‹ Les filles du régent: la duchesse de Berry, la̕bbesse de Chelles, la princesse de Modène, la reine dE̕spagne, la princesse de Conti, Mademoiselle de BeaujolaisChapitre 7 sur 41 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Mariage de la duchesse de Berry. — Le duc de Berry. — Intrigues de 1r duchesse de Bourbon. — Saint-Simon mène l'affaire du mai'iage. — Lettre qu'il fait écrire au duc d'Orléans. '— Entretien de ce prince aTec Louis XIV. -^ Fiançailles. — Mariage. — Visite de la duchesse d'Ch'léans à la duchesse de Bourbon. — Maison de la duchesse de Berry. — M"® de SaintrSimon. — La duchesse de Bourgogne. — Mort du dauphin. — Désespoir de la duchesse de BeiTy. — Scènes. — Ses premiers excès. -^ Bruits odieux. — Leur fausseté. — Première grossesse. — Couches malheureuses. — Madame est chargée de morigéner la princesse. — L'affaire des diamants. —Renvoi deM^*^ de Vienne.

C'est au lendemain de réchec éprouvé dans sa* malencontreuse négociation, que la duchesse d'Orléans adressa à M"" de Mainlenon une lettre pressante pour obtenir le mariage de sa fille aînée avec le duc de Berry. C'était une œuvre difficile à accomplir, car dès l'abord des obstacles en apparence insurmontables se présentaient. La duchesse de Bourbon recherchait la même alliance pour sa propre fille : mais il fallait surtout noter l'antipathie du Dauphin contre le duc d'Orléans à l'égpard duquel il accueillait volontiers les odieuses accusations qui venaient de circuler, à l'occasion des prétendues

menées de ce prince pour s'emparer de la couronne d'Espag'ne; Fembarras des finances, qui, tout naturellement, rendait plus onéreuses les dépenses d'un mariag'e, la création d'un nouvel apanag*e, l'entretien d'une double maison étaient encore de puissants arg'uments contre un hymen que rendait, politiquement parlant, assez inutile celui du duc de Bourg'og'ne, déjà père de deux fils; le peu d'estime que Louis XIV faisait de son neveu, quant à sa vie publique et privée, n'était pas moins à considérer. Ces diverses causes, jointes aux intrigues secondaires, surtout à la prétention de la duchesse de Bourbon, semblaient se réunir pour ruiner d'avance le projet de la duchesse d'Orléans , sans qu'elle eût aucune bonne raison à faire valoir. M"" de Bourbon, au contraire, paraissait n'avoir qu'à se présenter, du moment où sa mère avait obtenu du roi la déclaration qu'il désirait voir son petit-fils se choisir une femme en France. Mais il se trouva qu'un homme actif, habile, j'allais dire intriguant, prit en main le mariag*e de Mademoiselle et ne cessa dès lors de travailler à l'amener à bonne fin, par tous les moyens possibles. C'était le duc de Saint- Simon. Il explique nettement ses motifs qui peuvent être résumés en peu de lig*nes : « Je redou- « tois déjà assez la situation présente de Maa dame la Duchesse avec Monseigneur, combien « plus après le mariage de leurs enfants, qui la « porteroit à une grandeur et à une autorité au- « près de lui sans bornes, pour le présent^ et pour

<( le futur 9 arriveroit par un autre biais, à ce que <i la cabale avoit tâché par les attentats de Flana dre (1) , et du même coup écraseroit M. le duc « et M"* la duchesse d'Orléans et moi, et tant d'à- « vec eux que d'avec M" le duc de Bourgogne, « que de mon chef personnellement. » Saint-Simon travaillait donc pour sa propre cause, et Ton peut ici s'en rapporter à lui pour l'activité et Tintelligence, quand il s'agissait de ses intérêts. Il se savait détesté du Dauphin dont l'avènement lui présag^it une disgrâce complète, et craint dans l'entourage de ce prince; par contre, il jouissait de la plus intime confiance du duc de Bourgogne, et il n'avait pas de peine à comprendre qu'en empêchant le mariage du frère de ce prince avec la fille de la sœur favorite du Dauphin, et en l'unissant au contraire à la fille du duc d'Orléans, il faisait un coup double pour asseoir sa position à la cour, et la garantir dans l'avenir. Pour cette fois il trouva un auxiliaire puissant dans la duchesse d'Orléans, qui n'était plus ni hésitante ni nonchalante. Le duc, au contraire, était d'une indiflerence incroyable : c( Avec tout son esprit et sa passion pour Mademoi- « selle, qui n'avoit point fwbli du premier moment « qu'elle étoit née, ce prince étoit comme une pou- « tre immobile, qui ne se remuoit que par nos efa forts redoublés, et qui fut tel d'un bout à l'autre

(1) Allusion aux intrigues ourdies contre Saint-Simon à l'occasion de la campagne du duc de Bourgogne en Flandre.

« de cette grande affaire. » Saint-Simon trouva heureusement un puissant appui dans le concours de la duchesse de Bourg*ogne, liée avec la duchesse d'Orléans et brouillée avec la duchesse de Bourbon. Cette princesse avait, en effet, un intérêt direct à écarter cet accroissement de faveur de sa tante, qui, sous le règ*ne de son père, eût pris évidemment une influence g*ênante, sinon inquiétante pour elle. Gomme elle connaissait parfaitement Louis XIY, elle redoutait auprès de lui une autre elle-même, c'est-à-dire une princesse placée au même degré quelle par son rang dans la famille, qui, plus jeune , pouvait faire oublier ses badinages par d'autres jeux d'esprit. Elle savait aussi l'affection de son mari pour le duc de Berry, et elle craignait l'entrée d'une fille de la duchesse de Bourbon dans leur intérieur, que celle-ci pourrait espionner sans cesse. Mais Saint-Simon n'en resta pas là; il ne vou« lait pas négliger une seule chance, et il agit auprès de tous les personnages dont, à la cour, il pouvait espérer un concours utile : la duchesse de Villars , qui y occupait une place considérable et vivait avec la duchesse d'Orléans dans une intimité indépendante; M"* de Lévis, amie dévouée de la duchesse de Bourgogne, comprenant à merveille le danger pour elle d'une union avec M'*" de Bourbon; M"* d'O, autre familière de la duchesse de Bourgogne, — ces deux dernières admises aussi dans le plus particulier du roi. Les ducs et les duchesses de Chevreuse et de Beauvilliers se prononcèrent dans

LA DOCHESSË DE BERRT. 49

ce sens, et par M. d'O,' Saint-Simon s'assura que le comte de Toulouse et le duc du Maine favoriseraient Mademoiselle, ce qui, pour ce dernier, devait exercer une influence sérieuse sur M"" de Maintenon, entraînée déjà par son attachement pour la duchesse de Bourgogne. Enfin Saint-Simon fit véritablement un coup de maître en se donnant les jésuites pour alliés. <c Telles furent les machines « et les combinaisons de ces machines, que mon (c amitié pour ceux à qui j'étois attaché, ma haine « pour M"' la Duchesse, mon attention sur ma site tuation présente et future, surent découvrir, « agencer, faire marcher d'un mouvement juste « et compassé, avec un accord exact et une force « de levier, que l'espace du carême commença et « perfectionna, dont je savois toutes les démar- « ches, les embarras et le progrès par tous ces di- « vers côtés qui me répondoient et que tous les « jours aussi je rencontrois en cadence récipro- « que. »

Le début de l'attaque fut heureux. La duchesse de Bourgogne, trouvant de la bonne volonté chez M"" de Maintenon et croyant à une disposition favorable aussi de la part du roi, après que Mademoiselle se fut décidée, malgré sa mère, à venir à un sermon de la fin du carême, à Versailles, voulut tentev un grand coup. Peu de jours après, avant Pâques, comme Mademoiselle était venue voir Louis XIV chez M"" de Maintenon, où le Dauphin se trouvait par hasard, sitôt celle-ci sortie, M"*" la

50 LBS FILLES DU RÉGSNT.

duchesse de Bourg^og^ne se mit à en faire Félog^^ et tout à coup, par une de ces saillies qu'elle savait si heJ^ilement simuler, elle s'écria « que c'étoit là une « vraie femme pour M. le duc de Berry. A ce mot, « Monseigneur roug'it, et répondit vivement que n cela seroit fort à propos pour récompenser le duc « d'Orléans de ses affaires d'Espagne. » En achevant ces paroles il sortit brusquement et laissa la compagnie bien étonnée, « qui ne s'attendoit à rien « moins d'un prince d'ordinaire si indifférent et a toujours si mesuré. Se tournant d'un air efia- « rouché vers M"' de Maintenon : « Ma tante, lui « dit-elle, ai-jedit une sottise? » Le roi, piqué, réii pondit pour M"" de Maintenon et dit avec feu que <( si M"" la duchesse le prenoit sur ce ton-là et en- (( treprenoit d'empaumer Monseigneur, elle comp- « teroit avec lui. M"* de Maintenon aigrit adroitece ment la chose, en raisonnant sur cette vivacité « si peu ordinaire à Monseigneur et dit que M"' la « duchesse lui en feroit bien voir d'autres, puis- « qu'elle étoit déjà venue jusque-là. La conversa- « tion, diversement coupée et reprise, s'avança avec a émotion et avec des réflexions qui nuisirent plus « à M''" de Bourbon que l'amitié de Monseigneur « pour M"* la duchesse ne la servit. »

11 paraît que le roi avait hésité, pour un motif assez piquant. « Mademoiselle désiroit passionnément « ce mariage^ dit le duc de Luynes (1), mais elle

(i) Addition au Journal de Dangeau, 2 juin 1710. •

LA DDGUESSE DE BERaY. M

« savoit que le roi y avoit de Topposition, trouvant « qu'elle étoit fort gérasse et craig*nant pour cette « raison qu'elle n eût point d'enfants. Mademoiselle « avoit aimé de tout temps à ne se contraindre sur « rien, et surtout de mang^er beaucoup. Instruite « cependant de la prévention du roi contre sa « taille, elle prit la résolution de maigrir à quel- « que prix que ce fût. Elle fut donc un an entier à « avoir un corps très-serré, ne mang*eant jamais à « table, et toujours en courant. Cette méthode lui « réussit : sa taille chang*ea et le mariage fut dé- « cidé (1). M Toujours est-il que Temportement du Dauphin amena le roi à se décider, et que la ruse de la duchesse de Bourgogne réussit au-delà de ses espérances. Sfiint-Simon en fut immédiatement instruit, et, sans perdre un moment, il fit jouer toutes ses « batteries » . Puis les choses se ralentirent un peu, et il eut heureusement le tact de prévenir une manœuvre qui aurait pu tout compromettre. Quand la cour se transporta à Marly, le roi proposa au duc d'Orléans d'y amener sa fille, pour laquelle, la question du rang étant tranchée, il n'y avait plus de difficultés. Mais Saint-Simon trouva, avec infiniment de sens, qu'il serait au moins embarrassant de voir Mademoiselle et M"* de Bourbon passer leurs journées dans le môme salon, souvent à la même table de jeu que le duc de Berry : « Ce

(i) a Mais, continue le duc de Luynes^ aussitôt qu'elle fut parvenue à son but, elle se livra de nouveau à son goût, et en moins de six mois elle engraissa prodigieusement. »

52 LES FILLES DU r£6£NT.

« n'étoit aucune de ces bagatelles, dit-il, qui feroit a le mariag^e de M'** de Bourbon ; mais d'avoir Ma- « demoiselle à Marly pou voit rompre le sien, expo- « sée comme elle seroit à toutes les pièces qu'une ce malice si intéressée et si connue et à toutes lesaf- « faires les plus fausses et les plus imprévues que « la malig'nité lui susciteroit; soutenue de cette au- « dacieuse cabale, et de Monseigneur même, sur « les g'ens de M. le duc de Berry qu'on dég'oûte- « roit, du roi qu'on embarrasseroit et qui se trouvea roit infiniment importuné des éclaircissements « et des plaintes que M"* la duchesse de Bourg'O- <c gne ne pourroit pas toujours soutenir, et qui lasce seroit la faiblesse de M"' de Maintenon. » Mademoiselle resta donc à Versailles, tandis que M"' de Bourbon put librement déployer ses grâces à Marly sous l'habile direction de sa mère.

