‹ Les filles de marbre; drame en cinq actes, mêlé de chantChapitre 118 sur 167 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

CLAUDE

Une très-grande, madame, je vous le jure.

MADAME FONTENAY

Alors, je suis donc une mauvaise mère?

CLAUDE

Oh 1 non, madame, car je vous ai vue au chevet de Marie quand elle était malade; mais... comprenez-moi bien; chez les enfants du pauvre, la préférence maternelle peut se trahir dans des choses toutes matérielles, dans un morceau de pain, que sais-je?... mais chez les enfants du riche, cette différence se fait sentir dans un baiser, dans un sourire, et elle n'en est pas moins douloureuse, croyez-moi, pour Tenfant déshérité. — Mettez cent mille francs de plus, madame, dans la dot de mademoiselle Blanche que dans celle de mademoiselle Marie, et mademoiselle Marie n'en éprouvera, j'en suis sûr, ni jalousie, ni regrets; mais... que le soir, comme hier par exemple, mademoiselle Blanche s'endorme sur votre épaule, quant une minute avant vous aurez repoussé la tète de mademoiselle Marie qui voulait s'y poser, et mademoiselle Marie regagnera tristement sa petite chambre, et elle pleurera toute la nuit.

MADAME FONTENAY, uq peu émue.

Mais en vérité, mon cher monsieur Claude, je ne me rappelle pas le moins du monde... je n'ai pas remarqué...

CLAUDE, vivement.

Oh! je vous crois, madame, mais elle Fa bien remarqué,

elle. (Toujours respectueusemeut, mais avec chaleur.) SoUgeZ-y, madame,

mademoiselle Blanche, elle, a un amour au cœur, vous n'êtes déjà plus sa vie toute entière, tandis que Marie n'aime que vous, vous qui êtes tout pour elle dans le monde, ici, partout; ce qu'elle cherche, c'est votre regard; ce qu'elle attend, ce qu'elle espère, c'est un doux sourire, ou une bonne parole de vous.

MADAME FONTENAY

Mais quand les lui ai-je dune refusés?

CLAUDE, liQiideiuent.

Bien souvent, madame.

MADAME FONTENAY

Allons, allons, vous me faites du chagrin a plaisir.

CLAUDE

Pardon^ ma chère prolectrice, mais c'est dans l'intérêt de votre bonheur à tous, du nôtre surtout... Je serais si malheureux que vous pussiez avoir des regrets dans l'avenir! car, voyez-vous, les préférences maternelles portent parfois malheur à Tenfanl préféré.

MADAME FONT EN A Y, avec un mouvement doulouieux.

Ah ! monsieur Claude, c'est cruel ce que vous venez de me dire là.. . vous m^avez fait bien mal !... Me donner à entendre que Blanche... que ma fille pourrait m'être enlevée parce que... Oh! c'est affreux! c'est affreux !

CLAUDE

Madame!...

MADAME FONTEISAVj d'un lou de repioehe.

Laissez-moi... vous m'avez fait mal, vous dis-je.

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