Conifères
Le nombre des familles a été porté par d’autres auteurs à cent douze, à cent quarante, h cent quatre-vingt-quatre. Ce n’est pas qu’ils aient trouvé des nouvelles familles, mais ils en ont fractionné quelques-unes, et ils ont élevé arbitrairement certains genres à la dignité de familles. Nous ne voyons pas que cela serve beaucoup à la science. Ne pouvant faire mieux , les derniers venus ont tenté de faire autrement. Il faut bien trouver quelque aliment à cet insatiable amour-propre qui tourmente les faiseurs de livres.
LES FLEUES ANIMÉES.
La méthode de M. de Jussieu est évidemment la plus rationnelle de toutes; il n’a fait des plantes acotylédones qu’une seule classé, par la raison qu’elles ne présentent ni fleurs ni fruits. Les monocotylédones sont classées selon que les étamines sont disposées. Les étamines sont nommées épigynes lorsqu’elles sont attachées sur le pistil; hypogynes , si elles sont placées h la base de l'ovaire, et périgynes, quand elles sont placées sur le calice ; ce qui explique les noms donnés aux trois classes des plantes monocotylédones : monohypogynie, monopêrigynie , et monoépigynie.
Les onze classes de dicotylédones sont établies sur l’absence , la présence de la corolle, et sur le nombre de ses pièces : d’où sont résultées les dicutylédones apétales , formant trois classes d'après le mode d’insertion des étamines; les dicotylédones mçnopétales , formant quatre classes, suivant que la corolle staminifère est hypogyne, périgyne, épigyqe à anthères soudées, épigync à anthères libres ; les dicotylédones polypétales , divisées en trois classes également d’après leur mode d’insertion. Enfin, la quinzième classe, diclinie, est composée de plantes diclines , c’est-à-dire irrégulières.
Mon Dieu! nous savons que cela est peu plaisant, mais nous espérons l'avoir rendu clair, et c’est en vérité tout ce qu’il est humainement possible de faire en pareille matière. Qu’on n’oublie pas, de grâce, qu il n est point de plaisir, même parmi les plus petits, qui ne coûte une pciho, et que les mots les plus rudes s’adoucissent sur de jolies lèvres. Et puis, nous voici tout à 1 heure hors de ces ronces; nous allons visiter ces nombreuses familles, et là nous attendent les anecdotes de toute nature, les révélations, les épisodes gais ou terribles, etc.
Première classe.
ACOTYLÉDOME.
La famille des algues , la première de cette classe, est placée sur la dernière limite du règne végétal. Ce sont d’abord les conferva, ces filaments verdâtres que l’on voit sur les mares, les eaux stagnantes en général. Ces filaments, qui semblent au premier aspect une sorte de limon flottant , sont pourtant doués de certains mouvements spontanés; ils s’entrelacent, et se rapprochent intimement à certaines époques. Puis viennent les fucus ou varechs, qui peuplent les eaux de la mer, et parmi lesquels on remarque d’abord le fucus sacré, qui se couvre d’efflorescences blanches et sucrées, que les Irlandais mangent avec un grand plaisir après les avoir soumises au feu. Mais le genre le plus remarquable de cette famille est le fucus géant et nageant, immense lanière dont la longueur est souvent de plusieurs centaines de pieds, et qui ,
BOTANIQUE DES DAMES
sur les mers équatoriales, arrêtent quelquefois les vaisseaux. C'est ce qui arriva à Christophe Colomb , marchant à la découverte d’un nouveau monde. Déjà ses compagnons épouvantés faisaient entendre des menaces et voulaient obliger leur chef à revenir en Europe. Colomb insiste pour aller en avant ; il demande quelques jours, promettant qu’on ne peut tarder à voir la terre qu’il cherche, parce que soit génie l’a devinée. Tout-à-coup les caravelles s’arrêtent au milieu de l’Océan ; la sédition va éclater. De toutes parts on n’aperçoit qu’une vaste forêt flottante. Mais enfin, le vent qui était tombé s’élève; les caravelles glissent à travers ces algues immenses; le Nouveau- Monde est découvert !
Après les algues viennent les champignons, qui n’ont guère de ressemblance avec les familles dont ils sont environnés, mais dont la place est marquée par les caractères négatifs communs à toute celte classe. Cette famille, qui n’a ni feuilles, ni fleurs, ni aucun organe qui y ressemble, présente à la fois des mets délicats et des poisons terribles : à côté de la truffe parfumée, de la morille, de l’excellent champignon comestible, croissent les espèces les plus vénéneuses !
Dans la famille des champignons sont comprises ces moisissures, ces sortes de duvets poudreux, cotonneux, que l’humidité fait naître sur le vieux bois et les végétaux à demi pourris dont ils hâtent la destruction. Cette famille* nombreuse présente quelques genres d’un aspect agréable, comme l’oronge, dont le globe, d'un rouge éclatant, tranche sur les tapis de verdure. Mais quand on pense au venin mortel que renferment quelques espèces, la beauté des autres disparaît: qu’importe l’enveloppe, quand le cœur ne recèle que fiel et corruption !
Nous remarquerons encore dans celte classe les lichens , qui naissent partout où l'on pourrait croire la végétation impossible, sur la tète nue des rochers, sur le Sommet des monuments, la surface polie des pierres* D’abord, les lichens apparaissent chétifs, souffreteux ; mais ce sont de pauvres enfants qui vivent de si peu,. qu’ils grandissent partout. A force de persévérance, ils creusent la pierre, s’y font une demeure ; les générations se succèdent, et la végétation devient vigoureuse là où elle semblait ne pouvoir s’établir. Le lichen est 1 aliment du renne, qui lui-même est l'unique ressource du Lapon. Le lichen d Islande se transforme, par la cuisson, en une gelée abondante qui est la nourriture principale de plusieurs peuplades de l’Amérique du Nord ; d une autre espèce, commune en Suède, on tire une sorte de cire dont on fait des bougies, et plusieurs autres contiennent des principes colorants d un assez grand prix : tant il est vrai qu'il ne faut pas dédaigner le faible, et que dans 1 ordre des choses la place qu’occupent les infiniments petits est presque toujours la plus légitimement conquise.
La famille des mousses est la plus élégante , la plus jolie de celte classe. Les mousses sont de charmants petits arbres en miniature qu’on ne peut se lasser d’admirer ; les tapis qu’elles forment à l’ombre des forêts rivalisent d’éclat avec les plus beaux velours ; et non-seulement elles sont vivaces pour la plupart, mais elles possèdent la singulière propriété de reverdir et de revivre lorsqu’on les humecte , même après qu’elles ont été desséchées depuis plusieurs années. Cette famille contient un grand nombre de genres. Les plus remarquables sont les polytrichs , dont le Lapon , à l’exemple de l’ours, se fait un lit fort doux ; les bries , les hypnes , les phasques, dont on se sert pour le calfat des bateaux.
Nous ne dirons rien des hépatiques , petites plantes herbacées qui naissent dans les lieux humides, non plus que des cycadèes, petite famille qui tient le milieu entre les palmiers et les fougères , et qu’on ne trouve que dans l’Inde et au Japon ; nous passerons également sur les rizospermes, petite plante aquatique à laquelle on ne connaît aucune propriété.
Quant aux fougères , dont les espèces sont assez nombreuses, c’est dans leurs cendres que l’on a su trouver un produit intéressant : elles contiennent abondamment de la potasse qu'on en extrait pour la fabrication du verre, et c’est en faisant allusion à l’origine de cette potasse, que les poètes ont célébré le vin qui rit dans la fougère.
Deuxième classe.
MONOH YPOGYNIE.
Cette classe ne renferme que trois familles : celle des nayadées est assez nombreuses ; elle se compose, ainsi que 1 indique son nom mythologique , de plantes qui croissent dans l'eau ; l’espèce la plus remarquable est la vallisnèrespirale. Elle est assez commune dans le Rhône; elle porte ses fleurs sur une longue tige roulée en spirale, qui reste constamment sous les eaux pendant six mois, après quoi la spirale se déroule, et la plante s élève au-dessus de la surface. C’est cette singularité qui a inspiré ces vers à un poète botaniste :
Le Rhône impétueux, sous son onde écumante,
Durant six mois entiers nous dérobe une plante,
Dont la tige s’allonge en la saison d’amour,
Monte au-dessus des flots et brille aux yeux du jour.
Les mâles, dans le fond jusqu’alors immobiles,
De leurs liens trop courts brisent les nœuds débiles,
BOTANIQUE DES DAMES
Volent vers leur amante, et libres dans leurs feux, Lui forment sur le fleuve un cortège nombreux : On dirait une fête où le dieu d’hyménée Promène sur les flots sa pompe fortunée ;
Mais les temps de Vénus une fois accomplis,
La tige se retire en rapprochant ses plis.
Les aroïdes, qui forment la deuxième famille de cette classe, ne sont pas moins remarquables. D’une racine ordinairement charnue et tuberculeuse, s’élèvent de magnifiques feuilles palmées ou en fer de flèche, d’un vert plus ou moins foncé , quelquefois môme diaprées du plus beau pourpre , et rivalisant alors d’éclat avec les fleurs elles-mêmes. Au milieu de ces feuilles, et sur une hampe élancée, se déroule une spathe colorée en forme de cornet, enveloppant une colonne florifère à laquelle succède une belle grappe de baies colorées du plus brillant vermillon. Du cornet d’une aroïde , la calle d’Éthiopie , s’échappe une odeur des plus suaves , tandis que des émanations fétides et cadavéreuses s exhalent d une autre espèce , l'arum serpentaire : il est si rare de trouver réunies la beauté et la bonté !
La famille des typhacèes ne se compose que de deux genres : le typha ou massette , et le rubanier ou ruban- d’eau, dont on emploie les tiges et les
feuilles pour tresser des paillassons, et dont le fruit contient une poudre inflammable.
Troisième classe.
MONOPERIGYNIE.
C est dans la première famille de cette classe, les cypéracées , plantes herbacées , naissant dans des lieux marécageux , que se trouve le souchet papiner, qui croît en abondance sur les bords du Nil, et avec lequel les anciens fabriquaient leur papier appelé papirus. C’était en découpant, étalant et collant ensuite côte à côte les lames desséchées de son tissu , sur lesquelles on collait une. autre couche de lame en croisant les fibres à angles droits, et passant la pierre-ponce sur le tout , qu’on faisait ce grossier papier dont de nombreux restes ont cependant, malgré leur fragilité, traversé les siècles, et offrent aujourd hui à notre curiosité les écritures autographes des Égyptiens , des Grecs et des Romains.
A cette classe aussi appartient l’immense et abondante famille des graminées. Les formes sveltes et élancées des graminées, qui permettent à un grand
nombre d’occuper très peu de place, s’harmonient si bien avec les formes variées des aulrcs végétaux, que ce contraste et cette opposition ne lassent jamais. Mais des qualités plus précieuses rendent cette famille bien autrement intéressante : ces frôles végétaux portent la nourriture du monde ; dans toutes les contrées, sous tous les climats, des semences de graminées forment l’aliment principal des hommes. C’est ainsi qu’en Europe, les céréales, le blé (fig. 36), le seigle, l’orge, ces antiques compagnes du genre humain , ces plantes si anciennement domestiques, qu'on ne les retrouve presque plus dans l’état sauvage, et qu’elles ne peuvent plus vivre loin de la tutelle de l’homme, sont la base de sa nourriture. Dans l'Inde et dans tous les pays facilement submergés, le riz les remplace et suffit presque seul à la subslanlation de nations entières. Enfin, c’est encore dans la famille des graminées que se trouve la canne h sucre, originaire de la Chine, et qui, transportée à Saint- Domingue en 1S06, fut ensuite répandue dans une grande partie de la région équatoriale de l'Amérique. Il est remarquable qu'elle a perdu la faculté de donner des graines; c’est par les rejetons qu’on la perpétue maintenant. La matière sucrée est contenue dans la tige. Pour l’en retirer on écrase les tiges , on met sur le feu la liqueur qu’on en obtient, et on l'épure par une série de procédés, jusqu'à en faire du beau sucre blanc et cristallisé, source de si nombreuses jouissances gastronomiques.