Mais aussi Saint-Simon connaissait trop bien la cour, pour ne pas comprendre que le temps des atermoiements était passé. Tout retard pouvait compromettre le succès. Il passa donc en revue une dernière fois ses alliés et les fit agir. Les choses se précipitèrent dès lors. La duchesse de Bourbon redoubla ses efforts; le Dauphin se a rengorgea » de plus en plus envers la duchesse de Bourgogne et se « fronça » avec le duc d'Orléans qui ne pouvait prendre sur lui d'agir. IJ fallait cependant se décider à parler au roi, et aux premières ouvertures que la duchesse d'Orléans et Saint-Simon lui en firent, a il se hérissa, » et lulta pendant deux jours,

allant jusqu'à déclarer « que le mariag'e en soi étoit ridicule à proposer dans un temps de g*uerre et de misère, et le mariag^e de sa fille plus fou et plus insensé que nul autre » . Puis, serré de plus près, il avoua qu'il ne se sentait pas le courage, dans la position où il était àl'ég^ard du roi, d'aborder un pareil sujet avec lui. La duchesse d'Orléans crut alors tout perdu et resta, a pour ainsi dire, pétrifiée de surprise et de douleur. » Mais Saint-Simon ne se décourag'ea pas, et lui dit qu'une lettre suffirait. Le duc, ne trouvant plus aucune objection, il se retira dans son cabinet pour l'écrire immédiatement et Saint-Simon n'eut g^arde de le quitter : fut convenu que chacun rédig*erait une lettre., et qu'après on choisirait celle qui paraîtrait la plus convenable. Saint-Simon se mit àl'œûvre, et, quand il eut fini, il vit que le duc d'Orléans, les yeux perdus dans ses réflexions, n'avait pas même touché sa plume. Sa lettre fut acceptée, nous croyons devoir la reproduire entièrement ici :

« Sire,

« Plusieurs pensées m'occupent et me pénètrent depuis long'temps, que je ne puis plus me refuser de représenter à Votre Majesté, puisqu'elles ne peuvent lui déplaire, et que depuis peu diverses occasions ont tellement grossi dans mon cœur et dans mon esprit les sentiments qu'elles y ont fait naître, que je ne puis que je ne les porte aux pieds de Votre

Majesté, avec cette confiance que vos anciennes bontés, et, si j'ose l'ajouter, que le sang inspirent; et je le fais par écrit, dans la crainte de ma plénitude, qui est telle que j'aurois appréhendé de vous parler trop diffusément. Il y a deux ans. Sire, que Votre Majesté fit naître en moi des espérances flatteuses du mariag^e de M. le duc de Berry avec ma fille. Elle me fit l'honneur de me dire qu'il n'y avoit point en Europe de princesse étrangère qui lui convînt, et j'ose ajouter que la France ne lui en peut offrir aucune en préjudice de ma fille. J'ai vécu depuis dans ce raisonnable désir que vous-même m'avez accru. Je vois cependant que le temps s'écoule, et qu'en s' écoulant, vous prenez plaisir à combler votre famille de nouveaux biens. Quelle grâce à la fois pour M"" la Duchesse que sa pension, celle de son fils, la charge de grand-maître et le gouvernement de Bourgogne! Quelle faveur à M. du Maine que la survivance de colonel général des Suisses et Grisons, et de grand-maître de l'ar^ tillerie, pour ses enfants, et un rang qui les égale au mien ! Vous m'avez fait son beau-frère, et je suis bien aise de ses avantages ; mais qu'il me soit permis de vous représenter, avec toutes sortes de, respects, que l'état de ma famille est tel que si je mourois, il ne seroit pas en la puissance de votre amitié de lui en donner des marques semblables , puisque les honneurs que je tiens de vous ne lui passeroient pas, et que n'ayant ni gouvernement ni charge, elle ne peut être revêtue de rien, par quoi

mes enfants seroîent bien moindres en effet qnoique si fort aînés des autres, et vos petits-enfants comme eux . Qu' est-il donc au pouvoir de Votre Majesté de faire, pour eux et pour moi, qu'un mariag*e que je ne puis douter qui ne soit de son g^oût, par ce qu elle m'a fait la g'râce de m'en dire le premier, qui réunit tous ses enfants, et qui assure une protection aux miens, quelque dénués qu'ils, soient d'ailleurs, jusqu'à l'accomplissement duquel je suis sans cesse entre la crainte et l'espérance? Voilà, Sire, mes raisons de père, qui me touchent sensiblement; mais j'en ai d'autres, qui me tiennent encore plus vivement au cœur, et qui me le serrent, de sorte qu'il n*est pas que ne vous vous intéressassiez à me rendre le repos, si vous étiez informé de tout ce que je souffre.

« Vous avez nouvellement comblé toute votre famille de biens, et moi seul je me trouve excepté. Vous avez cherché à consoler M"** du Maine du chagrin qu'elle s'est voulu faire sur son rang*; moi seul je me trouve encore ég'alé aux princes du sang* à votre communion. Je me trouve condamné, en la personne de mes fîlles, sur le rang» que j'avois cru devoir prétendre pour elles. J'étouffe mon chagrin par soumission 9 et pour vous rendre un plus profond respect. Rien cependant ne me console, et rien ne s'avance pour l'unique chose qui pourroit le faire. Que puis-je- penser là-dessus. Sire, sinon de craindre de n'être pas avec Votre Majesté, comme j'ose dire que le mérite mon cœur pour

elle, ou qu'il se présente un autre obstacle, que je vois depuis long'temps se former avec art et se g'rossîr de même? Car pour la conjoncture des temps, tout apprend, et ces derniers exemples, que vous êtes trop g^rand, trop absolu, trop maître pour qu'une semblable raison arrête ce que vous voulez faire; et puisque l'état des princesses de l'Europe est tel que le mariagpe de M. le duc de Berry ne peut rien influer à la paix, votre amitié et votre autorité peuvent trouver les expédients nécessaires de passer en ma faveur, comme vous avez fait pour lès autres, par-dessus la conjoncture des temps. Mon malheur est donc tel que je ne puis plus attribuer le silence sur ce mariag^e, qu'à votre volonté, et j'en mourrois de douleur, ou qu'à l'éloig'nement qu'on ne cesse de donner contre moi, avec toute la malignité et l'artifice possibles, à celui dont la bonté et l'équité naturelles, l'ancienne amitié pour moi en rendroit tout à fait incapable, sans un crédit aussi grand, et dont l'augmentation continuelle ne promet qu'une division que rien ne pourra éteindre dans votre maison si j'en deviens la victime, dans un temps surtout où, contents ou jamais, on ne devroit avoir aucune aigreur de reste. C'est donc, Sire, mon extrême et respectueuse tendresse pour votre personne, mon attachement pour celle de Monseigneur, qui, plus que tout, me fait du désir de me voir rapprocher de Votre Majesté et de lui, par les liens les plus étroits et les plus intimes, et qui, d'ailleurs, termi-

LA DUCnESSE DE BEHRY. 57

nant mon aversion et me donnant lieu de m' unir, par ma seconde fille, avec M""' la Duchesse, liera son fils à M. le duc de Berry par un honneur semblable à celui que mon fils en recevra lui-même. Ces considérations sont telles que j'espère enfin qu'elles toucheront le bon cœur de Votre Majesté, et je lui demande, avec toute l'instance dont peut être capable, avec le plus profond respect. Sire, de Votre Majesté,

« Le très-humble, etc. »

Le soir même, le duc d'Orléans copia cette lettre, sans y faire de changements importants et la plaça cachetée dans sa poche. Mais ici son embarras recommença : il s'agpissait en effet de remettre la lettre au roi. Outre l'influence d'une timidité réelle, le duc d'Orléans voulait s'assurer d'un jour où le roi et M"* de Maintenon seraient de bonne humeur, où d'Antin, l'ami dévoué de M""* la duchesse, neserait pas présent, toutes choses assez malaisées à combiner. L'occasion se présenta cependant à deux reprises, mais le duc d'Orléans la laissa échapper. Une semaine se passa de la sorte, malgpré les instances de la duchesse de Bourgpogne, qui n'était en cette circonstance que l'écho de M"' de Maintenon.

Enfin, un vendredi matin. Maréchal, premier chirurgien du roi, prévint Saint-Simon que Louis XIV avait été tout à fait « gaillard » à son petit lever. Par un concours heureux. M"' de Maintenon ne devait pas sortir de chez elle; d'Ântin, au contraire.

était absent, et le P. Tellier était comme de coutume à Marly. Cette fois le duc d'Orléans devait s'exécuter. Saint-Simon se trouva dans le salon comme le roi, en sortant de la messe, entrait chez la marquise: il l'aborda en lui demandant combien de temps il comptait g'arder encore sa lettre dans sa poche. Bref, il le chapitra de toute sa force jusqu'à ce que Louis XIV repassa pour passer dans son cabinet. La scène est trop piquante pour ne pas être rapportée : « Alors je pressai M. le duc d'Orléans « de toute ma force d'aller donner sa lettre. Il s'a- «( vançoit vers le petit salon , puis tournoit le dos à « la mangpeoire. Moi, toujours l'exhortant, je le a serroisde l'épaule vers le petit salon, je faisois le « tour de lui pour le remettre entre ce petit salon « et moi quand il s'en étoit écarté, et ce manég^e se « fit à tant de reprises que j'étois sur les épines de « ce peu de g^ens du commun restés dans le grand a salon, et des courtisans, qui, du petit, nous pou- « Voient voir pirouettant de la sorte, à travers la « grande porte vitrée. Toutefois je fis tant, qu'à « force de propos, de tours et d'épaules, je le pous- « sai dans le petit salon, et de là encore avec peine « jusqu'à la porte de la chambre du roi, tout ou- « verte. Alors il n'y eut plus à rebrousser chemin, « il fallut pousser jusque dans le cabinet. Restoit « s'il oseroit enfin y donner sa lettre. » Saint-Simon attendit, mais il n'avait pas été « trois ou quatre Paters » assis, qu'il vit le duc « qui brossa la chambre*», et disparut. La lettre était remise. On com-

prend Timpatience du nég^ociateur à savoir les détails de l'entrevue : ils furent courts. Le roi avait mis la lettre dans sa poche sans l'ouvrir^ et avait adressé quelques mots g*racieux à son trop timide neveu, sans aborder autrement la question .

Le lendemain, Louis XIV le fit venir, lui exprima son contentement et son désir de conclure ce mariage, mais en ajoutant que son fils était trop opposé à ce projet, et « qu'il prendroit son temps pour lui en parler ». Tous ceux qui s'intéressoient à cette affaire agirent immédiatement et avec vigueur ; la duchesse de Bourgogne, M"' de Maintenon, le Père Tellier ne négligèrent rien; mais la duchesse d'Orléans eut la prudence de garder une réserve absolue, de sorte que> chose bien rare à la cour, rien ne transpira et ne vint éveiller la sécurité de la duchesse de Bourbon, qui, à ce moment, croyait pleinement au succès.

