ACTE Y
DBSGKNAIS.
Qu’a-t-il donc? (Zut prenant la main.) Sa main est brûlante. .
MARIE
Elle était glacée tout à l’heure. [Musique à V orchestre qui rappelle le motif de V apparition des statues au prologue. La nuit vient par degrés.)
raphael, debout •, le délire redouble ; il regarde dans le vide, l'oeil • fixe.
Les voyez- vous!... les voyez vous. . là bas... là bas...
DESGENAIS
Mais qui donc?
RAPHAËL
Les filles de marbre.. . Pourquoi donc me poursuivez-vous ainsi ? pourquoi tendez-vous vers moi vos bras nus ? je ne vous connais plus!... je ne veux plus vous connaître !... Vous restez?... eh bien, ce que vous m’avez fait, je vous le ferai... vous m’avez déchiré le cœur... à mon tour!... [)l fait le geste et recule). Desgenais... ma main n'a rien trouvé... tu ne sais pas, elles n’ont pas de cœur...
DESGENAIS
Mon ami ! calme-toi !
- MARIE
Raphaël?
raphael, la regardant fixement.
Qui êtes-vous?... que me voulez-vous?...
MARIE
Mais je suis Marie... Marie voire sœur.
RAPHAËL
Tu es Marie... Ah! oui, je sais... une jeune fille que ma mère aime bien. Alors si tu es Marie, donne-moi le bras .. et vipns... bien loin d’ici, bien loin... Je ne peux plus marcher!* (Desgenais le soutient ; ils le font asseoir dans le grand fauteuil a, gauche.) Pauvre enfant! tu es l’orpheline que l’orage a jetée près de nous... tu étais ma fille... et bientôt tu seras encore orpheline.. . ,
Non, non.. . vous vivrez... entre votre mère et moi... nous vous aimerons tant.
RAPHAËL
Oui, tu m’aimais bien, n’est-ce pas, pauvre enfant abandonnée ! tu vivais agenouillée dans ton amour, et j’ai passé près de toi sans te voir ! Tu me souriais, 01 ie n’ai pas vu ton sourire... Mi me tendais !a main au bord de 1 abîme et je n’ai pas vu ta main, et je suis tombé. (Avec des larmes.) Ah ! je vois bien main-
’ Marie, Raphaël, Desgenais
tenant où est le bonheur, Marie ! il est dans votre amour à toutes deux ; ce bonheur, je le vois, je le touche !.. . je vais l’atteindre I... il est trop tard...
MARIE
Mon Dieu ! mon Dieu !
raphael, se soulevant et retombant aussitôt.
Je veux embrasser ma mère.. Non... elle dort... elle rêve que je suis heureux ; Marie , tu lui porteras mes baisers. (Il l’embrasse.) Ne la quitte pas... elle est si vieille... Ma pauvre mère! elle aussi va être orpheline.
maRib, avec désespoir.
Raphaël! mon frère 1...
rapuael, souriant et répétant d'une voix faible la chanson de Marie.
Le ciel est tout plein d’espérance,
La terre est pleine de chansons. (Sa tète retombe.)
marie , avec un cri étouffé.
Ah ! mort ! (Elle tombe à genoux devant Raphaël. — L’orchestre joue en sourdine l'air de la chanson de Marie. — On entend frapper trois coups à la parle de l’atelier .)