Chapitre XV. — Voie publique
Avant d'énumérer les dépenses inscrites sous ce titre au chapitre que nous étudions, nous examinerons quels ont été les progrès réalisés dans l'établissement et dans l'entretien des voies publiques. La plupart des chiffres que nous allons fournir ont été établis, sur un questionnaire rédigé par nous, par les services dirigés par M. Defrance, directeur administratif des travaux, et particulièrement par les agents techniques du service de la Voie publique, sous les ordres de M. l'inspecteur général des ponts et chaussées Boreux.
Établissement du pavé de Paris. — Au commencement du siècle, les chaussées de Paris étaient : i* en pavés sur forme de sable ; 2** en pavés sur forme de terre salpêtrée ;
3** en pavé avec mortier de chaux ou de ciment ; 4* en cailloutis.
Les trottoirs étaient en pavés, en granit (à partir de 1820) ou en lave; mais cette dernière matière, trop glissante, fut proscrite dès i836.
En 1825, on commença à établir des trottoirs en bitume; en i85o, on fit l'essai des premières chaussées empierrées, en 1860 l'essai des chaussées en asphalte, et en 1881 apparut le pavé de bois. C'est en i836 que la Ville fit bitumer, à titre d'essai, les contre-allées du boulevard Montmartre. Vers la même époque, on fit, rue Richelieu, un petit essai de pavage en bois, qui ne réussit pas.
La surface des voies publiques s'est accrue de la façon suivante. D'après l'estimation des ingénieurs, elle a été :
En 1801 de 6,x83,ioo mètres carrés.
1817 6,33o,ooo — —
Si l'on admet les chiffres produits par F. Lock dans le Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris, les surfaces incorporées à la voie pubUque de i83o à i854 seraient de 507,273 mètres carrés, ce qui porte, en i854, la surface totale à 7, 1 1 0,000 mètres carrés. Nous n'avons pas d'autres indications quant à l'ancien Paris.
Pour le Paris actuel, nous n'avons pu trouver que les chiffres suivants dans la statistique municipale :
Au i«' janvier 1881 1 5,827, 3a8~^ 94
Ce qu'a coûté le pavé de Paris. — La surface présumée du pavage en pierre sera, au i" janvier 1900, de
LES DÉPENSES NORMALES. Sgy
5,877,000 mètres carrés; celle des empierrements de i,34o,ooo mètres carrés; celle de l'asphalte de 391,926 mètres carrés; celle des pavés en bois de i,859,a57'"*,27, dont 449)558'"*,27, exécutés par les concessionnaires et dont 1,4099699 mètres carrés exécutés en régie.
Depuis le commencement du siècle, la Ville de Paris n'a pas consacré, en dehors des charges d'entretien des voies publiques, moins de 388 millions sur ressources extraordinaires (fonds d'emprunts, caisse des trav^tux, etc.) à la mise en état des rues, boulevards et avenues de la capitale.
Le relevé de ces dépenses extraordinaires nous a été communiqué par le service des ingénieurs et donne les chiOres suivants :
De Tan XI k i8i5 il a été dépensé i,8o8,568 fr.
Dei8i6ki83i — 3,476,108
Dei832ki858 — 21,468,278
De 1869 k 1870 — 159,119,617
De 1871 k 1897 — io2,oi4,665
Soit AU TOTAL 387,877,281 fr.
Les progrès réalisés dans les modes de revêtements sont aisés à suivre à l'aide de la comparaison entre les tableaux suivants.
Les baux d'entretien de ventôse an VI et nivôse an VIII donnent :
Rues et places. — Pavé de pierre 2,208,202"" »
Boulevards extérieurs. — 181,777 07
— Cailloutis 21,109 o5
— Accotements et contre-allées . . 268,786 i4
Total de la surface revêtue 2,624,874°** 26
On a évalué à 6,i83,ioo mètres carrés la surface totale des voies en 1801; la surface revêtue représentait donc alors les 42 centièmes de la surface totale des voies publiques.