Après la famille des graminées, il n’en est pas de plus importante que celle des palmiers. Presque tous les palmiers sont de grands et admirables arbres dont la tige , qu’on appelle slipe, égale dans toute sa longueur , et ne se ramifiant point, forme une colonne élancée, terminée par une couronne toujours verdoyante de feuilles ailées ou en éventail. Les fleurs, qui se changent en grappes appelées régimes, sortent, entre les feuilles, d une enveloppe particulière qu'on nomme spathr. Les palmiers sont tous habitants des contrées chaudes du globe et étrangers à l’Europe , à l’exception d’une seule espèce. C’est parmi eux que se trouvent les plus élevés des végétaux , comme le palmier cirier des Cordillières , qui produit une cire abondante propre à l’éclairage , et dont la hauteur dépasse souvent deux cents pieds : mais cette grandeur n’est rien en comparaison de leur utilité, des bienfaits qu ils répandent autour d’eux, et qui en font un objet de respect et d admiration. C’est parmi eux qu’un seul arbre, comme le cocotier, 1e sagoulier, suffit a lous les besoins de l'homme qui vit à ses pieds. Il n’est aucüne des parties du palmier, à quelque espèce qu’il appartienne, qui ne serve à la nourriture ou à la conservation de la santé de l’homme. La tige de plusieurs, particulièrement celle du sagoulier, offre dans sa moelle, convertie par la vieillesse en une espèce de farine, un aliment éminemment nutritif, appelé sagou. Dans plusieurs autres, les feuilles non encore développées, rassemblées en bourgeon terminal,
BOTANIQUE OBSEDAMES,
se mangent sous le nom de chou-palmiste. Leur sève que l’on recueille an moyen d’incisions faites aux spalhes, et qui fermente aisément à cause delà grande quantité de sucre qu'elle contient, fournit une liqueur excellente qu'on appelle vin de palmier, et dont on lire, par la distillation, une espèce d'eau-de-vie appelée rack. Mais c’est surtout h cause de leurs fruits que les palmiers sont éminemment précieux pour l'homme; et ces fruits délicieux, ils les portent en abondance. Le dattier offre aux habitants de la Syrie et de plusieurs autres contrées ses longs régimes de dattes savoureuses, nourriture tellement indispensable pour un grand nombre de tribus arabes, que ces peuples ne peuvent croire qu i! y ait au monde des pays habités où l’on ne trouve point de dattier. Le cocotier fournit aux Indiens une nourriture aussi agréable qu'abondante ; et le lontar des Sechelles abandonne tous les ans aux Ilots ses lruils d une lorrne bizarre , les plus gros qui soient portés par un arbre. Cette espèce de flotte vient aborder régulièrement aux îles Maldives. La singulière apparition de ces fruits, dont ou ignorait autrefois 1 oiigine , avait lait penser qu ils étaient produits par des plantes sousmaùnes. Enfin , des tiges souples du palmier ou fait des cordages, des nattes, des sièges, des caunes , etc. ; et telle est la beauté de ce végétal, les bienfaits quil répand ont éveillé dans le cœur de 1 homme un si vif sentimoul de î ecou naissance , que Ion a lait des feuilles du palmier l emblème des plus hautes récompenses et le symbole de la victoire.
La quatrième famille de cette classe est celle des asparagèes , famille composée de genres qui paraissent bien divers. Ainsi, elle comprend les asperges, le muguet, le fragon épineux, les ignames, etc.
Àpiès cette dernière, se placent les joncées, qui ont beaucoup de rapports avec les cgpévacées (voir plus haut); puis les cammélinées et les alismacées, qui sont peu importantes , bien qû elles offrent quelque ressemblance avec les liliacées ; les colch,içacées, parmi lesquelles se trouvent quelques plantes magnifiques, telles que les méthouiques , vulgairement appelées superbes du Malabar; les érithrones , les hélanias, la mérendère des Pyrénées. En automne, nos prairies se couvrent d’une grande quantité de fleurs roses charmantes, c’est le colchique qui donne son nom à la famille.
jNous voici arrivés à la famille des liliacées , une des plus nombreuses et des plus brillantes du règne végétal, famille glaneuse, ainsi que l'appelait le célèbre botaniste Ventenat, qui la considérait comme la plus grande glaire de l’empire de Mure, appréciation mythologique qui pour être bien vieille, n’eu est pas moins juste. Nulle autre famille, en effet, n’égale celle des liiiacees en richesse de couleurs, en élégance de formes, en suavité de paifnms. Nommer quelques-unes des plantes qui la composent, suffit pour
faire naître les pensées les plus riantes et les plus poétiques que le spectacle de la nature puisse inspirer. A la tête de cette splendide famille , il est juste de placer le lis blanc; puis, aux premiers rangs, le lis turban, dont les fleurs du plus beau rouge écarlate ou d’un jaune admirable , ont la lorme d’un turban ; le lis margaton , le lis de Chalcédoine , aux couleurs purpurines éclatantes, le lis superbe (fig. 37), dont la magnifique girandole est portée sur une tige de près de cinq pieds de hauteur.
Plus humble dans son port, mais non moins riche de coloris, la tulipe suit immédiatement ; elle est, sans contredit, un des plus beaux ornements de nos jardins, par l'inépuisable variété de ses couleurs ; du blanc le plus pur au brun le plus sombre, du rose tendre au violet, du jaune d’or au rouge le plus éclatant, il n'est aucune nuance qu'elle ne puisse offrir, et lorsque, pour la première fois, on jette un coup d’œil sur une plate-bande de tulipes bien choisies, on est tenté de pardonner les folies qu’on a faites, il y a un siècle, pour s'en procurer: à cette époque, certains ognons de tulipes furent payés jusqu’à vingt mille francs ; on appela les amateurs exagérés qui faisaient de tels sacrifices : des fous-tulipiers. Les fous-tulipiers ne sont pas encore rares de nos jours, et nous devons à M. Alphonse Karr , auteur de l’introduction de nos Fleurs Animées , cette charmante anecdote qu’il a publiée ailleurs sous ce titre :
Histoire véritable d’une Tulipe.
« Un amateur de tulipes faisait l’exhibition de ses fleurs ■ — Il s’était livré à tous les exercices usités en pareil cas — entre autres, l’exercice de la baguette , qui consiste à appuyer la baguette de démonstration sur la tige de la tulipe, en feignant d’employer toutes ses forces, sans pouvoir réussir à la courber, — et à dire : « Je vous recommande la tenue de celle-ci : c’est une tringle , messieurs, c’est une barre de fer.
« En effet, il est convenu entre ces messieurs qu'une tulipe qui ne pèse pas le quart d’une once doit être portée par une barre de fer, — de même que , vers 1812, je crois, — il a été défendu aux tulipes d’être jaunes.
« 11 avait montré Gluck , cette plante si méritante , — à fond blanc strié de violet ; — et Joseph Deschiens , — un vrai diamant , également blanc et violet ; — et Vandaël , cette perle du genre, toujours blanche et violette ; et C^artoriski, fleur de 5e ligne , blanche et rose, remarquable par l’extrême blancheur des onglets; et Napoléon Ier , et le Pourpre incomparable, et 1,600 autres, — lorsqu'il arriva à une tulipe devant laquelle il s'arrêta avec un sourire
BOTANIQUE DES DAMES
ineffable, la désignant du geste, — mais sans parler, — un des visiteurs demanda si cette tulipe n'avait pas un nom comme les autres.
Le maître des tulipes mit un doigt sur sa bouche, — comme eût fait Harpocrate , le dieu du silence, — puis il dit : Voyez quelle magnificence de coloris, — quelle forme , — quels onglets , quelle tenue , quelle pureté de dessein , — quelle netteté dans les stries , — comme c’est découpé, — comme c’est proportionné ! — C’est une tulipe sans défaut.
« — Et vous l’appelez?
— Chut!... c’est une tulipe qui , à e|le seule , vaut tout le reste de ma collection.
— Il n’y en a que deux au monde , Messieurs.
— Mais son nom ?
— Chut !... son nom... je ne puis le prononcer sans furfaire à l'honneur... — je serais bien fier et bien malheureux de dire son nom , de le dire à haute voix, — de l’écrire en lettres d’or au-dessus de sa magnifique corolle ; — c’est un nom connu et respecté.
— Pardon , Monsieur , je n’insiste pas, — cela paraît tenir à la politique ; peut-être est-ce le nom de quelque fameux proscrit, — je ne veux pas me compromettre.... D’ailleurs, nous ne partageons pas peut-être les mêmes opinions....
— Nullement , Monsieur, ce nom n’a rien de politique; mais j'ai juré sur l’honneur de ne pas la faire voir sous son vrai nom; — elle est ici incognito , sous l'incognito le plus sévère peut-être même en ai-je trop dit... Mais avec toutle monde, avec les gens pour qui je n'ai pas l'estime que vous m’inspirez, je ne vais pas aussi loin, — je n’avoue même pas que c'est uue tulipe, la reine des tulipes; je passe devant avec une indifférence, — une indifférence jouée, — comprenez bien. — Je la désigne sous le nom de Rcbecca, mais ce n’est pas son nom...
Les amateurs partirent et moi avec eux ; mais je retournai le lendemain , et je lui dis :
— Mais, enfin, c’est donc un mystère bien terrible ?
Vous allez en juger. Cette tulipe... que nous continuerons à appeler Rébecca... était en la possession d'un homme qui l’avait payée fort cher, — surtout parce que, sachant qu’il y en avait une autre en Hollande, il était allé 1 acheter, et lavait écrasée sous les pieds pour rendre la sienne unique. — Tous les ans elle excitait l’envie des nombreux amateurs qui vont voir sa collection ; tous les ans, il avait soin de détruire les caïeux qui se formaient autour de 1 ognon et qui auraient pu la reproduire. — Pour moi , Monsieur , je n’ose pas vous dire ce que je lui avais offert pour un des caïeux qu’il pile tous
les ans dans un mortier ; j’aurais engagé mon bien , compromis l'avenir de mes enfants.
Je ne regardais plus ma collection; — mes plus belles tulipes ne pouvaient me consoler de ne pas avoir celle... que je ne dois pas nommer. En vain mon ami... — dois-je appeler ainsi un homme qui me laissait dépérir sans pitié? — en vain mon ami me disait : Venez la voir tant que vous voudrez. J’y allais, — je m’asseyais devant, des heures entières; on ne me laissait jamais seul avec elle, — on eût craint sans doute ma passion. — En effet... je l’aurais peut-être volée, — je l’aurais peut-être arrosée d’une substance délétère pour la faire périr; au moins , elle n’aurait plus existé, et je n’aurais pas eu de remords. —
Quand Gygès tua Candaule pour avoir sa femme, tout le monde donna tort au roi Candaule, qui avait voulu la faire voir à Gygès, toute nue , sortant du bain. — On n’a qu’à ne pas montrer la tulipe. — J’arrivai à un tel état de désespoir, — qu’une année je ne plantai pas mes tulipes — mes chères tulipes. — Mon jardinier eut pitié d’elles et peut-être de moi , — et le rustre... je le lui pardonne , — car il les a sauvées , — les planta au hasard, — dans une terre vulgaire.
