I.A FILLE
Ah! mon Dieu! ah! mon Dieu! taisezvous donc, sinistre que vous êtes, vous allez faire mourir ma mère !
(On frappe.)
UNE voix ail dehors.
.Me vlà!
LA FILLE
.Mais je vous en supplie, taisez-voLis, je vous en supplie, oh mon Dieu!
LA VOIX
lié ben quoi! me vlà!
(On frappe.)
LA FILLE
Mais que voulez-vous donc?
LA VOIX
Ben, entrer.
(On frappe.)
LA FILLE
Vous m'avez promis d'attendre jusqu'au jour !
LA VOIX, éclatant de rire.
Ah! par exemple! Je viens d'arrivei'! Pas vrai, vous autres?
LA MÈRE
.Ma 11 lie, allume le cierge.
(I.umière.)
LA FILLE
Cela n'est pas vrai.
LA VOIX
Ah! cré nom! est-ce qu'on se f. .. de moi ici !
LA MÈRE
.Ma fille, allume l'autre cierge aussi, car Elle est là.
(Lumiiîres.)
LA VOIX
Que VOUS n'allez pas me planter ici avec?
LA FILLE
Je n'ai pas besoin de vous.
LA VOIX
Bon, bon, chacun à son tour. C'est pas pour vous que j'suis-là, voyons!
LA MÈRE, regardant la chambre avec tristesse.
Ma maison n'est pas digne de la recevoir.
LA VOIX
Ah! ça, voulez-vous bien ouvrir ou je cogne avec r
LA MÈRE
xMais. ma fille... lève le rideau... et laisse entrer le soleil... que ce soit un peu beau ici. [Ouvrant les bras en iin geste radieux.) Tout en fête, car Elle va entrer.
LA FILLE
Oui, mère.
[Elle lève le store. Fenêtre liimi-
lieuse et les ombres du corbillard projetées sur le mur.)
LA MÈRE
Qu est-ce que ces ombres?
LA FILLE
Ah!..,
[Elle fait vivement retomber le rideau.)
LA .MERE
-Ma fille, prends leau bénite.
LA FILLE, prenant le bénitier et le buis [vers la porte :)
Xon! qui êtes-vous.-
LA VOIX
-Mais sacré nom! 1 homme avec la
chose...
LA FILLE. /tTz'sj;?/ des aspersions à droite, à gauche, en avant et sur la porte (A chaque pas un coup sourd : la mère se signe) , après un silence :
Quelle chose?
LA VOLX.
J'suis 1 homme avec le cercueil, v la!
LA FILLE poussant un cri.
Ahl 1 homme avec...
LA VOLX.
Oui, oui, est-ce qu'on ne m'a<"tendait pas peut-être ?
LA MÈRE, d une VOIX ùloulJce.
Ouvre-lui la porte, ma iille, Elle peut entrer.
LA FU.LE
Petite mère, ce nest pas une clame...
cest... quelquun... qui est poiu'suivi et qui demande un asile.
LA .MÈRE ràlcint.
Ouvre-lui vite, ma fille, oh! oh! ouvre... lui vite vite, oh! oh! elle est la bien-venue. Oh! de 1 eau, donne-moi de l eau.
LA VOLX.
Gré nom que c'est lourd !
(On frappe.)
LA MLRE.
Ah! i étoLitie. ma fille... où est le crucillx... je ne le vois plus, oui, oui, iaut lui ouvrir.
LA VOLX.
Il sera tout mouillé à la lin.
(On frappe.)
LA .MÈRE
\ a. couvre la table... mets la belle nappe. [Se J'rjpfanl la poitrine.) C est ici. tiens ici ! [Dune voix raiiqiie.) Ho... va, va cueillir quelques fleurs. oui, Elle est là... otivre-lui donc.
(Coups violents.)
LA VOIX
Faudra que j enfonce la porte!
LA MÈRE
Oui, là, je la vois, je la reconnais, ù belle Dame !
(Nouveaux coups.)
LA VOLX.
Hé ben, vous autres?
[Voix au dehors.)