En 1821, le cadastre «TAngiislin Fresoel donne :
Pavé de pierre 2,834f03i""97
Caillontis 80,249 ^^
^ Accotements 296,702 97
Cootre-allées 258, 142 21
Total de la superficie revétae. 8,469, 1 26"" 80
La surface des roies pouvait alors être estimée à 6,43 1,000 mètres carrés; le rapport de la surface rerétue à la surface totale était donc alors de 54 p. 100, soit en augmentation de 12 centièmes sur la période précédente.
En 1844) les états dressés par les ingénieurs des cinq divisions du pavé de Paris, sur la demande du directeur général des ponts et chaussées Drapier, donnent :
Chaussées en pavé de pierre 3, 282,163"" 21
— — bois i,o38 34
— en cailloutis ...'.. ig^ôlib 26
— en revers pavés 288,587 87 4,889,828"** 67
Trottoirs en lave ou granit i54,5o8 4^
— en bitume 56,o84 26
— pavés ou pierres calcaires . . i9>747 68
— nature non spécifiée 800,864 58 580,699 92
ToTAi. de la surface revêtue 4>87o,528"* ^9
Quelques-uns des ingénieurs indiquent la surface des lacunes en terre pour leurs divisions (757,453"^,89); mais tous ne les fournissent pas. La surface des voies pouvait être alors environ de 6,897,500 mètres carrés; le rapport de la surface revêtue à la surface totale a, en i844> pour valeur 70 p. 100, c'est-à-dire que la progression a été de 16 centièmes.
L'annexion des communes suburbaines en 1860 vint augmenter dans la proportion du simple au double la surface des voies el diminuer le rapport de la surface revêtue à la superficie totale. Malheureusement, les ingénieurs n'ont pu nous donner aucune évaluation, même approximative, qui nous permette de caractériser par un chiffre la situation de cette époque.
LES DÉPENSES NORMALES. SqQ
En 1896, la surface des voies était de 16,473,906 mètres carrés, et la surface totale revêtue (y compris les trottoirs) s'élevait à 15,4199699 mètres carrés; le rapport de la super- Gcie des revêtements à celle de la voie publique était donc de 98.6 p. 100, c'êst-à-dire qu'il ne restait pas 7 p. 100 de chaussées ou de trottoirs à construire.
Pour mesurer l'effort fait par la Ville en faveur de l'aménagement des voies publiques et l'accroissement des surfaces qu'eUe a eu successivement à revêtir et à entretenir, on peut encore remarquer que, d'après les chiffres portés au volume de Recherches statistiques sur F année 181 7 — publié en 1821 — la surface totale de la Ville s'élevait à 3,439 hectares, alors que la surface des rues, quais et ponts n'était que de 643 hectares, soit 18.7 p. 100.
En 1854, la surface des voies était de 711 hectares, le rapport ^iait devenu 20.7 p. 100. L'annexion de 1860 dut faire descendre ce rapport aux environs de i3.5 p. 100.
En 1896, la surface des voies montait à 1,647 hectares; la superficie comprise dans l'enceinte était de 7,802 hectares, ce qui donnait pour la valeur du rapport déjà calculé 21.2 p. 100.
On peut se rendre compte de l'immense effort qu'a dû faire l'administration municipale en opérations de voirie pour accroître le rapport de la surface des voies à la superficie totale, en songeant* que, en 1860, l'annexion des communes suburbaines a incorporé au territoire parisien environ 4,350 hectares de terrains, où le réseau des voies de communication était des plus rudimentaires.
C'est un élément d'information très précieux à retenir pour le cas où le Conseil municipal de Paris aurait à évaluer les charges qu'il devrait supporter de dépenses analogues à la suite de l'annexion des communes situées dans la boucle de la Seine.
La dépense d'entretien du pavage. — Ces vues jetées sur la constitution du pavé de Paris, examinons quelle
6oO USS BUDGETS DE PARIS.
dépense il occasionne annuellement au budget municipal. Ces dépenses figurent pour la plus grande partie au chapitre XV que nous considérons.
