‹ Les filles de marbre; drame en cinq actes, mêlé de chantChapitre 35 sur 167 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

MADAME DIDIER, avec douceur.

A quoi?

RAPHAËL, avec impatience.

Mais... à ma statue.

Raphaël, ne me brutalise pas...

RAPHAËL, la prenant dans ses bras.

Ma mère 1...

MADAME DIDIER

Dis, qu'as-tu, mon enfant? est-ce que tu souffres?

RAPHAËL, s'efforçant de sourire.

Non, non, ma mère !

MADAME DIDIER

Pourquoi rêves-tu le jour? Pourquoi ne dors-tu plus la nuit?

RAPHAËL

Mais vous vous trompez... tu te trompes, mère.

MADAME DIDIER

Non, mon enfant; car, chaque nuit, je veille aussi, moi, et chaque, nuit, je-voisdela lumière dans ta chambre, et, quand j'écoute à ta porte, je t'entends marcher.

RAPHAËL

Je vais te dire, mère... Je... je prépare... j'ai une grande idéel.et... vous comprenez?... cela me donne la fièvre.

MADAME DIDIER

Non, mon ami, ce n'est pas ton travail qui trouble ton sommeil maintenant... c'est autre chose.

RAPHAËL

Mais... je t'assure...

Écoute... il s'est passé quelque chose d'étrange dans ta vie, Raphuci... il y a un mois de cela... Tiens, ça date d'un jour où Lj

étais allé au bois de Boulogne. (Mouvement de Raphaël.) Vois-tu que c'est vrai!... Mon Raphaël, mon enfant bien-aimé, dis-moi tout... Tout ce beau monde, tous ces riches équipages, ça t'a rendu ambitieux peut-être, hein? est-ce cela?

RAPHAËL

Oui... oui...

MADAME DIDIER

Mais tu seras riche, mon ami; tu as du talent... Travaille, et tout ce luxe qui te fait envie... (Changeant de ton.) Non, vois-tu, ce n'est pas ça... Confie-moi tes chagrins, mon bien-aimé... car, tu le vois... je ne les devine pas, et cependant je t'aime bien, val

RAPHAËL

Mère!...

MADAME DIDIER

Oh! je t'aime autant que le bon Dieu!... Dame!... je n'ai plus que toi au monde !

RAPHAËL, avec amour*.

Écoute, ne te fais pas de chagrin... c'est vrai que j'ai eu des idées... des chimères, mais ça se passera.

MADAME DIDIER, assise dans son fauteuil, et Raphaël sur le bout de la table.

Oh! si ça se pouvait!... songe donc, nous pourrions être si heureux tous les deux; car enfin, moi, je suis une pauvre femme qui ne sait rien faire; mais, si tu deviens un grand homme, j'en aurai une part tout de même, car enfin, je suis ta mère, et je suis fière de toi... C'est bien pardonnable, n'est-ce pas? RAPHAËL, avec des larmes et l'embrassant. 0 ma chérie! si tu savais le bien que tu me fais!

MADAME DIDIER, joyeuse.

N'est-ce pas que c'est bon de pleurer sur le cœur de sa mère? On a beau être grand, on a beau être un homme, ça n'y fait rien, vois-lu, on n'est jamais un homme pour sa mère...

^'Rapliaël, madame Didier.

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