‹ Les Finances des États TotalitairesChapitre 48 sur 58 · PE TPS PR REP · texte numérisé non relu

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Nous voici arrivés au terme de cette étude. Nous avons examiné la situation financière et ce qui en était inséparable, la situation économique, des deux grands Etats totalitaires d'Europe occidentale : l'Allemagne et l’Italie ; puis nous avons terminé en esquissant la situation d’un pays soumis à un régime politique se rapprochant sensiblement à un certain point de vue de celui des deux Etats précédents, mais avec plus de souplesse et de doigté. Nous voulons parler du Portugal dont la situation financière orthodoxe diffère, du tout au tout, de celle des deux premiers.

L'Italie et surtout l’Allemagne pouvaient-elles entreprendre une œuvre de relèvement avec les méthodes et les procédés qui furent adoptés au Portugal ?

Telle est la question que l’on doit se poser. Nous croyons que la solution portugaise est la solution d’un problème strictement portugais qui eut, à l’occasion, pu valoir pour l’Italie (1).

L'Allemagne est un pays industriel, qui souffrait d’un chômage atteignant des proportions catastrophiques, et qui ne pouvait même pas tirer sa substance alimentaire de son sol. De plus, pays autrefois riche, momentané-

ment en difficultés, le niveau de vie de ses habitants de-

puis le dernier quart du xix° siècle n’avait cessé de s’éle-

(1) Et nous avons vu que de 1922 à 1930 la politique italienne offre une grande analogie avec la politique portugaise,

ver. Des besoins nouveaux avaient été créés, qu’il fallait satisfaire, fusse aux prix d’une restriction passagère, si la certitude était donnée que cette restriction ne s’implanterait pas définitivement dans la vie allemande.

Le Reich avait une structure économique telle qu’il devait produire des objets manufacturés qui, échangés contre des devises, lui permettrait d'acheter tout ce qui, nécessaire à sa vie ou à son commerce, n’existait ni sur son sol ni dans son sous-sol. Il était donc une vaste usine où s’élaborait la transformation des matières premières venues de toutes les parties du globe et qui, une fois transformées en produits finis, rentraient à nouveau dans le cycle des échanges.

Les opérations de transformation et d'échange étaient la base même de la vie allemande. Son agriculture délaissée peu à peu depuis le xix° siècle, ses terrains pauvres en beaucoup de parties, ne pouvaient nourrir une population sans cesse croissante. Le traité de Versailles vint lui faire perdre une partie de ses ressources minières, indispensables à la bonne marche de son industrie. Il lui fallait dorénavant en payer l’importation au moyen d'exportation de métal jaune ou de devises.

La crise de 1931 est née précisément de cette impossibilité de continuer à payer des importations, faute d’une contrepartie métallique : la crise mondiale réduisant les exportations de l’Allemagne, réduisait par làmême ses facultés d'importation et ses possibilités de satisfaire aux besoins en matières premières de son industrie.

C'était toute la structure de l'Allemagne qui était minée.

Ne pouvant plus exporter, elle ne pouvait plus im-

porter, et si elle ne pouvait plus importer, comment pouvait-elle continuer à vivre ?

Il ne fallait plus songer aux emprunts, puisque la catastrophe s’était déclanchée par le manque de confiance des prêteurs étrangers qui, en 1931, se précipitèrent pour retirer leurs capitaux.

Si l’Allemagne eut été un pays agricole comme le Portugal, avec des besoins limités et un niveau de vie plus réduit, la solution adoptée par Salazar eut pu être reprise par Hitler.

Mais l’agriculture avait une production trop insuffisante, elle ne produisait pas assez de céréales, le cheptel était en nombre trop réduit, et bien des produits ne pouvaient être fournis par le sol allemand. De plus faudraitil renoncer, à jamais, à voir ces usines si vastes, si puissantes, si modernes, retravailler ? Faudrait-il considérer cet immense capital investi destiné à demeurer inutilisé, impuissant, offrant le spectacle de la désolation ?

Si oui, c'était la renonciation à tout ce que la civilisa-

tion établie en Allemagne, avait apporté de confort,

c'était aussi la condamnation à une sous-alimentation permanente, et sans solution de discontinuité, d’une population de près de 70 millions d’habitants.

Ne plus travailler pour l’exportation, et ne plus pouvoir importer, c'était, obligatoirement, vivre des ressources réduites d’une agriculture ingrate. Mais toute la main-d'œuvre ne pouvait être utilisée à l’amélioration de son rendement (2) : le chômage accru guettait l’Allemagne.

La solution portugaise, pour être applicable, eut né-

(2) Main-d’œuvre trop nombreuse, pour une superficie cultivable réduite. L’accroissement de la population étant du à l’essort de l’industrie,

cessité une population moins nombreuse, une agriculture plus riche, un fardeau moiïns pesant à la charge du budget de l'Etat, l'acceptation d’une vie plus primitive et plus proche de la terre, moins industrialisée. Toutes choses inacceptables pour un Allemand.

