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ÉPOQUE DE LA TRINITÉ DE DIEU

AU lecteur!

Dans la préface de leur méthode élémentaire de samscrit, MM. Emile Burnouf et Leupol, à propos des richesses philosophiques, littéraires, historiques, artistiques et religieuses que renferme l'Inde ancienne, et que nous révélera une étude approfondie de cette antique contrée, s'expriment ainsi :

« Puisse notre livre hâter, ne fût-ce que d'un jour, la reconnaissance officielle de la langue samscrite et de la littérature indoue parmi les littératures et les langues classiques! Puisse-t-il enfin contribuer à la régénération de notre littérature nationale, en donnant moyen au public d'arriver à la pleine jouissance des hymnes, des épopées, des lois et des drames de l'Inde; en commençant à populariser au profit de la science et de l'art, de la morale peut-être, des livres et des noms aussi respectables que peu connus : innovation féconde qui permettrait d'élargir simplement le cadre moderne où l'inspiration gréco-latine de nos pères a déjà su

placer tant de chefs-d'œuvre dans lesquels le monde admire la vraie gloire de la France...

« Beaucoup de Français aujourd'hui veulent étudier l'Orient et surtout l'Inde, le public veut en connaître les idées religieuses, politiques, sociales, en un mot, la civilisation. Les professeurs commencent à comprendre qu'à la suite de tant d'essais chimériques, il faut chercher dans le samscrit presque seul les origines de nos langues anciennes et modernes. Les historiens entrevoient là un monde à découvrir, à peine signalé par les anciens et dont les idées ont pourtant exercé une grande influence sur l'Occident. Les philosophes sentent déjà que pour échapper à la routine des vielles écoles, il faut remonter aux sources fécondes où l'Inde a puisé. Les artistes, s'ils ont effleuré le Levant, n'ont rien demandé au véritable Orient, mais le jour où ils l'auront abordé, ils y verront s'ouvrir une mine inépuisable de sujets nouveaux pour la peinture et pour la poésie. Que dirons -nous des hommes politiques? Sinon qu'ils sont plus que personne intéressés ;à propager l'étude de l'Orient, puisqu'ils représentent toutes les tendances et tous les besoins de notre époque. L'Église aussi a des missionnaires qui jusqu'à ce jour n'ont point fait de prosélytes en Orient, faute d'avoir connu l'Orient; il importerait donc aux évêques d'organiser puissamment l'étude du samscrit dans les maisons où se forment les futurs propagateurs de la foi ! »

On voit que nous sommes en communauté d'idées avec MM. Barnouf et Leupol : linguistique, philosophie, morale, littérature, histoire, tout retrouve son origine dans l'Inde, et c'est aux sources fécondes où cette vieille terre a puisé que l'esprit moderne doit aller se retremper; il n'est pas jusqu'à l'art qui n'y puisse découvrir une mine inépuisable de sujets nouveaux ; la politique même y trouvera l'enseignement des tendances et des faits anciens,

Ainsi l'antiquité grecque et latine a donné ce qu'elle pouvait produire : l'inspiration qui nous est venu d'elle est épuisée, il faut remonter à cette vieille civilisation de l'Inde qui pendant des milliers d'années illumina l'Orient, et dont le monde ancien ne fut qu'un pâle reflet.

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La Perse, l'Asie-Mineure, l'Egypte, la Grèce, l'Italie, et d'un autre côté les pays Scandinaves, germains et gaulois, ne furent peuplés que par des émigrations des basses castes qui, tout en emportant avec elles les traditions du berceau commun qu'elles n'avaient point connues dans leur pureté, leur firent subir encore de nombreuses transformations. Toutes ces traditions se retrouvent au pays d'origine, avec leur sens réel ou symbolique, et l'événement historique ou religieux qui leur a donné naissance.

C'est à cette œuvre de reconstitution de la civilisation la plus belle et la plus ancienne qui se soit produite dans le monde, que nous apportons notre modeste pierre, nous attachant surtout à la tradition religieuse de laquelle est sortie l'olympe païen et le ciel chrétien.

Le paganisme antique est né des superstitions, des fables abandonnées à la poésie et à la plèbe indoues par les brahmes.

Le christianisme est sorti des mystères, et des croyances que les brahmes avaient réservés pour eux et leurs initiés, dans le silence et la profondeur des temples.

