‹ Les filles de marbre; drame en cinq actes, mêlé de chantChapitre 142 sur 167 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

BLANCHEj loiijonrtf énervée.

Les oreilles me tintent, sans doute... (tiie va à la cheminée, ei

se cliaiifTe les pieds, Jelaul uu coup il'œii sur les vilres de la fenèlie.) Le Ciel

a ouvert toutes ses cataractes, à ce qu'il paraît.

M A Kl A N >' E.

C'est que voilà quinze jours que ça dure !

JULIETTE

Et c'est bien malheureux, car toute la campagne est inondée... les riiisseaux sont laiges comme des rivières, et... (a M^rie.) Vous savez bien, mademoiselle, le lac où vous avez été cueillir des fleurs pour la fête de madame? eh bien! il a tellement grossi que, l'autre soir, une des chèvres du petit Jacques y est tombée, en croyant suivre la route, et s'y est novèe.

MARIE, avec cliagno.

Ah!

BLAr^CHE, offrayée.

Ah! mon Dieu!... Mais monsieur George est forcé de suivre cette route-là, en quittant le chemin de fer, et si... dans cette obscurité. ..

MARIE

C'est vrai!...

JULIETTE

Oh! rassurez-vous, mesdemoiselles... Monsieur George n'est pas un enfant et, d'ailleurs, Pierre est allé au-devant de lui avec la voiture... et Pierre connaît le pays...

MARIANNE

Certainement.

BLANCHE

Oh ! c'est égal ! je voudrais èiie à demain. J'ai la mort dans l'àme ce soir... 11 me semble qu'un malheur plane au-

deSbUS de ma tète, (a ces moi;-. Mûrie a tressailli et teganlé sa sœur.

Juliette et !a Femme de chambre sont parties, Marianne achève de ranger.'

BLANCHE, bas à Marie ea s'a«eyaDt près d'elle.*

Tu ne sais p,is, Marie, ce que j'ai dit à ma mère? Eh bien, c'est qu'il me ?einble que George m'aime moins de jour en

' Marianne, Blanche, Marie.

jour, (warie se détourne un pou.) Non, il n'est plus le mêmo qu'autrefois... Quand nous sommes seuls ensemble, il est agité, presque impatient... il senil)le toujours qu'il ait hâte de voir interrompre notre tête-à-tète. E^t-ce que tu n'as rien remarqué, toi?

MARIE, a une voix tro-iblée.

Moi? non.

BLANCHE^ avec effroi.

Mon Dieu ! s'il en aimait une autre ?

MARI E, même jeu.

Mais tu es folle, Blanche !

BLANCHE

Non, mars je crois que je le deviendrais s'il en était ainsi. (Avec pa?sion.) Car c'est surtout depuis que je songe qu'il pourrait ne plus m'aimer, que je sens à quel point, moi, je l'aime. .. Oh! oui, vois-tu, j'en deviendrais folle ou j'en mourrais...

MARIE, ia prenant dans ses bras.

Veux-tu bien te taire 1

BLANCHE, à demi-voix.

Petite sœur, si tu voulais?...

MARIE

Quoi?

BLANCHE

Sans en avoir l'air, tu pourrais savoir ce qui se passe en lui... S'il a des tourments, des chagrins, qu'il te les dise, qu'il nous les confie, mais qu'il ne me laisse pas croire qu'il m'oublie, qu'il veut m'abandonner, car }e souffre trop.

MARIE, émue.

Blanche !

BLANCHE

Tiens, sais-tu ce qu'il faut faire? S'il revient ce soir^ comme il sera trop fatigué pour nous accompagner au bal> et puisque toi-même tu ]e>les ici, tu pourras te trouver seule avec lui, et...

ACTR I V 97

MARIE, avec nn moiiTemenl d effroi.

Non. (se remeiiani.) Noti'o Mière lie sei'aït pa> contenle s'il n'allait pas avec vous... et... il faut qu'il y aille... (s'efforçam de souriro.) Tlop fatigué, dis-tu?... lui, un soldat!...

BLANCHE

Mais c'eût été une occasion pour toi de faire ce que je te demande... Tu aurais eu tout le temps de savoir la vérité, et...

MARIE, lièo-c'inue, se levant.

Non... ce n'est pas possible, Blanche, pom\.. pour ce soir... Demain... un autre jour.

BLANCHE, la regardant.

Mais qu'est-ce que tu as donc? (ehb se love.)

MARIE, très-agilëe.

Je n'ai rien; seulement... tu dois bien comprendre... si j'allais, comme cela... tout de suite... il pourrait se douliT...

BLANCHE

Tu as peut-être raison; mais si tu venais avec nou? au bal, et si George était encore avec moi aussi... distrait, aussi... indifférent qu'il l'est depuis quelque temps, tu aurais une occasion toute naturelle, en dansant ou en valsant avec lui...

MARIE, même jou,

Y penses-tu?... au milieu d'un bal... devant tant d<' monde...

Tu me refuses?... Jn parie... oui... (n-'s-i-itëe) je parie que c'est parce que tu a^ fait les même^ remarques que moi... et parce que tu trembles d'apprendre de sa bouche mème..^

MARIE, très-pn)bjrrassi;e.

Blanche, calme-toi, je t'en piie. Tu te rendras malade.

BLANCHE

Ah! ça m'est bien égal.... Di:-:-moi que je me trompe... Marie, dis-moi que tu es sûre que George m'aime toujours, ou du moins que tune paringespas mes craintes... (Très-agitée. Juie-le-moi, Marie, jure-le-moi sur notre mère !...

98 GENDRILLON

MARIE, éperdue.

Blanche!... (Blanche est suspemiue aux lèvres de Marie. — Plusieurs coups de cloche retentissent au loin.)

MARIANNE, qui, pendant tout ce qui pre'cèJe, ëtai; occupée à iin (lavai! de cculurc.

On sonne à !a grille du parc.

MARIE, remontaul vivement.

C'est monsieur George, sans doute.

Marianne, qui a ouvert la fenêtre et qui regarde dans le parc.

Oui, oui, je vois deux lanternes qui courent dans la nuit; je reconnais la voiture.

MARIE, 3 pnrf, ave': effroi.

Le voilà!...

BLANCHE

Va vite, Marianne... descends par le petit escalier, c'est

plus court pour aller dans le paie. (Elle momre une pone à gauche.)

Tiens, prends une lampe, sa clarté guidera Pierre de ce côté, j^ai hâte de voir monsieur George. Va, va. (Marianne prend la

laaipe et sort par la gauche. — Mettant U main de Marie sur ton cœur.)

Tiens, sens comme mon cœur bal... il me semble que George ne revient ici que pom- me dire adieu.

MARIE

Encore une fois, calme-toi. Blanche.

BLANCHE, écoulant.

Ah! la voiture approche... elle s'arrête! on abaisse le marchepied, dans une minute George sera ici... (Marie fait un

niouvemenl comnie pour se retirer; Biauclie la relient. ) Rcsle. rCSiG , je

t'en prie!

MARIANNE, reulraiu avcc ia idiope.

Voilà monsieur George ! (George parait, ll donne son manteau à Marianne.) Je VaiS prévenir m;edame. (eIIo sort par la droite.)

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