LA MÈRE avec raiiquements.
La belle Dame... pour mes yeux, vois-tu les portes maintenant... il n'y en a pas! ouvre...
(Coups. On entend craquer la porte.)
Oui, elle a quelque chose là, quelque chose là sur son épaule.
{Elle fait le signe de la croix.)
LA FILLE
Oh, petite mère!
LA VOIX
Puisqu'il faut, ben v'ià!
(Coups et craquements.)
LA FILLE
Allez-vous-en!allez-vous-en, qui que VOUS soyez! Allez-vous-en, vous dis-je, je ne vous ouvrirai pas, vous dis-je, jamais, jamais, jamais! Est-ce que vous venez tuer ma mère, vous? {Craquements.) Est-ce que vous nous apportez la mort, vous? Ah, mon Dieu!
Mais qu est-ce que je volis ai donc fait. Ah, mon Dieu! Ah, mon Dieu!
{Coups et craquements. Elle tombe à genoux devant la fiorte en sanglotant.)
LA y\ÈRE Jaïsant de vi'olejits efforts pour se lever.
Entrez, belle Dame, voici le jour et je suis prête.
LA FILLE à fyenoux et les 7naÙ2S levées.
Oh! oh! j'ai peur, cessez de grâce! nous sommes de pauvres femmes. Nous n'avons rien. .Ma mère est malade. A'ous ne venez pas nous prendre, n'est-ce pas? Vous n'êtes pas de méchants hommes. Je vous ouvrirai, mais dites, vous nêtes pas des hommes sans cœur, n'est-ce pas? Vous ne voudriez pas que ma pauvre mèi'e meure!,..
Les coups et les craquements redoublent. Violente dispute au dehors. La vieille femme commence à râler d'une façon épouvantable. — La jeune lille se jette à genoux vers le lit de sa mère :
Ah, petite mère, reste donc, que fais-tu, ne hurle donc pas ainsi, tu me fais moLirir, je suis à tes genoux, près de toi, petite mère, regarde, regarde-moi, c'est moi, ta petite
angre. pourquoi est-ce que tu ne me réponds plus?
LA MÈRE
Qui es-tu, petite anger
LA VOLX.
11 est l'heure! Il est l'heure!
(r.onps et craquements violents.)
LA FILLE SJ71S sc velcver du pied du lit.
Et vous n'enti^erez pas. ni vous ni les autres !
LA V(HX.
l-'audra voir!
(Coups redoublés.)
Un morceau de bois casse du côté intérieur de la porte et tombe dans la chambre. Dispute au dehors pendant la suite.
LA FILLE
Oh ! petite nière, comme tu trembles, comme tes mams sont glacées, n aie pas peur, VOIS, je suis ta chère petite ang-e qui te g-arde. n'aie pas peur, ils ne peuvent te
faire aucun mal, ne me reconnais-tu plus? oh! ne me reg-arde pas ainsi avec ces yeux iîxes. petite mère, j ai mauitenant peur de toi-même !
[On entend hennir des chewTux.)
LA .MÈRE sonrijinle et sériant sa Jllle contre elle ta7idzs que de la main droite elle montre la porte.
C est le carrosse !
Bruit d'une lourde voiture qui s'arrête. Des lumières passent devant la fente Me la porte. Dispute. On entend des fragments de phrases mêlées de jurons :
Qu'est-ce que c'est? Qu'est-ce que c'est? Veulent pas ouvrir.
Porte fermée. Oh! la la. Ousqu'il est. Faudra qu'on enfonce.
On est tout mouillé ! C'cadavre! C'cadavre!
On recommence l'attaque de la porte à coups redoublés.
LA .MLRE qui a écouté bouche béante.
Samte A lerge Marie!
LA FILLE
Petite mère, c'est moi qui t'embrasse, regarde et bJnis-moi, petite mère, tu es
dans mes bras, oh, regarde-moi, regardemoi donc!...
Violent tumulte au dehors. La porte enfoncée cède. La fille s'est jetée sur la porte et la repousse des mains. Lutte. Abominable vacarme.