Aussi croyons-nous que MM. Burnouf et Leupol, prêchent qui ne veut point entendre, lorsqu'ils parlent aux évèques d'organiser puissamment l'étude du samscrit dans leurs séminaires.

Nous sommes entièrement de leur avis lorsqu'ils disent que jusqu'à ce jour les missionnaires n'ont point fait de prosélytes en Orient, nous n'avons en effet pas vu un seul chrétien sérieux dans l'Inde, mais nous cessons d'être d'accord lorsqu'ils rejettent l'insuccès sur l'ignorance où ces mission* naires étaient de l'Orient.

Il y avait longtemps que les jésuites connaissaient le samscrit, et faisaient le silence autour de cette langue mer^ veilleuse, lorsque le gouverneur Waren Hastings, William Jones etColebrooke la révélèrent au monde savant. Plusieurs d'entre eux furent même reçus aux académies littéraires de ïrichnopoli, où chaque membre devait présenter sa candidature dans un discours en samsCrit et en vers.

Des centaines de missionnaires de tous ordres ont passé

dans l'Inde trente à quarante années de leur vie. On ne saurait donc faire aux uns ou aux autres, le reproche de ne pas connaître l'Orient.

L'insuccès des missionnaires de tous les cultes catholique ou protestant, vient de ce qu'ils n'ont pu apporter à cette vieille terre de l'Inde, aucune vérité morale, philosophique ou religieuse qui ne fût depuis des siècles enregistrée dans le livre, gravée sur les pierres de l'autel, ou inscrite au fronton des pagodes.

Ce que M. Burnouf et son collaborateur admettent pour la philosophie, la morale, l'histoire et la littérature, est une vérité plus évidente encore pour l'idée religieuse.

Mystères, incarnations, rédemptions, cérémonies, sacrements, le christianisme a tout tiré du brahmanisme, il s'est approprié jusqu'au nom et aux aventures de Iezeus Christna. La première chose que l'Indou répond au missionnaire, c'est que ce n'est point la peine qu'il perde son temps à écouter des choses qu'on lui enseigne aussi bien à la pagode. Seuls les jésuites, par une idée de génie, étaient arrivés à se faire accepter des Indous. Voyant que les cérémonies étaient les mêmes, les mystères, les croyances religieuses identiques, que la vierge Davanaguy était l'ancêtre de Marie, et Iezeus Christna le prédécesseur de Jésus-Christ, et qu'il suffisait de quelques concessions pour s'entendre, ils s'étaient fait passer pour des brahmes venus d'Occident, et étaient en train de faire un tout du brahmanisme et du catholicisme, lorsque les congrégations rivales les firent condamner à Rome...

Il est heureux que les papes aient eu des scrupules, car l'habileté infernale de ces hommes, qui en étaient arrivés à s'habiller, à manger, à vivre comme les brahmes, les eut peu à peu, leur immense fortune aidant, conduit dans l'intérieur des pagodes, dont avec le temps ils eussent fait des églises, supprimant le livre, l'inscription, le bas-relief, toute tradition écrite ou gravée, substituant aux ouvrages samscrit des temps anciens, des ouvrages nouveaux entièrement catholiques, et en samscrit également, faisant enfin la nuit complète sur le passé.

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Et l'on comprendra, comme cela leur eut été facile d'agir ainsi une fois acceptés comme des brahmes, quant on saura que tous les livres sacrés ou profanes de l'antiquité indoue ne se trouvent que dans les pagodes.

Les missions étrangères, qui ont reçu la succession de leurs frères en Loyala n'osent aller aussi loin, et sont beaucoup moins habiles qu'eux. Les prêtres de cet ordre ont débuté du reste, par une maladresse que les jésuites n'eussent jamais commise, ils se sont mis à brûler, dès leur arrivée, tous les ouvrages samscrits qui leur tombaient sous la main; cet acte de vandalisme stupide en leur aliénant les Indous, a été la fin de la comédie. On se défie d'eux aujourd'hui à tel point que quand un brahme de nos amis avec qui nous étudiions le samscrit, nous prétait un ouvrage de sa pagode, il nous faisait jurer de ne pas le communiquer aux gens de la Mission.

Maintenant que leur tentative première ne se peut plus renouveler, les jésuites font comme les autres, une guerre acharnée au livre.

