SCÈNE XIV
MOULINET, BARAZIN.
MOULINET, sortant de sa cachette.
A nous deux, Barazinl
BARAZIN, regardant sortir Lucile.
Elle est charmante... nature contenue... mais elle est charmante... (Apercevant Moulinet.) Tiens! c’est vous?...
MOULINET, froidement.
C’est moi-môme.
BABAziN, à part.
• Il n’a pas l’air content.
MOULINET, d’une toix sourde.
Barazin, je sais tout.
DAHAZIN.
Léon VOUS a dit.. .
MOULINET
Léon m’a dit... l’autre n’était pas votre fille... mais celle qui sort d'ici. ..
BARAZIN.
Oui... vous y êtes... celle qui sort d’ici c’est ma fille... ma vraie fille.
MOULINET, avec explosion.
Vous osez me le dire en face?
BARAZIN, étonné.
Pourquoi pas?
MOULINET
Barazin, j’ai un compte terrible à vous demander... Qu’avez-vous fait il y a seize ans?
BARAZIN.
AhI nous y voilà! Décidément votre femme avait raison en me conseillant de tout vous cacher... Moi, je me disais: Moulinet est un homme intelligent... il comprendra... évidemment il y a dans notre position quelque chose qui n’est pas régulier... mais mon Dieul si on voulait examiner tous les ménages, on en verrait bien d’autres!... Allons, tenez... oublions cette peccadille.
MOULINET
Peccadille!... Savez-vous, monsieur, que vous avez un front d’airain ..
BARAZIN, s'échauffant à son tour.
C’est comme ça que vous le prenez... c’est bon... n’en parlons plus... je garde ma fille.
MouLiNKT, avec amertume.
Votre fille I... et quand je jienso que j’ai élevé cette enfant... que je l’ai comblée do sucres d’orge et de poupées mécaniques... que je l’ai mise en pension et que j’ai payé régulièrement tous les mois.
BARAzi\, stupf’fait.
Vous!... vous avez payé les mois de pension do ma fille... et pourquoi, s’il vous plaît?
MOULINET
Parce que j’avais la bôtise de croire que j’étais son père. . .
BARAZIN.
Son père!... [Se frappant le front.) Ah! mon Dieu!
MOULINET, avec amertume.
Oui, sa mère... sa coupable mère m’avait entretenu dans cette erreur...
BARAZIN, avec force.
Vous osez me dire ça en face !
^ MOULINET
Il me prend mes mots.
BARAZIN.
Et je reviens d’Amérique pour apprendre de ces choseslà?... mais je n’en veux plus de cette fille-là... mais gardezla, monsieur, gardez-la...
MOULINET
Du tout... après ce que vous m’avez dit... je n’en veux pas... je vous en fais cadeau...
BARAZIN.
Je refuse... vous avez payé les mois do pension, elle est à vous... je vous l’abandonne... (Voyant entrer madame Barazin.) Ainsi que votre complice.
MOULINET, ahuri.
Ma complice!... votre femme!