Saint-Simon comprenait bien que le nœud de la question dépendait du consentement du Dauphin, et, sûr de l'approbation du roi, il voulut tenter une démarche qui pût contre-balancer l'influence de M""' la Duchesse auprès de ce prince. On sait que Monseigneur, — comme on l'appelait, — avait auprès de lui une véritable seconde M"' de Maintenon : sa liaison avec M""* de Ghouin est connue de tout le monde, et son mariage même, à cette époque, était chose avérée (1). Saint-Simon imagina

(1) Voir notre étude sur M"« Joly de Chouifiy publiée dans le Bulletin dubibUopMe, janvier, février, mai, juin 1872, et in-8°, Paris, Techener.

de se procurer son concours, et la duchesse d'Orléans avait une envie si vive de marier sa fille au duc de Berry, qu'oubliant son orgueil et sa vanité, elle autorisa Saint-Simon à exprimer à M"* de Chouin son désir de la voir, et à lui demander de seconder son projet. Le duc s'en ouvrit à Bignon, le conseiller favori de cette reine de Meudon, et il le trouva tout disposé àag^ir. Mais « la Chouin » pensa tout autrement : elle commença par traîner l'affaire en long'ueur, puis elle finit par charger Bignon de déclarer « qu'elle se sentoit très-obligée du désir de « M. le duc et de M"' la duchesse d'Orléans, mais « que, n'étant déjà que trop en vue, elle ne vouloit « augmenter ni l'éclat ni le nombre de ceux qu'elle « voyoit. » La réponse était désobligeante à transmettre: le duc d'Orléans s'en montra très- affecté, parce qu'il comprenait que ce refus inouï pour une personne de son rang, provenait de la persistance des calomnies répandues sur lui à la petite cour de Meudon. La duchesse était tellement préoccupée du mariage qu'elle sentit moins vivement un afiront qui, en d'autres temps, l'auraitmise dans un état de véritable indignation. Mais Saint-Simon s'en servit pour effrayer le duc, en lui montrant qu'il était véritablement et gravement compromis si cet hymen n'avait pas lieu, et surtout, pour le déterminer à presser un dénouement que les circonstances réclamaient impérieusement. Tous deux entrèrent dans cette pensée et s'empressèrent de raconter dès le lendemain à M"*' de Maintenon et

LA DUCHESSE DE BEERT. 6i

à la duchesse de Bourg^o^ne la réponse de M""" de Ghouin, en insistant sur l'attitude de Monseigpneur et sur le danger qu'elle créerait à la jeune princesse si la duchesse de Bourbon venait à remporter. Le roi fut aussitôt au courant de Tincident : puis le duc d'Orléans, poussé à bout, eut la hardiesse de venir lui parler librement cette fois ; il eut surtout l'habileté de piquer au jeu Louis XIV, en ayant l'air de croire qu'il n'osait pas imposer sa volonté à son fils. Le lendemain, en effet, le roi manda Monseigneur dans son cabinet, et. lui proposa nettement le mariage, ^ d'un ton de père, mêlé de ton de roi et de maître » . Le Dauphin, surpris, hésita, balbutia et finit par engager sa parole, en demandant seulement quelques jours avant la déclaration officielle, afin d'avoir le temps de s'habituer à une affaire qui lui plaisait si peu. Le roi y consentit, mais en lui conseillant d'abréger autant que possible ce délai, et en ajoutant qu'il n'y avait plus à revenir sur la parole qu'il lui avait donnée (1" juin). Une demi-heure après, Louis XIV, singulièrement allégé, annonçait ce résultat à son neveu en l'autorisant à le dire à sa femme, à la duchesse de Bourgogne et à M"' de Maintenon, mais absolument à nul autre. Le prince demanda la permission d'informer également sa fille. Saint-Simon assure qu'elle lui fut accordée, mais le minutieux Dangeau écrit le contraire, à la date du 2 ; « i\f . le a duc d'Orléans qui devoit aller voir hier à Saint* tf Gloud Mademoiselle, dit qu'il n'iroit point voir sa

« fille parce qu'il n'auroit point Ta force de lui ca- « cher une nouvelle qui lui feroit tant de plaisir. »

Jusqu'à ce jour on s'était beaucoup occupé du mariag'e du duc de Berry, mais nul ne s'était inquiété de savoir si cet arrangement lui conviendrait.

Charles, duc de Berry, second fils du Dauphin, était né à Marly, le 31 août 1686 : il avait donc ving't- trois ans quand il fut question de le marier. Saint-Simon dit qu'il en mourait d'envie, comme un enfant qui croit en devenir plus libre et plus indépendant. C'était un bon et aimable jeune homme : esprit médiocre, sans imagination, mais sensé, capable d'écouter et de comprendre les bons conseils, désireux de bien faire, simple, sans vanité, mais plein de dig^nité, vrai, droit, pieux. Il était d'une taille ordinaire, un peu g*ros, le visage frais, les cheveux blonds , une apparence de santé et de bonne humeur. Favori de son père, à cause de sa douceur et de ses prévenances, il l'était devenu encore plus par l'intérêt de ceux qui entouraient le Dauphin, pour diminuer l'importance du duc de Bourgogne, avec lequel il vivait dans une parfaite intimité et qui le chérissait ; là duchesse de Bourgogne l'aimait beaucoup aussi. Sa vie jusqu'alors avait fourni peu d'incidents : il avait été, en 1700, désigné pour recueillir la couronne d'Espagne, après son frère Philippe, si celui-ci, avant la mort de Charles IV, avait eu à succéder à Louis XIV. En 1708, il accompagna le duc de Bourgogne, comme volontaire à l'armée de Flandres : il y montra du

bon sens, du courage, et se fit même remarquer dans les conseils de guerre, ce que le duc de Vendôme eut soin de ne pas laisser inaperçu pour diminuer d'autant le mérite du duc de Bourgogne, qu'il poursuivait, comme on sait, avec un infatigable acharnement. Son éducation avait été malheureusement négligée : gai, bon, généreux, il n'avait ni le savoir ni le mérite de son frère aîné, et comme il avait en outre la conscience de sa faiblesse, il se sentait souvent embarrassé, surtout devant le roi, et ses meilleures qualités en étaient comme paralysées. Il le sentit surtout vivement une fois et n'en cacha pas son dépit. A la séance du Parlement dans laquelle il déclara renoncer à tout droit sur la couronne d'Espagne, il avait un petit discours à prononcer en réponse à celui du premier président : Saint-Simon le lui avait composé, et le jeune prince l'avait appris par cœur; mais, malgré sa bonne volonté et ses efforts, il ne put jamais bal* butier que quelques mots sans suite (1). Le duc de Berry fut profondément humilié de cette mésaventure, jusqu'à en pleurer abondamment chez M"' de Saint-Simon, en se plaignant de ce qu'on n'avait songé qu'à étouffer en lui tout ce qui pouvait lui donner une valeur morale. « J'étois cadet ^ « répétait-il avec désespoir, je tenois tête à mon « frère : il eût eu peur des suites; ils m'ont f( anéanti. On ne m'a jamais rien appris qu'à

(4) Mémoires de SaintSmoné

« jouer et à chasser, et ils ont réussi à faire de moi « un sot, incapable de tout et qui ne sera jamais « propre à rien, et qui sera le mépris et la risée du « monde (1). »

Tel était le prince que Ton destinait à son insu à Mademoiselle, et dont le caractère était beaucoup trop bon, la faiblesse beaucoup trop g^rande pour dominer comme il le fallait cette princesse habituée . à ne subir aucun frein et à n'avoir pour règle que sa volonté, ou plutôt son caprice. Le lendemain de son explication avec Monseigneur ^ le roi prit le duc de Berry dans son cabinet et lui demanda s'il serait bien aise de se marier (2 juin). Dominé par la duchesse de Bourbon, quoiqu'il n'éprouvât aucun penchant pour sa fille, retenu plus encore par son frère et par sa belle-sœur sans lesquels il ne décidait rien et dont il ne connaissait pas encore les vues , ce prince répondit évasivement en parlant seulement de sa soumission aux ordres de son aïeul. « Le roi lui demanda alors s'il n'auroit point de Téec pug^nance à épouser Mademoiselle, la seule en « France, ajouta-t-il, qui pût lui convenir, puisque « dans les conjonctures présentes on ne pouvoit son- « g-er à aucune princesse étrangère. M. le duc de « Berry répondit qu'il obéiroit au roi avec plaisir. (( Aussitôt le roi lui déclara qu'il avoit le dessein de a faire incessamment le mariage, que Monseigpneur (< y consentoit, mais il lui défendit d'en parler (2). »

(() Mémoires de Saint-Simon.

(2) Ibid.

Le duc de Berry partit ensuite pour aller courir le loup avec son frère.

Pendant ce temps le marquis d'Autin, qui avait percé le mystère .dont on cherchait vainement à entourer ce projet de mariage et qui avait toujours servi la duchesse de Bourbon dans ses rêves, vit que la partie était perdue pour elle, voulut se retourner à temps et se faire bien venir en hâtant la déclaration publique. Il aborda le roi au retour de sa promenade, Tentretint de ce mariagpé comme d'une chose déjà connue à la cour et fort bien accueillie partout, en émettant le reg^ret qu'on en dif-* férât inutilement la nouvelle ofBcielle. Gomme il traitait ce sujet. Monseigneur entra chez le roi en revenant de la chasse, et, ce qui fit croire que c'était affaire convenue entre lui et d'Ântin , ce dernier continua la conversation comme si personne n'était survenu. Le roi en profita pour presser son fils en lui faisant remarquer la maladresse de dissimuler davantage une chose qui commençait à s'ébruiter, et en lui proposant d'aller sur-le-champ faire la demande à Madame. Le Dauphin y consentit sans aucune résistance. Louis XIV manda aussitôt le duc de Bourgogne et tous trois se transportèrent chez la duchesse douairière d'Orléans, tandis que d'Antin répandait la nouvelle dans les salons et expédiait un laquais à Saint-Gloud. Saint-Simon ajoute que la joie de Madame fut grande, mais il ne raconte pas le fait très- exactement, et nous le trouvons

au contraire très-minutieusement énoncé dans une

lettre de la Palatine, du 5 juin 1710, et d'une façon de beaucoup plus curieuse et plus piquante (1) : « Lundi le roi a pris médecine : comme je venois « auprès de lui il me dit : « Vous me paroisié bien « g^aye hier, Madame. — Je lui répondis : Monsieur, a j'avois bien raison de l'estre, car mon fils venoit « de me parler de la part de Votre Majesté (2). — « Je suis ravi, dit le roi^ d'avoir fait quelque chose « qui vous soit agpréable, Madame^ et j'espère que « ce mariage nous unira encore davantagpe. — Je « dis : Rien ne peust plus m' attacher n'y mon fils « à y. M. que nous le sommes de tout temps. Mais « assurément s'il pouvoit estre qu'il y eust de Voga mention, ce mariage le feroit, il nous comble a d'honneur et de joye. — Le roi me répondit : Votre « joye m'en fait beaucoup, mais n'en parlez pas ente core de deux ou trois jours. — Le soir, après sept « heures, étant de retour de la promenade, comme « j'écrivois devant ma fenêtre aux reines d'Espagpne « et à M™« de Savoie, je vis tout-à-coup arriver en (c sautant dans ma chambre la duchesse de Bour- « gogne avec son mari et toutes ses dames qui me « crioient : — Madame, nous vous amenons M. le « duc de Berry, car le roi vient de déclarer tout haut « qu'il espousera Mademoiselle (3). Le Roy va vous

(0 Lettres inédites publiées par A. Rolland^ p. 300-302.

(2) Lundi était le 2 juin : on remarquera donc que c'est le i*'' que le roi entretint son petit-fils^ contrairement au récit de Saint-Simon.

(3) PreuTe qu'il n'y eut point de demande solennelle faite par le roi à Madame> mais simple visite après que tout eut été convenu entre eux.

