, un règlement des juges et consuls de Thiers exige « que doresnavant chascun maistre fera son nom et marque tant aux feuilles que sur les rames du pliage, mectant en chascun feuilhet les deux lectres du nom et surnom du maistre qui le fera°. » En 1582, une ordonnance de Henri III vint sanctionner ce règlement; elle porte : «Que chascun maistre fera et imprimera
1 Guillemot, Documents inédits pour servir à l'histoire des industries thiernoises, dans les Mémoires de l'Académie de Clermont, 1877.
? Guillemot, op. cit., p. 8
Introduction.
son nom et marque tant aux feuilles et sur les rames ou pliages ; et seront en chascun feuillet mises les deux lettres du nom et surnom dudict
maistre qui le fera!. »
La signification symbolique étant écartée, il faut admettre que ce sont les papetiers qui ont introduit les filigranes comme une marque personnelle ou de fabrique, pour distinguer leurs produits de ceux de leurs concurrents. L'examen des marques les plus anciennes, celles du XIIT°s., le prouve clairement, et si quelques auteurs ont émis des opinions différentes, c’est sans doute qu'ils n'avaient pas connaissance de ce premier âge des filigranes. Pendant longtemps, en effet, les papiers de l'Occident, comme ceux des Arabes, ont été fabriqués sans filigranes ; la première marque apparaît vers 1282 : c'est une croix. En 1285. on trouve la fleur de lis, mais aussi une lettre, un B accompagnant la croix ; en 1286, la lettre I; en 1288, un A et les lettres I A ; en 1289, un filigrane douteux qu'on peut prendre pour les trois lettres S I P ; en 1290, trois O ou trois petits cercles; en 1292, les lettres C et I O ; en 1993, les lettres M et P; en 1294, les lettres G, S, FGet IG: en 1295, la lettre L; en 1296, lésPlertres AN TMEEENEen20 7 /lestlettres CN; "Fe Z et MC ; en 1298, les lettres FM. II est inutile de prolonger cette nomenclature. Si l’on conservait des doutes sur la signification de ces initiales, ils seraient levés dès les premières années du siècle suivant, où se trouvent, à partir de 1307, les noms eux-mêmes, en entier, de quelques papetiers.
Dans les vingt premières années du XIV° s. surgissent, filigranés, les noms d'une vingtaine de papetiers qui paraissent être originaires de Fabriano (Italie) ou de ses environs. Cet usage, probablement local et qui prouve péremptoirement que les filigranes étaient des marques individuelles, a été vite abandonné. Peu de gens savaient lire à cette époque d'ignorance générale et la marque ainsi apposée n'était pas assez reconnaissable et n'atteignait pas suffisamment son but. Aussi les papetiers y renoncèrent promptement et recoururent à un signe quelconque, imitant en cela les autres artisans de leur temps. Ce signe devint leur signature, facilement distinguée par des tiers.
! Guillemot, op. cit., p. 24.
Ce n’est que plus tard, au début du XVI° s. et avec les progrès amenés par l'instruction, que l'idée de filigraner les initiales ou le nom entier du papetier a reparu.
Mais, outre leur signification comme marque individuelle, les filigranes ont été promptement employés comme signes de provenance et ont désigné, non un papetier, mais un moulin à papier. On sait, en effet, que la qualité du papier ne dépend pas seulement de l'habileté et des soins du fabricant, mais aussi de la situation de l'usine et, en particulier, de la pureté et de la régularité des eaux qui l'alimentent. Il en résulte que, pour le consommateur du moins, la marque doit attester la provenance du papier plutôt que faire connaître l'artisan par qui il a été ouvré.
Lorsqu'il y avait plusieurs papeteries dans la même région, les filigranes y ont souvent été usités comme marque de provenance nationale ou provinciale. Les armoiries de villes, de seigneuries, d'états, se rencontrent fréquemment, accompagnées de signes individuels ou d’initiales, qui permettent de distinguer les produits des différents moulins employant ce filigrane commun. Tel est le cas pour la crosse de Bâle, que l'on trouve avec les initiales et les armes parlantes de Hans Ecklin (en français : petit angle) ; avec le monogramme (formé des lettres MG sommées d’une croix) des Heusler ou Hüssler ; avec la tour, armoiries des Thurneyssen ; avec trois anneaux, armoiries parlantes des Düring ; avec les initiales et la maison, armes parlantés de Nicolas Hüssler etc. Ces signes ou marques accessoires, accompagnant ou chargeant le filigrane principal, méritent une attention toute spéciale, car ce sont elles qui font connaître le papetier.
Le filigrane devait aussi renseigner le consommateur sur le format et la qualité du papier. Le format parlait assez de lui-même, pour qu'il ne fût pas nécessaire, à l’origine, de le distinguer par une marque particulière. Toutefois, comme il régnait une assez grande diversité entre une région et une autre et que, par exemple, au XV[°Ss., l'écu de France, la crosse de Bâle, le /ion portant l'écu de Zurich, étaient apposés sur des papiers qui n'étaient pas exactement de même grandeur, le consommateur, peu à peu, distingua ces différents formats et les désigna par le filigrane qu'ils portaient ; de là les noms d’écu, de crosse, de lion,
Introduction.