— Mais, enfin, comment avez- vous eu cette tulipe?
— Voilà la chose... Je n’ai pas tout-à-fait imité Gygès , quoique mon ami ne se fût pas montré plus délicat que Candaule; mais cependant j’ai fait un crime; j’ai fait voler un caïeu. — Candaule a un neveu... Ce neveu, qui attend tout de son oncle, lequel est fort riche, l’aide à planter età déplanter ses tulipes, etaffecte pour ces plantes une admiration qu’il n’a pas, le malheureux 1 mais sans laquelle son oncle ne supporterait même pas sa présence. — L’oncle est riche, mais il n’est pas d’avis que les jeunes gens aient beaucoupd'argent... Le neveu avait contracté une dette qui le tourmentait beaucoup... Son créancier menaçait de faire sa déclaration à son oncle. — 11 s’adressa à moi et me supplia de le tirer d’embarras. — Je fus cruel, Monsieur; je refusai net. — Je me plus à lui exagérer la colère où serait son oncle quand il aurait appris l’incartade. Je le désespérai bien, —puis jelui dis : « Cependant, si tu veux, je te donnerai l’argent dont tu as besoin.
— Oh 1 s’écria-t-il, — vous me sauvez la vie.
— Oui, mais à une condition.
— A mille, si vous voulez.
. — Non , une seule. — Tu me donneras un caïeu de la.... tulipe en question.
11 recula d'horreur à cette proposition.
. — Mon oncle me chassera, s’écria-t-il, — me chassera et me déshéritera.
BOTANIQUE DES DAMES
— Oui, mais il ne le saura pas, — tandis qu’il saura certainement que tu as fait des dettes.
— Mais s’il le savait jamais!
— A moins que tu ne le lui dises....
— Mais vous....
Enfin, je le pressai, j’effrayai le malheureux jeune homme ; il promit de me donner un caïeu quand on déplanterait les tulipes, — mais il exigea mon serment sur l'honneur de ne jamais nommer... celle que j’appelle Rébecca, à personne — et de lui donner un autre nom — jusqu’à la mort de son oncle.
En échange de cette promesse, je lui donnai l’argent dont il avait besoin. Depuis, nous avons tenu tous deux nos serments ; j’ai eu la tulipe, et je ne 1 ai nommée à personne. — La première fois qu’elle a fleuri ici , — chez moi , — étant à moi, — l’oncle est venu voir mes tulipes. — C’est une politesse qu’on échange entre amateurs. — Il l’a regardée et a pâli. — Comment appelez-vous ceci? m’a-t-il dit d’une voix altérée.
Ahl Monsieur, je pouvais lui rendre tout ce qu’il m’avait fait souffrir! —
Je pouvais lui dire le nom que vous ne savez pas Je me suis rappelé
ma promesse , ma promesse sur l’honneur , et le neveu était là, il me regardait avec angoisses, — et j’ai dit Rébecca.
Cependant, il trouvait bien quelque ressemblance; — aussi il est resté préoccupé ; il a beaucoup loué le reste de ma collection , et n’a rien dit de celle qui est la perle, le diamant de ma collection. — Il est revenu le lendemain, puis le surlendemain, — puis tous les jours tant qu’elle a été en fleurs ; — puis il a réussi à se tromper lui-même : il a cru voir entre Rébecca et.... l’autre.... des différences imaginaires. Alors il a dit : elle ressemble un peu à.... vous savez.
Eh bien ! Monsieur , j’ai aujourd’hui la tulippe que j’ai tant désirée,
et je ne suis pas heureux. — A quoi cela me sert-il , puisque je ne puis le dire à personne ?
— Quelques amateurs, — forts, — la reconnaissaient à peu près; — mais je suis force de nier, — et je n’en rencontre pas un assez sûr de lui pour me ire . — Vous êtes un menteur. — Je souffre tous les jours d’affreux tourments . j entends ici faire l’éloge de la tulipe que j’ai comme lui.
Quand je suis seul , je m’en régale , je l’appelle de son vrai nom , auquel je joins les-épithètes les plus tendres et les plus magnifiques. — L’autre jour ,
J. ai eu un Peu de plaisir : — je l’ai prononcé ce nom mystérieux, — tout haut
un homme. — Mais je n’ai pas manqué à mon serment : — cet homme est sourd à ne pas entendre le canon.
Eh bien! cela m’a un peu soulagé; — mais c’est incomplet. — On ne sait
uo
pas que je l’ai — elle Tenez ayez pitié de moi, — mon serment me
pèse.... Jurez-moi sur l’honneur, à votre tour, de ne pas répéter ce que je vais
vous dire Je vous dirai alors son vrai nom , — le vrai nom de Rébecca , —
de celte reine déguisée en griselle. — Votre serment h. vous ne sera pas difficile à tenir ; — vous n’aurez pas à luttai- comme moi , Monsieur. C’est affreux. < — Mais je désire que cet homme, que ce Candaule soit mort, — pour dire
tout haut que j’ai Tenez, failqs-moi le serment que je vous demande. —
J’eus pitié de lui , et je lui promis solennellement de ne pas répéter le nom de la fameuse tulipe.
Alors, avec une expression d’orgueil intraduisible, — il toucha la plante de sa baguette, et médit: — Voici....
Mais, a mon tour , je suis engagé par un serment : — je ne puis dire le nom qu’il fut si heureux de prononcer.
— Croyez-vous qu’on invente ces choses-là?
On remarque encore dans cette famille la majestueuse fritillaire, ou couronne impériale, l’un des ornements les plus pittoresques des jardins; les hémèrocalles , dont les fleurs sont presque aussi belles que celles du lis; les )/ucca, charmants arbrisseaux qui ressemblent un peu au palmier; et une foule d'autres genres qui seuls suffiraient pour justifier le titre de glorieuse donné à cette si belle et si nombreuse réunion.
Auprès de cette superbe, dont nous n’avons pu dire toutes les beautés, vint se grouper une toute petite famille , celles des broméliées, formée seulement de trois genres, l’ananas ou bromelia, le pitcairnia et la lillandrie. L'ananas est le genre le plus remarquable des trois, et il est assez connu par la délicieuse saveur de son fruit.
Après celte petite fiimille en vient une immense et belle , celle des narcissées, qui disputent aux liliacées le prix de la beauté des fleurs, de l’élégance du port et de la suavité des parfums. Fm tète de celle famille se placent les amaryllis, genre si nombreux et si varié, que nous n’en saurions ici énumérer les espèces. Parlons de la plus remarquable, de l’amaryllis gigantesque , qui est peut-être la plus belle desfleursconnues: son ognon. d’une grosseur énorme,
pousse, au milieu d’une touffe de feuilles de la plus grande dimension, une tige de trois pouces de diamètre et de plus de deux pieds de hauteur , du Sommet de laquelle, et en tous sens, s’étalent au moins soixante pédicules fort longs, terminés chacun par une fleur d’un rose vif, rayée d un rose plus foncé, et de trois pouces de longueur. Qu’on se figure 1 éclat de cette magnifique couronne de plus de six pieds de circonférence, et dont on chercherait en Vain
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dans tout le régne végélal un second exemple. Cette plante si belle a fleuri en France pour la première fois dans le cours de l’année 1820.
C’est à la famille des narcissées qu’appartiennent en outre la jonquille (fig. 38) , le narcisse de Constantinople, celui de Chypre, le lis des Incas, les hémantes, les galantines, les perce-neige et l’agavé, dont la floraison est un objet d’admiration : après une croissance d'un grand nombre d’années, l’agavé, ayant acquis toutes ses forces, accomplit ce phénomène : du milieu de ses feuilles s’élève, ou plutôt s’élance, tant son développement est rapide, une tige nue, haute de quinze à vingt pieds, terminée par une immense quantité de fleurs jaunes verdâtres, disposées en une magnifique pyramide. Cet accroissement subit s’exécute en quinze jours environ; puis bientôt les fleurs passent , la tige se flétrit, et la plante meurt en laissant un nombre infini de graines et quelques rejetons, qui offrent un moyen plus prompt de la propager.
La dernière famille de la classe monopérigynie se compose des irvU.es, dont les ms sont le genre principal et le plus nombreux , les deux autres genres les plus importants sont les ixia, dont le» fleurs offrent toutes les couleurs et toutes les nuances imaginables; et les glayouls dont les fleurs, aussi fugaces que belles, ne vivent que quelques heures.
Quatrième classe.
MONOÉPIGYNIE.
Quatre familles seulement composent la quatrième classe : la première est celle des musacées , peu nombreuse en genres, mais qui comptent parmi eux le bananier, ce quisufit à son illustration. On croirait aisément , en voyant ce beau et vigoureux végétal . dont la tige a communément trois pieds de circonférence et quinze pieds de hauteur,. que c’est un arbre d’une grande solidité et d'une existence 'durable. Ce n’est pourtant qu'une plante herbacée dont la vie, dans les contrées voisines de l’équateur, ne dure jamais une année entière. Dans les climats tempérés , où, pour le faire croître et fructifier, il faut que l’art vienne .au secours de la nature, sa vie se prolonge pendant une assez longue suite d’années ; elle peut môme être d’un siècle; mais il ne peut éviter sa destinée qui est de périr dès qu’il a donné ses fruits.
Tout récemment, alors que la fièvre de la commandite était dans toute sa violence, des spéculateurs s’en étaient pris au bananier; ils prétendaient pouvoir faire du papier avec la tige de cette plante. Vite, la prétendue découverte est mise en actions au capital de plusieurs millions : les actionnaires vinrent...
où n’cn viendrait-il pas? On fit réellement du papipr de bananier; mais il était fort mauvais, et il revenait à un prix quadruple de celui fabriqué par les procédés et avec les matières ordinaires. Il est vrai que les actionnaires avaient le droit d’aller contempler deux bananiers rabougris, souffreteux, qui s'étiolaient dans les salons du gérant, rue Montmartre , n° 171 , et que ce plaisir ne leur a coûté que quelques centaines de mille francs!... En vérité , quand on pense au genre actionnaire et h quelques autres , on est forcé de convenir que notre orgueil seul a îpu nous faire placer le règne auquel nous appartenons au-dessus de celui où se trouvent tant de si belles et si bonnes choses qui ne mentent pas, qui ne volent pas, et dont le muet et doux langage ne passe par les yeux que pour réjouir le cœur... Décidément les fous-tulipiers ne sont pas si fous qu'ils le paraissent.
Les amomées, deuxième famille de cette classe, comprennent le balisier , plante d’ornement, haute de quatre pieds, dont les feuilles sont tournées en cornet avec tant de perfection , que les euux de la pluie y séjournent comme dans des vases. Dans cette famille sont rangés l’amome gingembre, le curcuma, la zédoaire, et quelques autres genres moins importants.
La bizarrerie est le caractère principal de la famille des orchidées. L’orchis militaire, par exemple, et Torchis singe présentent, dans chacune de leurs fleurs, l’apparence d'une figure humaine suspendue. Il est vrai que l’imagination aide quelque peu à ces ressemblances; mais elle n’ajoute rien à l’illusion que produisent les fleurs des autres genres de celte jfamille qui figurent, les unes des mouches , les autres des taons et plusieurs autres insectes. A cette singularité , la famille des orchidées , joint l’avantage de compter parmi ses membres la vanille , qui fournit le plus suave des parfums du règne végétal.