« le dire et Monseig*neur aussi ; nous les avons de- « vancés. — Je dis à M™«la duchesse de Bourgogpne : « Alheur qu'il m'est permis de parler, je vous as- « seurerez que j'ores une reconnoissance éternelle a de touttes les soins et peines que vous vous êtes « donnée pour cette affaire. Je say aussi, dis-je au « duc de Bour^o^ne, que vous l'avez tousjours défi sires, dont je vous rends mille grâces ; et au duc « de Berry : Venez que je vous embrasse, car vous « voilà plus que jamais comme vous disoit M"»« la « Dauphine. Elle l'appeloit toujours : mon Berry, le « Berry de Madame; il le sait bien. — Je l'ai em- « brassé de ^rand cœur. — Il me dit : Je n'ay point « aultre chose à vous demander, Madame, que de « resprendre pour moy la même amitié et bonté « que vous aviez pour moy pendant toute mon ence fance et de recomencer à me donner vos bons « advis. — Je lui répondis en riant : Je croi qu'il « vaut mieux que je vous demande pardon de vous « avoir estes si souvent importune» mais je ne Tay « pas fait pour mon plaisir, et si Mj^ la Dauphine « ne me l'avoit ordonné en mourant je m'en serois « bien gardé. Vous estes trop grand pour qu'on « vous donne des advis, aussi je ne vous en impora tuneres point. Je me contenteres de faire mille « vœux pour vous et M^^ la duchesse de Berry, « je vous ores dans mon cœur, je vous aimeres ten- « drement, mais je suis trop vieille pour vous voir « souvent, car je ne puis vous estre bonne à rien. « Soyez heureux, gay et content, et je jouirai de

a votre contentement. — A peine avois-je dit ces ce mots que le roi entra avec M. le Dauphin. Tout « avec eux se passa bien aussi. Mon fils et M'^^d'Ortt léans qui n'avoient point pensé que la chose sett roit déclarée sitôt, avoientété à Saînt-Gloud pour '< cacher leur joie, car elle est inexprimable. J'ena voyai aussitôt un laquais à Saint-Gloud, et, je fis c( par écrit mon compliment à Mademoiselle. Vous « pouvez bien penser que ma chambre ne tarda pas a à être pleine de tout ce qu'il y a à Marly de petits « et de grands; elle ne désemplit pets jusqu'à l'heure « du souper. »

Le duc et la duchesse d'Orléans étaient sur la route de Saint-Gloud quand ils rencontrèrent le laquais du marquis d'Ântin ; ils l'envoyèrent auprès de leur fille, pendant qu'ils poursuivaient leur chemin vers Marly. Ils allèrent droit chez le Dauphin qu'ils trouvèrent à table, fkisant un retour de chasse avec son fils et quelques femmes de la cour : ce prince ne balança pas à oublier le passé et fit aux arrivants l'accueil le plus affectueux et le plus franchement empressé : il les embrassa et les fit embrasser par ses fils et par les principaux de la compag'nie ; puis il mit la duchesse d'Orléans à côté de lui à table, lui prit plusieurs fois les mains, l'embrassa tout autant et but à la santé de tous et de chacun, a En un mot on ne vit jamais Monsei- « ^neur si gai, si occupé, si rempli de quelque « chose. Le repas fut allongé, les santés réitérées, « en un mot allégresse complète. De leur vie M. le

« duc et M">« la duchesse d'Orléans ne furent si surce pris que d'une réception si fort inespérée. M"»« la ■ duchesse de Bourgt)g*ne, qur se tint toujours là, « anima tout, et M'* le duc de Bourg^g^ne fut si aise « et du mariage et de le voir si bien pris, qu'il en « haussa le coude jusqu'à tenir des propos si joyeux « qu'il ne pouvoit le croire le lendemain (1). »

Une visite moins agréable fut celle que le duc et la duchesse d'Orléans firent immédiatement à M™« la duchesse de Bourbon en sortant de chez le Dauphin. Cette princesse savait depuis quelques heures la nouvelle dont le secret avait été parfaitement gardé à son égard. La duchesse d'Orléans trouva sa sœur se promenant dans un jardin avec fort peu de monde ; elle parla la première et la réponse fut glaciale : le duc et la duchesse firent bonne contenance cependant, résolus à ne s'effaroucher de rien; ils voulurent même s'en tenir fidèlement au programme de la lettre que le duc avait adressée au roi et faire allusion à une éventualité de mariage entre leur seconde fille et le fils de madame la Duchesse. « — Quoi ! votre fille? répliqua- « t-elle'avec aigreur; mon fils quant à présent est <r un trop mauvais parti ; ses affaires sont dans un « désordre étrange, on lui dispute tout et on ne sait « pas encore ce qui lui restera de bien, et votre fille « est trop jeune pour la pouvoir marier (2). » Le duc

0) Mémoires de SaîfU'Simm.

(2) Ibid.

d'Orléans, ne voulant se tenir pour battu, se mit à répondre que la fortune du prince serait toujours suffisante et à discuter sur F âge de la princesse : on en vint aux dates précises, et la duchesse de Bourbon , poussée dans ses derniers retranchements , déclara encore plus aigrement qu'elle ne marierait pas son fils de longtemps. On échangea ensuite quelques mots insignifiants et l'on se sépara : a Mac( dame la Duchesse soulagée d'avoir au moins ina solenté sa sœur, et celle-ci riant de bon cœur de « cette rage montée au point de ne la pouvoir ca- « cher (1). »

Saint-Simon accourut à Saint-Gloud le lendemain et il y trouva une foule brillante et bruyante. Quand Mademoiselle l'aperçut, elle quitta la compagnie qui l'entourait, l'embrassa sur les deux joues, et, le prenant par la main, l'emmena dans l'Orangerie où elle l'accabla de compliments et de remercîments, en se mettant à lui raconter toute la part qu'il avait prise à ce mariage, et comme elle l'avait su de son père qui lui contait tout à mesure ; elle ajouta « qu'elle n'avoit jamais rien ignoré de tout a ce qui s'étoit passé dans cette affaire ; que c'étoit « pour cela qu'elle sortoit presque toujours du ca- « binet de M™* la duchesse d'Orléans dès que j'y « en trois et avant qu'on le lui dît et m'avoua qu'elle

(1) Saint'Simon, — Madame avait bien raison d'écrire^ le 5 juillet niO : « Cesi une histoire fort drôle que celle de la façon dont ce mariage s'estfait^ mais elle ne peut s'écrire par la poste : c'est à la haine qu'on le doit plutôt qu'à l'attachement. »

« avoit souvent observé mon vîsag^e entrant et sor- « tant de ces conversations (1). »

Le mercredi 4 juin Mademoiselle alla avec ses parents dîner à Marly « sans, voir personne ». Ils se rendirent d'abord chez Madame, puis chez le roi qui attendait avec le Dauphin, le duc et la duchesse de Bourgogne, le duc de Berry et les principaux officiers de la cour. « Madame présenta Mademoi- « selle au roi, qui se prosterna, et que le roi releva « et embrassa aussitôt, et tout de suite la présenta « à Monseigneur, à M*' le duc et à M"* la duchesse « de Bourgogne et à M. le duc de Berry, qui tous la « baisèrent, puis à toute la compagnie. Le roi pour « ôter leur embarras, avec cette grâce qu'il avoit « en tout, défendit à Mademoiselle de dire un mot à « personne, à M. le duc de Berry de lui parler, et « abrégea promptement l'entrevue (2). » Mademoiselle continua ses visites, et, les ayant hâtées autant que possible , retourna le soir même à Versailles. Dangeau, qui raconte plus brièvement les mêmes faits, ajoute : ce Mademoiselle, qui n'a pas encore flc quinze ans, se tira de tout cela avec un air de ce modestie à travers lequel sa joie paroît. >>

Le roi composa immédiatement la maison de la future duchesse de Berry. Dès le début des négociations la duchesse de Bourgogne voulut que la

({) Saini'Simon, Il faut lire anssi le récit si piquant que la princesse loi fit de la Tisite de la duchesse de Bourbon ayee sa fille. (2) nnd.

duchesse de Saint-Simon devînt dame d'honneur de sa belle-sœur, mais celle-ci ne s'en souciait qu'à demi, ou, ce qui est, je crois, la vérité, désirait se voir vivement sollicitée. Nous nous contenterons d'indiquer cet épisode sur lequel les mémoires du duc de Saint-Simon fournissent les détails les plus circonstanciés. Toujours est-il qu'il fallut accepter : après avoir, paraît-il, obstinément refusé malgré les instances du duc et de la duchesse de Bourg*og»ne, de la duchesse d'Orléans, malgré les conseils du maréchal de BoufQers, en dépit des efforts faits, nous assure Saint-Simon, par lui-même pour faire agréer madame de Gaylus, puis madame de Cheverny, ils cédèrent devant l'insistance du roi, ce qui était un ordre indiscutable. M"" de Saint-Simon fut donc déclarée dame d'honneur de la future duchesse, avec vingt mille livres de traitement ; la dame d'atour fut la marquise de la Vieuville (1) et la première femme de chambre, M"« de la Devaize, une des personnes que la duchesse d'Orléans estimait le plus dans son entourage.

Le roi aurait pu composer la maison de sa future belle-petite-fille avec un soin plus sérieux (2). On

(1) Le duc d'Orléans voulait donner cette place k }i^^ de Mare, fille de la maréchale de Crancey, ancienne gouvernante des enfants de Monsieur. C était une femme d'une réputation intacte et douée des plus serieuses qualités. Mais elle ne voulut jamais accepter ces fonctions : elle avait élevé la duchesse de Berry et elle la conpaissait trop bien pour vouloir avoir une charge auprès d'elle.

;'2) Le duc de Saint-Âignan fut premier gentilhomme de la chambre

connaît le mérite et la haute vertu de M™« de Saint- Simon à laquelle tous les contemporains rendent un hommage unanimement flatteur. Mais M"**" de la Vieuville était simplement intriguante et elle eut àessuyerplusd'unepénibleavanie. Nous verrons comme la faveur dirigea seule le choix des autres dames et des divers officiers. Aussi M"* de Saint-Simon, ne se sentant nullement soutenue, et appréciant trop facilement le caractère de la princesse, prit-elle de bonne heure le parti de se borner strictement à remplir les devoirs de sa charge. A mesure que les désordres de la duchesse de Berry augmentèrent, sa dame d'honneur se retira de plus en plus, et à la fin elle venait passer seulement une heure ou deux près d'elle sans avoir jamais occupé l'appartement qui lui appartenait de droit au palais du Luxembourg. Elle seule cependant avait le privilège de parler franchement à la princesse et d'exercer peut-être quelque influence sur elle, mais elle comprit rapidement combien ses efforts les plus suivis amèneraient de pauvres résultats, et, craignant de se compromettre en se commettant trop intimement

du duc de Berry avec le marquis de Béthune ; La Rochefoucauld-Roye et Clermont d'Âmboise, capitaines des gardes; Moateudre^ des Cent- Suisses; Hazilly^ premier écuyer; La Haye, premier veneur; de Pons et de Mouchy, maîtres de la garde-robe; Champignelles^ premier maître d'hôtel ; le baron de Oeauvais^ capitaine de la Porte ; Turgot, évéque de Sens, premier aumônier ; Coetenfao^ chevalier d'honneur de la duchesse; Hautcfort, premier écuyer; Saumery, premier maître d'hôtel; l'abbé de Castries ^ aumônier; La Rochepot, chancelier.

dans cet intérieur, elle préféra se taire plutôt que d'essayer de faire un bien à peu près inutile au préjudice de dang-ers sérieux pour sa réputation.