Filigranes à la Crosse de Bâle accompagnée des marques personnelles de papetiers.
Düring, 1567.
Friedli Hüssler, 1543.
usités en Suisse, encore de nos jours, pour désigner trois formats de papier. Plus tard, les exigences croissant avec le développement de l'imprimerie, le nombre et la variété des formats augmentèrent et, au XVIII s., on finit par leur appliquer les noms de marques connues, qui primitivement étaient sans rapport avec le format, tels que la cloche, la coquille, le raisin, etc.
La qualité, qui comprend aussi l'épaisseur, a dû être plus vite spécifiée que le format; elle est moins facilement reconnaissable que lui, et le papetier a dû avoir, de bonne heure, intérêt à fabriquer au moins deux sortes de papier blanc.
de
EN
Hans Ecklin, 1578.
Thurneyssen, 1561.
Nicolas Hüssler, 1591.
Pour les distinguer l’une de l’autre, il suffisait de modifier la marque primitive usitée par le battoir; ainsi lorsqu'il s'agissait d'armoiries, le papier ordinaire était filigrané d’un simple écu, et celui de
de
Filigranes de la papeterie de Zurich employés simultanément dès 1541.
première qualité, de l’écu accompagné de son support ; tel était le cas pour le papier de Zurich, au milieu du XVI° s.!. De même, lorsqu'un fabricant apposait son nom entier sur le papier fin qu'il produisait, il se bornait à placer ses initiales sur la qualité inférieure. Toutefois ce procédé, si simple, ne paraît pas avoir été suivi d'emblée ; il est probable qu'au XV° s. et, à plus forte raison au XIV°, chaque papeterie employait des filigranes différents pour désigner les qualités différentes de ses produits. C'est ce que l'on peut conclure de l'exemple de Ravensbourg (Wurtemberg), dont le papier, au milieu du XV°s., portait trois marques : 1° la tour, pour le beau papier ; 2° la téte de bœuf, sans yeux, surmontée d’une tige à croix, pour le moyen ; 3° le Auchet, pour le plus ordinaire ?.
Quant aux papiers d'emballage, ils paraissent avoir été fabriqués avec les formes usagées, employées précédemment pour le papier blanc. On en trouvera, dans ce recueil, plusieurs exemples pour les XV° et XVI':s.
Ainsi le filigrane a eu plusieurs significations successives et il a désigné tantôt le papetier, tantôt le moulin à papier, tantôt le format, tantôt la qualité, comme le confirment les mentions d'achats de papier qui se rencontrent fréquemment dans les comptes.
Au XII s., en Italie, les filigranes commençaient à peine; il n'est donc pas surprenant que le papier ne soit accompagné, dans les comptes de cette époque, d'aucune spécification. Il est toujours appelé carta bambagina ou bambagie, tantôt à la gran forma, tantôt à la piccola forma. C’est ce terme de carta bambagina où charta bombycina, généralement usité du XIII° au XV°s., qui a fait croire aux paléographes du XVIII s. qu'il existait réellement un papier fait de coton, tandis qu'on
1 La location faite par la seigneurie de Zurich à Christophe Froschauer, en 1549, du battoir à papier de la ville, stipule que le papier à écrire doit être marqué mit unserm kleinen Zürich Schiltli et le meilleur au lion {einen Lüwen für das subrist und best geachtet). s
? Voy. Beyschlag, Beiträge zur Kunstgeschichte der Reichstadt Nürdlingen. Nôrdlingen, 1800, p. 22.
3 Voy. Briquet, La légende paléographique du papier de coton, tirage à part du Journal de Genève, du 29 octobre 1884, reproduit dans le Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire, de Léon Techener, 1884, p. 498 et suiv.; et Recherches sur les premiers papiers employés en Orient et en Occident, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. XLVI, p. 85. Paris, 1885 ; — Wiesner, Die mikroskopische Untersuchung des Papiers. Vienne,
n'a jamais fabriqué, ni chez les Arabes, ni en Occident, que du papier fait avec des chiffons, des cordes ou des débris de toile et de fil.
Au XIV°'Ss., le papier est désigné dans quelques comptes à l’aide des filigranes qu'il porte ; ainsi à Sienne, en 1334, le papier del signo della stafa (étrier) et, en 1338, celui à l’angiolo (ange). Il va sans dire que les papetiers usaient du même moyen de désignation ; aussi n'est-on pas surpris de lire dans le précieux livre de comptes d’un papetier fabrianais, et pour les années 1363 à 1366, le signalement de 58 sortes de papiers désignés par leurs filigranes!. Mais ce qui se rencontre le plus habituellement, c'est, outre la mention à la grande ou à la petite forme, celle de provenance. En France, soit dans le Midi (à Perpignan et à Montauban) soit au centre (à Paris) ou au Nord (à Amiens), on trouve l'indication de papier {ombard ou de Lombardie. Xl est prouvé par là qu'il était importé en France par les Lombards, mais il n'est pas certain qu'il fût fabriqué dans leur pays. Signalons aussi à Montauban, en 1343 et 1344, du papier catalan? ; ici encore, nous pouvons faire la même réserve et croire que les Catalans, habiles négociants, vendaient le papier mais ne le fabriquaient pas eux-mêmes *. En 1381, il est parlé de papier de Pignerol.
