SCÈNE XIII
CLÉLIA, LUDOVIC.
CLÉLIA.
Avant de tout avouer à Margueritte, comme je veux le faire, comme je l'aurais déjà fait, si vous ne m'en aviez empêchée... je désire connaître la lettre que vous venez de recevoir et qui vous a tant ému.
LUDOVIC
je vous prie de ne
me la deman-
Et moi., der.
CLÉLIA.
Vous avez donc maintenant des secrets pour moi... {Ludovic sans lui répondre lui remet la lettre, Clélia lisant.) « Mon fils, mon souverain et « moi n'avons rien à refuser en ce moment à « M. Juliers, banquier de la cour et votre ami « dévoué... il me supplie de consentir à votre « mariage avec la fille du docteur Holbein!..» {S interrompant.) Toujours ce Juliers!.. de quoi se mêle-l-il ? « Une telle bru n'eût pas été, sans « doute, celle que j'eusse choisie pour duchesse « de San-Micheli ; mais à peine revenu ^de la « frayeur de voir entrer dans notre noble mai- « son une prima donna, mésalliance à laquelle « je n'eusse jamais consenti, je dois m'estimer « heureux de vous voir contracter une pareille « union... je l'approuve et m'empresse de vous « annoncer que le Grand-duc, notre souverain, « vous rend, à l'occasion de ce mariage, vos ti- • très, vos honneurs, comme moi mes bonnes « grâces, et ma paternelle bénédiction ! » Vous voyez, Ludovic , que j'avais raison de vouloir connalre une pareille lettre... car après l'avoir lue je vous aime trop pour ne pas renoncer à vous! mon amour vous coûterait trop cher... Et vos résolutions?..
LUDOVIC
Sont toujours les mêmes. Vous avez mes serments, je les tiendrai. Et les outragesque contient cette lettre les rendraient encore, si c'était possible, plus inviolables et plus sacrés!
Ah ! je vous reconnais là ; mais ma fierté, à moi, se révolte contre l'idée d'entrer dans Une famille qui me repousse... Tandis que Margueritle, ma sœur, vous ne l'aimez pas, je le sais, ce n'est que pour moi, pour moi seule, que vous consentez à prolonger son erreur: mais enfin elle vous aime... et peut-être... un jour... ce qui n'était qu'un jeu peut devenir une réalité... peutêtre, qui sait... vous finirez par l'aimer. {Regardant Ludovic gui reste immobile.) Ah ! vous l'aimez déjà !
LUDOVIC
Moi!
CLÉLIA.
Sans cela m'eussiez-vous laissé achever sans vous récrier, sans me démentir, sans m'acruser d'imposture... et d'injustice!., vous l'aimez!..
LUDOVIC
N'est-ce pas vous qui m'avez jeté aux brasde cette enfant que je voulais et que je ne pouvais fuir! Mais cette passion qui, presque à mon insu, s'est emparée de mon cœur, je saurai y résister et la combattre... charçez-vous seulement... de tout
dire à Margueritte... et je vous jure de ne plus la revoir... de m'éloigner d'elle pour jamais !
CLÉLIA.
En la regrettant... en l'aimant toujours! Air : De votre bonté généreuse.
Ainsi, témoin de votre peine,
Je pourrais d'un hymen fatal
Vous imposer encor la chaîne...
Non, non, vous me connaissez mal,
J'aime mieux, à la fois trahie
Par l'amour et par l'amitié,
Perdre a jamais le bonheur de ma vie,
Que le devoir a la pitié.
ludovic, se jetant à ses pieds.
Ah! Clélia !.. délia...