Nous ne mentionnerons que pour mémoire la dernière famille de cette classe , les hydrocharidèes , herbes aquatiques que quelques auteurs ont rangées à tort parmi les naïadées.
Cinquième classe.
ÉPISTAMIN1K.
Cette classe ne contient qu’une seule famille , les aristolochides , plantes qui habitent ordinairement les pays chauds. C’est dans cette famille que se trouvent les plus grandes fleurs connues : le célèbre voyageur de Humboldt a vu dans l’Amérique méridionale des fleurs d’aristoloche qui avaient quatre pieds de circonférence.
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Sixième classe.
PÉRISTAMINIE.
La plupart des genres de la première famille de cette classe, les éléagnées , viennent de l’Inde et de l’Amérique septentrionale. On remarque parmi ces plantes le grignon de Cayenne , l’argousier, les badamiers, et, plus particulièrement, le badamier au vernis, d’où découle la matière résineuse qui forme le célèbre vernis avec lequel les Chinois recouvrent les meubles connus en Europe sous le nom d’objets en laque de Chine.
Les daphno'ûles ne sont pas une famille bien importante; cependant, c’est au nombre des genres dont elle se compose que se trouve le bois dentelle. C'est un arbuste de la Jamaïque dont l’écorce intérieure est formée de fils entrelacés qu’on peut étendre avec un peu de précaution , et qui offre alors une ressemblance frappante avec la dentelle la plus belle, à supposer pourtant que la dentelle soit une jolie chose. On rapportait à une dame de beaucoup d’esprit que cet arbrisseau pouvait parfaitement s'acclimater en Europe, ce qui serait un grand bonheur pour les dames, qui pourraient désormais avoir de très belle dentelle à bon marché.
Eh! Monsieur, répondit la dame au nouvelliste mal avisé, ne comprenez-vous pas que les femmes ne font cas de cette laide chose qu’on appelle dentelle que parce qu elle coûte un prix fou ? Viennent vos arbustes, et personne n’eu voudra.
La famille des protéacèes se compose de très beaux arbres qui croissent naturellement en Afrique; le genre le plus remarquable est l’arbre d’argent dont les feuilles en fer de lance, et d'un éclat presque métallique, reflètent les rayons du soleil d’une manière éblouissante.
Les espèces du genre laurier, qui*a donné son nom à la quatrième famille de cette classe , les lauro'ides , sont forts nombreuses et trop connues pour que nous en parlions longuement. Le plus important du genre est le cannellier, espèce de laurier cultivé à Ceylan, et dont l’écorce enlevée et exposée au soleil , se roule et forme ce que nous appelons la cannelle. Une autre espèce du même genre est le muscadier, dont la graine est connue sous le nom de muscade.
Les polygones , les patiences et les rhubarbes sont les principaux genres de la famille des polygonées. Le blé noir ou sarrasin est le plus important; les patiences et les rhubarbes sont d’une utilité douteuse.
Les atriplicées , sixième et dernière famille de cette classe , sont des plantes
potagères, la bette blanche , la betterave, etc. La betterave a acquis depuis trente ans une haute importance. En 1812, on ne connaissait que le sucre de canne , qui valait quatorze francs le kilogramme en France, par suite de la guerre avec l’Angleterre. Des essais furent faits pour obtenir du sucre de quelques plantes indigènes. Les Parisiens se moquèrent beaucoup de ces tentatives; ou chansonna le sucre indigène et ses fabricants , et nous nous rappelons avoir vu aux vitres de Martinet , ce musée en plein vent de la rue du Coq, une carricature représentant le roi d'Angleterre et Napoléon, tous deux couronne en tête; l’Anglais lançait à l’Empereur une énorme betterave, en s’écriant : Va te faire sucre! Et voilà qu’aujourd'hui le sucre de betterave aussi beau , aussi bon , aussi et même plus abondant que le sucre de canne , met en péril les plantations de nos colonies! Les Anglais qui ont beaucoup ri du mot, trouveraient sans doute, en cas de guerre, la chose fort peu plaisante.
Septième classe.
HYPOST AMINIE.
Les propriétés des amaranthèes , première famille de cette classe, sont nulles ou inconnues. Les genres les plus remarquables sont l’amaraulhe tricolore et la queue de renard, qu’on cultive dans les jardins.
Les plantaijinées sont une petite famille composée des genres plantain (fig. 39) elliltorelle; ce sont des plantes herbacées qui croissent sous presque toutes les latitudes.
Les myctaginées sont ainsi nommées parce que, dans la plupart des espèces de cette famille, les fleurs ne s’épanouissent que pendant la nuit. L’espèce la plus commune est la belle-de-nuit, qu’on appelle aussi merveille du Pérou, parce quelle est originaire de ce pays.
La quatrième et dernière famille de cette classe se compose des plombaginèes. Ce sont de petites plantes comme le gazon d’Olympe , et d’autres petits gazons employés en bordures dans les jardins.
Huitième classe.
IIYPOCOROLLIE.
La primevère et l'oreille d’ours sont les principaux genres de la fa-
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mille des primulacées , la première de la huitième classe. Ces fleurs sont fort connues et peu remarquables.
Les acnnthèes, qui forment la deuxième famille, sont surtout remarquables à cause de l'élégance de leurs feuilles qui ont été adoptées pour ornement par les sculpteurs de l’antiquité. Callimaque fut le premier qui s'en servit pour décorer le chapiteau de l’ordre corinthien dont il est regardé comme l’inventeur.
Parure élégante des jardins, les espèces composant la famille des jasminées forment autour d'elles une atmosphère de parfums s’exhalant du lilas et de toutes les espèces de jasmin. Mais le genre le plus important de celte famille est l’olivier, source de prospérité pour la Provence et les contrées méridionales de l’Europe.
On attribuait autrefois aux espèces de la famille des verbènacèes des propriétés prodigieuses: ainsi le genre galtilier passait pour être le remède le plus efficace contre les tourments de l’amour; et la verveine , autre genre de la même famille, jouait un grand rôle dans les enchantements et la sorcellerie. Aujourd hui il n y a plus guère que les médecins qui reconnaissent quelque vei tu a cette plante ; mais ils u’en sont pas plus sorciers pour cela.
Les jolies plantes composant la famille des labiées, plantes dont les caractères sont aussi naturels que les propriétés, habitent plus particulièrement les collines et les lieux exposés au soleil ; tels sont le thym, la sarriette, la sauge qui forment un si agréable assaisonnement. Un phénomène curieux s'observe dans une espèce de cette famille, le dracocéphalum variégalum : les fleurs, au nombre de quatre, sont presque droites et sessiles ; elles sont susceptibles d’être mues horizontalement dans l’espace d’un demi-cercle, et restent immobiles dans la position' qu’on leur a fait prendre.
On a donné le nom de personnes aux plantes composant la sixième famille de cette classe, parce que la configuration de leurs fleurs représente assez bien un masque. Elles sont d’un grand usage en médecine ; quelques-unes contiennent un poison très actif.
Les plantes de la famille des solanécs ont en général une teinte sombre et mde, une odeur fétide, qui semblent indiquer leurs propriétés dangereuses • telles sont.la belladone, la mandragore, la jusquiame, la pomme épineuse etc’ Ma>s, par compensation, cette famille compte au nombre de ses membres la pomme de terre, qui est du pain tout fait, et grâce à laquelle il ne peut plus y avoir de famine en Europe. Cette plante fut apportée , en 1590 , du Pérou en Europe ou elle s est multipliée à l’infini , non sans peine pourtant ! Penant près de deux siècles , le peuple n’en voulut faire d’autre usage que de la °n ner Pour ^urriture aux pourceaux, et il fallut des efforts inouïs pour dé-
lestfleurs animées.
raciner le préjugé qui l’empêchait d’être admise sur la table du pauvre. Le célèbre Parmentier fut le plus infatigable propagateur de la pomme de terre. Désespéré pourtant du peu de succès qu’il obtenait , il s’avisa de s’adresser au roi Louis XVI. — « Sire, lui dit-il, c’est dans trois jours la fête de Votre Majesté (Saint-Louis, 25 août) : si Vous consentiez à porter ce jour-là une fleur de pomme de terre à la boutonnière de votre habit , je suis persuadé que cela ferait plus que tous les écrits possibles pour faire adopter celte plante. » Le roi y consentit, et il ordonna en même temps qu’à partir de ce moment , on servît chaque jour sur sa table un plat de pommes de terre. L’expédient eut un résultat prodigieux : bien en cour, les pommes de terre firent fureur à la ville, et le peuple accepta enfin un bienfait qu’il avait si longtemps repoussé.
C’est encore dans la famille des solanées que se trouve le tabac. Jean Nicot, ambassadeur de France en Portugal, l'apporta, eu 1559, à la reine Catherine de Médicis. L'usage du tabac est une lèpre qui va s’étendant sans cesse ; aussi n’a-l-il pas fallu de grands efforts pour le propager .
Dans la famille des borrnginècs , les changements de couleur sont presque universels. C’est ainsi , par exemple, que les fleurs du tournefort, d’un hlauc verdâtre d’abord, passent, avant de se flétrir, à une couleur noire très foncée: d’autres plantes de la même famille, telles que la pulmonaire , la consoude, ont les fleurs rouges à leur épanouissement, et bleues dans leur vieillesse. A cette famille appartiennent les héliotropes, dont quelques espèces sont très recherchées, et l’orcanetle, dont la racine contient un principe colorant d’un rouge plus ou moins foncé, et dont les dames athéniennes se servaient comme de fard, pensant sans doute qu’il devait leur être permis d’emprunter quelque chose aux fleurs auxquelles on les comparait.
La famille des conouluolacées se compose de plusieurs genres de liserons d’une forme élégante. À cette famille appartient la patate, qui offre un aliment presque aussi substantiel que la pomme de terre.
Presque toutes les plantes de la famille des polémoniacées , qui vient ensuite , sont originaires de l'Amérique septentrionale. L’un des genres les plus remarquables de cette famille est le phlox, qui présente une grande variété de couleurs. Le genre des cobœa est aussi fort joli. A Paris, dans les quartiers populeux, les cobœa tapissent un grand nombre de fenêtres, et la beauté de leurs fleurs fait un constrasle frappant avec la malpropreté des rues. C’est la fleur du pauvre ; comme lui, elle vit de peu, sa jeunesse passe vite et ses joies sont courtes.
Entièrement exotique, la famille des bignoniées porte de très belles fleurs. La principale espèce est le catalpa, bel arbre originaire d Amérique, qui forme dans quelques-uns de nos jardins de magnifiques allées. La bignone loti-
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jours verte, qu’on nomme aussi jasmin odorant de la Caroline , et la bignone droite, ou jasmin de la Virginie, sont aussi de fort belles plantes. A la même famille appartient le sésame d’Orient ; c’était le sésame des anciens : ses graines contiennent un principe oléagineux dont on lire une huile excellente.
Après la famille des gentianées, entièrement composée de plantes herbacées donnant de très belles fleurs, vient celle des apocynées, plus nombreuse et plus brillante, qui comprend les lauriers-roses, les frangipaniers et les pervenches, ces douces et modestes fleurs que Rousseau affectionnait et qu’il préférait môme à la rose. C’est aussi aux apocynées qu’appartient le genre des asclépias, qui est très nombreux, et la plante appelée gobe-mouche, dont nous avons parlé dans notre première partie.
Les sapotées , qui forment la dernière famille de cette classe , sont toutes plantes exotiques dont plusieurs sont cultivées dans les pays chauds , tant h cause du parfum de leurs fleurs que pour leurs fruits qui ont une saveur très agréable. Celui du sapotilier est un mets délicieux pour les habitants des Antilles.