Ce chapitre est divisé en deux sections. La première n^enregistre, sous le titre Personnef, qu^un crédit de 352,65o fr. pour le paiement des indemnités mensuelles allouées aux auxiliaires temporaires des services de la Voie publique et des promenades. Une partie de ce crédit ne concerne pas absolument le pavage conune le montre la répartition inscrite au projet de budget de 1900 :
1° Voie publique et nettoiement 240,000 fr.
2^ Promenades, éclairage, vérification du gaz et des compteurs 9g,i5o
3® Auxiliaires temporaires attachés au service de l'éclairage
privé i3,5oo
Total 352, 65o fr.
La seconde section comprend tous les crédits nécessaires à l'entretien du pavé de Paris, qui atteignent un total de 23,881,490 fr.
L'ensemble des dépenses dû chapitre XV a été constaté :
En 1878 pour i5,6i4»967^ i5
En 1888 — 20,267,018 36
En 1898 — 22,490,682 81
Le crédit pour 1899 est de. 24, 234)140 »
11 faut tenir compte qu'une partie de cette dépense ne constitue qu'une inscription d'ordre au budget. Les travaux de pavage exécutés par les ouvriers de la Ville pour le compte des Compagnies de tramways, du gaz et des eaux, des Sociétés d'électricité ou pour le compte de particuliers donnent lieu à des remboursements inscrits en recette pour 1,796,000 fr. On sait en outre que l'État et le département participent ensemble pour 3,4oo,ooofr. à cette charge; enfin, la part contributive des propriétaires intéressés dans les travaux neufs de pavage et d'asphalte représente environ 5o,ooo fr. par an.
LES DÉPENSES NORMALES. 6oi
Maïs il y a d'autres crédits de cette nature et pour obtenir le chiffre total des dépenses relatives à la voie publique, il y a lieu d*ajouter au montant des crédits inscrits au chapitre XV, soit 24,234, i4o fr.
1° Les dépenses du personnel des sertices de la voie publique (chap. XII, art. i«'), évaluation 1,026,000
2° Les indemnités pour travaux extraordinaires et gratifications au personnel de la voie publique (chap. XII, art. 2-20) 62,483
3<» Les frais de déplacement du personnel (chap. IV, art.
i3-23») 54,3oo
4® Les frais de bureau et imprimés des ingénieurs de la
voie publique (chap. XII, art. 3) 76,660
6° Les dépenses d'éclairage de la voie publique (chap. XVI, art. 20, 21, 27, 28, 3i et 36) 7,877,000
rp j. , (Personnel. i,i62,583 fr.j 00 o o c o r
Total se decomppsant:} 1^ t* * 1 ^ C ( ^^»^20,070 ir.
Voici comment se décompose la dépense de la deuxième section du chapitre XV :
Travaux, — Entretien du pavé de Paris.
Entretien du pavage en pierre 2,964,900 fr.
Etude et organisation de nouvelles carrières 10,000
Raccordements au compte de la Ville (y compris la contribution de 619,000 fr. des compagnies de tramways) 839,000
Raccordements remboursables 6o4,ooo
Exploitation de la carrière des Maréchaux 36o,ooo
Entretien de Tempierrement 3,23o,ooo
Entretien de Tasphalte 496*600
Entretien du pavage en bois. — Travaux exécutés par
les concessionnaires 2,097,000
Entretien du pavage en bois. — Travaux exécutés par
la Ville 876,300
Dépenses générales de Tentretien du pavé i38,o20
Ateliers de réparation du matériel. — Salaires des ouvriers 262,470
Dépenses du matériel relatives au fonctionnement des ateliers de réparation du matériel. — Fournitures .... 264,000 Pavage en pierre. — Grosses réparations et relevés k bout 604,000
.4 reporter 12,626,190 fr.
Report 12,526,190 fr.
