II. - INLAND REVENUE
Le 14 avril 1902, sir Michaël Hicks Beach, fit l'exposé définitif du troisième budget de la guerre boer. Il put se féliciter d'une plus-value de 543.000 L. sur les prévisions des recettes ; celles-ci avaient été de 142.998.000 L. Le droit sur le sucre avait produit 6.390.000 L. (1.290.000 L. de plus que l'estimation qui en avait été faite) ; l 'incometax 34.800.000 (1 million de livres de plus) ; le droit sur le charbon 1.314.000 L. (14.000 de plus que l'évaluation anticipée). D'autre part, les dépenses avaient été de 195.522.000 L., au lieu de 187.600.000 L. La guerre d'Afrique avait coûté 71.037.000 L. ; l'expédition de Chine, 2.160.00 L. Le déficit de 1901-1902 était donc ainsi de 52.524.000 L., c'est-à-dire qu'il était plus que couvert par l'emprunt de 60 millions de livres en Consolidés, qui avait
produit 56.553.000 L. 28 0/0 des dépenses furent couverts cette année-là par l'impôt, 72 0/0 par des opérations de crédit. La dette consolidée, au 31 mars, s'élevait à 609.587.000 L. ; la dette flottante à 75.133.000 L.
Pour 1902-1903, les dépenses globales étaient estimées à 174.609.000 L., les dépenses ordinaires à 129.159.000 L., les dépenses extraordinaires à 45.450.000 L. (au lieu de 60.230.000 L. l'année précédente). Elles couvraient les frais d'entretien de l'armée pendant 8 à 9 mois, mais ne prévoyaient pas les dépenses de la démobilisation, pour lesquelles le Gouvernement demandait encore 17.750.000 L. Les recettes étaient évaluées à 147.785.000 L. sur la base des impôts existants, ce qui laissait un déficit de 45.324.000 L., que l'existence d'un solde de 8 millions de livres provenant du dernier emprunt, réduisait à 37 millions de livres. Le Gouvernement y faisait face de la façon suivante :
1° En portant l'income-tax de 5,83 à 6,25 0/0, de 14 à 3 5 pence, ce qui devait donner 2.000.000 L. ;
2° En relevant le timbre sur les chèques à 2 pence, 500.000 L. ;
3° En prélevant un droit d'entrée de 3 pence par quintal de froment, de 5 pence par quintal de blé, 2.650.000 L. ; 4° En empruntant 32.000.000 L.
Sir Michaël Hicks Beach s'efforça de soutenir que le droit sur le blé et la farine ne constituait pas une mesure de protection agrarienne et n'était qu'une simple mesure fiscale. Il n'en fut pas moins attaqué avec violence par le? libéraux, qui ne réunirent cependant que 197 voix contre 283, le 22 avril. La surtaxe sur le timbre des clièques fut retirée. Les autres mesures furent votées. Le 16 avril 1902 eut lieu l 'émission de 32 millions dé livres de Consolidés h 2 3/4 0/0, dont la moitié avait été cédée au cours de 33 1/2 à un syndicat anglo-américain. Le reste fut mis en souscription publique. Les anciens Consolidés étaient à .04 5/8. L'émission eut un succès apparent, à cause de la
spéculation sur les nouveaux titres. Mais bientôt les cours tombèrent au-dessous du prix d'émission.
La guerre prit fin le 31 mai 1902. Le Chancelier de l'Echiquier soumit, le 4 juin, un budget révisé s 'élevant à 171.719.000 L. en dépenses et 152.435.000 L. en recettes, soit un déficit de 19.284.000 L. L'emprunt devant donner 29.920.000 L., il y eut un excédent de 10.636.000 L. On ne s'en servit pas pour supprimer les nouveaux impôts; 4.640.000 L. servirent à rétablir l'amortissement; 5.996.000 livres furent mis en réserve.
Bien que la guerre n'ait duré que deux mois en 1902- 1903, les dépenses de ce chef, non compris l'avance de 3 millions de livres faite aux nouvelles colonies, s'élevèrent à 51.782.000 L.y ce qui eut pour conséquence un déficit de 3.075.000 L. en fin d'exercice. Des 52.132.000 L. de dépenses extraordinaires pour la guerre sud-africaine et l'expédition de Chine en 1902-03, 4Q 0/0 furent couverts par des recettes provenant de l'impôt, 58 0/0 par l'emprunt.
« Si un pays qui n'a pas d'histoire est un pays heureux, et si le même principe s'applique au marché financier, dit M. Eaffalovich dans le Marché financier de 1902-03, celui de Londres a eu une existence heureuse en 1902, »
Il ne fut troublé ni par de fréquentes modifications du taux officiel d'escompte, ni par de grands écarts dans les taux. L'année fut très monotone. Le taux officiel varia trois fois: l'année commença à 4 0/0; le 23 janvier, on descendit à 3 1/2, à 3 0/0 le 6 février, pour remonter à 4 0/0 le 2 octobre. 32.000.000 L. de Consolidés furent cependant émis, nous l'avons dit, et la circulation des bons du Trésor augmentée.