Au XV°s., le papier est spécifié de manières beaucoup plus variées par des indications de formats : petit, grand, moyen, royal; de provenances : de Venise, de Bologne, de Fabriano, de Colle, de Prato, de Pescia, de Ravensbourg, de Troyes, etc.; de filigranes : balestro (arbalète), croce (croix), occhiali (lunettes), guanto (gant), Schlüssel (clef), Berg (monts), Ochsenkop/f(tête de bœuf), ancre, ete.
Enfin, au XVI°s., la production du papier s’accroit énormément et les désignations se multiplient. Les comptes mentionnent quantité de formats: raisin, médian, royal, impérial, messel, longuet, bastard, carré, serviette ; de qualités : fin, grosbon, buvard, pour emballage, pour escrire, pour imprimer ; de provenances : de Venise, d'Essone, d'Auvergne, du Comtat, de Troyes, de Lyon, de Dresde, de Kaufbeuren, de Kempten, de Wat-
1 Zonghi, Le antiche carte fabrianesi. Fano, 188%, p: 11.
3 Ed. Forestié, Les livres de comptes de Fr. Bonis. Paris et Auch, 1890.
5 Ils le tiraient probablement de Valence, où l’industrie papetière florissait alors.
tens (Tyrol), d'Augsbourg, de PBraunau, etc.; de filigranes : couronne, grand rosier, escripteau, serpent, pot, écu, aigle, ours, au K, téte de bœuf, croix blanche, trompette, éperon, etc.
En dernier lieu, le filigrane a été employé pour indiquer l’année de la fabrication du papier. Les règlements de Louis XV sur la papeterie française, des 27 janvier 1739 et 18 septembre 1741, imposèrent aux fabricants l'obligation de marquer leurs nouvelles formes du millésime de 1749, et cette date figura, pendant une longue suite d'années, sur tous les papiers fabriqués en France. Mais, auparavant, l'usage s'était introduit de placer un millésime sur la forme. Le renouvelait-on toutes les années ? cela est extrêmement probable. On verra dans ce recueil, au mot millésime, plusieurs exemples de filigranes accompagnés d'un millésime. Les premiers en date ont un caractère plutôt exceptionnel. C'est d'abord un écu armorié avec le chiffre 1545 (une marque analogue a été fournie par Stoppelaar au millésime de 1546). Un autre écu, portant deux lettres, est accompagné des millésimes 1545 et 1547 (Stoppelaar l’a trouvé avec celui de 1548). L'Ecu de France est accompagné de la date 154.. (le dernier chiffre est illisible). Le globe de l'empire se voit avec le millésime 1551, mais le long emploi de cette marque, sans changement de date, laisserait supposer qu'il s'agissait plutôt de rappeler une concession, un privilège quelconque, que de signaler l’année de la fabrication du papier. Le millésime de 1568 accompagne les lettres F P couronnées, celui de 1594 l'aigle bicéphale dans un écu couronné, et celui de 1598 l’écu de Saxe surmonté d’un nom illisible.
Avec l'aigle impériale au nom d’Olmuz (Olmütz, en Moravie), apparaît une série de millésimes qui ne laissent plus de doutes sur le but de leur emploi : indiquer l’année de la fabrication du papier. Cet écu se rencontre avec les millésimes de 1578, 1579, 1582, 1583, 1584, 1586, 1587, 1598, 1599, et il est probable que l’on trouverait, en cherchant bien, les dates intermédiaires. En France, le pot se voit avec les millésimes de 1596, 1598 et 1609 (Likatscheff le donne en outre avec celui de 1601). Au XVII s., l’usage se généralise, tout particulièrement en Auvergne.
Les papiers filigranés au millésime offrent un moyen facile de constater combien de temps après
Introduction.
sa fabrication un papier a été mis en usage. Le calcul fait sur les marques que nous avons relevées, ou qui ont été reproduites par d’autres auteurs, fournit les résultats suivants, dont nous donnons le détail au mot millésime. Pour le XVI° s., dans 95 cas observés, le temps moyen écoulé entre l’année de la fabrication du papier et celle de son emploi est de 4 ans et 4 mois et, si l’on fait abstraction du filigrane mentionné plus haut, au millésime de 1551, cette durée descend à 3 ans et 1 mois. Pour le XVII° s., dans 40 cas observés, cette durée tombe à l'an‘et 3 mois.
Pour terminer ce qui à trait à la signification des filigranes, il faut rappeler les édits royaux de 1739 et 1741, mentionnés plus haut, et à teneur desquels le filigrane proprement dit (cloche, raisin, pot, etc.) devait indiquer un papier d’un certain format et d'un certain poids. La qualité devait être indiquée en toutes lettres par les mots : fin, moyen, bulle, vanant ou gros-bon. Le fabricant devait mettre son nom en entier sur le papier fin et ses initiales sur les autres sortes ; enfin, le nom de la province (Auvergne, Angoumois, Champagne) devait accompagner le millésime de
Les sujets choisis pour servir de filigrane offrent une grande diversité et représentent plus de deux cents objets différents, des écus ou armoiries en nombre plus considérable, des noms de lieux et de fabricants, et jusqu'à des devises. Quelques-unes de ces images donnent, des choses et des idées des temps passés, une illustration intéressante. La signification de quelques autres est douteuse ou échappe complètement (voy. à la fin du recueil les filigranes sans signification). Le merveilleux y joue son rôle sous la forme d’animaux fantastiques : basilics, dragons, licornes, sirènes etc., etc. Les objets religieux n'y sont pas étrangers ; ainsi des anges, des saints avec leurs attributs, le mouchoir de Sainte-Véronique avec la Sainte-Face, le Saint-Père couronné de la tiare (voy. au mot Aomme), la scène de l'Annonciation (voy. au mot Ange).