Pavage en bois. — Grosses réparations et relevés à bout 96,000
Pavage en bois. — Convertissements en bois 78,000
Pavage d'asphalte. — Grosses réparations, réfections k
neuf et couvertures 100,000
Salaires des piétons du service de la voie publique . . . i36,3oo
Transformations des revers pavés en trottoirs réglementaires 10,000
Entretien et relevé k neuf des trottoirs et des aires bitumés, etc. — Salaires des ouvriers et secours .... 1 63, 000
Entretien des trottoirs en granit et des passages pavés
de portes cochères. — Fourniture en régie 10,000
Trottoirs et aires bitumés, contre-allées sablées et revers pavés. — Entretien et relevé k neuf 1,262,000
Salaires des ouvriers employés au nettoiement des chaussées pavées et asphaltées et k Tarrosement de la. voie publique 6,162,000
Frais de matériel pour le nettoiement des chaussées pavées et asphaltées, des trottoirs et contre-allées et arrosement général de la voie publique. — Enlèvement des neiges et glaces 3,348,ooo
Total 23,881,490 Gr.
Ces crédits, à première vue, semblent très élevés; cependant les sommes consacrées à l'entretien et aux grosses réparations de la voie publique n'ont pas été suffisantes, et le Conseil municipal ayant élevé des réclamations contre Pétat de certaines voies, en 1886, M. l'ingénieur en chef Allard déclarait que, pour la remise en état de tout le pavé de Paris, il estimait que, en dehors des crédits ordinaires, il faudrait une somme de 70 millions de francs.
Le service de la Voie publique a dressé, en janvier 1899, le tableau des opérations nécessaires de mise en état des divers revêtements des chaussées et voici à quels chiffres il a abouti :
Relevés à bout 6,3o6,ioo fr.
Convertissements d'empierrement en pavage 911,400
Travaux d'asphaltage et de pavage en bois avec la contribution des riverains (dépense moins cette contribution). 241 1700
A reporter 7,459,200 fr.
LES DÉPENSES NORBfALES. 6o3
Report . 7,459,200 fr.
Construction de trottoirs et viabilité (dépense moins cette
contribution) 366, 38o
Travaux neufs et de grosse réparation de pavage en bois. 5,ox 1,900
13,887,480 fr.
D'autre part, il est incontestable que la plupart des empierrements de Paris doivent disparaître. Ce mode de revêtement qui fut imposé par l'Etat à la Ville, surtout pour des raisons d'ordre politique, est en effet d'un entretien onéreux et ne répond plus, étant donnée la manière dont il se comporte, aux besoins de la circulation et aux exigences légitimes des habitants. Aussi dès 1894, le service de la Voie publique évaluait à 17,570,460 fr. la somme nécessaire à la réalisation du convertissement des chaussées empierrées, dont la suppression s'imposait. Depuis lors, il a été affecté à ces opérations une somme totale de 2,480,000 fr.
La différence entre les deux chiffres ci-dessus s'élève à 16,090,460 fr. Il faut encore retrancher de cette somme les 911,400 fr. portés au tableau précédent sous la rubrique « Convertissements d'empierrement ».
Les dépenses qu'entraînerait la suppression des empierrements, dont la disparition s'impose, s'élèvent donc à 14,179,060 fr.
En ajoutant le total précédent 12,887,480
On obtient 27,016,540 fr.
soit, en nombre rond, 27 millions de francs pour une remise en état convenable et sufGsîinte de la voie publique.
Pour éviter de voir les crédits d'entretien grossir démesurément à un moment donné, il est devenu nécessaire d'entreprendre les grosses réparations indispensables.
Nous croyons que le chiffre de 70 millions de francs produit en 1886 était exagéré; mais il nous paraîtrait de bonne politique d'assurer, pendant une vingtaine d'années, la remise en état de la voie publique, par un crédit supplémentaire annuel de i,5oo,ooo fr. à 2 millions de francs.
6o4 LES BUDGETS DE PARIS.
Prix des divers modes de revêtement. — Nous avons eu communication par les bureaux des ingénieurs de la voie publique d'un relevé des prix d'établissement des divers modes de revêtement de la voie publique et des prix d'entretien depuis 1 80 1 . Nous empruntons à ce relevé les renseignements suivants :
Pavé de pierre. — En 1821, le pavage neuf sur forme neuve de sable ou de terre salpêtrée coûtait, suivant la nature du pavé, de 6 fr. 56 c. à 6 fr. 84 c. le mètre carré; le pavage neuf sur forme neuve de chaux et ciment, 7 fr. 97 c.