Mais l'année 1902 ne fut pas brillante pour l'Angleterre à tous les points de vue. Tout d'abord, le marché fut dans les mains de la Banque durant presque toute l'année, ce qui est anormal et prouve que les ressources commencèrent par être tendues, malgré l'assistance ininter-
rompue du crédit étranger.' Lombard-Street et Capel-Court trouvèrent leurs ressources1 propres insuffisantes pour porter le fardeau financier et s'adressèrent à la Banque d'Angleterre au taux officiel. Cet état de choses est habituel pendant le premier trimestre, lorsque le paiement de l'income-tax enferme des millions de livres dans les caisses du Trésor ou plutôt à la Banque pour le compte de celui-ci. Il en est de même vers la fin de l'année, lorsque la circulation intérieure grossit rapidement en relation avec l'activité commerciale qu'amène l'approche de Noël. Entre ces deux périodes, le marché emprunte à la Banque, généralement lorsque les échéances augmentent la demande d'argent, et quelquefois à la fin du mois, lorsque les liquidations de Bourse et les préparations des bilans mensuels des banques rendent le crédit un peu moins aisé. C'est seulement, par exception, en temps ordinaire, que la liquidation de quinzaine au milieu du mois oblige le marché à s'adresser à la Banque. Il y a donc quelque chose d'anormal dans la situation financière lorsque la Banque est obligée de faire et de renouveler des avances durant toute l'année à des intervalles très courts.
La raison de cette situation en Angleterre, en 1902, se trouvait dans l'énorme masse de fonds publics qui avaient été jetés sur le marché pendant la guerre. Les premières émissions avaient été absorbées relativement assez vite, quoique surtout avec l 'assistance du capital étranger, mais on semble, à la fin de 1901, s'être approché du point de saturation. L'emprunt de 1902 (32 millions de Consolidés) fut en apparence un grand succès pour le Gouvernement britannique, mais il se classa mal. Les spéculateurs se précipitèrent dessus, croyant que ce serait le dernier emprunt émis pendant la guerre et que, dès la signature de la paix, ils pourraient revendre avec bénéfice. Leur attente fut déçue. Le cours tomba au-dessous du prix ' d'émission, nous l'avons dit. Le report payé à chaque liqui-
dation oscilla entre -t et 5 0/0, ce qni constituait une charge très onéreuse pour un titre qui rapportait 2 3/4 0/0.
Une antre circonstance défavorable, c'est que le marché financier anglais dut dépendre beaucoup dn crédit ouvert par l'étranger pour maintenir son équilibre. Le taux d'intérêt relativement élevé en cours à Londres attira sur cette place le capital extérieur durant toute la guerre, et l'on peut dire que si les nations étrangères avaient traduit d'une façon pratique leur dégoût pour l'expédition sudafricaine et leur sympathie pour les Boers en s 'abstenant d'acheter des titres sur Londres, il est probable que les énormes nécessités financières auxquelles il aurait fallu pourvoir auraient précipité une crise susceptible de faire cesser le conflit ou, du moins, de l'entraver.
Heureusement pour 1 'Angleterre, la tentation fut trop forte pour les prêteurs étrangers, et la rapidité avec laquelle l'argent français fut déversé sur Londres pour être placé en bons du Trésor, Consolidés, et autres formes de (( sterling paper », fut la cause principale du calme avec lequel le marché britannique traversa cette grande crise, « C'est une brillante justification, dit M. Rafralovich, du système cle crédit londonien, qui se caractérise par ce fait qu'un marché où l'on est assuré de recevoir librement de l'or est la base fondamentale d'un marché sain. », Ce « free market in gold » attirera toujours les capitaux lorsque les taux seront suffisants pour les tenter.
Ce secours pendant la guerre fut le bienvenu, mais il donna aux prêteurs du Continent une main-mise sur Londres, dont cette place se ressent encore. Elle perdit pendant quelque temps de son importance comme centre monétaire, bien qu'elle ait toujours continué à servir de bureau de liquidation international. La place de Paris, grâce à l'abondance de ses ressources, joua, on peut le dire, un rôle prépondérant comme réservoir de capitaux. Elle prêta libéralement à Londres, mais restreignit ses crédits aux Etats-Unis, qui eurent alors recours à Berlin et même à Vienne.
Le budget anglais pour 1903-04 fut établi avec un excédent de 10.439.000 L. (154.700.000 L. de recettes contre 144.300.000 L. de dépenses). L 'income-tax fut abaissé de 4 pence, c'est-à-dire qu'on le réduisit dé 15 pence à 11 pence. .Le droit sur le blé et la farine fut aboli.
Nous, allons donner, en terminant cette étude sur les finances de la guerre boer, quelques tableaux susceptibles de donner une vue d 'ensemble des événements qui se sont déroulés en Angleterre entre 1899 et 1903 :
Cours des fonds d'Etat français, allemands, anglais, entre 1895 et 1902 (!)