AVANT- PROPOS
Nous avions depuis longtemps la pensée d'écrire l'histoire des filles du Régent, qui nous avaient toujours paru mal connues et très-imparfaitement appréciées. Nous ne prétendions pas entreprendre une de ces réhabilitations fantaisistes dont on abuse aujourd'hui ; mais il nous semblait juste de repousser. pour elles, con&me nous l'avions déjà fait pour les filles de Louis XV, les odieuses accusations formulées à leur égard par les chroniqueurs : ceux-ci se sont faits plus ou moins volontairement les échos du plus triste pamphlétaire du dix-huitième siècle, de La Grange Chancel, dont des écrivains modernes, plus avides de scandales que soucieux du respect de la vérité, ont répété à l'envi les infâmes accusations (i). Nous avions consulté tous les auteurs
(i) Pour mieux édifier nos lecteurs sur la valeur morale de La Grange Chancel, nous croyons utile de faire connaître cette lettre inédite dans
VIII AVAKT-PROPOS.
contemporains, Dangeau, Saint-Simon, Marais, Buvat, pour citer les principaux : nous avions recueilli tous les traits épars dans ces nombreux volumes, de façon à composer un ensemble qui permettait déjà de tracer le croquis exact de la tie de chacune de ces princesses. Les papiers de la marquise de Balleroy, si habilement mis en lumière par M. Âubertin, deux manuscrits émanés de Tabbesse de Chelles elle-même, les dépêches
laquelle il formule les plus humbles excuses au Régent. Elle est adressée au cardinal Dubois :
« Monseigneur, j'ay appris avec une joye inexprimable que V. E. a la place du fameux cardinal de Richelieu^ persuadé que comme tous n'avez pas moins de lumières^ tous Timiterez dans la protection qu'il accordoit aux belles4ettres, et que V. E. commencera à la leur faire sentir en leur rendant en moi ce qu'elles avoient de meilleur dans un genre d'écrire qui n'est pas commun. La royale protection dont S. M. G. m'a honoré, me fait espérer la même grâce de S. Â. R. et qu'elle voudra bien oublier le passé en faveur de mon repentir. M. de Chavigny pourra informer V. E. de la manière respectueuse dont j'ai toujours parlé de ce grand prince, soit h, Gênes, soit à Madrid, et j 'au rois été rendre mes devoirs à M. de Maulevrier s'il ne les avoit pas rejettes avec assez de dureté pour ne m'exposer plus sans votre aveu à de pareilles tentatives. Le S** Melon pourra dire à V. E. si je mérite les malheurs où mes ennemis m'ont plongé. . Ne doutez point. Monseigneur, qu'il soit glorieux à V. E. de les faire cesser: ils ont fait de l'éclat dans le monde, et vos bontés ne tomberont pas sur un sujet ingrat qui les laisse tomber dans l'obscurité. J'aurai un surcroît d'obligation à Y. E. si elle vouloit bien joindre aux grâces que je lui demande celle de dire un mot à M. le Blanc, afin qu'il me fasse rendre les bardes que j'ai laissées aux lies Sainte-Marguerite, de la valeur du prix de 300 pistoles. J'attends l'honneur de vos ordres et ai cependant celui de me dire, etc. •
(( La Grange.
a A Madrid, ce 5 sept. 1722. » »
{Arch, des Aff. étirang., tome cccxx, d'Espagne.)