Le filigrane n’occupe pas toujours la même place sur tous les papiers. Au point de départ, à la fin du XIII et au commencement du XIV°s., il fut apposé d’une manière arbitraire et variable, mais, peu à peu, l'usage lui assigna une place fixe. Dans la règle, la marque est placée à peu près au
Introduction.
centre d’une des moitiés de la feuille et son axe vertical est disposé dans le sens des pontuseaux. Par abréviation, nous appelons verticales les marques ainsi disposées. En Italie, le filigrane, dès la fin du XIV°s. fut placé sur un pontuseau supplémentaire, tendu entre deux pontuseaux plus espacés que ceux du reste de la feuille (voy. pl. C, n°® 21 et 22). Hors de la péninsule, cette tradition n’a, croyons-nous, été suivie qu'à Ravensbourg. Ailleurs, le filigrane est placé tantôt sur un pontuseau (voy. pl. C, n° 19), tantôt entre deux pontuseaux, mais toujours vers le centre d’un des feuillets, et généralement d’une manière symétrique sur les deux formes employées simultanément dans la fabrication du papier, c’est-à-dire sur le feuillet gauche, pour l’une d'elles, sur le feuillet droit, pour l’autre. Certaines régions ont eu d’autres habitudes et l’on trouve des filigranes dont l'axe vertical est placé dans le sens des vergeures. Par abréviation, nous appelons horizontales les marques ainsi disposées. D’autres sont posés au centre de la feuille ouverte, ou vers un des bords, ou au coin. À Genève, un règlement du 27 janvier 1562, qui, certainement, ne faisait que consacrer un usage plus ancien, exigeait que la marque fût placée au centre de la feuille ouverte, « affin que la marque n'empesche point l'ouvrage de l’impression, » dit le registre du Conseil !. Plusieurs régions ou moulins (ainsi dans l’Angoumois) avaient pour tradition de poser le filigrane vers le bord de l’un des feuillets, à peu près à mi-hauteur. À Gênes, à partir de la fin du XVI°s., l'usage s’introduisit de le placer à un des angles inférieurs de la feuille. À Venise, dès la fin du XV°s., cette place était réservée à la contremarque du fabricant, tandis que le filigrane principal était apposé vers le centre de l’un des feuillets. Ces particularités peuvent aider à reconnaître la provenance de certains papiers.
Les filigranes doubles ou triples se voient à la fin du XIII° et au commencement du XIV°'s., mais on y renonça vite pour se borner à n’en employer qu’un seul. Les papetiers de Venise dérogèrent les premiers à cet usage et appliquèrent la contremarque dont il vient d’être parlé. Le plus ancien exemple du nouveau système remonte à 1483 ; il n’a pas été suivi ailleurs. Dans le reste
1 Vol. 56, fo 300.
de l'Italie, en France et en Allemagne, à partir de 1550, les papetiers placèrent une contremarque ou second filigrane, symétriquement avec le premier, au centre du second feuillet de la feuille. Cet usage, qui s’est généralisé dès lors, ne se montre qu'à titre exceptionnel au XVI°s. Jusque là, dans ces pays, lorsqu'un filigrane était devenu banal et qu’un fabricant voulait cependant singulariser ses produits, il unissait cette marque à sa contremarque particulière en un filigrane nouveau. Telle est la lettre D gothique, qui se rencontre seule et en plusieurs variétés pendant plus d’un siècle, mais qui, à partir de 1530 environ, apparaît surmontée d’une tige au bout de laquelle est placée une autre
lettre (initiale de lieu ou de
papetier), ou un écu de ville
(Strasbourg, Augsbourg, Mem-
mingen, Ratisbonne), ou en-
core de signes personnels, tels
que le huchet ou la faucille.
Il en est de même pour la
O licorne que nous voyons avec
une vingtaine de lettres ou d’assemblages de lettres ; pour le raisin, la roue dentée, la fleur de lis, le pot, etc. La tête de bœuf, marque plus ancienne que les précédentes, présente de très nombreuses et variées combinaisons d'étoiles, de croix, de fleurs, de couronnes,
Zurich, 1473
puis des lettres qui se rapportent à des localités (Z : Zurich ; M : Memmingen ; K : Kempten), des armoiries, enfin des lettres initiales de fabricants.
Les noms de papetiers que nous avons signalés, mais pour quelques années seulement, de 1307 à 1320, redeviennent en usage avec le XVI° s. Déjà en 1497, on voit, dans des papiers qui paraissent être de provenance angoumoisine, filigrané au bord de la feuille, le nom de Sboecon, qui doit peut être se lire S. Boecon; puis, en 4504 et 1505, celui de Boudie. Ce sont là les premiers spécimens d’un usage qui s’est étendu à toute l'Europe, mais surtout à la France. Les noms de papetiers rarement seuls, sont habituellement accolés à un filigrane banal : cercle, chien, cloche, etc. Parfois ils accompagnent des marques personnelles ou monogrammes, qui figurent comme accessoires d’autres filigranes, dont la provenance peut, de cette façon, être déterminée avec süreté.