Donc ce n'est point par défaut de connaissance de l'Orient que pèchent les missionnaires; ils ne font pas de prosélytes parce qu'ils n'en peuvent pas faire à cause de la similitude du brahmanisme et du christianisme.

Et quant au samscrit, nous pouvons affirmer à MM. Burnouf et Leupol que, non-seulement leur appel ne sera pas entendu des évoques, mais encore que cette langue n'a pas d'ennemi plus acharnés qu'eux. Ils pourraient introduire facilement l'étude de la vieille langue mère dans leurs séminaires, en quelques années les missions pourraient former dans l'Inde autant de professeurs qu'il en faudrait. Eh bien, non-seulement ils ne feront jamais cela, mais encore emploieront-ils toute leur influence à empêcher le gouvernement de favoriser ces études.

Une école de samscrit dans l'Inde, comme pépinière de professeurs, doit précéder tout cours dans les Facultés : là seulement est le progrès de l'avenir; car il faut bien que la plupart des indianistes le sachent, on a beau savoir le samscrit grammatical, on n'est capable de lire et de traduire

dans leur véritable sens les ouvrages sacrés de l'Inde ancienne, qu'après avoir vécu dans cette contrée, respiré l'air des pagodes, et reçu des brahmes initiés, la clef philosophique de tous ces symboles, de toutes ces allégories de la poésie sacrée, qui ne sont que des figures, et appartiennent à la période de décadence.

Nous ne voyons point très-clair dans notre histoire, nous ne savons même pas où fut Alésia, défendu par Vercingétorix; •cela ne nous empêche point d'avoir la prétention d'étudier de loin une civilisation vieille de quinze à vingt mille ans, et déplacer nos appréciations, et nos commentaires, avant ceux de plusieurs générations de brahmes savants.

Telles sont les tendances de la science officielle : on imagine des systèmes, on établit des classifications et des chronologies, on invente des peuples qui n'ont jamais existé, les Aryens par exemple, sans se douter qu'il existe dans l'Inde une science sérieuse et logique de toutes ces choses.

Les études du samscrit s'affaiblissent, et les trois quart de ceux qui s'en occupent aujourdhui ne seraient pas capable de traduire dix versets des védas ; je ne suis même point assuré qu'ils pourraient lire simplement une page de texte sans faute.

Donc à tous égards, cette langue pour laquelle MM. Burnouf et Leupol plaident avec toute l'autorité du savoir, devrait être étudiée au centre même des traditions qu'elle représente, et une école de samscrit devrait être établie dans l'Inde, à Pondichéry ou à Karikal .

Nous ne perdrons jamais une occasion de répéter ceci; car nous sommes persuadé que le jour où la France inaugurera cette école, elle aura fait le premier pas, et le seul sérieux jusqu'à ce jour, dans la voie delà reconstitution de ce passé grandiose, qui ne saurait rester plus longtemps inconnupour l'honneur de l'humanité.

Nous qui avons soulevé un coin bien mince de ce voile, nous pouvons dire que la moisson dépassera toute attente, comme aussi elle sera la ruine de tous les mystères, de toutes les sectes, de tous les préjugés religieux.

La vraie direction de ces recherches est. à donner.

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Les Allemands philosophient sur un mot, ergotent sur un texte, et se comprennent entre eux!...

Les Anglais étudient tout au point de vue de la Bible, soumettent tout aux nécessités de leur religion d'État...

Nos professeurs français apporteraient à cette étude, l'investigation dénuée de tout préjugé d'école, de race ou de caste, en un mot le véritable esprit qui doit présider à cette exhumation du passé.

Mais c'est en vain que nous demanderons, nous n'obtiendrons rien! Et le premier ministre de l'instruction publique qui osera prendre sur lui de tenter cette innovation, échouera, nous le lui prédisons, devant la coalition cléricale...

Nous sommes heureux d'avoir rencontré le texte que nous venons de citer, il nous a donné l'occasion de signaler le danger et d'indiquer l'ennemi, en même temps qu'il sert de trait d'union entre les diverses parties de notre œuvre, qu'il résume admirablement en exprimant cette idée :

Que la morale, l'histoire, la linguistique,, la philosophie, la littérature et les arts, doivent aller se retremper aux vieilles sources orientales d'où ils sont descendus.

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