Neuvième classe.
PÉRICOUOLLIlî.
Les dyespirêes , première famille de la neuvième classe, sont des arbres résineux ; le styrax est une de ses espèces les plus remarquables : la résine qu’on en retire par incision dans quelques contrées de l'Asie , se nomme storax ; le benjoin , résine précieuse , est produit par un autre arbre de la même famille.
On doit au genre rhododendron, le plus remarquable de la famille des rhodoracées, plusieurs belles espèces qui font l’ornement des jardins ; 'l’azalée est aussi une fort jolie plante de la même famille. On assure que le miel des abeilles qui ont butiné sur les fleurs de cette plante est dangereux.
La famille des éricoïdes diffère peu de la précédente : le genre bruyère est le principal de cette famille ; il renferme un grand nombre d’espèces originaires du cap de Bonne-Espérance ; telles sont la bruyère en arbre, la bruyère cendrée, la bruyère élégante et celle de la Méditerranée.
La plupart des plantes de la famille des campanulacées sont cultivées à cause de leur brillante corolle en forme de clochette ; le nombre des campanules est considérable, et leurs fleurs rivalisent de beauté. Un autre genre de cette famille, les lobélies, portent un suc vénéneux, et le lobélia tupa, qu’on trouve au Chili, est un des poisons les plus actifs que l’on connaisse.
LUS FLEURS ANIMEES.
Kkixiciuc classe.
lîl'lCOHOLLIE, SYNANTtlÉRlE.
Cette classe ne se compose que de trois familles ; la première est celle des chicoracèes, dont les fleurs ne s’épanouissent que par un beau temps. A cette famille appartiennent la laitue, la romaine, la chicorée sauvage que l'on a si ridiculement essayé de substituer au café, la scorsonère et le salsifis.
A la famille des cpnarocéphales appartiennent les artichauts , les cardons, le chardon, et au milieu de beaucoup d’autres plantes, la plus précieuse pour les dames, celle à l’aide de laquelle elles font disparaître la pâleur produite par l’insomnie, les plaisirs cl les fatigues du bal, la carthame, enfin, qui est la base du rouge végétal grâce auquel tant de belles ajoutent l’éclat et la fraîcheur de la rose à la blancheur du lis (vieux style).
La plus grande partie des plantes appartenant à la famille des cor'ymbifères produisent de jolies fleurs ; tel est le genre aster, qui comprend l'œil de Christ, l’aster en feuilles de cœur, la reine-Marguerite. Viennent ensuite les chrysanthèmes (fig. 40), les soleils et les immortelles, qui doivent ce nom à leur longue durée.
Oit/Jcinc rlassc.
ÉPIÇOROLLIE, CORISANTHÉRIE.
Après les dispacées , première famille de celte classe, dont les valeiiancs sont le genre principal, viennent les rubiacées, nombreuse famille qui doit surtout son importance à l'efficacité des remèdes produits par quelques-unes de ses espèces; tels sont le quinquina et l’épicacuanha. C'est aussi aux rubiacées qu appartient le végétal qui fournil le café. Cet arbrisseau , originaire le l’Arabie, fut transporté par les Hollandais à Batavia, et de là à Amsteidam. Un pied fut envoyé à Paris, où il prospéra dans les serres du Jardin des plantes. Plusieurs pieds furent, de là, envoyés à la Martinique ; mais un seul y arriva vivant. Telle est l’origine de toutes les plantations qui existent aujourd hui aux Antilles.
Le principal genre des caprifoliées , troisième et dernière famille de la onzième classe, est le chèvre-feuille, dont les fleurs exhalent un parfum si délicieux ; viennent ensuite le sureau , le guy, le manglier et quelques autres peu importants.
botanique des dames.
Douzième classe.
ÉPI PÉTA LIE.
Deux familles seulement composent cette classe, les araliées, petite famille à laquelle est dû le genseng, dont l’origine a été longtemps douteuse, et qu’on a confondu avec l'angélique; et la famille des ombelliferes h laquelle appartiennent la carotte, le panais, le céleri, le persil, l’anis, la coriandre, l’angélique, etc.
Treizième classe.
HYPOPÉTALIE.
Cette classe est la plus nombreuse du règne végétal; vingt-trois familles la composent. La première est celle des rennnculacées, famille aussi dangereuse que belle, dont presque tous les individus ont des propriétés vénéneuses ; telles sont la renoncule âcre, la rampamte, appelée bouton d’or, la renoncule aquatique, la scélérate, la clématite brûlante , appelée vulgairement herbe aux gueux , parce que les mendiants s’en servent souvent pour se donner des ulcères factices.
Cela n’empêche pas qu’un grand nombre de r enonculacées soient cultivées dans les jardinsàcause delà beauté de leurs fleurs. Les plus remarquables sont le gant de Notre-Dame, le pied d’alouette, toutes les variétés d’anémones, les pivoines, etc. C’est aussi à cette famille qu’appartiennent les aconits, dont une espèce, l’aconit napel, servait à empoisonner les flèches dans l’antiquité. Bien que le suc de cette dernière plante soit encore une substance très dangereuse de nos jours, il est permis de penser qu’elle a. perdu quelque chose de sa violence , de même que la ciguë, qui, au témoignage de l’histoire, était, dans l'antiquité, un poison des plus violents et des plus infaillibles, et qui est maintenant, dans nos contrées, une plante presque anodine. Le meilleur est pourtant de ne pas s’y fier.
La famille des papavéracées n’est pas moins remarquable que la précédente : les sucs de ces plantes offrent des colorations diverses, à l’aide desquelles les sauvages dé l’Amérique se teignent le corps. Presque tous les genres de papavéracées jouissent de propriétés narcotiques; mais c’est surtout dans le pavot d’orient ( papaver somniferum ), très cultivé dans nos jardins, que celle propriété se trouve à un haut degré. La meilleure espèce est celle de Perse;
c’est d’elle qu’on tire V opium, qui est d’un usage si général parmi les Orientaux, chez lesquels il remplace les liqueurs spiritueuses, proscrites par la loi de Mahomet. L’opium, dans ces contrées, se prend en infusion ou il se fume mêlé avec du tabac. Pris à petite dose de l'une ou de l’autre manière, l’opium excite la gaîté et plonge dansune douce ivresse ; à une doseplus forte, il détermine l'assoupissement, le délire, la mort. L’abus que font les Orientaux de cette substance est la seule cause de l’espèce d’engourdissement moral dans lequel ces peuples sont constamment plongés. 11 faut qu’il soit bien difficile de renoncer à l’usage de l’opium quand on en a l’habitude, puisque la peine de mort prononcée par la loi, en Chine, contre tout fumeur, mangeur, vendeur ou acheteur de celte substance, n’a pu y faire renoncer la population. L’empereur, voulant absolument détruire ce déplorable usage, a tenté d’interdire l’accès de ses Etats aux navires anglais chargés d'opium. Mais les Anglais, marchands avant tout, lui ont fait la guerre, et le grand souverain du céleste empire a dû se résigner à laisser empoisonner sessujets. Il y a des gens qui voient là un progrès de la civilisation!
La famille des crucifère* comprend les ravenelles , les giroflées , les juliennes, charmantes fleurs qui ornent et embaument nos parterres; le genre raifort, raves, radis, cresson, appartient aussi à la famille des crucifères, de même que le genre chou, dont les variétés sont innombrables , le colza, le turneps, le navet, le pastel, dont on retire de l’indigo, la moutarde, etc.
Les capparidéts forment une famille beaucoup moins nombreuse et moins importante; on y remarque pourtant le capier, dont les fruits se mangent confits dans du vinaigre, et le réséda, modeste fleur dont l'odeur est si agréable.
Les sapindées forment la cinquième Tamille de cette classe. Toutes les plantes de cette famille sont exotiques; la principale est le savonnier : ses fruits sont revêtus d’une écorce savonneuse dont on se sert en Amérique et aux Indes pour blanchir le linge.
La famille des acèridées est aussi fort restreinte, puisqu’elle ne se compose que des érables, des marronniers et des frênes. L’érable produit du sucre en assez grande abondance ; il suffit , pour obtenir cette substance , de faire une incision à l’arbre; il en découle un sirop que Ion cristallise facilement. C’est du frêne à fleurs qu ou obtient la manne. A voir ces énormes marronniers d’Inde qui font 1 ornement de nos plus belles promenades, on pourrait croire que quelques-uns sont âgés de plusieurs siècles, il n’en est rien pourtant, car le premier individu de ce genre ne fut apporté en France qu’en 1616 ; on le planta à l’hôtel Soubise, et ce fut encore bien long-
botanique des dames.
temps après que la beauté de ses fleurs le fit adopter comme arbre d’ornement.
Les mâlpighacées ont beaüdoup d'analogie avec les acèridèes. On doit la découverte de cette famille au célèbre botaniste Malpighi qui lui donna sort iiom. Quelques genres de malpighacées donnent des fruits assez estimés datls les îles de l’Amérique et art Pérou.
Lés hypéricér.s , dont les genres sont vulgairement appelés mille-pertuils, doivent ce nom à la grande quantité de points glanduleux, transparents, dont leurs feuilles sont souvent parsemées. Plusieurs- genres de celte famille donnent un suc résineux connu sous le nom de gomme-gutte d’Amérique.
lien est de même de la plupart des genres de la famille des gultifères.
Les hespéridées sont aussi des végétaux exotiques, dont beaucoup sont cependant cultivés avec succès en Europe. Ornements majestueux de nos jardins, les hespéridées séduisent nos jeux par la beauté de leurs fleurs et de leurs fruits, comme elles charment notre odorat par les délicieux parfums qu elles exhalent. C’est à cette belle famille qu'appartiennent l’oranger, le citronnier, le camellia , le thé, etc.
La famille des méliacèes donne aux arts plusieurs bois précieux, entre autres l’acajou.
Celle des sarmentacées , qui vient ensuite, n'a qu’un seul genre important, la vigne ; mais ses innombrables variétés sont une source immense de richesse. La vigne habite un grand nombre de contrées ; mais c’est dans les pays méridionaux et surtout dans les terroirs volcaniques qu’elle déploie toute la vigueur et la beauté de sa végétation .
« Je me rappelle encore, dit un voyageur , l’impression que produisit sur moi l’aspect enchanteur de l’immense jardin du Vésuve. De toutes parts s’élevaient de longs sarments de vigne qui, s'entrelaçant de mille manières différentes, offraient leurs grappes magnifiques au voyageur brûlé parles ardeurs du soleil. Point d'épiderme ni de graines coriaces comme dans la plupart des raisins de nos contrées; peau, pulpes, semences, tout se résolvait en un suc délicieux. Après avoir franchi ce nouvel Eden et dépassé la demeure de l’ermite, la végétation, jusqu'alors si brillante, ne s'annonça plus que parquélques arbres; bientôt elle cessa entièrement, et ma vue n'eut plus à se reposer qüe sur de vastes champs de lave. Le chemin devenait raide et escarpé; mais une fois arrivé au sommet, je fus bien dédommagé de mes fatigues par l’imposant spectacle qui s offrit à mes regards. A gauche , je contemplais le cap Sorrento, les îles de Caprée, de Procita , Portici , Torre dcl Greco et la mer. A droite se dessinait le beau bassin du golfe de Naples, l’immense amphithéâtre formé sur Ses bords par la ville, la côte du Pausilipe, Pouzzol et le promontoire de Mi-
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sène. Derrière moi j’avais les montagnes de la Calabre et !a ville dePompeïa ; enfin les Camaldules terminaient ce magnifique paysage. L’admiration que me causait ce tableau était souvent interrompue par les bruits qu’on entendait dans l’intérieur de la montagne, et qui précédaient les longues colonnes de feu qu’on voyait s'élever dans les airs , retomber en gerbes immenses, ou se répandre comme un lorrentsur les flancs du Vésuve, qui ressemblait alorsà une mer de feu. Je quittai ce lieu de merveilles, l’âme pleine de ces grandes émotions qu’un tel spectacle peut seul faire naître. En descendant la montagne, le guide me montra plusieurs endroits où la vigne est d’une fertilité prodigieuse. Lorsque la lave d’une éruption l’a détruite, il suffit du plus petit rejet pour qu’elle repousse avec la plus grande rapidité, et dans l’espace d’un an , elle se couvre d'une récolte supérieure à celle de l’année précédente. Cette extrême fertilité explique l’insouciance de l'habitant du Vésuve pour les dangers sans cesse renaissants dont il est entouré. »
La famille des géraniers est une de celles qui renferment le plus de plantes d’agrément; à elle appartiennent les géranium, dont il existe plus de deux cents variétés, depuis le géranium écarlate, dont l’odeur est fétide, jusqu’au géranium triste qui exhale pendant la nuit un si délicieux parfum. A cette famille appartiennent également la vive capucine, la tendre balsamine et la timide violette, ce doux symbole de discrétion et de modestie.
