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Les filles de John Bul

Je vous assure que vous pouvez feuilleter ce volume d'un bout à Vautre sans crainte de vous heurter contre aucune indiscrétion.

Le grand air et Veau fraîche font vos délices. Vous aimez passionnément à frissonner au contact d'une éponge ruisselante ; mais votre porte est fermée, et je n'ai rien vu.

Ce n'est pas votre photographie en déshabillé que je publie, c'est la litanie de vos qualités que je chante.

Voulez-vous que je dise ici tout ce que je pense f

Il À su milt S S JOHN BULL

Eh bien, je crois, chère madame, que si le genre humain, y compris monsieur cotre mari, avait pour cous la moitié de V admiration que m* inspirent

vos vertus et vos charmes, vous seriez proclamée déesse du bonheur conjugal.

Cest gentil ce que je vous dis là, n'est-ce pas ?

Ouvrez donc bravement ce petit volume, chère madame, et si vous y voyez mention faite — je ne dirai pas de vos défauts, car, certes, vous n'en avez pas — mais de quelques petits travers peut-être, ne vous effarouchez pas ; rappelez-vous que nos vrais amis sont ceux qui nous disent la vérité — gentiment, cela va sans dire.... mais enfin qui nous la disent.

Lord Derby, portant un soir le toast aux damesr à un grand dîner de la Cité, s'exprimait en ces termes :

« Avant de nommer un Anglais à un poste importrnt, la première question que se posent invariablement les électeurs est celle-ci :

>) Quelle espèce de femme a-t-il ? »

Et, en effet, les Anglais, qui fourrent de la diplomatie partout, placent la discrétion au-dessus de toutes les qualités dont un candidat, en Angleterre, envoie la litanie, sous forme de lettres testimoniales, aux membres du comité chargé de faire l'élection.

Ce que l'on exige avant tout chez l'homme que J'on va placer à la tôle d'une société, d'une administration, d'un collège, c'est qu'il sache maintenir l'ordre et la discipline, non pas avec bruit et avec sévérité, mais avec calme et discrétion ; et les Anglais ont parfaitement raison, car l'empire sur soi et la discrétion sont les deux grandes vertus gouvernementales. « Or, se disent les électeurs, si M. un tel, qui pose sa candidature, ne peut pas gouverner sa femme, comment pourra-t-il gouverner un millier d'hommes ou déjeunes gens? S'il ne sait pas maintenir l'ordre dans sa maison, comment pourra-t-il maintenir l'ordre dans notre société ? Si c'est sa femme qui le gouverne, c'est sa femme que nous allons nommer. Donc il ne faut pas songer à M. un tel. »

Raisonnement des plus justes.

Combien j'en pourrais nommer de ces honr de mérite qui devront toute leur vie à leurs femmes l'honneur d'être et de rester des héros obscurs

Ce qui fait la grandeur et la prospérité île Angleterre, c'est que ces milliers depetitesrépu-

bliques, toutes indépendantes les unes des autres, les sociétés, les hôpitaux, les collèges, sont gouvernées, non pas par des idoles qui ont des mains 3t n'agissent point, non pas par des potentats mal payés qui ont des yeux et ne voient point, mais par des hommes d'une énergie à toute épreuve, à qui l'on paye des traitements fabuleux, mais qui, en retour, consacrent à l'institution qu'ils dirigent toutes les ressources, toutes les forces de leur esprit.

Prenez les collèges.

Je garantis qu'un proviseur, à Paris, ne connaît pas les noms de plus de trente ou quarante des élèves de son lycée. En tout cas, il n'y en a pas vingt qu'il pourrait reconnaître dans la rue et appeler par leur nom. Son traitement est de douze à quinze mille francs.

