SCENE VI
LUDOVIC, CLÉLIA.
clélia, à Lodovic qui lui présente la lettre. Lisez, mon ami.
LUDOVIC
Moi!
CLÉLIA.
C'est pour vous que je l'ai reçue... je n'ai rien de caché pour mon mari... Juliers lui-môme sait que je dois me marier... je croyais que cet aveu suffirait pour le faire renoncer à ses projets sur moi.... et ce sontsar.s doute des reproches... des lamentations sur ma cruauté!
Ludovic, qui a parcouru la lettre.
Non, vraiment... il va se battre pour vous... et contre deux adversaires encore! et dans le cas où il serait tué... c'est à vous qu'il laisse toute sa fortune... Ah! l'excellent homme... quel noble ce6ur... et comme il vous aime, celui-là...
CLÉLIA.
Comment, Monsieur, vous le plaignez... vous prenez sa défense?
LUDOVIC
Non, vraiment ; mais comme je vous le disais tout à l'heure... le moyen de ne pas s'intéresser, malgré soi, à un amour...
CLÉLIA.
Absurde... insensé... qui finirait par me compromettre...
LUDOVIC
Comment?..
Mais vous voilà... je ne crains plus rien... que du côté de votre père et du prince... Mon retour à Florence pendant que vous restiez en Suisse... leur a persuadé que vous m'aviez oubliée, que vous renonciez à moi... de là le rallentissement des poursuites... ordonnées contre vous... de là l'espèce d'amnistie qu'on paraît disposé à vous accorder.
LUDOVIC
On ne me l'a pas caché...
CLÉLIA.
Circonstance favorable... dont il faut profiter... J'avais tovit disposé d'avance en secret pour notre mariage... je vais prévenir l'abbé Ambrosio, et en lui envoyant vos noms et les miens... tout sera prêt pour ce soir, et aussitôt mariés, nous partirons !..
ludovic, avec chaleur.
Loin... bien loin... que personne n'entende plus jamais parler de nous !
CLELU.
Vous avez raison !
Ludovic, avec embarras.
Mais alors... Margueritte et son père... comment leur apprendre...
CLÉLIA.
Je comprends que vous n'ayez pas eu la force de le faire de vive voix... mais alors, et puisque par bonheur... ils ne sont plus là... rien ne nous empêche de leur écrire...
LUDOVIC*
C'est vrai ! {S' asseyant devant la table à droite.) Dictez, alors, dictez vous-même...
CLÉLIA.
Soit ! (Dictant.) Margueritte... c'est dans votre intérêt même qu'il m'a fallu vous tromper...
LUDOVIC
Oui, oui... Je ne vous aime pas...
CLÉLIA.
Oh! non... non... c'est trop dur... mettons plutôt... (Dictant.) Je voudrais pouvoir vous aimer...
LUDOVIC
Ce n'est pas bien non plus... ce n'est pas là ce que je veux.. . ce que je dois dire...
CLÉLIA.
C'est cependant là qu'il faut en venir...
LUDOVIC
Sans doute!., mais on peut y arriver autrement.
CLÉLIA.
Voyons... cherchons...
LUDOVIC
Oui... je crois... que j'ai une idée... attendez... (Il écrit.)