De i835 à i838, le mètre carré de pavage neuf sur sable neuf revenait à 7 fr. 789; sur salpêtre, à 7 fr. 677; sur chaux et ciment, à 8 fr. 748.
L'entretien ressort à o fr. 29166 par mètre carré et par an.
Ces prix augmentent graduellement et, d'après un rapport de l'inspecteur des ponts et chaussées Darcy sur les pavages et macadamisages de Londres et de Paris, présenté en i85o, le mètre carré coûtait alors :
Dans les quartiers excentriques de 10 à 12 fr.
— industriels de i4 i5
— luxueux de 16 17
Ces différences provenaient de ce que, pour les quartiers excentriques, on employait du pavé de o",23, tandis que dans les quartiers luxueux on employait des pavés de petit échantillon et de taille plus soignée, de façon à réduire les joints.
En 1864, le prix du mètre carré vaut, pour le pavé dur en porphyre de Quénaast, 19 fr. 70 c, et pour le pavé de grès, suivant le type et la dureté, 12 fr. 70 c. à i4 fr. 90 c.
En 1879- 1880, le prix moyen du mètre carré ressortait pour l'ensemble des entreprises à 16 fr. 865, et l'entretien àofr. 48 c. par mètre carré et par an.
Les adjudications pour les fournitures de pavés neufs, du 1" janvier i885 au 3i décembre 1890, eurent pour résultat un
LES DÉPENSES NORMALES. 6o5
renchérissement notable des prix d'établissement. Le mètre carré, qui revenait en 1860 à 12 fr. 70 c, revint alors à 18 fr. 70 c. pour le pavé cubique de o",23. Pour le pavé de o",i6, le mètre carré revint de i4 fr. à 17 fr. 60 c.
En 1898, d'après les Notes à F appui du compte de dépenses de la direction des Travaux, les prix moyens du mètre carré d'établissement de pavage ressortent à 18 fr. 82 c. pour le petit échantillon ^^'^olleT''^ ®^ 9^^^ ^^ l'Yvette et similaires. Le mètre carré de pavage en arkose et granit du même échantillon revient à 20 fr. 61 c, en porphyre belge à 20 fr. 3o c.
L'entretien proprement dit, abstraction faite des relevés à bout, coûte o fr. 354 par mètre carré et par an.
Les prix sont à peu près les mêmes jusqu'en 1897; mais l'entretien a augmenté et coûte alors o fr. 456. L'entretien est fait par des brigades de cantonniers-paveurs, qui exécutent les repiquages et raccordements peu étendus. La brigade est généralement composée de i chef, i compagnon et 2 ou 3 garçons ou cantonniers ordinaires. Le service compte pour l'ensemble des chaussées pavées 66 brigades de cantonniers et 35 cantonniers surveillants.
On évalue que, tant pour le pavage neuf que pour l'entretien, il faudra en 1900 relever une surface de 129,540 mètres carrés, ce qui entraînera, à raison de 33 pavés par mètre en moyenne et au prix de 43o fr. le mille, une dépense d'environ 1,838,000 fr., dans laquelle la fourniture de la carrière ouverte par la Ville (carrière des Maréchaux) entre pour 335, 000 fr. environ.
Toute la manutention des pavés est faite, dans les dépôts, par des ouvriers de la Ville; mais la retaille des vieux pavés est confiée, depuis plusieurs années déjà, à l'Association ouvrière des piqueurs de grès. Le prix moyen fixé pour la période comprise entre le i" juillet 1898 et le 3o juin 1901, par marché de gré à gré, est de 70 fr. le mille. On évalue, pour 1900, à 1,490,000 le nombre des vieux pavés à retailler.
Le prix d'entretien actuel, en tenant compte de la fourni-
6o6 LES BUDGETS DE PARIS.
lure des pavés neufs destinés aux relevés à bout et de la maind'œuvre des relevés à bout ressort, d'après les développements du budget, à o fr. 70 c.
