SCENE III
HAFHAEL, DKSr.F.N \IS. *
PEsr.ENAis, entrant.
Enfin ra’y voilà... Bonjour, Raphaël... comment se porte ta gaîié?
RAPHAKL.
Mal, mon ami... je m’ennuie afTreusoment aujourd'hui.
DESGI NAIS.
Heureux homme! tu t’es donc amusé hier?... Ah! tu ne sais p.i'? j’ni reçu nvaiii l’aube d’un n rtsin monsieur un coup d'époj dans mon habit parce que j’ai dit l’autre jour dans un article, qu’h ses vaudevilh s je préférais ceux de Corneille; il a pris cela au sérieux, et... Ah ! quelle vilaine invention que l'imprimerie!... c'est très-compromettant I aussi h l’avenir je cirai la vérité, mais je ne l’imprimerai plus.
RAPHARL, assis à droite.
Eh bien!. .. et ton journal?...
DESGENAIS
J’y renonce!..*, j’en ai assez, et puis, d’ailleurs, ça m’humilie qu’on me lise pour une demi-t-tsso. Ah çà! qu'esl-ce que tu fais? car il y a quinze jours que je ne t'ai entrevu,.. Cst-ce fini là-bas?
RAPHAËL
Oui... oui, sans doute!...
DESGENAIS, s’asseyant près de lui.
Ah! sacrebleu I moucher!... pormels-moi de te serrer la main... tu m’as fait une peur atroce! .. tu n’as pas du tout ce qu’il faut pour vivre sans diinger dansce monde-là; il n’y a qu’un , Julian qui puisse s’en tirer sain et sauf! et c’est tout simple! Ju> lian, c’est l’amour artificiel, la passion sans racine, le vers sans poésie, la tendresse sans lendemain, et c’est ce qu’il faut à ces ftmes oisives, que l’on nomme femmes à la mode aujourd'hui et que l’on nommait Lais autrefois.
RAPHAËL
Desgenaisl... est-ce que jadis tu as été mordu au cœur par une coquette ?
DESGENAIS
Oui, et elle en est morte ; c’est la propriété dos vipères...
Raphail.
38 LLS FILLES Oli M A U LUE.
lAPUAEL.
El de|utiftT
DBSGEI4AIS.
Je n'ai plus rien aimé que le bordeaux et les écrevisses.
RAPHAËL
Et ta famille T...
DESCEMAis, gaîté triste»
Je n’en ai jamais eu; j’ai été découvert dans un éboulcment enire on mammouth et un mastodonte, {Se levant.) Mais il ne s’agit pas de moi, mais de toi; permets moi do me réjouir do ta délivrance et accepte toutes mes folies en guise de feu d’artifice !... (Changeant de ton.) Non, mais là sérieusement, tu viens d’échapper à un grand danger. {Mouvement de Raphaël qui s’esl lerié.) Oni, mon cher; Marco est une... calamité, il y a une chose que tu ignores... je vais te la narrer.. .tu sais bienle jour de Madrid...
RAPHAËL
Oni.
DESGERAIS. '
Elle était gaie et rieuse, n'est-ce pas? Eh bien, mon cher... sir Maurice Lindey était parti huit jours arant pour l’Amérique, parce qu’il était complètement ruiné et ruiné par...
RAPHAËL, involontairement.
C’est impossible !
BESGiMAis, le regardant fixement, Raphaël bais^ les yeux.
Ah! sacrebleu! tu n’es pas guéri!... au contraire!
RAPHAËL
Eh bien, non, non, mon ami, je l’aime I je l’aime I plus que jamais!
DE86RNAIS.
Ah! sapristi ! voilàdonc mes craintes réalisées!... Mais, sacrebleu, mon bon !... il est peut-être temps encore, il faut soigner cela. ..Si tu veux aimer absolument, eh bien, aime une fermière de la Beauce qui ne sera jamais venue à Paris, ou la fille do ton portier si elle n’a jamais été au Conservatoire; aime une grisetio qui chantera faux et qui aimera juste, une ouvrière qui aura des raliisaux mains et non au cœur... une créature bien simple qui gardera toute la semaine à sa ceinture, les fleurs que vous aurez cueillies ensemble le dimanche, et tu pourras être heureux, Raphaël; mais si tu aimes Marco, tu es perdu.
RAPHAËL
Je me suis dit tout cela, Desgenais ; mais c’est plus fort que moi ; mon cœur ne peut se détacher de Marco, je n’ai plus qu’un désir, qu’une ambi ion. être aimé d’ollo.