Les fiançailles de la princesse eurent lieu le 5 juillet dans le cabinet du roi, dès que Ton eut reçu de Rome les dispenses pour parenté. Cette cérémonie souleva une question d'étiquette qui émut la cour. La fiancée portait, suivant l'usage, une mante dont la queue devait être tenue par une princesse d'un rang ég^l. Gomme les sœurs de la future duchesse de Berry venaient d'être mises à Chelles, et qu'il n'y avait ni filles ni petites-filles de France, la charge en revint, par un piquant hasard, à M""* de Bourbon. On devine facilement l'accueil fait à cette proposition par madame la Duchesse : le bruit circula promptement, et ce fut pendant quelques jours la conversation et la préoccupation de la cour: « la pique commençoit fort à grossir » et à inquiéter le roi qui ne voulait pas froisser la duchesse de Bourbon : protecteur comme il Tétait de l'étiquette, il ne songeait cependant pas à céder. Il chercha à tourner la difficulté, et, au lieu d'imposer cette fois encore sa volonté , il demanda au duc d'Orléans de faire revenir ses filles pour la cérémonie. Ce prince avait précisément envoyé mesdemoiselles de Chartres et de Valois à Chelles, pour qu'elles n'assistassent pas au mariage deleur sœur, quelque envie qu'elles en eussent. La duchesse d'Orléans secondait cette résistance , pour humilier plus profondément sa

sœur, et elle avait obtenu de son mari une décision , qui, nous l'avons vu, coûtait beaucoup à ses filles, mais satisfaisait sa vanité. Le duc n*osa cependant pas lutter, ou n'y pensa point; peut-être aussi était-il bien aise de trouver un prétexte de faire plaisir à ses deux enfants, qui n'étaient parties qu'avec un véritable désespoir pour le couvent. Mais leur mère en fut froissée, et elle ne sut qu'imaginer pour colorer ce retour et empêcher le public de croire à un succès de madame la Duchesse contre elle. Elle inventa donc que les deux jeunes écolières n'avaient été encore qu'ondoyées, et elle fît procéder, le 3 juillet, aux cérémonies supplémentaires du baptême. Puis alors, elle laissa M"* de Chartres porter la queue de la mante de fiançailles de sa sœur. Après la cérémonie, la duchesse emmena Mademoiselle dans son appartement où l'on joua jusqu'au souper du roi, en très-nombreuse compagnie.

Le lendemain, — un dimanche, — le mariage fut célébré dans la chapelle du palais de Versailles par le cardinal de Janson. L'assistance était magnifique et tout s'y passa suivant Tordre accoutumé. Le seul incident à noter est « la gentillesse j» qui eut lieu entre Madame et la duchesse de Berry. Au sortir de la messe, celle-ci dut passer devant Madame, mais elle ne le fit qu'iaprès s'en être excusée : « Poussez-moi donc, madame, car il faut « me pousser pour me faire passer devant vous, et « il me faut encore quelque temps pour m'accou-

tumer à cet honneur-là (1). » Les mariés dînèrent seuls avec la duchesse de Bourgog^ne et il y eut ensuite g^rand jeu. Un grand souper réunit tous les princes et toutes les princesses à la table du roi. On se rendit ensuite à Tappartement des nouveaux époux, au milieu de la foule des courtisans des deux sexes rangés en haie sur le passage du royal cortège (2). Le cardinal de Janson fit la bénédiction du lit : le roi donna la chemise à son petit-fils, tandis que la duchesse de Bourgogne faisait de même pour sa belle-sœur : « le roi, après les avoir vu mettre au lit, se retira et tout le monde sortit avec lui .» Le lendemain Louis XIV vint, en rentrant de la messe, chez la duchesse de Berry. Comme la princesse se mettait à sa toilette , M"' de Saint-Simon lui présenta et lui nomma tous les gens de la cour, comme si elle eût été une étrangère, « lui faisant baiser les hommes et les femmes titrées; » les princes et princesses du sang vinrent ensuite avant la fin de la toilette. Comme la veille, il y eut dîner, jeu également chez la duchesse de Bourgogne: les nouveaux époux rentrèrent dans leur appartement pour y recevoir la visite de la reine d'Angleterre.

Le mariage fut, pour M*"* la duchesse de Berry,

(1 ) Dangeau, XIII, 200.

(2) Ibid. 201 . a Jamais tant de magnificence pour les darnes^ ni tant de coupeurs de bourse^ dont M. d'Argenson a^ait donné a^is^ comme de leurs habits en toutes façons, d'ecclésiastiques ou de militaires ; mais le plus remarquable toI a été le vol de la montre de mademoiselle Voisin, d (Lettre de la marquise d'Huxelles^ 9 juillet.)

un affranchissement, un moyen de s'amuser plus librement, et rien d'autre. Trois jours après, elle inaug*urait ses chasses à courre, qui devaient tenir tant de place dans sa vie, avec mesdames d*Estrées, de la Vallière, de Listenois et de Rupelmonde. Elles subirent pour leur début un orag'e épouvantable, et rentrèrent, dit Dang^eau^ mouillées jusqu'aux os et fortement « écorchées » . Dans le commencement, une très-grande intimité réunissait les ménages des ducs de Bourgogne et de Berry : les deux frères étaient liés par une étroite amitié, et la duchesse de Bourgogne, après avoir si activement travaillé au mariage de sa belle-sœur, ne désirait rien tant que conquérir son affection. Nous les voyons donc pendant les premiers mois constamment ensemble : quand la duchesse de Berry ne montait pas à cheval, elle suivait les chasses dans la voiture de sa belle-sœur : elles faisaient toutes deux de fréquentes parties de campagne, et comme, jusqu'au mois d'avril 1711, la duchesse n'eut pas de maison organisée, elle dut, le plus souvent demander Fhospitalité au duc de Bourgogne. Mais cette liaison ne pouvait durer. La duchesse de Berry n'avait aucune des qualités de la duchesse de Bourgogne, dont la situation au contraire excitait son envie : l'intimité des deux frères lui déplaisait, et nous verrons qu'elle ne négligea rien pour les séparer, ce qui serait évidemment arrivé, si la mort ne s était chargée d'y pourvoir. N'ayant même aucune affection pour son mari, qu'elle n'avait pris

que pour devenir libre , et occuper dans l'avenir la première place auprès du trône, elle ne dut jamais lui laisser une heure d'illusion. Sa piété lui déplaisait, parce que cela le rapprochait de son frère, et dès le début nous la voyons affecter une grande indifférence, tandis que le duc de Bourg'og*ne quittait leurs parties pour se rendre aux offices ou au salut (1). Elle ne s'observait même plus déjà et, quoique déjà grosse, elle se laissait emporter, dès l'automne suivant son mariag*e, à ces orgies qui devaient si honteusement marquer sa vie. Sainir Simon se charge de nous l'apprendre, sans rien dissimuler : a Je passerai ici légèrement sur une « aventure qui, entée sur quelques autres, fit du « bruit quelque soin qu'on prît à l'étouffer. M"' ladu- « chesse de Bourgogne fît un souper à Saint-Cloud « avec M"' la duchesse de Berry, dont M"* de Saint- « Simon se dispensa. M"" la duchesse de Berry et 0 M. le duc d'Orléans, mais elle bien plus que lui, (c s'y enivrèrent au point que M"* la duchesse de « Bourgogne, M"' la duchesse d'Orléans, et tout « ce qui était là ne surent que devenir. M. le duc de « Berry y étoit, à qui on dit ce qu'on put, et à la a nombreuse compagnie que la grande-duchesse a amusa du mieux qu'elle put (2). L'effet du vin ce haut et bas fut tel qu'on en fut en peine, et ne la

(1) D&ngeau à cette époque mentioDne soigneusement les actes de détotion du ménage Bourgogne, et ne cite jamais à ce s^jet le ménage Berry.

(2) Femme du grand-duc de Toscane, née princesse d'Orléans.

« désenivra point, tellement qu'il la fallut ramener « en cet état à Versailles. Tous les g^ens des équi- « pag*es la virent et ne s'en turent pas : toutefois ce on parvint à le cacher au roi, à Monseigneur et « à M"' de Maintenon. »

Elle faisait cependant ses efforts d'un autre côté pour plaire à ceux dont elle pensait avoir besoin. Elle se fit immédiatement admettre au Parvulo de Meudon, comme on appelait le cercle intime où trônait M"' de Choin, qui la traita absolument comme la duchesse de Bourgogne, avec la même familiarité et le même sans-gêne. Elle soignait également, du moins en apparence, la princesse Palatine, qui écrivait de Marly le 7 septembre 1710 : « La duchesse de Berry vient souvent me voir, « parce que le roi et son père l'ont voulu ; mais, « pour vous dire toute la vérité, elle n'a pas grande « sympathie pour moi. On n'estime ici que ce qui « est en faveur. La duchesse de Berry a de l'es- « prit, c'est certain, mais je suis trop sincère et il :< m'est impossible de louer ce qui me déplaît, plus « encore chez ceux que j'aime et qui sont des « miens que chez des étrangers. Je suis très-con- « tente qu'elle soit duchesse de Berry et je lui sou- « haite toute sorte de bonheur, mais je ne compte « pas sur une grande tendresse de sa part. On ne « rélèvera pets si bourgeoisement. Voilà tout ce que « je puis vous dire à ce sujet par la poste. »

Mariée, grâce à la duchesse de Bourgogne, la duchesse de Berry n'eut^ dès le lendemain de son

hymen, qu'un but, celui d'achever de perdre sa bellesœur auprès du Dauphin. Elle s'aperçut promptement de la situation précaire de son beau-frère auprès de Monseig*neur, et elle conçut sans plus tarder et résolument son plan. Elle fit aussitôt des avances au parti si profondément froissé par le succès des négociations de la duchesse de Bourgog*ne^ et celle qui avait pris la place de M"* de Bourbon devint précisément l'alliée de madame la Duchesse, parce que, comme cette princesse, elle voulait perdre le duc et la duchesse de Bourgogne complètement dans l'esprit du Dauphin, La coterie qui entourait et dominait ce prince comprit le secours inespéré qui lui arrivait, et c'est ce qui fit que la duchesse de Berry fut admise sans même l'avoir demandé dans le fameux sanctuaire du Parvulo de Meudon.

La duchesse de Berry feignit d'accueillir les ouvertures de sa belle-sœur, qui avait pensé la conduire facilement « et en faire comme sa fille (1}; » mais quand, par cette feinte habile, elle fut parvenue à bien connaître le terrain sur lequel elle marchait, elle commença à chercher à brouiller son mari avec cette princesse ou au moins à rompre toute intimité entre eux. Ce fut un résultat difficile à obtenir. Mais, profitant de l'amour qu'elle avait inspiré à son époux, abusant de i8on caractère également éloigné de la fausseté et de l'artifice, elle en arriva assez

{{) Saint-Simon.

promptement à ses fins. La duchesse de Bourgt)gne D*avait pas tardé à reconnaître Tinutilité de ses efforts et Terreur qu'elle avait commise : elle s'était sagement retirée de sa belle-sœur, mais en conservant la même intimité avec le duc de Berry, qu'elle traitait véritablement comme un frère tendrement aimé. Le refroidissement inattendu de ce prince mit le comble à son mécontentement en froissant son cœur et elle rompit alors avec la duchesse de Berry, mais sans éclat. La cabale de madamc'la Duchesse triomphait donc à la fin de 171i, car c'est à ce moment que ce beau succès venait d'être obtenu. Madame la Duchesse dissimulait à peine sa joie et elle avait même menacé la duchesse de Bourgogfne de lui faire durement expier le tour joué à sa fille dès que le Dauphin serait roi. La brouille des deux belles-sœurs était désormais complète et publique. Jusqu'alors, comme nous l'avons dit, les deux ménages avaient vécu ensemble, les équipages et la vaisselle du duc de Berry n'ayant pu être fabriqués à temps; mais la duchesse de Bourgogne n'y tint plus et elle fit décider, à la fin du mois de l'hiver de 1711, la formation de deux maisons séparées, « toutes deux regardant comme une délivrance de n'avoir plus à dîner ensemble. » Dès les premiers jours, la foule afflua chez la duchesse de Bourgogne dont la grâce était bien appréciée, et pour laquelle on connaissait bien la faveur du roi. La duchesse de Berry, au contraire, se vit singulièrement abandonnée : elle en

8â LES FILLES DU r£G£NT.

ressentit un violent dépit et se servit de cette circonstance pour achever d'éloigner le duc de Berry de sa belle-sœur, en lui représentant sa conduite envers elle comme un impardonnable affront. Elle ne put retenir ses plaintes^ pas plus qu'elle ne sut observer une conduite suffisamment retenue : l'incident malheureux de Saint-Gloud se renouvela, si bien que la duchesse de Bourgogne, sous l'impression qui lui fut singulièrement pénible de se brouiller avec son beau-frère, raconta tout au roi. Ce prince en fut très-mécontent; mais, voulant essayer de conserver la paix dans sa famille, il crut faire assez d'abord en se taisant, tout en ne laissant pas ignorer à la duchesse de Berry qu'il savait tout. Cette princesse , au contraire, puisa dans cette circonstance une nouvelle audace : elle crut ou qu'on n'osait rien lui dire, ou qu'on ne savait comment s'y prendre à son égard. Bref, elle continua de plus belle et prépara tout pour un éclat déplorable. M""" de Saint-Simon, tenant à se mettre à l'abri, vint en prévenir M"* de Maintenon qu'elle fut fort surprise de trouver au courant. Forte de cet appui, elle en parla franchement alors a la princesse en l'informant de ce qu'elle venait de faire : celle-ci o voulut, » — Saint-Simon insiste sur ce mot, * — le prendre de haut avec sa dame d'honneur. Mais a M'"'' de Saint-Simon ne lui en laissa pas le temps (f et lui témoigna son vif désir, en présence de tous « ces fâcheux incidents, de se démettre de sa (( charge. » La princesse, comprenant alors la gra-

vite de la situation, essaya de quelques phrases honnêtes, mais M"' de Saint-Simon profita de rentrée du duc d'Orléans pour se retirer et aller raconter ce qui venait de se passer à Madame et à la duchesse d'Orléans.