A la famille des malvacèes appartiennent les mauves, ces belles roses trémières aux mille couleurs dont il se fait maintenant de si charmantes et nombreuses collections ; le cacaoyer, avec le fruit duquel se fait le chocolat, et le baobab ou calebassier, ce colosse du règne végétal, dont le tronc a souvent plus de cent pieds de circonférence. Le célèbre Adanson a observé en Afrique quelques-uns de ces arbres dont l’existence , d après ses calculs, remontait a plus de quatre mille ans.
Les magnoliées sont une famille dont le genre badiane est le plus important ; c'est à lui que l’on doit ces semences connues sous lé nom d'anis étoilé de la Chine.
Les anoures croissent, pour la plupart, dans l’Amérique septentrionale, plusieurs fournissent des fruits délicieux , comme la pomme de cannelle, la cherimoya, qu’on cultive maintenant avec succès en Espagne.
Les ménispermées , qui viennent ensuite, croissent dans l’Inde et sont peu remarquables.
Les berbéridées , auxquelles appartient l’épine-vinette, ne le sontpas davantage , non plus que les hermanniées , dont tous les genres sont exotiques.
Les tiliacées ne forment pas non plus une famille bien nombreuse ; mais
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elle comprend des arbres remarquables, les tilleuls, dont les fleurs, les baies, le bois, l’écorce, sont d'une si grande utilité.
Les cistées, les rustacées sont deux familles peu importantes de cette môme classe ; mais il n’en est pas de même de la vingt-troisième et dernière famille de l’hypopétalie, celle des cariuphyllées , comprenant ces belles et nombreuses variétés d’œillets qui charment les yeux et embaument les airs : la bourbonnaise, la croix de Jérusalem ou de Malte, les agrostèmes, lesbéhens, la nielle des blés, et enfin le lin, si utile à la santé de l’homme .
Quatorzième classe.
PÉRIGYNIE.
Les portulacées, première famille de cette classe, doivent leur nom au genre pourpier , le principal de cette famille, qui n’offre rien de remarquable.
Les saxifragées forment une famille nombreuse dont quelques espèces contribuent è 1 embellissement des jardins, comme la mignonnelle, le gazon de Sibérie, deux charmantes petites plantes dont on fait de jolies bordures, et le rossolis à feuilles rondes, autre pelite fleur dont les feuilles sontsi irritables, qu’elles se crispent à l’instant au contact du corps le plus léger. Malheur à l’Insecte qui vient s'y poser : il périt, retenu par le suc glutineux qui les recouvre.
Les crassulées , que Linnée appelait plantes succulentes, et auxquelles on a aussi donné le nom de plantes grasses, comprennent les crassules proprement dites et les joubarbes. Le premier genre n’offre de remarquable et digne des soins de l’horticulteur que la erassule écarlate, originaire d’Afrique, jolie fleur très recherchée des amateurs, et le rhodioda rosea, d’un aspect peu séduisant; mais dont les racines exhalent une délicieuse odeur de rose. Les joubarbes forment un genre très nombreux. On cultive peu cette plante, qui n offre rien d agréable à la vue. Cependant, dans certaines contrées on mange les feuilles de plusieurs espèces de joubarbes, et deux autres espèces , l’orpin et le poivre des murailles, ont été pendan t fort longtemps et sont encore quelque peu de nos joui-3 employées en médecine; m aie quelle est la plante qui n’a pas eu cet avantage ou ce malheur? Le règne végétal tout entier n’a-t-il pas été la proie de ces prétendus guérisseurs? Est-il une pauvre petite plante qui ait échappé à leur barbarie; une contre laquelle ils n’aient employé le fer et le feu; une seule qu’ils n’aient hachée, dissipée, broyée? Heureusement celte férocité s est amoindrie depuis quelques années ; les médecins mutilent H. 20
moins de piaules el leurs malades meurent un peu moins vite : que le ciel les fasse persévérer dans cette voie 1
La famille des cactoïdes est aussi presque entièrement composée de plantes grasses. Rien n’est plus bizarre que les différents genres de cette famille. C’est à elle qu’appartiennent les cierges ou cactiers, plantes admirables par la diversité de leurs formes, l’éclat, la beauté de leurs fleurs, l'abondance de leurs sucs rafraîchissants, qui leur a fait donner, par Bernardin de Saint-Pierre, le nom de sources végétales du désert. Le nopal est l’espèce la plus intéressante de celte famille : c’est sur lui qu'habite el qu’on recueille la cochenille, insecte précieux à cause de la belle couleur écarlate qu’on en tire. La tige du cierge du Pérou qu’on cultive au Jardin des Plantes à Paris est ronde, droite et s’élève à quarante pieds de haut; dans le cierge à grandes fleurs, la tige est rampante, disposition qui lui a fait donner par les amateurs le nom de grand cierge serpentaire. Enfin, c’est dans cette famille que se trouve la plante appelée glaciale, ou licoïde cristallin , noms qu’elle doit à la transparence des vésicules dont elle est couverte , qui la fout ressembler à de la glace.
Un des principaux genres des onagrées, cinquième famille de la quatorzième classe, sont les épilobes, remarquables parle mouvement de leurs étamines à l’époque de la fécondation. C’est à ce genre qu’appartiennent le laurier de Saint-Antoine et l’épilobe à feuilles étroites, dont les racines sont un mets fort recherché dans certaines contrées. Un autre genre de celte famille, l’onagre bisannuelle, concourt à l’ornement des jardins par deux belles fleurs, l’onagre à fleur rose, originaire du Pérou, et l’onagre à grandes fleurs, qui vient de l’Amérique septentrionale. Enfin, à cette famille importante appartiennent encore le santal, dont le bois aromatique est employé dans les parfums, et la màcre, connue en France sous le nom de châtaigne d’eau, fruit d’un goût très agréable.
Les myrtées, sixième famille de cette classe, comprennent quelques arbres et arbrisseaux dont les fruits sont délicieux ; le grenadier, le goyavier poivre, le jambosier, sont de ce nombre. Le grenadier, qui croît naturellement en Afrique, a été cultivé avec succès dans le midi de 1 Europe, où il s est parfaitement naturalisé , particulièrement dans les- contrées méridionales de la France. Il faut mettre aussi au mombre de ces précieux végétaux l’angolan du Malabar, qui atteint souvent plus de trente mètres de hauteur, et dont les fruits sont des plus savoureux ; et puis encore le giroflier, dont les fleurs non ecloses, connues sous le nom de clous de girofles , tiennent un rang si honorable dans les laboratoires du distillateur, du confiseur et de l’artiste culinaire. Enfin, à cette famille appartiennent le syringa, dont on cultive deux especes,! odorante
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et l’inodore, et le myrte, pauvre petit arbrisseau bien inoffensif, bien modeste, dont on a fait le symbole de l’amour heureux, pour exprimer apparemment que l’amour satisfait est une chose assez triste, maussade, à laquelle conviennent l’ombre et le sommeil.
La famille des mélastomées. celle des lythrées sont peu remarquables; mais après elles viennent les rosacées. Un volume ne suffirait pas pour faire l’histoire de la rose , et nous serions bien pâles auprès de l’artiste et du biographe qui ont si heureusement réuni leurs efforts pour donner une âme à cette belle reine. Mais, pour être moins brillante, notre tâche n’en est pas moins douce : s’ils ont fait un délicieux portrait du plus bel enfant delà famille, ils n’ont rien dit des autres : ils ont usé de leur esprit, de leur admirable talent; ils ont fait de l’art et dédaigné la science; ils ont laissé au savant les miettes de leur table; mais ce sont des miettes abondantes et savoureuses , car les rosacées comprennent les fraisiers, les framboisiers, les pêchers, pruniers , abricotiers, amandiers, cerisiers, pommiers, poiriers. Ainsi , les rosacées ne sont pas seulement. l’honneur de nos jardins, elles sont aussi l’honneur de nos tables; c’est la beauté et l’abondance : nulle part le parfum et la saveur ne sont plus délicieusement et plus intimement unis. N’est-il pas vrai que les couleurs veloutées de la pêche le disputent à la rose pour l’éclat ? Que de charmes, de volupté dans ces formes arrondies!... Et la pêche n’a point d’épines ; et la framboise fait pardonner les siennes, non-seulement par son parfum, mais aussi- par sa délicieuse saveur... Ali ! roses, que ne devez-vous pas au savant qui vous a mises en si bonne compagnie ! Vous voyez bien, mes belles, que la science est bonne à quelque chose : grâce à elle, nul n’a le droit de vous exclure de cette brillante et somptueuse réunion ; vous êtes, comme la pêche , comme la cerise, comme la fraise, etc., de jolies dicotylédones polvpétales périgynes. Vos titres de noblesse, sont palpables , authentiques , nul ne peut les contester. Allez, soyez flattées, vantées, chantées; et surtout ne faites pas fi de vos
sœurs dont les traits sont moins brillants que les vôtres, mais dont le cœur est plus doux.
Après les rosacées se placent immédiatement les légumineuses , nombreuse et bienfaisante famille qui comprend les pois , les fèves, les haricots, les lentilles, le carroubier, les bois de teinture dits du Brésil, l’acacia, les <œnêts les tamariniers, la pistache de terre dont les gousses, après la fécondation' s’enfoncent dans le sol pour y mûrir.
L indigotier membre ,1e la même famille, mérile une mention particule c est de lui (,u on obtient cette belle couleur bleue qui donne aux vêlements des dames une grâce, une élégance que ne comporte aucune autre couleur. L indigotier est un charmant petit arbuste, originaire des Indes
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orientales , et qu'on cultive avec succès aux Antilles et dans l’Amérique méridionale. Lorsque les fleurs de l’indigotier commencent à paraître, ce qui arrive trois mois après qu'on l’a semé, on en coupe les feuilles; quarante ou cinquante jours après on en fait une seconde récolte, puis une troisième, qui est ordinairement la dernière , et alors on coupe tiges et feuilles. De ces feuilles et tiges, on obtient, parle lavage, une fécule qu’on laisse fermenter, puis on la fait sécher, et elle forme ce beau bleu auquel la plante a donné gon nom.