Les devises sont rares. Signalons celle de Henri IIT de France, Manet ultima cælo, avec le filigrane des trois couronnes et le nom d'Edmond Denise, en 1588; celle de l’empereur Charles- Quint, Plus oultre, placée sous un écu à l'aigle bicéphale, en 1559; et une devise allemande, Wer Got vertraut hat wol gebaut, avec le nom (d’une lecture douteuse) de W. Gepeisel, en 1628.
Les écus ou armoiries, qui constituent une des plus importantes familles de filigranes, sont fréquemment accompagnés d’un nom de papetier ; ainsi, l'écu de l'Université de Paris porte le nom de Siméon Nivelle, papetier juré de ladite université (1560) ; celui de France et Navarre, le nom de Guillaume Journé, papetier de Troyes (1582); un écu à un besan, au chef chargé de trois étoiles, celui de J. Tartrier (1549). D’autres écus portent encore les noms de P. Martin, en 1544 ; de Claude Denise, en 1575 ; de Jaques Lebé, en 1584 ; de J. Le Muet, en 1586 ; d'Edmond Denise, en 1586 ; et de Nicolas Denise, en 1631.
Mais, surtout, les écus sont acompagnés de noms de localités. Si beaucoup d'états, de villes et de seigneuries avaient des armoiries assez connues pour qu'elles parlassent d’elles-mêmes, comme la France, la Saxe et la Lorraine, Bâle, Berne, les deux Fribourg, Genève, Kaufbeuren, Memmingen, Nuremberg, Paris, Strasbourg, d’autres n'étaient pas dans une situation aussi favorable, et les papetiers jugèrent bon d'accoler le nom de la ville aux armoiries. Nul ne se plaindra de cette sorte de pléonasme héraldique qui facilite les déterminations de provenance. D'autres localités n'avaient même pas d’armoiries, ou peut-être celles-ci étaient-elles trop compliquées pour être filigranées ; alors leur nom seul figure dans l'écu. Pour la France, il n'y a guère dans ce cas, pour le XV° s., que Ville-sur-Saulx, en 1468 ; Lille-en-Rigault (écrit Lile), en 1470; et Jean d'heurs (écrit en abrégé Jado), en 1460; puis, pour le XVI° s., Ausance (sur la rivière de ce nom, près de Poitiers), en 1524; Baumes-les-Dames (écrit Bame), en 1574, et /sch (Lorraine), 1570 ; auxquels on peut joindre Siros (Doubs) qui figure comme filigrane double en 1568, avec un cœur, et, en 1565, avec la lettre p gothique.
En Allemagne, le cas est beaucoup plus fréquent. Un grand nombre de noms de localités se voient seuls ou accolés à leurs armoiries ; ainsi :
Introduction.
Aussig (sur l’Elbe, en Bohème), en 1567; Blankenburg, en 1599; Budissin, actuellement Bautzen, en 1565 ; Chumen (Bohème), en 1591; Coldiz (Saxe), en 1600; Ditersbach (Saxe), au XVI° s.; Dresten (Dresde), en 1566 ; Æger (Bohême), en 1573; Æsslingen (Wurtemberg), en 1557; Freiberg (Saxe), en 1575 ; Franckfurt an der Oder, en 1592 ; Glauchau (Saxe), en 1589 ; Gruenenberg, près Liegnitz, en 1592; Gurcka ou Gurck (Silésie ou Carinthie), en 1589; Hof (Bavière), en 1583; Aônigstein, sur l'Elbe, en 1575; Langessem (probablement Langelsheim, Hanovre), en 1571; Vorthusen (aujourd’hui Nordhausen, en Saxe), en 1575 (?); Olmuz, en Moravie, en 1577; Plauen (Saxe), en 1594; Sanct- Joachimsthal, près Carlsbad (Bohème), en 1589 ; Schwart:bach, dans l'Erzgebirge, en 1583 ; Spremberg, sur la Neisse, en 1593; Waldenburg, en 1595; Wratislaviae (Breslau), en 1541; Statlein Zwenitz (Klein-Zwônitz, près de Chemnitz), en 1588, etc.
Plusieurs localités sont indiquées, non plus par des armoiries où par un nom, mais simplement par leur lettre initiale, et il n'est pas toujours facile de déterminer quel nom cette lettre doit représenter ; par exemple un # pour Francfort-sur-le-Mein, un G pour Gôrlitz, un Æ pour Kempten, un W pour Breslau et pour Wittenberg, un Z pour Zurich, Zittau, Zwickau et Zel (Celle, Hanovre).
Les armoiries sans aucun accompagnement font connaître un grand nombre de papeteries, dont plusieurs étaient encore ignorées, ou sur lesquelles les renseignements sont rares.