« L'orag^e fondit le lendemain. Le roi, avant dîtt ner, manda M"''* la duchesse de Berry dans son « cabinet. La romancine fut longue, et de l'espèce « de celles que Ton ne veut pas avoir la peine de « recommencer. L'après-dîner , il fallut monter « chez M"* de Maintenon, qui, sans parler si haut, « n'en parle pas moins ferme (1). La duchesse de « Berry écouta, feignit de se soumettre, mais en « sentant une haine invincible l'envahir contre sa « belle-sœur, d'autant plus que le public sut tout c cela et qu'elle n'en fut que plus abandonnée par flc les courtisans. Elle se consola en se rapprochant « d'autant plus de la coterie de Meudon et en es- « comptant à l'avance la revanche qu'elle prenc droit dès que le Dauphin seroit devenu souve*- < rain. »

On comprend dès lors quel coup la mort du Dauphin porta à la duchesse du Berry ; quel renversement ce fut pour ses projets. Madame la Duchesse voyait toutes ses espérances s'eflbndrer au moment

(i) Samt'Sitncn* — Le duc a soin de flous dire qu'il raconte tous cob détails d'après la duchesse de Rerry elle-même^ qui^ dans l'excès de son désespoir après la mort du Dauphin^ s'ouvrit entièrement à M"^*de Saint- Simon«

OÙ ravénement de Mooseig^neur semblait imminent et lui assurait le pouvoir.

Le duc de Berry commença par se montrer vivement amoureux de sa femme (1), et, malgré les appréhensions de Madame, ce sentiment subsista assez long*temps, puisqu'elle le constate encore dans une lettre du 21 mai 1712 : « Elle n'est a malheureusement p€LS amoureuse de lui, ajoutent t-elie, et bien qu'elle se conduise mieux qu'au- « trefois, je crains qu'elle ne devienne coquette. » Saint-Simon dit ég*alement, à la date de 1711 , que le duc de Berry était amoureux fou de sa femme et en admiration perpétuelle de son esprit et de son bien-dire. Cette amélioration dans l'attitude de la princesse s'explique par la mort de son beau-père survenue entre temps et qui lui avait créé tout naturellement une situation nouvelle à laquelle elle essaya, au moins au début, de faire honneur.

Nous avons dit qu'elle devint g^rosse dès le commencement de son mariag'e (2) : c'est ce qui motive le silence du consciencieux Dang^eau qui ne parle presque plus d'elle pendant l'hiver de 1711. Elle dut renoncer aux bals, aux spectacles, et ne pas quitter son appartement de Versailles, car elle ne pouvait

(i) Madame, li janvier 1711 : a Elle n'est pas jolie; cela me fait craindre que cet amour ne dure pas. J'ai bien peur qu'elle ne le rende malheureux, d

(2) Dangeau constate qu'elle fut saignée le 20 octobre^ ce qui ne l'empôcha pas de monter à cheval le 21, pour une chasse.

même pas supporter la voiture. Quelques semaines après, Monseigneur mourait presque subitement. La duchesse de Berry laissa paraître un chag'rin immense : elle était avec son mari chez la duchesse de Bourgogne quand Madame y vint au milieu de la nuit, ce Le duc et la duchesse de Berry étoient « étendus à terre, les coudes appuyés sur un lit de (i repos et crioient tellement qu'on les entendoit à « trois chambres plus loin (1). » La duchesse d'Orléans essayait vainement de la calmer. Madame les emmena alors dans leur appartement et les força de se coucher « et à cesser de crier », et ils étaient tous deux si suffoqués que Saint-Simon nous apprend qu'on fit a demeurer auprès d'eux une Faculté com- « plète et munie ». A ce moment, cependant, ils ne croyaient pas que tout espoir fût absolument perdu, et quand, au réveil, le duc de Berry apprit aussi la terrible vérité, son désespoir redoubla; il en fut de même pour la duchesse de Berry, qui ne négligea pas cependant de prendre de lui tous les soins possibles et ne le quitta pas un instant. La cour n'était pas la dupe de ce désespoir. « M"® la duchesse de « Berry étoit hors d'elle, dit Saint-Simon, on verra « bientôt pourquoi. Le désespoir le plus amer étoit « peint sur son visage. On y voyoit comme écrite « une rage de douleur, non d'amitié, mais d'inté- « rêt; des intervalles secs, mais profonds et farou- « ches, puis un torrent de larmes et de gestes invo-

(1) Lettre du 1 6 a^ril 171 i.

« lontaires, et cependant retenus, qui montroient <c une amertume d'âme extrême. Souvent réveillée « par les cris de son époux, prompte à le secourir, « à le soutenir, à l'embrasser, à lui présenter quel- « que chose à sentir, on voyoit un soin vif pour « lui, mais tôt après une chute profonde en ellea même^ puis un torrent de larmes qui lui aidoient a à suffoquer ses cris. »

La duchesse de Berry se sentait bien plus gravement menacée. A l'heure même où ses méchantes machinations avaient produit le résultat dont elle attendait le succès et qui n'étaient un mystère pour personne à la cour, hors peut-être pour le roi et pour M""« de Maintenon, cette même princesse qu'elle croyait à jamais vaincue devenait la femme de l'héritier immédiat du trône , investi de toute la confiance de Louis XIY et il lui fallait plier devant elle. La cabale dont elle s'était faite l'appui n'existait plus, et ses débris, loin de pouvoir lui porter secours, consti* tuaient désormais un dang'er pour elle. Elle ne pouvait faire fond sur son père, qui l'adorait, mais haïssait les difficultés, et d'ailleurs n'avait alors aucune influence à la cour ; ni sur sa mère, dont elle repoussa rudement les sag^es conseils, quand cette princesse voulut l'empêcher de s'embarquer dans cette campagne contre la duchesse de Bourgog^ne. a Elle se rebéqua » avec aigreur à ses premiers avis et n'hésita pas à faire « l'étrangère et la fille de France » avec sa mère, qu'elle indisposa d'autant plus qu'elle laissa voir le dépit qu'elle éprouvait à

se sentir fille d'une bâtarde (1). On sait le sentiment tout opposé que cette naissance illégitime inspirait à la duchesse d'Orléans, et Ton comprend dès lors Taigreur des rapports de la mère avec la fille. La duchesse de Berry, par la mort de son beau-père, se trouva donc tout d'un coup complètement isolée au milieu de la cour, comptant pour ennemis tous ceux qui s'étaient intéressés à elle et lui avaient si spontanément ouvert les bras, et pour amis tous ceux qu'elle n'aurait pas dû rechercher, et qui alors .lui étaient plus qu'inutiles.

Cependant, habileté ou générosité, la duchesse de Bourgogne, qui savait le détail de tout ce qui s'était passé, ne voulut pas profiter de son triomphe inespéré. Elle et son mari n'eurent tout d'abord qu'une pensée, adoucir la douleur du duc de Berry et rétablir l'intimité qui avait existé précédemment entre eux. Ils parurent ne rien savoir et entourèrent leur frère de soins affectueux. Ils allèrent dès le matin du triste jour le voir dans son lit et ils procurèrent au moins à ce bon et faible prince la conso-

(f ) Ce trait, rapporté par Saint-Simon, le proiiTera. Un nouvel huissier serrait chez la duchesse de Berry. Un matin que sa mère vint la voir comme elle finissait sa toilette, l'huissier ouvrit étourdiment la porte à deux battants : la duchesse de Berry rougit et, ne dissimulant pas sa colère, reçut assez mal sa mère. Dès que celle-ci fut sortie, le princesse en parla à M™" de Saint-Simon en la chargeant de faire casser l'huissier qui avait ouvert la porte comme pour une fille de France, ce que la duchesse d'Oriéans n'était pas. H"*» de Saint-Simon raisonna l'impétueuse princesse qui a insista, pleui*a, ragea, » mais enfin se tut, laissant sa dame d'honneur apprendre au malheureux officier à mieux faire son service à l'avenir.

88 USS FIIXES DU RÉGENT.

lation de sentir auprès de lui des cœurs réellement dévoués et auxquels il revint avec bonheur. Les prévenances de la nouvelle Dauphine ne furent pas moindres pour la duchesse de Berry qui « paya a d'esprit, de larmes et de lang^ag^e (1), » mais qui souffrit cruellement de cette g^énérosité qu'il lui fallait subir. Sans principes relig^ieux, partant sans résignation, il lui fallait se contraindre et subir l'effondrement de toutes ses espérances.

Et non-seulement il fallait que la duchesse de Berry se résignât, mais elle allait encore avoir à faire publiquement acte auprès de la duchesse de Bourgogne de l'infériorité dans laquelle elle devait vivre désormais avec elle. Cette nécessité la révoltait, et elle ne pouvait se résigner à renoncer à un rang d'égalité avec sa belle-sœur que ce titre de Dauphine mettait si manifestement au-dessus d^elIe. Cette exaspération ne connut plus de borne quand il s'agit de présenter le service à la Dauphine. M™« de Saint-Simon, qui par sa haute vertu et son calme exerçait seule une réelle influence sur la princesse, passa de longues heures à la calmer et à la raisonner ; elle la laissa crier, pleurer, se révolter, mais enfin elle la ramena à des sentiments relativement raisonnables et obtint qu'elle irait voir sa belle-sœur le 17 avril, et « feroit tout son possible pour se raccommoder avec elle. » Elle tint parole, et Il faut dire que la nouvelle Dauphine lui facilita de

(i) Saint'Simon.

LA DUCHESSE DE BEaRT. 89

tout son pouvoir cette pénible démarche. Les deux princesses passèrent une heure ensemble (1) et firent assaut de grâces et d'honnêtetés : elles sortirent ensemble du cabinet de la Dauphine et leur attitude fit croire à une sincère réconciliation que toute la cour souhaitait, mais dont le duc de Berry montra surtout un touchant contentement. Le Dauphin vint à son tour voir le duc et la duchesse de Berry ce même jour dans l'après-dîner et il y acheva la réconciliation de la façon la plus sincère en apparence et au milieu des larmes. Restait cependant l'affaire du service^ lequel consistait à ce que la duchesse de Berry devait donner une fois la chemise à sa belle-sœur et le duc de Berry à son frère. Pour celui-ci aucune difficulté, mais Torgueil de la duchesse de Berry se révoltait à la pensée de cette reconnaissance publique d'infériorité , quoiqu'elle dût comprendre que c'était une règle d'étiquette qui n'avait rien d'humiliant et qu'il fallait tout simplement observer pour obéir à l'usage. Elle s'emporta de nouveau malgré les efforts de M«»« de Saint- Simon, protesta qu'un frère ne pouvait être forcé de rendre à son frère ce service de « valetage » . Le duc 4e Berry essaya de l'apaiser et elle lui répondit par une scène terrible, pleine de menaces, de sanglots, d'injures, telle que ce prince, qui avait annoncé qu'il se présenterait le lendemain au lever de

(1) a Elles eurent une grande conversation sur cela^ et en étoient sorties fort contentes Tune de l'autre. » (Dangeau.)

