SCÈNE \ III
MARIE, un Instant seule, puis GEORGE. (Marie est dans le plus grand désordre ; en entrant, elle court au premier vêtement qu'elle aperçoit : c'est une sortie de bal de couleur voyante. Marie la rejeUe, et semble chercher autre chose autour d'elle.)
MARIE, pendant ce jeu de scène, d'ime voix tremblante, mais sans larmes.
Oh! non... non... Je n'épouserai pas cet homme! je ne répouserai pas... Blanche a besoin d'une dot, on lui donnera la mienne... (s'enveioppant .tans une manie noire.) Demain, je n'en
aurai plus be.'Oin... (eiIc va pour sortir par la porte, à gauche, mais elle s'arrête, cCTurt à un meuble qu'elle ouvre, et en retire un bouquet fané-
L'embrassant.) Ctières petites flcurs sauvages! précieux souvenir d'une feoirée de bonheur... venez... (Avec égarement.) Venez revoii- les bords où je vous ai cueillies!... (Elle va s'élancer au
dehors, George paraît à la porte de gauche.)
Marie!,., (ii referme la porte.) Oi^i alUez-vous? OU couriezvous?... Dites?... Parlez, Maiie... Parlez-moi donc!... Vous
* George, Marie.
110 GEI^DRILLOX
vouliez mouiir?.,. Ne me dites pas non , j'en suis sûr! D'ailleurs, je sais poujquoi... J'ai tout compris... monsieur Antoine... Ce mariage, n'est-il pas vrai?... Mais, vous ne mourrez pas, enfant... folle ! (Tout en parlant, il a retiré à Marie son maatelet. Marie s'est laissé faire machinalement.— Georg-e, très-ému.) ÉcOUlez,
Marie... Moi aussi, j'ai eu tout à Tbeure là, une explication avec votre mère... Quand je dis une explication, non, car je ne pouvais, car je n'osais rien dire... Aussi, je ne veux pas me retrouver une seconde fois, vis-à-vis de votre mère, dans une position aussi fausse, aussi ridicule! je veux pouvoir lui avouer franchement... Et, après tout, si je me suis détaché de Blanche pour me tourner vers vous, c'est sa faute ! Je vous l'ai dit... ou, du moins, je l'ai dit à un autre; je ne peux pas voir pleurer, moi!... Eh bien! Blanche riait sans cess3, et vous, vous pleuriez toujours... Voilà pourquoi je ne l'aime plus, et pourquoi je vous aime!
MARIE, lros-3gilee.
Oui, une fois, déjà, vous m'avez parle ainsi, je m'en souviens... Mais, à votre tour, George, souvenez-vous, qu'à ma prière, vous m'aviez juré...
GEORGE
Oui, je vous avais juré de ne m'occuper que de mon bonheur, et de ne plus me soucier du vôtre... Eh bien! ce serment-là, je n'ai pas la force de le tenir !
MARIE
Monsieur George ! . . .
Ah! on veut vous marier de force àccmonsieur Antoine?... Eh bien, nous verrons!... Lui, d'abord, je le tuerai!...
MARIE
Oh!...
GEORGE
Et puis après, j'épouserai sa veuve... C'est-à-dire je vous épouserai!...
MARIE
Mais, vous êtes fou, George ! Et ma sœur?...
GEORGE
Jcvous dis que je ne l'aime plus!... eL quand je l'aiuierais
AC J i: I \ 117
oiictiVjjo lîc lépuutciiiis i>us, Ion* de iiii;:.i'... Kllc c^l heureuse, elle \Và pas besoin de mui!... Tandis que vous, pauvre petite! vous êtes toute seule, sans ami, sans protecteur... Eh bien! je serai le vôtre, moi! je seiai à la fois votre père, votre frère, votre mari !...
MARIE
Oh ! George! ne parlez pas ainsi... je vous en conjure!
Oh! je n'écoute rien, mon parti est pris!... C'est vous qui serez ma femme, car c'est vous seule que j'aime!
MARIE, à voi\ .'jasse.
11 y a quelqu'un là... J'ai entendu coimiie un ^oupu.. c'est ma mère, ou Blanche peut-être... Vous m/avez perdue' allez-vous-en ! ,
Mais vous ne m'avez pas répondu, Maiie, vous consentirez, n'est-ce pas?
MAR lE.
Allez-vous-en, au nom du ciel! allez-vous-en ! l'ui v^tUut
ainsi, elle a poussé Geor^^e vers la porte du fond. Au moraeut où elle se ic • ferme siu- lui, celle de droite s'ouvre et madame Fontenay paraît.*)
MADAME FONTEISAY, àelle-mêmo.
Oh! mon Dieu! mon Dieu!... (Elle avance lentement versMarip, qu'elle regarde fixement.)
MARIE, à part.
Ce regard... (n'une voix tremblante.) Ma mère !...
MADAME FONTE KAY, la regardant loojoius.
Laissez-moi ! laissez-moi ! . ..
MARIE, à p;rl.
Oh ! je ne m/ëtais pas trompée!... (EUe son par la droite.)
MADAME FONTENAY
Elle! la rivale de Blanche! de sa sœur!... voilà le ?ecrct qu'il n'osait me dire!... sa rivale!...
JLSTIN , au fond.
La voiture de madame ! (n ton par le fond, tntrp Blaoche par la
* Marie, Madame Fontenay.
118 CEiNDKlLLON
droite; elle est prête à partir; eu entrant^ elle aperçoit &a mère et vient auprès d'elle sans en être entendue.*
Oh! mon Dieu! mon Dieu ! (Elle pleure.)
BLANCHE^ se peuchaot vers sa mère.
Des iarmesi...
MADAME FONTENAY
Blanche !
BLANCHE
Qu'as-tu donc? pourquoi pleures-tu^ dis?... Ah! je devine, ce que je soupçonnais... George t'a avoué qu'il ne m'aimait plus^ n'est-ce pas? Il est déjà parti?
MADAME FONTENAY
Non, non... Mais vois-lu, Blanche, il se présente des oBslacles... peut-être te faudra-t-ii oublier...
BLANCHE
Oublier... qui?
MADAME FONTENAY
Monsieur... George!...
BLANCHE
Oublier George, moi?... Mais je ne le pourrai plus, maman... je ne le pourrai plus...
MADAME FONTENAY, voulant la calmer.
Blanche! ma fille!...
BLANCHE
Ainsi, c'est fini... bien fiai!... George! (suffoquée.) Ah! j'étouffe! j'étouffe!...
MADAME FONTENAY, appelant. Au secours!... (nlle sonne.)
BLANCHE, criant.
Maman ! maman !... (Elle lombc daas les bras de sa mère. Marianne et Claude accourent.)
MADAME FONTENAY, comme folle.
VitL', un médecin! un médecin!.,. Blanche se meurt!!..
(Claude s'élance au dehors. Madame Fontenay et Marianne, soutiennent Blanche. Le rideau baisse.)
* Madamfi Fontenay, Blanche.