Un classement des filigranes s'impose dans tout recueil de quelque importance. Plusieurs méthodes ont été essayées dans ce but. Partant de ce fait que le filigrane est un dessin, une représentation d’un objet quelconque, quelques auteurs, comme Stoppelaar, se sont bornés à grouper les marques représentant le même objet et à les placer les unes à côté des autres, en commençant par les plus anciennes en date, mais sans chercher à établir un ordre quelconque, une suite rationnelle dans les groupes ainsi formés. D'autres, comme Likatscheff, n'ont cherché aucun classement et ont disposé leurs filigranes comme ils venaient dans les documents qu'ils étudiaient. Sans doute les ouvrages sont accompagnés de tables; mais, malgré cela, il est incommode et difficile, dans des recueils pareillement disposés, de trouver la marque sur
Introduction.
laquelle on cherche des renseignements. D’autres ont fait un pas de plus: Piekosinski a disposé les filigranes qu'il a recueillis en trois groupes correspondant à peu près aux trois règnes de la nature. Kirschner a divisé les siens en quatorze classes : a)lettres et noms; b) armes; c)armoiries; d) signes divers; e) figures fantastiques, etc.
Il n’y a pas grand avantage à établir des classifications de ce genre. À quoi bon réunir toutes les représentations d'objets du règne animal, d’une part, celles du règne végétal, d'autre part; les armes et les outils d’un côté, les astres d'un autre ? Cela peut satisfaire une certaine curiosité de l'esprit, mais ne répond pas au but d’un classement rationnel, qui doit permettre de trouver, de suite et à une place déterminée, le filigrane dont on s'occupe. L'ordre chronologique a eu ses partisans : Zonghi donne ses familles de filigranes dans l’ordre de leur apparition successive; ainsi l'ange, dont il reproduit les variétés de 1338 à 1473, puis la tenaille, de 1339 à 1445, ensuite l'épée, de 1340 à 1451 etc. Ce système a l’inconvénient d'amener des modifications continuelles dans l’ordre primitivement adopté à mesure que l'étude des filigranes se poursuit. Il exige en outre, ou une table alphabétique spéciale, ou une grande connaissance du sujet par celui qui cherche à se renseigner sur une marque.
Le groupement des filigranes par siècles, qu'ont choisi Midoux et Matton, offre le grand désavantage de couper en plusieurs tronçons des marques qui ont eu une longue durée. La coupure à la fin d’un siècle est d’ailleurs arbitraire, la marque de 1399 ne se distinguant souvent pas de celle de 1401. Ce système oblige de chercher à plusieurs endroits les renseignements concernant le même filigrane, ce qui est fâcheux et ne dispense pas, au surplus, d'adopter une classification méthodique des marques pour chaque siècle.
Le classement qu'ont adopté, forcés par la nature même de leurs études, les bibliographes qui se sont occupés des filigranes (par exemple De la Serna, Desbarreaux-Bernard, Portal), à savoir celui par nationalités, serait très séduisant ; dans l’état actuel de nos connaissances, il est d’une réalisation difficile, pour ne pas dire impossible. I faudrait pouvoir rattacher chaque filigrane au battoir d’où il est sorti : de là résulterait un groupement géographique sérieux ; mais c'est un idéal
encore bien éloigné. Après avoir écarté les classements par ordre de matières, par ordre chronologique et par ordre géographique, il ne restait plus à suivre que l’ordre alphabétique ; c’est ce que nous avons fait. Sans doute c’est le moins scientifique de tous les systèmes, mais c’est peutêtre le plus pratique, surtout pour les personnes peu familiarisées avec le sujet. Il présente des inconvénients, des difficultés d’application, cela est vrai, mais c'est celui où on se retrouve le plus vite. Son point délicat est qu'on peut nommer de plusieurs manières l’objet représenté. Les synonymes sont nombreux dans toutes les langues, surtout en français : la même figure pourra s’appeler cor, cornet, huchet, trompe; le même dessin pourra se lire pot, vase, aiguière, cimarre, amphore. À cela le remède est facile: il suffit de multiplier ces appellations et de renvoyer, pour chacune d'elles, le lecteur au terme qui aura été choisi. Une règle s'impose toutefois : c'est d’accepter le nom qu'un filigrane a donné à un papier, à l'époque de son emploi, ou qu'il a transmis plus tard à un format de papier, et cela de préférence à tout autre synonyme. Ainsi nous disons la coupe et non le calice, le pot et non le vase ou la cimarre, la sphère et non le globe, le coutelas et non le couteau, l'épée ou le poignard, le raisin et non la grappe. Un cas plus délicat est celui des filigranes doubles ou triples appliqués sur une même feuille ; heureusement, en général, l’un d'eux est plus grand que les autres et doit être considéré comme principal. On trouve aussi des filigranes représentant à la fois deux objets, ainsi une main tenant une clef, ou une sphère ou une fleur; un marteau posé sur une enclume ; une aile d'oiseau percée d’une flèche; un dauphin surmonté d’une fleur de lys ; et mème des marques qui réunissent en un seul deux filigranes différents, tels que l'aigle portant une lettre sur la poitrine ; des lettres inscrites dans un cercle ; les combinaisons du cercle et de la croix. Dans tous les cas de ce genre, il faut choisir l’un des objets représentés, de préférence le plus important, et user pour l’autre du système de renvoi. Enfin, nous avons réuni à la fin du recueil en un groupe spécial, les filigranes dont la signification est douteuse ou même échappe complètement.
