ACTE DEUXIÈME
RAPHAËL
EIlo a une tête adorable; mais... (riant.) Elle la porto un peu trop haut.
DESGENAIS
Ah! dame ! elle a vu tout de suite que tu ne venais ni rJe la Bourse ni du club.
RAPHAËL, riant.
Ah I pour être de ses amis, il faut donc...
DESGENAIS
Il faut prendre ses habits chez Ferenbach, ses gilets chez Dusautoy, ses pantalons chez Renard, son linge chez Longueville, ses chapeaux chez Pinaud, et son esprit chez le changeur.
RAPHAËL
Diable! c'est une amitié qui coûte cher!
DESGENAIS. Ils s'asseyent à gauche.
Ah! je t'en réponds! Mais parlons de toi, de nous. (Lui prenant la main.) Ce cher Raphaël ! y a-t-il longtemps que je ne t'ai vu ! Ah çà, que fais- tu?
RAPHAËL
J'arrive de Rome, où je suis resté trois ans comme premier grand prix de l'Institut.
DESGENAIS
Ah! bah!
RAPHAËL
*Je suis sculpteur... J'ai exposé cette année... le gouvernement m'a acheté mon Hébé... Je suis très-heureux. (Avec seniiment.j J'ai encore ma mère.
DESGENAIS
Bon Raphaël ! Et ta fortune?
RAPHAËL, traioment.
J'ai placé dix mille franc?, il y a un mois, et j'ai payé mon terme ce matin. Et loi, que fais-tu?
DESGENAIS
Bloi?... Je fois comme les autres... je suis journaliste! Et où demeures-tu, que j'aille te serrer la main?
RAPHAËL
Rue de l'Abbaye, 23 ; une ancienne maison de religieux ; de vieux arbres moussus et des murs tapissés de lierre au fond d'une grande cour où l'on a laissé croître l'herbe depuis l'édit de Nantes. C'est à donner envie de se faire moine.
Ta mère est avec toi?
APHAEL.
Oui, oui. Elle a la plus belle chambre; moi, j'ai un atelier magnifique, et, pour dormir, une mansarde avec un rayon de soleil.
DESGENAIS
Enfin, tu es heureux?
RAPHAËL
Très-heureux.
DESGENAIS
Tant mieux, sacrebleu! tant mieux! économise bien ton bonheur, ami, et prends garde qu'on ne te le vole.
RAPHAËL
Oh! il n'y a pas de danger; ma mère fait sentinelle!
DESGENAIS. Ils se lèvent.
Tu es un brave garçon, (n l'embrasse; Marco éclate de rire.)
DESGENAIS, avec un mouvement.
Ah!...-
RAPHAËL
Qu'as-tu donc?
DESGENAIS, riant.
Rien!... rien... mais, au moment où nous parlions de ton bonheur, le rire de cette femme.