Napoléon , ce génie universel, voulant, par tous les moyens, ruiner le commerce anglais, tenta de faire remplacer l’indigo parle pastel, comme il avait remplacé la canne h sucre par la betterave. Le pastel donne en effet une belle couleur bleue, mais elle ne saurait être comparée h l’indigo : il n’est pas donné, même aux plus grands génies, de faire tous les jours des miracles.
D'autres plantes de celte famille fournissent d’excellents fourrages; tels sont les sainfoins, les trèfles, les luzernes, etc., qui ont en outre la propriété de végéter sans altérer la terre qui les nourrit.
C’est aussi à la famille des légumineuses qu’appartient le genre mimosa, plantes qui présentent au plus haut degré les phénomènes du sommeil et de l’irritabilité des végétaux C’est dans le genre mimosa que sont placées lessensitives proprement dites, l’acacia de Constantinople, celui de Farnèze, la sensitive grimpante, dont les gousses atteignent quelquefois la hauteur d’un homme , et l’acacia du Nil , qui produit la gomme arabique, unique nourriture des Maures et des Arabes, dans leurs longs voyages à travers les déserts. Un morceau de celte gomme, gros comme une noix, et quelques gouttes d’eau, cela suffit pour vingt-quatre heures h la nourriture d'un enfant du désert, lit puis, on s’étonne que ces peuplades, malgré leur ignorance, soient indomptables I Les Espagnols sont le seul peuple de la terre dont la sobriété approche de celle des Arabes. C’était un objet de risée pour nos soldats, en Espagne, pendant la guerre de l'indépendance (1808 à 1814), de voir, à. 1 arçon de la selle des chevaux montés par les officiers espagnols, une chocolatière en guise de pistolets; pourtant, celte chocolatière nous était plus funeste- que ne l’eussent été les meilleures armes offensives. Grâce à sa chocolatière et aux tablettes de chocolat contenues dans son porte-manteau, 1 Espagnol n 'avait pas à s’occuper de sa subsistance; il n’avait besoin ni de rations de pain , ni de rations de viande, riz, sel, etc. Pendant une halte de dix minutes, il battait le briquet, mettait le. feu à quelques broussailles , et faisait son chocolat qu il avalait aussitôt; cela terminé, il pouvait se battre pendant vingt-quatre heures sans que son estomac l’obligeât à s’occuper d’autre chose. Il est donc bien
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vrai quo l'estomac et le cœur sont antipathiques; le dernier peut entraîner à bien des folies, le premier ne fait faire que des sottises.
Le cachou est encore un produit de la même famille , qui compte aussi parmi ses membres l’arbre de Judée et le baguenaudier commun , deux des principaux ornements des jardins d’une certaine étendue.
Enfin , la famille des légumineuses compte parmi ses membres le lotier pied d’oiseau et le sainfoin oscillant. Ce fut le premier de ces végétaux qui fit soupçonner à Linnée les changements qu’éprouvaient les plantes pendant la nuit. Cet homme de génie ayant remarqué un soir , en se promenant dans son jardin à Upsal , que les fleurs du lotier avaient disparu, pensa d'abord qu’elles avaient été arrachées, et il passa outre; mais quelle fut sa surprise lorsque le lendemain, dans le cours de la journée, il les retrouva sur la plante, aussi belles et aussi fraîches qu’avant leur disparition ! Il comprit qu’il s'opérait dans ces plantes un phénomène inconnu jusqu’alors, et pendant trois nuits entières il se tint en observation près des lotiers. Ce fut ainsi qu’il déroba à la nature son secret , et qu’il découvrit l'intéressant et étonnant phénomène du sommeil des plantes, que quelques-uns de ses devanciers avaient seulement soupçonné.
Le sainfoin oscillant n’est pas moins remarquable sous ce rapport que le lotier. Celte plante, originaire des Indes , a des mouvements singuliers : les deux folioles latérales, continuellement agitées, décrivent un arc de cercle dans l'espace de deux minutes. Le plus ordinairement, l'une se porte vers le haut, tandis que 1 autre s’abaisse. Ce mouvement se continue dans les feuilles détachées de la plante , et il peut même exister pendant plusieurs jours, si 1 on a soin de mettre le pétiole dans l’eau. Chose plus remarquable encore , le mouvement cesse dès que l’époque de la fécondation de la plante est passée. Les Indiens attribuent à ces folioles des propriétés extraordinaires, et ils
en composent des philtres Ne nous eu moquons pas trop : ces philtres-là
pourraient être les cousins-germains de nos tisanes.
Les térébinlhacées forment aussi une famille d’une grande utilité à cause des beaux vernis qu’elles produisent; c’est à cette famille qu’appartient le pistachier , dont les amandes vertes sont si fort en honneur chez les confiseurs et les glaciers.
On cultive, dans les contrées méridionales de L'Europe, deux espèces de genre pistachier, le lentisque et le pistachier térébinthe. C’est du premier de ces arbres que provient le mastic du commerce; l'autre donne la térébenthine la plus recherchée, celle dite de Chio : les Orientaux la mâchent habituellement pour se parfumer la bouche.
Une espèce importante des térébinlhacées, les balsamiers fournissent des
baumes précieux, dont l’action stimulante sur l’économie animale est très active. Les pins importants sont le baume de la Mecque, ou baume blanc, et la résine élémi.
Deux autres résines. non moins connues appartiennent à cette famille : la première est l'encens qu’on retire du boswellia serata , la seconde est le baume de tolu.
Ce sont encore les térébinthacées qui produisent la résine connue sous le nom de myrrhe, substance si précieuse dans l’antiquité, qu’aux dieux seuls s'offraient l'encens et la myrrhe.
Enfin, on cultive dans les jardins, comme objets d’agréments, le sumac amarante, le traçant et le glabre, tous trois de la même famille. L’écorce du glabre passa pendant quelque temps pour avoir des qualités fébrifuges presque aussi actives que le quinquina. Cette plante a-t-elle perdu ses qualités, ou bien ne les a-t-elle jamais possédées? C’est ce que nous ne saurions dire ; mais toujours est-il qu’on ne l’emploie plus comme médicament. Nous l’avons dit; cest, hélas! le sort des plus beaux végétaux comme des plus humbles ; tous y ont passé, y passent ou y passeront; mais tous en sortiront : ne voilà-t-il pas que l'on renonce h l’emploi du quinquina lui-même I... Oui , mesdames, le quinquina sur lequel on a écrit de si belles choses; le quinquina qu’on a
chanté sur tous les tons, sur tous les rhithmes, le quinquina est détrôné
détrôné par l’arsenic!... — Mais, disait-on au savant auteur de cette substitution, l'arsenic n'est donc plus un poison.
— C’est toujours un des poisons les plus actifs , répondit le docteur , et c’est justement pour cela qu’il guérit...
— De la fièvre?
— Et de beaucoup d'autres choses.
Les rhamnides , dernière famille de cette classe, diffèrent peu des térébinthacées; c’est à elles qu’appartiennent les jujubiers et les houx.
Dans le genre neprun , de cette famille, se trouve le neprun , dont les baies servent à faire le vert de vessie, employé par les peintres; les fruits d'une autre espèce appartenant à ce genre donnent la graine dite d’Avignon , avec laquelle on fabrique une belle couleur jaune. Le bois du neprun bourgène est préféré h tout autre pour la fabrication de la poudre à canon.
Le genrejujubier est exotique à l’Europe; l’espèce cultivée est depuis longtemps acclimatée dans laProvence et le Languedoc : c’est cette espèce qui produit lesjujubes, fruit assez peu estimé parmi nous, mais dont on fait une assez grande consommation en Egypte. Ce doit être aussi dans ce dernier pays un fruit très substantiel, puisque l’histoire rapporte que l'armée d’Orphellus, traversant 1 Afrique pour se rendre à Carthage, ne vécut que de jujubes pendant ce long trajet.
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Quinzième classe.
MCLINIE.
La première famille de celte classe se compose des euphorbiées, plantes généralement suspectes. Elles varient beaucoup dans leur port, et contiennent la plupart un suc laiteux, âcre, caustique, qui peut donner la mort. Toutefois, ce principe se volatilise aisément, et les plantes qu’on a desséchées peuvent ensuite être employées sans inconvénient. C’est ainsi que la racine du manioc devient très salubre lorsqu’on a séparé sa fécule abondante du suc vénéneux dont elle est imprégnée; on fait de cette fécule d'assez bon pain dans toute l’Amérique et dans une partie de l’Asie et de l’Afrique.
Le ricin, dont l’huile est employée à divers usages, appartient à la même famille. Le ricin commun, que l’on appelle Palma-Christi, est un bel arbre de dix mètres de hauteur, dont les feuilles palmées sont d’un très hel effet sur les côtes de Barbarie, d’où il est originaire ; mais, ainsi que nous l’avons dit ailleurs , cultivé en Europe, le ricin n’offre plus qu’une plante herbacée annuelle. Cependant, si on 1 abrite convenablement dans une orangerie quand viennent les grands froids, la tige, au lieu de mourir, durcit, persiste et devient ligneuse, ce qui prouve que la température seule a pu la réduire à la condition de plante herbacée. Mais ce n’est pas la seule singularité que présente le ricin : ses semences sont composées d’une substance blanche, ferme, laiteuse, analogue à celle des amandes; ces semences recèlent une huile abondante, et cette huile peut être un comestible très agréable ou un poison très actif, selon le procédé qu’on emploie pour l’obtenir. Voici l’explication de cette espèce de phénomène : la partie supérieure des graines, le tégument, contient une substance émulsive, oléagineuse et douce; mais la partie intérieure, où se trouve le germe de la plante, contient un suc essentiellement vénéneux qui peut causer les accidents les plus graves.
Si doue on presse cette graine modérément, on obtient une huile délicieuse ; mais si la pression atteint le germe de manière à en exprimer le suc, l’huile qu on en tire n est plus qu un médicament dont on ne peut faire usage qu’avec toutes les précautions usitées pour les substances vénéneuses... Et remarquez, mesdames, que nous disons médicament pour ne pas avoir l’air, nous profanes, de nous jeter un peu trop à corps perdu dans l’opposition à l’endroit de Messieurs de la Faculté, gens fort peu plaisants de leur nature; toutefois nous ne sommes pas de ceux qui pensent que la parole a été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée, et nous pensons qu’il est toujours sage de se défier
de ces gens dont les lèvres sont enduites de miel et qui n'ont que le fiel dans le cœur.
Les cucurbilacées forment la deuxième famille, qui comprend les pastèques,
potirons, concombres et melons famille bien innocente, n’est-ce pas? les
melons surtout-, chair fade trop souvent, il est vrai, aqueuse, débilitante, d'une odeur nauséabonde; mais au demeurant, d une parfaite innocuité.
Telle est l’opinion que nous formulions, il y a quelque temps, dans une réunion de naturalistes où l’on avait admis quelques profanes.
— Monsieur, nous dit un de ces derniers, je respecte votre opinion ; mais je suis heureux de pouvoir le déclarer solennellement, j'exècre les melons.
Gomme cela se passait vingt minutes avant l’heure fixée pour le banquet, ces paroles produisirent une certaine émotion, car c’était au mois de juillet, et l’odeur d’excellents melons, formant une partie des hors-d'œuvre, pénétrant jusque dans la salle de nos conférences, affectait agréablement les nerfs olfactifs de la majeure partie des savants réunis.