En Angleterre, les proviseurs des grandes écoles publiques touchent de cent à cent cinquante mille francs, — j'entendsles cinq ou six grandes écoles qui correspondent à nos lycées de Paris. Eh bien, j'affirme que ces proviseurs connaissent intime-

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ment les mille élèves qui sont sous leurs ordres. Ils savent quel rang chacun occupe dans sa classe. Les élèves sont placés, par le proviseur, selon leur mérite, selon leurs aptitudes, dans telle ou telle liasse, dans tel ou tel département. Il écrit aux parents : « Votre fils n'a point de goût pour les lettres, je vais l'envoyer dans l'école moderne, pour y apprendre les mathématiques, la physique ou la chimie. Je vous conseille d'en faire un ingénieur, un officier, etc. »

En France, le travail est généralement en raison inverse des appointements.

En Angleterre, le travail est en raison directe du salaire. Je dis salaire, puisque, ici, c'est le mot.

Prenez l'Église.

Les évêques sont des heureux mortels qui émargent, par an, quelque chose comme deux cent ou deux cent cinquante mille francs; mais la position n'est point une sinécure, croyez le bien.

Chez nous, le clergé d'un diocèse reçoit de son évoque le mol d'ordre auquel il obéit aveuglément :

il enseigne le même dogme et n'a point de concurrence à soutenir; mais, en Angleterre, tout le monde raisonne, argumente; il n'y a pas jusqu'au jeune clergyman, tout frais sorti d'Oxford ou de Cambridge, qui n'ait sa manière à lui d'interpréter les Écritures, et l'évêque se trouve ainsi avoir à pacifier, à concilier tout ce petit monde clérical qui dogmatise, discute, dispute, en chaire, dans les meetings, dans les journaux, et qui le tient sur le qui-vive pendant les douze mois de l'année. Qu'il prenne à un prêtre français des velléités d'indépendance, il est traité en rebelle, et son affaire est vite réglée ; l'indifférence en matière religieuse le fait immédiatement oublier, quand il a réussi à faire quelque bruit, ce qui est rare ;- mais ici, le prêtre récalcitrant est soutenu dans ses opinions par les fidèles qui prennent fait et cause pour lui, et d'un jour à l'autre il peut se faire martyr, et devenir pour l'évêque une source continuelle d'ennuis.

Avant tout, il faut que l'homme au pouvoir évite le scandale, ce que les Anglais appellent en

C HORS D'OEUVIÏE

argot arow. Aussi fauL-il qu'il soit discret, conciliant et diplomate accompli. Ce sont là, je le répète, les qualités distinctives de tout homme occupant une position élevée en Angleterre.

Prenez enfin l'homme d'affairés, l'homme de La Cité. C'est partout la même activité, la même fièvre, la même existence à la vapeur.

Dans ces circonstances, le rôle delà femme anglaise est clairement indiqué : Faire oublier à son mari, dans la vie privée, les assiduités auxquelles il lui a fallu s'assujettir, les rebuts, les dégoûts, les déboires qu'il a essuyés dans la vie publique ; lui préparer une retraite, dans l'atmosphère calme de laquelle il viendra se retremper, se régénérer, et puiser de nouvelles forces ; faire les honneurs de sa maison avec cette libéralité, celte hospitalité prévoyante et généreuse qu'on ne rencontre q' Angleterre; en un mot, se contenter d'un rôle qui, pour être secondaire, n'en est pas moins beau, quand il est rempli avec cette abnégation et

ce dévouement dont les femmes de tous les pays sont capables au besoin.

Madame la maréchale, la générale, la préfète, la sous-préfète, sont autant de mots ridicules qui n'ont pas d'équivalents en anglais. La femme du premier ministre d'Angleterre s'appelle simplement Mistress Gladstone : il y a là de quoi satisfaire la plus difficile.

Ce sont les compagnes de John Bull, ces belles jeunes filles, un peu trop hardies ; ces vertueuses épouses, un peu trop respectées; ces bonnes mères, un peu trop délaissées; ce sont ces femmes hospitalières entre toutes, dont la prévoyance ingénieuse des moindres commodités de la vie sait faire d'une humble chaumière un petit palais de propreté, d'ordre, et de bien-être, chez lesquelles je vais vous mener, cher lecteur et chère lectrice, si vous voulez bien encore une fois me faire l'honneur de m'accepter pour guide.

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