Les filigranes sont donc disposés dans ce recueil en familles portant chacune le nom de l’ob-
jet représenté par le filigraniste, ces noms euxmêmes étant placés dans l’ordre alphabétique. Chaque famille est subdivisée, lorsqu'il y a lieu, en classes et celles-ci en un certain nombre de groupes, réunissant les filigranes qui ont entre eux des rapports assez étroits, des formes suffisamment semblables, pour qu’on puisse leur attribuer une provenance commune. Ce groupement est difficile à établir et, vu l'absence de règles, prête toujours à l'arbitraire. Nous ne connaissons pas les motifs, les usages ou les traditions qui ont présidé à l’adoption et à l'emploi des filigranes. Il est possible et, dans quelques cas, certain, que la même marque a été usitée simultanément par plusieurs papeteries. Quelques réclamations ou plaintes de papetiers montrent que les marques de fabrique ne constituaient pas une propriété absolument indiscutable et qu'on contrefaisait assez souvent celles qui avaient de la vogue. Mais cette contrefacon, à en juger par les cas connus, n'était pas servile ; on ne recherchait pas une identité absolue avec le modèle, se contentant d’en faire une imitation assez grossière. Puis, lorsqu'une marque, plusieurs fois contrefaite, devenait banale, chaque papetier l’accentuait d’une manière particulière ou l'accompagnait d’un signe distinctif, qui lui permettait de reconnaitre ses propres produits, malgré leur ressemblance avec ceux d’autres fabricants.
Dans la règle, chacune des figures reproduites
dans les planches et auxquelles nous donnons le nom de #ypes existe en deux variétés, souvent en quatre ou davantage, suivant le nombre de formes employées dans la fabrication du papier et suivant la durée d'emploi plus ou moins longue du filigrane. Ces variétés du même type proviennent d'un même battoir. Nous les appelons identiques, lorsque les filigranes s'adaptent exactement l’un sur l’autre, alors même qu'ils ne sont pas posés au même endroit de la feuille, c’està-dire qu'ils proviennent de formes différentes. Nous les appélons similaires, lorsqu'il y a de légères différences entre eux, et divergents, lorsque ces différences sont très accusées. Quant. aux grouves formés de types qui se ressemblent, il est possible qu’ils proviennent de battoirs différents. Si ces types ont été groupés, c'est parce qu'ils ont entre eux un certain air de famille et qu'il y a, par conséquent, de fortes présomptions pour qu’ils sortent, sinon du même atelier, du moins de la même région et de la même époque. Lorsqu'un groupe de filigranes a eu une longue durée, nous donnons autant que possible, outre le type le plus ancien, les types les plus fréquents et ceux qui s’écartent du style ordinaire.
Ceci dit, nous abordons l'étude spéciale des différentes familles de filigranes, en tête de chacune desquelles on trouvera quelques renseignements généraux.
Briquet. — Filigranes, I.
A. Voy. Lettres de l'alphabet.
Agneau. Voy. Quadrupèdes.
Agneau pascal. Voy. aussi Armoiries.
L'emploi de cette marque remonte au premier tiers du XIV°s. et s’est prolongé jusqu'au XVII°. C’est un filigrane qui a été usité par plusieurs battoirs en Italie et en France. Ilest presque superflu de rappeler que l'agneau pascal est l'emblème de Saint Jean-Baptiste, patron d'un nombre considérable d’'églises et de personnages, et qu'il figure sur les armoiries ou les monnaies de plusieurs villes et seigneuries.
Les plus anciens types de l'agneau pascal sont d'origine italienne. Les 1 à 3 appartiennent à un même groupe et sortent du même battoir. On remarquera la différence de vergeure existant entre le 1 et les 2 et 3. Les 4 à 6 sont d’un dessin plus incorrect que les trois précédents. C'est un phénomène de dégénérescence dont les papiers filigranés offrent de fréquents exemples et qui autorise à penser que ces six variétés ont une provenance unique. Le 7, sans croix ni drapeau, est d’un bon dessin; les pontuseaux à attaches visibles, ainsi que la présence d'un pontuseau supplémentaire, dénotent l'origine italienne de ce papier.
L'aspect des types 8 à 13 est tout différent : le dessin est plus lourd et d’un caractère archaïque. La dissémination du papier ainsi marqué témoigne d'une provenance française, probablement champenoise. Les variétés les plus abondantes et qui ont eu une longue durée sont les 8 et 9. Les 10 à 13 sont moins fréquentes et ont été en usage pendant peu d'années.
Le groupe 14 à 18, où l’agneau a la tête nimbée et porte un étendard, a l'élégance des filigranes italiens. La fréquence des types 17 et 18 à Ferrare, Mantoue, Parme et Venise, permet de leur attribuer une origine parmesane. Pezzana (Storia di Parma, Parme, 1847, t. III, p. 56 et 334) rapporte qu'en 1451 la chancellerie ducale de Milan fit acheter à Parme 30 rames de papier pour son usage. En 1471, un arrêté interdit, sous peine d'une amende de 25 florins, l'exportation hors du duché de Milan (qui comprenait Parme) des chiffons et de la colle, qu’on transportait alors à l’étranger en grande quantité, au détriment des papeteries indigènes, lesquelles, disait-on, si cette exportation eût continué, n'auraient plus pu fournir de papier la ville de Parme et les autres cités du duché. Ces papeteries jouissaient à cette époque d’une bonne réputation, si bien que le Parmesan Grapaldi dans son De partibus ædium, dont la première édition parut à Parme vers 1494, pouvait, à l’article «charta», vanter le papier de sa patrie comme surpassant celui de Fabriano, en ce qui concerne le collage.
