‹ Les filles de marbre; drame en cinq actes, mêlé de chantChapitre 110 sur 167 · SCÈNE VI GEORGE, MADAME FONTENAY · texte numérisé non relu

SCÈNE VI GEORGE, MADAME FONTENAY

MADAME FONTENAY, s'aîstyant sur le canapé.

Venez vous asseoir près de moi... vous devez être fatigué?

GEO RG E, prenant iitîc chaise.

Pas le moins du monde.

MADAME F ONTENAY.

Et votre père, comment va-t-il?

GEORGE

11 est moins souffrant.

MADAME FONTENAY

Comment êtes- vous venu ici?

GEORGE

A cheval, depuis le chemin de fer. Car vous saurez, madame, que je voyage avec mes écuries. Vous vous plaigniez

AGTK.II .',7

de vos chevaux, l'autre jour ; alors, ma toi, j'en ai amené trois, dont un... enragé. Celui-là est pour moi, et, si vous le permettez, je prierai ces demoiselles d'accepter les deux

autres, deux moutons de haute école... (Embrassant de nonvea., les mains de malame de Fontcniy.)Oh ! chÔrC mèrC, pardonneZ-moi 1

mais quand je suis complètement heureux, je divague. N'espérez donc pas tirer un oîot de raison de votre futur gendre. Où est mademoiselle Blanche , ma jolie fiancée? Et ma petite belle-?œur?... Ne les verrais-je pas bientôt?

MADAME FONTENAY, riant.

Est-ce que vous vous ennuyez déjà avec moi?

GEORGE

Oh! madame!...

MADAME FONTENAY

; Non. Eh bien! alors, monsieur, et quoi que vous en disiez, tâchez qu'il soit possible de mettre, poui- un instant, une sourdineà votre fantaisie, et causons gravement, comme de grands parents.

GEORGE

Gravement? A quoi bon, chère mère, puisque toufes ces vilaines questions d'intérêt ont été résolues à la satisfaction générale, lors de la visite que vous avez eu la bonté de faire à notre pauvre malade, qui ne pouvait venir à vous?

MADAME FO^'TE^'AY

N'importe. Et il y a encore quelque chose à dire, alors que le notaire a fini de parler. Et, d'abord, croyez-vous que la santé de monsieur le comtelui permettra d'assister à votre mariage ?

GEORGE , riant.

Oh! il le faudra bien... Si son m.édecin ne s'arrange pas pour cela, son médecin est un homme mort. Ce pauvre père est si heureux de cette union ! C'est qu'il veut présider à tout dans l'arrangement du joli nid qu'il fait ouater pour sa petite fille, comme il appelle déjà mademoiselle Blanche. Dès que ses douleurs lui laissent un moment de répit, le comte se fait poiter de chambre en chambre; et là, il discute la disposition des meubles, la nuance des tentures. Il ne trouve rien d'assez beau, ni d'assez riche. Mon père nous

/iS CE.NDRILLON

cède, bien enleiidu, le côté le plus pittorsque du domaine héréditaire : des fenêtres, grandes comnoe TArc-de-Triomphe, ouvrant sur un paysage adorable; un lac ici, des arbres là, des ruines et des cascades partout. On se croirait dans un vieux château féodal. C'est à donner envie de détrousser les voyageurs.

MADAME FONTES A Y, riant.

Fou!

GEORGE

Fou comme un amoureux , et amoureux comme un fou. 11 faut me pardonner , je n'ai pas encore eu le temps d'être heureux. Jusqu'à vingt-un ans , l'étude , avec sa grave escorte de grec, d'algèbre et de latin. De vingt-un à vingttrois, la campagne africaine, avec ses jours sans pain et ses nuits sans sommeil; et, de vingt-trois à vingt-cinq, la guerre dOrient, avec sa Jérusalem délivrée !

MADAME F ONT EN AT, souriaot.

Mais de vingt-cinq à vingt-huit?

GEORGE, un peu embarrassé.

De vingt-cinq à vingt-huit? Ah ! d'abord, chère maman, il faut retrancher ime année tout entière, consacrée à extirper certaine balle jusse... vous savez?

MADAME FONTENAY

Oui, pauvre garçon! Mais enfin... (Revenant à son née prc miorc.) De vingt-six à ving-huit ans, qu'avez-vous fait?

GEORGE, riant.

J'ai fait... j'ai fait des réflexions sur la vertu des femmes, et je suis tout à fait d'avis, à cette heure, que les femmes qui sont honnêtes sont de beaucoup préférables ù celles qui ne le sont pas. Enfin, soyez sans craintes, chère maman, je suis assez jeune encore, et cependant déjà assez vieux pour faire un bon mari.

MADAME FONTENAY

Je vous crois.

GEORGE

Vraiuic^it?

MADAME DE FOMLNAV.

Oui.

Page 1