00 JJSS FILLES DU llfGENT.

son frère, n'osa le faire de peur de se brouiller avec sa femme. La duchesse de Berry ne cacha pas une colère que toute la cour connut bientôt et au sujet de laquelle les dames de la Dauphine s'exprimèrent très-vivement. Le duc d'Orléans vint alors au secours de son gendre, et, après une journée de discussions pénibles, la duchesse céda à la menace d'une nouvelle « romancine » du roi ; seulement elle se fit accorder un délai, tout en ayant le déplaisir de voir son mari dès le lendemain s'empresser de se débarrasser de son service auprès du duc de Bourgog'ne, qui l'embrassa tendrement sans lui adresser la moindre allusion à ce fâcheux démêlé. Au bout de quelques jours de réflexion il lui fallut enfin s'exécuter. Elle se rendit à la toilette de la Dauphine et lui donna la chemise, puis la sale (1). La Dauphine fit le meilleur accueil à sa belle-sœur sans avoir l'air de se douter de la moindre chose. Le partagée de la succession de Monseigneur amena encore des difficultés. Par une mesure que Saint-Simon trouve, très-judicieusement à mon avis, « indécente » et sans exemple, on mit en vente les bijoux et quelques objets mobiliers laissés par ce prince ; toute la cour se porta à cette enchère comme à une partie de plaisir. Cette vente causa quelques « riottes » entt*e la Dauphihe et le duc de Berry qui, poussé par sa femme, recherchait parfois les mêmes pièces que

(1) La coupe de vermeil sur laquelle on présentait à la reine et aux princesses leurs bagues^ montres^ éTentails^ etc.

U DUCHESSE DE BERRT* 91

sa belle-sœur; il y en eut surtout une très- vive pour d'excellents tableaux, et il fallut que le duc de Beauvilliers intervînt pour faire comprendre à la Dauphine qu'elle avait été trop loin, ce qu'elle reconnut avec beaucoup de bonne ^râce. Mais le duo de Berry échoua au sujet du palais de Meudon que sa femme souhaitait vivement, n'ayant aucune habitation particulière. Saint-Simon voulait décider le duc de Bourgo^e à satisfaire pleinement son frère à cet ég^ard, mais le roi craignit que cela n'entraînât la création d'une nouvelle cour ; il ne voulut céder en rien et fit dédommager ce prince par quelques lots de diamants, dont il dut s'empresser de revendre une partie afin de payer des dettes pressantes que leur train aug^mentait fort considérablement chaque jour (1).

La cour demeura quelque temps encore à Marly, et c'est là que le duc de Saint-Simon eut avec le duc d'Orléans une conversation dont la conséquence au moins étrangle fut de brouiller avec la duchesse de Berry celui qui était réellement la cause de son mariag^e, et dont la femme était sa dame d'honneur et son plus sérieux patron dans le monde, si elle eût voulu l'écouter. A ce moment où le duc d'Orléans montrait pour sa fille une affection que je qualifierai presque de désordonnée, depuis long»-

(1) A cette époque^ le duc de Berry reccTait du roi une pension de 12,000 ÎÎTres par mois, et sa femme, une de 3,000. (Dangeau XIII, 400.)

temps le public interprétait d'une façon douloureuse ces sentiments, et la coterie de la duchesse de Bourbon entretenait ces bruits qu'aucun écrivain sérieux, j'ai hâte de l'ajouter, n'a jamais accueillis. Mais les masses ne raisonnent pas et se laissent entraîner par un mouvement habilement conduit. Précisément en même temps la princesse était aigrie d'avoir vu sa belle-sœur devenir Dauphine, froissée d'avoir échoué dans ses vœux pour Meudon, fatig^uée par une grossesse qui la condamnait à un repos relatif, la privait de la chasse, du jeu, du mouvement inhérent à sa nature : elle était en outre tout à fait mal avec sa mère, comme nous allons le raconter. Le duc de Berry, encore amoureux, dominé par l'esprit de sa femme, subissait complètement le joug», ou, s'il essayait de résister, il avait à essuyer des scènes qui chaque fois le laissaient un peu plus meurtri. Si le duc d'Orléans se permettait alors d'intervenir, toute la colère de sa fille se tournait contre lui ; il savait la blâmer en dehors, accusait ses torts, rendait justice à son g'endre, mais devant elle il perdait toute contenance, ou, si par hasard il tentait à son tour de vouloir élever la voix, « elle le traitoit comme un nèg^re, tel- « lement qu'il ne songeoit plus qu'à l'apaiser et à a obtenir son pardon qu'elle lui faisoit bien ache- « 1er (1). » D'ordinaire il aimait mieux laisser de côte ces sujets de discorde pour passer chaque jour

(«} Saint-Simon.

paisiblementquelques heures avec sa fille bien-aimée. Ce redoublement d'assiduité, bien naturel de la part d'un père envers une fille condamnée à un repos forcé et qui ne redoutait rien tant que l'ennui, ne passa pas inaperçu g*ràce à la pernicieuse malig^nité de madame la Duchesse, trop heureuse de poursuivre sa veng^eance ; elle fit si bien que le duc de Berry apprit de bonne heure les bruits infâmes qui couraient sur son beau-père. Ce prince en fut affecté sans y croire, mais en même temps il ne pouvait s'empêcherde remarquer la présence si fréquente du duc d'Orléans chez sa femme, de constater l'impossibilité où il était pour ainsi dire de passer un moment seul avec elle : il ne dissimula pas long*temps son mécontentement dont le bruit se répandit dans la cour et parvint aux oreilles de M. de Saint-Simon. Celui-ci, redoutant un éclat, crut de son devoir de le prévenir et ne pouvoir mieux faire que de mettre le duc d'Orléans brutalement au fait de ce qui se passait (1), après, avoir vainement essayé de lui faire comprendre que ses assiduités chez sa fille fatig*uaient à lalong^ue son gendre. Saint-Simon nous dit que ce prince « en fut étourdi, s'écria sur « l'horreur d'une pareille imputation si noire et la « scélératesse qui Tavoit portée jusqu'à M. le duc de € Berry » et le remercia. Mais ce prince, ne scuîhant pas avoir de secret pour sa fille, la mit au courant de

(1) 11 avait prévenu La duchesse d'Orléans^ mise au courant de ces bruitSj de ce qu'il allait faire.

l'affaire. Le soir mêmey après le souper, la duchesse de Berry appela M™« de Saint-Simon dans sa garderobe, lui reprocha de vouloir la brouiller avec son père, et lui raconta toute la conversation de son mari. M^^^ de Saint-Simon répondit avec le calme dont elle ne se départait jamais et qui lui assurait une grande supériorité sur la princesse. Saint- Simon se fâcha tout de bon et voulut rompre avec le duc d'Orléans, mais la duchesse d'Orléans s'entremit, et, après des pourparlers, les deux amis se réconcilièrent, Saint-Simon évidemment satisfait de voir sa personnalité prise aussi au sérieux, mais à la condition stipulée par lui qu'il ne serait plus question entre eux de la duchesse de Berry, qui, de son côté, chercha à « rhabiller » la chose auprès de sa dame d'honneur (1).

Au mois de juillet la cour quitta Marly pour Fontainebleau, Versailles étant encore trop envahi par la petite-vérole. La duchesse de Berry, grosse de trois mois, était assez souffrante pour que ce voyage parût imprudent à Fagon; mais on connaît l'inflexi-

(1) « Depuis que j^KToiâ connu M™^ la duchesse de Berry, je la toyois fort rarement, et je m'étois défait de tout particulier avec elle. Mais elle Venoit me trouver quelquefois dans ma chambre^ sous prétexte d'aller chercher M"* dé Saint-Simon^ et m'y tenoit des heures tète-à-tête quand elle étoit dans l'embarras. Depuis cette ayenture^ je ne remis de longtemps le pied chez elle^ et ailleurs je lui battois si froid, que je lui fis perdre l'habitude de me venir chercher. Dans la suite, pour ne rien trop marquer, j'allois à sa toilette publique une fois en deux mois et des mo* ments chaque fois, et tant qu'elle a vécu je ne m'en suis pas rapproché davantage, malgré force agaceries directes et indirectes, qui ont souvent recommencé et auxquelles j'ai toujours résisté. » (Saint>^imon.)

ble volonté de Louis XIV à satisfaire jusqu'à ses caprices. Le duc de Berry en fit Tobservation et fut mal reçu ; M™*^ de Maintenon, frappée du dang^er, revint à la chargée avec Fag^on et Madame ; le roi résista plus vivement encore, la dispute dura trois ou quatre jours, au bout desquels le roi se fâcha tout à fait, mais consentit cependant à ce que la du* chesse fît le voyag^e par eau. Louis XIY souffrit réellement d'avoir été obligée de céder et il s'en vengea par la condition qu'il mit à sa permission. La jeune princesse devait venir coucher au Palais- Royal et s'y reposer pendant que le prévôt des marchands ferait disposer les bateaux, mais il lui défendit de sortir, même d'aller à l'Opéra où sa loge était de plain-pied avec ses appartements. Peu confiant en son obéissance, il renouvela sa défense à M^^ de Saint-Simon en lui ordonnant de ne pas quitter un instant sa petite-fille, donnant ainsi le plus triste exemple d'une tyrannie vraiment sénile. Le duc et la duchesse de Berry arrivèrent au Palais-Royal, le 31 , et se consolèrent de leur quasi-captivité par un grand jeu auquel le roi n'avait pas songé dans ses sévères prohibitions. Le 15, ils s'embarquèrent pour gagner Petit-Bourg où le roi devait coucher. La duchesse arriva très-souffrante. Louis XIV, ne voulant point paraître le remarquer , se montra « épanoui d'une obéissance si exacte i>. Le lendemain elle remonta dans le bateau qui se heurta au pont de Melun et faillit sombrer ; la peur fut grande. On put cependant gagner le rivage et les voyageurs

arrivèrent au milieu de la nuit à Fontainebleau. Cinq jours après la princesse accouchait d'une fille, sans accident sérieux heureusement (1) (21 juillet). « Gomme ce n'était qu'une fille, » dit Saint-^imon, a on s'en consola, » et le duc de Berry en donna Texemple, car le surlendemain, pendant qu'on emportait à Saint-Denis le corps de son enfant, il chassait à courre avec son frère.

La duchesse de Berry se remit assez vite : ses journées se passaient à jouer au brelan. Le 13 août elle fit ses relevailles, et elle recommença aussitôt à suivre la chasse en voiture. Dès lors nous la voyons sans cesse se livrer à cet exercice favori, tantôt à cheval (2), tantôt dans une élég^ante petite calèche qu'elle venait de se faire faire, avec ses inséparables amies, mesdames de la Yrillière et d'Estrées. Mais de g'raves orag^es intérieurs allaient troubler cette existence redevenue relativement tranquille et causer de nouvelles tribulations au père et au mari de cette trop fantasque princesse.

Nous avons déjà dit à quel point la duchesse de Berry haïssait sa mère, à laquelle elle ne pardonna jamais le vice de sa naissance ; elle oubliait qu'elle devait précisément à cette circonstance le mariage

[{) Le dauphin passa la nuit auprès de sa belle -sœur : le roi y vint. I/enfantfut baptisé et conduit à Saint-Denis^ le 23, parM"*^" deBeauvilliers et de Chàtillon et Tévêque de Sens (Dangeau). — Comme Tenfant avait sept mois. Madame raconte plaisamment que toutes les dames de la cour se trouyèrent avoir eu des enfants venus à ce terme et ayant vécu.