Une politique de sagesse financière et d'économie eut encore freiné la marche de l’industrie, fermé de nouvelles usines, augmenté le nombre des chômeurs de quelques millions. |

S’il est facile d'améliorer peu à peu une situation jusqu’alors médiocre, il est plus difficile de maintenir, en période de crise, un niveau de vie confortable et aisée : c’est pourquoi il fallait à l'Allemagne une solution qui Jui maïntint sa structure économique et son niveau de civilisation matérielle, par une adaptation aux circonstances, causes de toutes les difficultés où elle se débattait sans espoir. :

Il fallait produire soi-même ce qu’on ne pouvait plus acheter au dehors : la main-d'œuvre nombreuse serait employée à la réalisation de ce dessein. Le chômage entrerait en régression. Après quelques années de privation, les «Ersatz»> prendraient la place des produits naturels, et la vie reprendraït son cours d’autrefois, du temps de. l’avant-guerre.

Mais une politique pareille exigeait la remise en route de toute l’économie du pays, il fallait produire pour équiper les nouvelles usines dont on allait entreprendre la construction ; pour cela il fallait de l’argent, du crédit, pour permettre aux industriels d’embaucher, aux ouvriers de vivre. Et c’est là-dessus que va s’échafauder tout cet appareil des bons : bons du travail, bons d’impôts, etc.

C'est donc auprès de l'inflation, après clôture des

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frontières, que s’est faite la reprise, et que l’équipement indispensable à l’autarcie a été construit.

Endettement considérable, endettement continuel de l'Etat.

Est-ce là un péril ? non.

Pour qu'il y ait péril, il faudrait que les sommes empruntées vinssent de l’extérieur. Or la dette à court terme et la dette à long terme qui ont financé tout ce programme sont essentiellement allemandes : il n’y a pas à craindre la pression de l'étranger. C’est le peuple allemand qui se prête à lui-même, qui fait de l'épargne forcée pour se la prêter ; la situation pourrait être quelque peu différente si tout ce travail économisé était ensuite galvaudé en d’inutiles dépenses, si ce que les uns économisent, sur leurs besoins quotidiens, était mis à la disposition d’autres pour vivre d’une façon parasitaire. Il n’en est rien. Toute épargne sert au financement d’une entreprise, plus ou moins utile (3), d’un rendement plus ou moins grand, mais enfin il en reste quelque chose. Et ajoutons que le plus souvent le résultat est plus utile que somptuaire, et que si le rendement en est assez faible parfois, cependant le résultat est incomparable avec celui qui serait résulté d’un désespoir oisif et d’une inactivité inféconde.

Certes la dette allemande est immense, mais il y a en contre-partie des milliards de constructions récentes qui déjà commencent à donner un résultat et qui, dans une certaine mesure, améliorent déjà la vie du peuple allemand.

(3) Par utile nous entendons entreprise immédiatement rentable. Ce n’est pas à dire que l’inutilité d’un travail sera absolue, parce que d’un rendement présent nul, C’est le cas du réarmement — des usines non achevées, etc,

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En Allemagne, l’autarcie a réussi en partie parce qu’elle était favorisée par l’armature économique du pays, par des ressources naturelles, par sa condition géologique, par la culture de ses habitants.

C’est un fait qu’il n’y a plus d’or dans les caisses de la Reichsbank, ou du moins très peu, mais il n’y en avait pas beaucoup plus à l’arrivée du national-socialisme.

Cinq à six cents millions de R. M. — or et devises —ont été exportés depuis 1933 — une quantité équivalente rentrée au moyen du solde de la balance commerciale compense — d’une façon occulte — leur perte. Pour l'étranger, la situation de l’Allemagne a peu varié : la monnaie n’est pas plus gagée qu’autrefois — elle ne l’est guère moins, non plus.

La dette intérieure — mal équilibrée, il faut l’avouer — n'offrira qu’un danger relatif tant qu'un gouvernement fort veillera à éviter — et interdire — la panique. Ces capitaux investis dans de grandes entreprises, immobilisés à longue durée, ont un gage d’une réalisation difficile et hypothétique. Mais ces capitaux immobilisés, chaque anée, sous forme d’une production accrue, et d’un mieux-être, remboursent à la nation son travail épargné.

Ici l'expression « bonnes finances >» mauvaises finances reste sans signification, puisqu’au sens international du mot, il n’y a plus de finances orthodoxes, il n’y a plus d’or, et qu’il n’y a plus de devises universellement acceptées. Il y a simplement un Etat plus puissant, une

économie plus active, une somme de biens plus grande.

Il n’y a plus de finances, maïs il y a le troc qui, dans des circonstances exceptionnelles, donne des résultats supérieurs à ceux de saines finances. En même temps qu'on se décidait à vivre d’Ersatz, la monnaie alle-

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-mande, elle-même, devenait un succédané de la vérita-

ble monnaie, de la monnaie universelle basée sur l’or.

Les biens épargnés profitent à la nation entière et c’est le bien général qui est résulté de cette politique financière qui, seul, peut fonder notre jugement : à l’endettement, extérieur et improductif, l'Allemagne a préféré la réquisition de l’épargne et un endettement productif. Elle a réussi plus ou moins complètement, mais il reste quelque chose de son travail acharné. Peut-être est-ce payer cher un tel résultat, mais mieux vaut encore payer cher et avoir quelque chose en échange, que de payer cher et n’avoir rien.

