‹ Les filles de marbre drame en cinq actes, mele de chant (volume 4)Chapitre 40 sur 61 · DESORMAIS · texte numérisé non relu

DESORMAIS

Dans ce cas lb, mon cher, on fait sa malle, on met ses illusions au fond et ses chemises par dessus, on porte le tout dans, un cabriolet de régie, et l’on revient rue de l’Abaye, 23, on est sauvé... et ça coûte 2 francs la course.

RAPHAËL

Partir I...

DVSOBNAIS.

Raphaël, donne-moi la main... bieni tu es mon unique amitié, j’ai donc le droit de te parler et je te parlerai. [Raphaël se lève. ) Ecoute ! on respire mieux dans ton atelier que dans cette maisou... quelques jours encore et tu auras perdu ta foi d’artiste; quelques jours encore, et lu passerais, devant Michel Ange sans ôter Ion chapeau. Les femmes comme Marco endorment l'âme qu'elles oocupeot, Raphaël, elles eu chassent les nobles insiincis, elles en flétrissent les aspirations divines. Viensl... fuis ., il en est temps encore, fuis sans regarder derrière toi... ret(Hirne dans la maison où t’attendent celles qui t’aimënt... va chercher ton avenir près de Marie, ton passé près de ta mère, retourne dans ton atelier; tu y retrouveras tes outils et ta gloire, ton insouciance et tes chansons, et mieux encore, ta dignité et ton honneur 1... [Raphaël ne répond pas. Continuant.) Cest dit, pas vrai? J’ai retrouvé mon Raphaël d'autrefois. Allons, prends ta canne et ton chapeau, allons-nous-en... J’ai vingt francs, je te paye è dîner. *•

RAPHAËL

Desgenais... j’aime cette femme, quoiqu’elle fasse et quoi que tu puisses dire. Advienue que pourra, je reste; il est une heure dans

* Deggenti*, Raphaël. ‘ i

** Raphaël, Desgenaia.

54 tES FILLp§ PE MARBRE.

la vie qui décide du sort d’uq hqmmq^ et cette heure a sonné pour moi i|y a sixMrpaînes. ' ’ . >j

DES6ENAIS. '

Ce jour-Ui, c’est ton mauvais ange qui a monté la pendule. • ■ - ^

ItAPHABL, pensif.' W ' < .

Oui... peut-être... , '.;i /

• DBSGBNAIS.

Eh bien, jette ta pendule par la fenêtre» tu deminderag ühetire àton portier... Allons-nous-eii 1...

RAPHAËL

Je reste!... .‘'j ’’ '.V .'.

DBSGENAIS.

Mais qu’espères-tu?.,. Pour (e permettre la fantaise d’aimer cette lionne, es-tu millionnaire comme monsieur'de Fresnes ? as-tu comme lui la Californie dans ton tiroir? vas-tu à la Bourse? jonés-tu sur les fonds espagnols? fais-tu banquo daiutous les iansquenets? !'■ .

’ X 1 RAPHABL. ■ •

Desgenaist '

DE3SBNA1S.

Je ne suis plus Desgenais, je m’appelle la raison... G^est qu^en vérité ces femmes-là sont des démons pour les gens comme toi... et on les a chantées, louangées, poétisées... c’est à mourip''de rire , ma parole d’honneur.;. Ah !*si j’étais père de famille... je léserai peut-être un jour, on ne sait pas ce qui peut arriver... eh bien, je dirais à mon fils, naïf collégien très-fort en thème: <r-Tu vois bien ces demoiselles qui ont des diamants, ce sont des A diables... elles ont des cornes... on ne les voit pas, maiselles en » ont..'.* ces petits oMles roses, ce sont dos ^ffes; elles vous » ruinent la bourse et fe cœur ; après quoi elles vous conduisent » en enfer par le chemin de Clichy. » Voilà ce que je lui dirais' à mon fils.' Ça né Pempêcherait probablement pas de faire des bêtises ponr le diable; mais j’en aurais le cœur net... j’aurais jeté mon'cri d’honnête homme... Sapristi ! voilà assez longtemps que cela dure. Allons) mesdemoiselles, passez à l’ombre, rangez un peu vos voitures t place aux honnêtes femmes qui vont à pied! ' ‘ J . ' ' ! ' : ■'

' ‘ RAPHAËL. '

Desgenaist '* . i . . .•

DESeSIfAlS.

Ah t je deviens fou, j’extravague, je fais du speech... Voyons, causons raison : depuis que tu aimes Marco, tu as dépensé ?

RAPHAËL

Dix mille francs.

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