(2) Elle y remonta pour la première fois le 7 septembre.

LA DUCHESSE DE BBfiRT. 97

considérable qu'elle avait contracté, et elle ne voulait pas se montrer reconnaissante de la douceur que la duchesse d'Orléans, à défaut de sentiments plus maternels, lui avait toujours témoignée : elle laissait paraître cette antipathie assez imprudemment pour recueillir de fréquentes mercuriales de la part du roi et de Madame. Mais ces vives remontrances devant lesquelles il lui fallait bien céder, loin de la corriger et de la ramener, augmentaient encore son dépit et sa haine. Au mois d'octobre, ce fut à Madame qu'incomba, par ordre du roi, la « commis^ sion 9 de tancer un peu la duchesse de Berry. Meulame, depuis quelque temps, évitait de s'immiscer dans cet orageux intérieur. Mais cette fois, prévenue officiellement par M"*"" de Maintenon, elle ne crut pas devoir résister; elle demanda seulement que le roi prévînt sa petite-fille de l'ordre qu'il donnait, ce qui fut fait. « Le soir (1), raconte-t-elle elle- « même, le père, la mère et la fille vinrent chez « moi, et je commençai sur-le-champ mon rôle. — « Ma chère enfant, dis-je à la duchesse, vous savez « bien vous-même que, depuis votre mariage, je « ne vous ai sermonnée qu'une seule fois; mon in- « tention étoit de ne plus jamais le faire, mais j'ai « reçu aujourd'hui du roi un ordre auquel, comme « bien vous pensez, je ne puis pas résister. 11 m'a « chargée de vous dire pourquoi il ne vous a pas « menée avec lui lundi dernier dans sa calèche. La

(1) Lettres MdUes, 14 octobre 1711 (édit. Rolland).

a raison en est que toute votre conduite lui déplaît. Cl — Je lui ai ensuite exposé de point en point que, « si elle vouloit être parfaitement malheureuse, (( elle n'avoit qu'à continuer ; mais que, si au con- « traire elle vouloit être heureuse, elle devoit com- (( mencer par se faire aimer de tout le monde, c( comme elle s'en étoit fait détester jusqu'alors ; « que, lorsque le roi apprendroit qu'elle s'étoit cor- « rig'ée complètement, il lui rendroit certainement « ses bonnes g^râces. — Prenez donc bon courag^e ; <« voyez tout ce qui peut contribuer à votre amen- « dément et faites-le. De la sorte, vous ferez votre « bonheur et le nôtre. — J'ai encore ajouté beau- « coup d'autres choses qu'il seroit trop long de vous « raconter. Elle a pleuré à chaudes larmes et avoit « bien promis de se corrig*er. »

Les choses n'en restèrent pas là, et Madame dut continuer à surveiller sa petite-fille, qui reçut Tordre de la voir e^sidûment, et qui, par la peur que lui inspirait le roi, n'osa point s'y soustraire. La Palatine ne se faisait pas trop d'illusion sur le succès de ses prédications, qui cependant semblaient pro • mettre les meilleurs fruits. « La pupille dont on « m'a charg'ée, écrit-elle le 15 novembre, se cona duit mieux maintenant, g*râce à Dieu, et profite « de mes sermons. Dieu veuille que cela dure (4) ! » Mais il paraît qu'il y avait eu de nouveau à sévir : « Le père et la mère, continue-t-elle, n'ont pas dit

(i) Lettres inédites (édit. RoUand).

LA DUCQfiSSE DE BERRY. 99

« un mot pendant ma réprimande : ils étoient tout a attendris : quant à la fille , elle pleuroit amère-p (( ment. Je ne lui ai pas adressé une seule mauvaise « parole, au contraire, je Fai beaucoup plainte d'à- « voir été si mal élevée, et, avec tout son bon sens, « de n'avoir pas appris à faire ce qu'elle devoit, ni « à remplir les obligations que Dieu nous a impo- « sées pour être heureux dans ce monde et dans « l'autre. J'ai ajouté que j'étois bien fôchée qu'on « m'eût donné la commission de la morigéner, « mais que je la croyois si raisonnable, que je ne (( doutois pas que, lorsqu'on lui montreroit ce qui (( convenoit à une grande princesse comme elle « étoit maintenant, ce qu'il lui falloit éviter et suivre, « ce qu'elle devoit au roi, à son mari, ainsi qu^àses « père et mère, elle changeroit complètement de 0 conduite et chercheroit à se faire aimer de tout le « monde, en quoi consistoit le bonheur. Puis j'a- « joutai : Je ne vous dis rien de notre Seigneur « Dieu, cela seroit trop haiit pour moi et je n'en « poUrrois pas parler assez dignement. Je laisse « donc ce soin à votre confesseur. Je vous dirai « seulement que rien n'est plus laid que de voir « une personne de votre âge s'efiForcer de ne pas « croire à la divinité. Gela nous attire non-seule- « ment la colère et le châtiment de Dieu, mais c encore le mépris des hommes, car il nous est or- « donné, à nous chrétiens, d'aimer Dieu de tout no- « tre cœur et notre prochain comme nous-mêmes* « Ceux qui vous ont donné ces mauvaises maximes

« sont VOS plus grands ennemis, puisqu'ils cher- « chent à vous rendre malheureuse dans ce monde « et dans l'autre, Mais moi qui ne vous considère « que comme mon enfant et ma petite-fille, je ne « désire rien de plus ardemment que de vous voir « parfaitement heureuse; c'est là-dessus que je « fonde le bonheur de mavieillesse. Ne croyez donc « pas que ce que je vous dis pour votre bien, je « vous le dise par mauvaise humeur ou envie de « g'ronder. Non, ce n'est que parce que le roi me a Ta ordonné, que votre père, dis-je en riant, est a aveugle à votre égpard, et votre mère trop pares- « seuse pour se donner la peine de vous reprendre « toutes les fois que vous faites une sottise. On vous « accuse de trop boire, de faire la moue au roi, de « maltraiter votre mari et de lui faire jouer un mé- « chant personnagpe, de vivre mal avec madame la « Dauphine, de rompre en visière à tout le monde, « d'être impolie, et autres choses semblables. J'es-

« père que vous vous corrigerez de tout cela. — Ma « harangue fut plus longue encore, mais je in'ar- « rête, car je crains de vous avoir déjà ennuyée « avec ce que je vous en ai dit. Mon fils gâte souvent a ce que j'ai fait de bien à force de patience. »

Le tableau est complet. On voit la vieille Palatine, cette princesse qui , d'après Saint-Simon, tenait beaucoup plus de l'homme que de la femme, «avec « la figure et le rustre d'un Suisse » , prononçant son sermon, se donnant l'ineffable satisfaction de tancer rudement sa belle-fille à deux reprises, re-

prochant à sa fille sa faiblesse et fulminant inci* demment contre les incrédules. On devine Tattitude de la duchesse de Berry en colère, humiliée, honteuse de se sentir oblig^ée de céder et pleurant probablement pour avoir une contenance ; sa mère laissant passer Toragè sans s'en préoccuper autrement, et versant aussi quelques larmes de situation ; le duc d'Orléans enfin embarrassé de se voir à pareille fête, et trouvant probablement sa mère bien longue dans sa harangue.

La Palatine avait raison de ne pas s'illusionner sur le succès de sa « commission » . Après avoir pendant trois mois prêché et morigéné sa petitefille qui avait cependant Tair de l'écouter, elle vit tout ce bel échafaudage s'écrouler subitement au milieu d'un scandale qui fît grand bruit à la cour. Tout en feignant de prêter l'oreille aux sages conseils de Madame, la duchesse de Berry n'en agissait qu'à sa tête, et elle continuait à se conduire envers sa mère de la manière la plus fâcheuse. Elle se consolait en se confiant à l'une de ses femmes de chambre, mademoiselle de Vienne, fille de la nourrice du duc d'Orléans, et qui n'avait peut-être pas éohappé aux bonnes grâces de ce prince (1) : elle en avait fait sa complaisante , et celle-ci; fine et spirituelle , exerçait sur sa maîtresse une véritable puissance qui déplaisait au roi et pouvait d'un moment à l'autre, par l'influence de la duchesse de

(\) Dangeau, XIV, 59.

lOS LES FILLES DU BÉGENT.

Berry sur son père, devenir dang^ereuse (1). Entre temps, cette, princesse s'avisa d'avoir envie, pour paraître à un bal donné par M. de Pontchartrain, d'un très-beau collier de perles et diamants jaunes que la reine-mère avait jadis donné à Monsieur, et dont la duchesse d'Orléans aimait a se parer. La duchesse de Berry, sachant la contrarier en agissant ainsi, le lui demanda, sûre à Tavance d'éprouver un refus, auquel .elle répondit insolemment que ce collier appartenait à son père et qu'elle saurait bien se le faire donner. Et, en effet, le duc d'Orléans eut l'inexplicable faiblesse de céder au caprice de sa fille, qui, à l'occasion des fêles du jour de l'an, affecta de porter ces bijoux pour froisser sa mère. Celle-ci se plaignit hautement, et trouva cette fois un appui déterminé auprès de Madame, qui alla trouver le roi dans son cabinet et le mit au courant de ce triste incident : « Ceux qui l'en virent sortir, « ajoute Dangeau (2), dirent qu'elle avoit les larmes a aux yeux, mais que cela ne la regarde point, et <c qu'il s'agit de quelques démêlés entre madame « la duchesse de Berry et madame la duchesse d'Or- « léans sa mère ; et ce qui confirme dans cette opi- « nîon, c'est qu'on les avoit vues toutes deux en-

(1) « Une maudite femme <i6 chambre dont H"« de Berry avoit fait sa favorite a pris la peine de brouiller mon fib avec sa femme et la duchesse de Berry avec sa mère : celle-ci, qui avoit tant de droits d'être fâchée, a porté plainte au roi. La femme de chambre fut chassée, et moi, je fus chargée de gronder M™" de Berry. » (Lettre de Madame, 21 janvier 1711.)

(2) Versailles^ 7 janvier 1712.

ff semble à la messe dans la loge de la tribune, qui c ne paraissoient pas contentes Tune de l'autre, et a qu'on avoît vu le soir madame la duchesse d'Or- « léans entrer chez madame de Maintenon où étoit a le roi, et où elle demeura assez longtemps. » Le roi montra un extrême mécontentement et alla jusqu'à parler de mesures sévères. La diichesse de Berry en fut elle-même efiFrayée, et, sous prétexte d'un reft*oidissement, elle se mit prudemment au lit (1). La Dauphine s'empressa de l'aller voir et delà sermonner à son tour : le lendemain au soir, elle y resta plus de trois heures, en présence du duc de Berry qui ne savait quel conseil donner ni quel parti prendre, tant il était encore dominé par sa femme. La Dauphine, cependant, l'emporta et parvint à décider sa belle-sœur à aller faire ses excuses à sa mère ; mais les choses ne marchèrent pas à son^ gré : « Elles ne furent pas contentes Tune de l'autre, dit a Dangeau; madame la Dauphine, qui est fort oc- « cupée de leur raccommodement, espère qu'elle « en viendra demain à bout. » Le lendemain , en efiTet, tout se passa au mieux (2). « Madame la « duchesse de Berry, dit encore Dangeau, alla chez « madame la duchesse d'Orléans, et le raccommo* « dément fut entièrement fait. Madame la duchesse « de Berry lui parla avec beaucoup d'amitié et de « déférence, la priant fort de lui donner tous ses

(1) Dangeau.

(2) i 1 JiBuiiTier.

lOi LES FILLES DU RÉGENT.

« conseils, comme si elle étoit encore fille; qu'elle « avoit toujours eu intention de bien faire, et qu'elle (( feroit encore mieux à l'avenir ; que si elle avoit eu <i quelque tort; il falloit pardonner à une personne « de son âge. Madame la duchesse d'Orléans l'em- « brassa fort tendrement et lui promit de la rac- « commoder avec le roi. »

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