La Ville a pu craindre, vers 1879 et récemment encore, qu'une entente entre les carriers ne l'oblige à payer un prix excessif les pavés dont elle a besoin. Pour éviter ces coalitions et aussi pour avoir de bons échantillons comme base de comparaison, la Ville exploite, depuis 1879, dans les bois de l'Etat, situés sur la conmiune de Senlisse (Seine-et^Oise), une carrière de grès de i4 hectares 77 ares, moyennant une redevance au Trésor de 2,4oo fr. par hectare et à charge de niveler et de reboiser les lieux alTouillés. Une petite voie Decauville met cette carrière en communication avec le réseau des chemins de fer de l'Ouest.
L'exploitation est dirigée sur place par un conducteur; elle produit en moyenne 700,000 pavés et environ 8,000 tonnes de meulière et sous-produits divers, vendus ou employés sur les chantiers municipaux.
La Ville étudie la création d'une carrière semblable dans les Vosges.
Empierrement. — D'après les Notes publiées en 1878 par la direction des Travaux, le mètre carré de surface empierrée ou en caiUoutis revenait, en 1860, à 5 fr. en moyenne, en 1870 à 2 fr. 90 c. et en 1878, en moyenne, à 2 fr. 10 c.
La statistique municipale donne pour 1881 :
Établissement de chaussée empierrée en porphyre, le m* 8 fp. 3o c, entrelien 5 fr. 3o c. ;
Établissement de chaussée empierrée en meulière, le m* 7 fr. 10 c, entretien 2 fr. 5o c. ;
Établissement de chaussée empierrée en caillou, le m* 5 fr., entretien I fr. 5o c.
En 1898, d'après les notes à l'appui des dépenses de la direction des Travaux, les prix étaient devenus :
Etablissement d'empierrement en porphyre 8^ »
— meulière et caillou . 6 85
— caillou 4 80
Entretien moyen 2^649.
Le prix d'entretien est abaissé, d'après les comptes de 1897, à 2 fr. 546.
La dépense totale est prévue pour 1900 à 3,230,000 fr.
Pavage en bois. — On évalue, d'après les conventions passées en i883 avec les entrepreneurs, que le mètre carré de chaussée pavée en bois (sapin rouge du Nord goudronné) ressort à aS fr. 20 c, y compris les frais de démolition de l'ancienne chaussée.
L'entretien est fait à forfait moyennant une annuité variant de 2 fr. 60 c. à 2 fr. 96 c.
Tels ont été les prix établis par les adjudications de i883.
D'après les Notes de 1893, le prix de convertissement de pavage en pierre en pavage en bois variait entre 18 fr. 60 c. et 18 fr. 72 c. le mètre carré.
La dépense d'entretien était, en moyenne, de 3 fr. 74 c. en 1893; en 1896, elle était de 2 fr. 19 c, et en 1900 elle est évaluée à 2 fr. 63 c. par mètre carré.
D'après les marchés en cours pour les parties pavées et entretenues par les entrepreneurs, la dépense annuelle du pavé de bois serait (pour 1900) :
I* Comme annuités de premier établissement, intérêts et amortissement, de 2 fr. o3 c;
2* Comme annuités d'entretien de 2 fr. 63 c; au total, de 4 fr. 66 c.
La surface pavée par les adjudicataires est de 449)558 mètres carrés environ.
Pour la surface pavée et entretenue directement par la Ville, qui est de 960,140 mètres carrés, le prix d'entretien ressort pour 1900 à I fr. environ. Mais, naturellement, ce prix ne comprend pas la part de dépense due aux appointements des
6o8 . LES BUDGETS DE PARIS.
agents techniques de la Ville : ingénieurs, conducteurs et piqueurs.
Dallage et trottoirs en granit. — En 1828, le mètre carré de dallage en lave d'Auvergne — à laquelle on renonça dès i835 — était de 19 fr. 80 c; en pierre de Flandre et en granit, le mètre carré revenait à 24 fr.