Dans les types 19 et 20 le filigrane est habituellement posé vers le bord de la feuille, ce qui dénote une fabrication française (région du sud). Les 21 à 25 paraissent être des modifications successives d'un même type. Représenter la toison de l'agneau, c’est compliquer beaucoup le filigrane, aussi semble-t-on y avoir graduellement renoncé. Provenance piémontaise ou du sud-est de la France.
Le 26 est d’un excellent dessin. La dissémination du papier qui le porte, sur un territoire peu étendu, ne permet guère de l'attribuer à une autre région
que la Lorraine, les Vosges ou lAlsace. La présence simultanée, dans plusieurs impressions et manuscrits, de papiers portant cette marque mêlés à d’autres aux marques de Lisle, de Jean d'heurs et aux armes de Bar, confirme cette indication et autorise à attribuer cet agneau pascal à une papeterie lorraine, peut-être même barroise.
Les 27 et 28 se rapprochent du 18, mais la vergeure, beaucoup plus grosse que celle des papiers italiens de même époque, porte à croire qu'ils proviennent de la Champagne et, dans ce cas, 1ls constitueraient, avec les 29 et 30,les manifestations d’un second emploi de l'agneau pascal dans cette région. La nationalité des 31 à 34 est incertaine. Le 35, malgré un dessin défectueux, appartient à l'Italie septentrionale.
Dans le groupe 36 à 62, l'agneau pascal est inscrit dans un cercle. C’est là une disposition essentiellement italienne qu'on trouve rarement usitée en dehors de la péninsule. Il y a donc lieu de croire que, même les 36, 37 et 38 proviennent d'Italie, bien qu'ils n’y aient pas été relevés. Les 39 à 42 semblent avoir une origine commune et doivent être rapprochés des 21 et 22. Ce sont les seules marques où le filigraniste ait cherché à dessiner la toison de l'agneau. Ces papiers sont probablement du Piémont ou du sud-est de la France.
Les battoirs des Etats de Venise ont employé fort longtemps le filigrane de l'agneau pascal dans un cercle; cet emploi paraît avoir commencé vers 1570, année où il figure, accompagné d’une contremarque posée à l’angle inférieur de la feuille, signe caractéristique des papiers de Venise. La variété 56 est le premier spécimen de l'agneau pascal placé dans un cartouche formé par quatre arcs de cercle (et accompagné d’un second filigrane ou d'une contremarque, parfois des deux réunis) qui se rencontre abondamment à Venise pendant tout le cours du XVII° s. et peut-être au delà. Dans les lettres adressées à la Seigneurie par ses représentants à Salo (Lac de Garde) (A. n1 Sraro, liasses n° 60 à 62 de 1500 à 1695), se voient une trentaine de contremarques différentes qui dénotent autant de battoirs employant simultanément ce filigrane devenu banal dans la région.
L'agneau pascal inscrit dans un cercle formé par un trait simple ou double, parfois surmonté
Agneau pascal.
d’une étoile, d’une couronne, d’une croix ou de lettres, a été en usage dans d’autres régions papetières de l'Italie. Zonghi! en mentionne 13 variétés recueillies dans les archives municipales de Fabriano entre les années 1542 et 1586, ce qui semble dénoter que cette marque était usitée dans la localité. Peut-être les papeteries d’Amalfi ont-elles aussi employé ce filigrane qui est fréquent à Naples, Salerne et Amalfi aux XVI° et XVII° s. Enfin, celles de Toscane, se sont également servi de l'agneau pascal, qu'on rencontre au XVII° et au XVIIL s. accompagné d’un second filigrane et des initiales du concessionnaire général des papiers fappaltatore)institué dans le grandduché par un décret du 14 août 1674.
Le 63 montre l'agneau pascal placé dans un écu. Peut-être s'agit-il ici d’armoiries ? C'est le seul spécimen ainsi disposé appartenant au XV[° s. Plus tard, au milieu du XVII° s., l'agneau pascal reparaît dans un écu de grande dimension et surmonté d’une couronne, en Franche-Comté, en Suisse et dans les Pays-Bas.
4. 30x47 r. Bologne, 1327. A. n1 Sraro : Podestà. Var.simil.: Florence, 1328 ; Avignon, 1328 ; Pise, 1329 ; Gênes, 1332.
2. 29*<44 r. Lucques, 1345. À. n1 Sraro: Ateë degli anziant avanti la libertà.
3. Mesnil-Lambert (Dauphiné ?),1357.Monrrezzier, A. munic., D. XIX, n° 2. Var. simil. : Paris, 1369 ; Bloïjs (Pays-Bas), 1377.
4. 30,5*<47. Montpellier, 1346. A. Hérauzr : Mot. B. Gille. Var. aussi informe : Rodez, 1361.