L'Italie, sage tout d’abord, a suivi la politique financière et économique que lui imposaient sa configuration géographique, ses ressources et sa structure économiques. Agricole, elle pouvait développer et vivre de son agriculture, le train de vie de l'Etat pouvait être aisément réduit, et le niveau d’existence de ses habitants — peu exigeants — pouvait être relevé peu à peu, et n’aurait guère eu à souffrir des mesures d’ordre financier qu’auraient eu à prendre le gouvernement. C'était exactement une position analogue à celle que Salazar allait trouver au Portugal : un Etat agricole, peu industrialisé, ayant peu de besoins, avec des finances dans un mauvais état invraisemblable. La chose pouvait être aisément résolue. Important peu de matières premières, presque pas industrialisé, pouvant développer son agriculture et en vivre, il lui était possible d'améliorer, avec le temps, sa position, par un travail ardu et une épargne tenace, qui, peu à peu, donneraient plus d’ampleur aux résultats qu’elle était en droit d’espérer.

Ce fut la solution honnête que l’on adapta jusqu’en 1930 : des réalisations remarquables la couronnèrent.

Mais dès 1930, et avec une précipitation accentuée à partir de 1934, perdant patience devant les événements internationaux et les contraintes extérieures qui la gênaient dans ses ambitions, l'Italie prend modèle sur les procédés économiques de l’Allemagne.

C’en est fini de sa politique financière saine ; c’est le commencement de la politique des expédients fiscaux et financiers, sans grand résultat, si ce n’est celui d’aggraver une situation déjà difficile.

Nous avons dit quelles conditions favorisaient la politique d’autarcie de l'Allemagne, et que, dans une certaine mesure, elle pouvait réussir à se passer de l’étranger.

Mais l'Italie ? L’Italie ne pouvait pas, et ne peut pas, s’isoler. Tout lui manque : cadres techniques, armature industrielle, ressources du sous-sol. Elle s’épuise en vain, et dépense le peu de richesses qui lui réstent : sa politique d’autarcie industrielle n’est pas viable, elle est en outre inconcevable. C’est ce qui rend plus dangereux son dénuement financier, car alors qu’en Allemagne les sacrifices ont laissé une œuvre rentable (4), chez elles ils n’ont laissé que des traces sporadiques ; et finalement elle sera obligée, bon gré, mal gré, de rentrer dans le cycle du commerce et de l’économie internationale pour cesser d’être menacée dans sa vie même,

Comment y rentrera-t-elle sans or et sans devises ?

Plus se prolongera cette situation malsaine, plus la reprise d’une vie normale lui sera difficile, plus son existence demeurera incertaine.

Le Portugal a compris la solution que requéraient de lui les circonstances qui conditionnent sa vie, et c’est sur

(4 A plus ou moins bref délai,

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ces circonstances qu’il modèle sa politique financière et sa politique économique, c’est sur des finances saines qu’il entreprend son développement.

Ne doutons pas qu’il arrive aux inestimables résultats que peut procurer une telle politique et qui, déjà, se manifestent en bien des secteurs de sa vie.

En somme, il n’existe pas de panacée universelle pour guérir les maux d’argent. Pays à régime totalitaire, dictatorial ou démocratique, les mêmes lois fondamentales s'imposent toujours : le travail méthodique et intelligemment appliqué est la base de toute richesse, et ce n’est jamais dans le désordre et la sous-production qu’on améliore la situation d’une nation.

Et le seul principe qui ait jamais donné de bonnes finances se ramène à celui-ci : une nation n’améliore son sort qu’en produisant plus qu’elle ne consomme.

Aussi en ce qui concerne les finances d’un pays — quelque soit leur structure apparente — elles reflètent toujours la situation réelle du pays, si on veut bien élargir le sens habituel du mot en y incorporant tout ce qui constitue pour la nation un potentiel réel de production.

C’est dans ce sens que nous dirons de l’Allemagne (5) et du Portugal qu’ils ont de bonnes finances, et de l'Italie qu’elle en a de bien moins bonnes, si ce n’est de très mauvaises.

(5) Avec cette réserve toutefois pour l’Allemagne que son potentiel industriel n’a qu’une valeur relative, en dépendance étroite avec les conditions de l’économie mondiale actuelle et avec la politique présente de son gouvernement.

Que le libéralisme économique redevienne de mode, que l’Allemagne veuille rouvrir ses frontières, son économie, toute artificielle, sera en état d’infériorité avec l’industrie, basée sur des conditions naturelles, donc d’un rendement meilleur, des autres pays. Et dans ce cas nous dirions de l’état de ses finances qu’il serait absolument déplorable et que l’Allemagne serait dans une situation plus critique

qu’elle ne l’est actuellement, la loi de l’or reprenant toutes ses prérogatives.

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ée Le Président de la Thèse, MATE Le Doyen, 7004

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pu” Vu et permis d'imprimer: 100 OHEE ; Le Recteur de l’Académie de Paris, M EC |

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