En 1 844j le mètre linéaire de bordure droite en granit (probablement sur o",32) coûtait, tout posé, i5 fr. og c, et le' mètre carré de dallage 28 fr. 68 c. Ce prix descendit à 22 fr. environ en i85o, d'après le rapport de M. Darcy déjà cité. En 1862 il variait de 20 fr. 77 c. à 22 fr. 28 c, et le mètre linéaire de bordure droite valait, sur o",3o de large, i4 fr. 20 c.
D'après le bail adjugé pour la fourniture du i" janvier 1878 au 3i décembre 1882, le mètre carré de dallage en granit de o'",io d'épaisseur, revint à 17 fr. 28 c; le mètre linéaire de bordure à 10 fr. 84 c.
En 1893, d'après la Note de la direction des Travaux à l'appui des dépenses de cet exercice, le mètre carré de trottoir en granit valait 18 fr. 20 c. comme prix de premier établissement, et suivant la note pour l'exercice 1897, la surface des trottoirs en granit était alors de 66o,4oo .mètres carrés occasionnant une dépense de 827,281 fr. 02 c, ce qui fait ressortir l'entretien annuel par mètre carré à environ o fr. l\o c.
Bitume et asphalte. — En 18479 d'après l'estimation dressée par M. Drapier, directeur du pavé de Paris, le mètre carré de bitumage sur fondation de o'",io et avec un enduit de o",oi5 coûtait 5 fr. 72 c. D'après M. Darcy, en i85o, ce prix était alors de 7 fr. et la dépense annuelle d'entretien de o fr. 60 c.
D'après les baux pour la fourniture du i" janvier 1878 au 3i décembre 1882, le mètre carré de dallage en bitume de o^^jOiS sur fondation de béton piloné de o",io, coûtait de 5 fr. 55 c. à 6 fr. 785, suivant la nature du béton de la fonda-
lion; le mètre carré en asphalte comprimé, de 12 fr. 38 c. à i3 fr. 59 c.
L'entretien était pris à forfait à raison de o fr. 3o2 pour les surfaces bitumées et de i fr. 122 à i fr. 726 pour Tasphaltc par mètre carré et par an.
De 1884 à 1894, on établit trpis catégories de bitumages et asphaltages. Le mètre carré de dallage en bitume de première catégorie coûtait, déblais non comptés, 6 fr., celui de deuxième catégorie, 5 fr. 25 c, et celui de troisième catégorie, 5 fr. 07 c. Le mètre carré de dallage en asphalte de o",o6 était payé 21 fr. 09 c, de o",o5 d'épaisseur 19 fr. 12 c. et de o",o4 17 fr. 16 c. Le mètre carré d'asphalte comprimé de o",025 sur béton de o",io coûtait 12 fr. 60 c. D'après ces baux, l'entretien était assuré à forfait par les entrepreneurs, qui devaient maintenir en bon état les surfaces à leur charge et, en ce qui concerne les bitumes, relever un quinzième par année. Pour l'asphalte, les adjudicataires devaient dresser, au début de chaque année, un état des surfaces qu'ils se proposaient de relever à neuf; cet état était adopté par les ingénieurs, qui pouvaient le modifier et le compléter. Les prix forfaitaires étaient par mètre carré et par an :
Pour le bitume de o'3254 à o^4i83
— Tasphalte de 0^9807 à 1^9614
Pour les passerelles en asphalte sur chaussées empierrées, de 2^2066.
En 1893, le mètre carré de chaussée asphaltée coûtait comme premier établissement 20 fr. 20 c, le mètre carré de dallage en bitume 6 fr. i5 c, et le prix d'entretien o fr. j35 en moyenne.
L'entretien en régie contait en 1897 P^ur l'asphahc o fr. 65 c. et l'entretien à forfait i fr. 16 c. ; le mètre carré de trottoir en bitume continuait à revenir, en moyenne, à o fr. 235.
Variation des prix de main-d'œuvre. — L'influence des prix de la main-d'œuvre intervient d'une façon assez mar-
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quée dans les chiffres que nous venons de résumer, comme dans toutes les dépenses exécutées par adjudication ou en régie. Nous donnons les prix des bordereaux de 1861 à i885; on verra qu'ils ont notablement augmenté.