— Je vois bien que cela vous surprend, messieurs, reprit l’antimeloniste, eh bien! écoutez : j’avais un frère , c’était une nature d’éliie : il était fort comme Hercule, penseur comme Montaigne et beaucoup plus savant qu'Aristole. C’était en 1824; il venait d'être reçu avocat et de se marier presque simultanément, et il avait établi son domicile à Paris, dans le quartier latin, rue Percée, nu 12. Le 23 août de cette fatale année, il allait se mettre à table avec sa jeune femme, lorsque celle-ci témoigna le désir de manger du melon : — Mais je veux que tu l'achètes toi-mème, dit-elle à sou mari; je n’en ai jamais mangé de bons que ceux que tu m’as apportés.
Mon malheureux frère était superstitieux, comme tous les gens d’un esprit supérieur; 1 année précédente, à pareil jour, une voiture lui avait passé sut le corps, rue Dauphine, et, heureusement guéri , il s’était promis de ne pas sortir de chez lui le jour anniversaire de cet événement ; mais sa jeune femme
insista et fit si bien, qu’il sortit tôle nue, pour aller au bout de la rue A
peine avait-il franchi le seuil de la porte cochère, qu'une masse énorme, lancée d’un cinquième étage, l'atteignit à la tête et le renversa. Quand on le releva, il était mort 1..,.. Et voici la cause de cet affreux malheur : un ouvrier, rentrant chez lui, avait acheté pour quelques sous un melon d’une énorme dimension ; mais arrivé à sa mansarde, et ayant mis le couteau dans le monstrueux cucurbitacé, il s’en était exhalé une odeur infecte; furieux de sa
mésaventure, le malheureux avait lancé le melon par la fenêtre Si le
melon trop mûr n’était pas une horrible chose, je n'aurais pas à déplorer ce malheur, dont tout Paris s'est entretenu pendant vingt-quatre heures, pour n’y plus songer ensuite. Donc, les cucurbitacées sont en général de laides,
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monstrueuses et dégoûtantes choses ; et qu’attendre d’ailleurs de ces tiges si lâchement rampantes, qu'il faut les arrêter violemment pour les obliger à produire quelque chose?...
Viennent au troisième rang les urticées, qui comprennent le houblon, cette plante dont on fait une si détestable liqueur connue sous le nom de bière; le poivrier, plante ardente et généreuse.
Et pourtant c’est un pauvre arbrisseau, délié comme la vigne, comme elle ayant besoin d'appui pour se développer ; s’attachant aux arbres, serpentant le long de leurs branches, et laissant pendre ses fruits en petites grappes pressées. Cet arbrisseau, au feuillage sombre, à l'apparence pauvre, est devenu, sous la main de l’homme, une production de haute importance et l’objet d’un immense commerce; c’est un aromate précieux pour l'art culinaire; il figure sur toutes les tables. C’est un stimulant énergique , bien supérieur au café sous ce rapport; mais il ne fait pas rêver comme le café , et il est de si doux rêves !
Le poivre n’est pas une découverte nouvelle, car Horace parle de cet aromate; mais on ne le trouvait autrefois qu’aux Indes orientales; depuis un siècle seulement il a été importé dans les colonies d’Amérique , en même temps que le muscadier et le giroflier, et, chose étrange! l’auteur de cette importation s’appelait Poyvre, ce qui a fait croire à tort qu’il avait donné son nom à cette substance.
En vérité, c’est quelque chose de honteux que notre ingratitude envers les hommes utiles qui ont rendu le plus de services à notre pays. Ainsi, nous savons les faits et gestes d’Alexandre et de Néron ; Cartouche et Mandrin ont trouvé des historiens, et c'est à peine si nos biographes ont daigné admettre le nom de M. Poyvre dans les longues colonnes de leurs fastidieuses nomenclatures. On peut affirmer pourtant qu'il n’est pas de citoyen dont la vie ait été mieux remplie, et qui ait montré à la fois plus de dévoùment à sa patrie et un désintéressement plusgrand. C’est tout un drame que la vie de cet homme, et les péripéties terribles n’y manquent pas.
Né à Lyon, en 1719, Poyvre, à vingt ans, ayant terminé de longues et fructueuses études, se rendit en Chine, et de là en Cochinchine. Son premier soin, dans ces pays, fut d’en apprendre la langue. Il y parvint en peu de temps, grâce à sa haute intelligence et au zèle qu'il apporta à cette étude. Il s’appliqua ensuite à recueillir une foule d’observations qui devaient être pré cieuses pour son pays ; puis, impatient de doter la France de ses découvertes, il s’embarqua pour y revenir. Le navire qui le ramenait était encore dans la mer des Indes, près du détroit de Banca, lorsqu’il fut attaqué par un bâtiment H. 21
anglais de force supérieure. Le canon gronde, le capitaine français donne des armes à tous les passagers ; Poyvre refuse celles qu'on lui offre.
— Vous ôtes donc un lâche ? s’écria le capitaine indigné.
j’espère prouver le contraire répondit le jeune homme sans s’émouvoir.
Aussitôt il jette son habit, son chapeau, et, muni d’une petite pharmacie portative qui faisait partie de son bagage, il s’élance sur le pont : les balles et les boulets frappent et renversent tout ce qui l’environne, et son calme ne se dément pas; il va, sous le feu le plus terrible, ramasser les blessés; il les panse sous une grêle de mitraille. Bientôt il est couvert de blessures, le saug coule de toutes les parties de son corps.
Le capitaine court à lui :
— Pardon 1 s’écria-t-il en lui serrant la main : vous ôtes le plus brave de tous... mais nous allons tenter l’abordage; descendez, je vous en conjure I
Pour toute réponse, Poyvre s'élance vers un canonnier qui vient de tomber, au même instant un boulet lui emporte un bras. Une heure après il était prisonnier des Anglais.
Conduit à Batavia, puis renvoyé à Pondichéry, Poyvre put enfin s embarquer de nouveau, et il était heureusement arrivé en vue des côtes de France lorsqu'il tomba une seconde fois au pouvoir des Anglais; il ne recouvra sa liberté qu’en 1745.
Au milieu de toutes ces vicissitudes sur mer comme sur terre, manquant de tout et en bulle à tous les périls, Poyvre, animé par le patriotisme le plus pur, n’avait jamais négligé une occasion d’ajouter au trésor de ses connaissances et d’étudier particulièrement tout ce qui se rattachait à l'histoire naturelle et au commerce des colonies. De retour dans sa patrie, il s empressa de communiquer au gouvernement deux projets de la plus haute importance qu'il avait conçus : le premier était d’ouvrir un commerce direct entre la France et la Cochinchiue; le second était d’enrichir les îles de France et de Bourbon des épiceries dont la culture avait été concentrée jusqu'alors dans les Moluques. Un adopta ces projets, et Poyvre fut chargé de les accomplir.
Le premier projet réussit parfaitement ; le second était en voie d'exécution, et déjà le muscadier, le giroflier et le poivrier prospéraient à l'ile de France, lorsque l'homme infatigable auquel on devait ces résultats fut fan prisonnier une troisième fois par les Anglais, qui le retinrent jusqu'à la paix conclue en
De retour à Paris, Poyvre lut nommé intendant des colonies, et le roi lui donna le cordon de Saint-Michel avec des lettres de noblesse. De 1767 à 1773, il administra les îles de France et de Bourbon, et il en repara tous les desastres ■ parmi les hommes qui ont rempli un rôle éminent dans 1 admims-
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tralion, il en est peu qui aient laissé une mémoire plus digne de vénération. En lui les vertus privées étaient la source des vertus publiques : au plus parfait désintéressement il joignait une équité scrupuleuse, une fermeté calme et une persévérance à toute épeuve : les travaux publics, les établissements de charité, d’agriculture; les finances, les expéditions maritimes, l’administration de la justice, tout fut organisé par ses soins, conduit et perfectionné par son zèle. La science devrait lui être reconnaissante de ses efforts pour avancer ses progrès, et l’humanité, de ceux qu’il fit pour adoucir le sort des esclaves.
L’introduction des précieuses cultures de l’Inde dans les îles de France et de Bourbon n’est pas le moindre des bienfaits dont ces îles lui soient redevables. La France en recueille encore les fruits à l’île Bourbon et à la Guyane, où les plantes aromatiques sont autant de conquêtes pacifiques et fécondes qui doivent faire bénir la mémoire de Poyvre.
Revenu en France en 1773, ce grand homme se retira dans une maisonnette qu’il possédait sur les bords de la Saône, et y mourut en 1786, presque entièrement oublié de la génération sur laquelle il avait répandu tant de bienfaits.
Combien de prétendus savants se sont fait des noms retentissants et des fortunes colossales avec dix fois moins de connaissances acquises et de génie que
n’en possédait Poyvre! Le véritable homme de mérite se contente de sa
propre estime ; il a la conscience de ce qu’il est, et cela lui suffit.
Mais nous voici bien loin de la famille des urticées, qui comprend encore les mûriers, qu’on pourrait appeler arbres à soie, et les figuiers, dont le fruit est un des plus répandus sur la surface du globe : on le trouve dans tous les climats chauds, et là il se présente sous la forme d’un arbre élevé. Dans nos climats tempérés ce n’est qu’un arbrisseau touffu ; dans les pays froids, c'est un arbuste de serre chaude.
La culture du figuier est très ancienne; on en cultivait en Italie avant la fondation de Rome, et de temps immémorial on a récolté des figues dans le midi de la France. Parmi les nombreuses variétés de figuier, on remarque le figuier des Indes ; c’est un arbre immense , des branches duquel pendent de longs jets qui s’enfoncent dans la terre, y prennent racine, deviennent des arbres semblables au premier, lancent à leur tour d’autres jets qui ont le même résultat et qui, envahissant le terrain, étouffent tous les végétaux qu’ils rencontrent.
D’une autre espèce appelée figuier du Bengale on obtient, par incision, une gomme élastique très recherchée.
Mais le plus généralement cultivé est le figuier commun; c’est celui auquel on accorde la préférence dans tous les pays méridionaux de l'Europe, il
donne deux récoltes par an, et comme tout le fruit d’une récolte ne mûrit pas simultanément, un seul figuier, s'il est fort, peut donner du fruit pendant toute la saison.
La figue est un fruit fort sain quand il a atteint toute sa maturité. On consomme une grande quantité de figues fraîches; mais la quantité qu’on en fait sécher est bien plus considérable ; il est vrai que c’est le fruit qui, à l’état de conservation, présente le plus de qualités nutritives. La quantité de figues que l'on fait sécher en Provence est immense, et pourtant elle ne suffit pas à la consommation de la France, qui en tire encore de l’Espagne et du royaume de Naples.
Les anciens, qui faisaient d’autant plus de cas de la figue qu’ils ne connaissaient pas tous les excellents fruits que nous possédons aujourd’hui, ont fait des guerres terribles pour conquérir des pays par la seule raison qu’on y trouvait l’olivier, la vigne et le figuier. 11 paraît pourtant qu’alors, comme aujourd’hui, l'opinion générale souffrait d'assez nombreuses exceptions; et que les Grecs n’en faisaient point grand cas, ainsi que le prouve cette anecdote historique : Un riche Athénien se rendit un jour sur la place publique, il y fit rassembler le peuple, puis du haut de la tribune où il s’était placé, il s’écria : « O Athéniens ! j’ai à ma campagne, tout près des murs de la ville, un énorme figuier, où plusieurs citoyens de cette ville se sont pendus. Si donc quelques-uns d’entre vous voulaient suivre cet exemple, je leur donne avis qu’ils aient à se hâter, car dans trois jours le figuier sera coupé et jeté au feu.»
De nos jours, Brillal-Savarin disait qu’il donnerait un melon pour une figue, et une figue pour un melon. Que les gastronomes tirent la conclusion.
La troisième famille de cette classe est celle des amentacées, à laquelle appartiennent les plus beaux arbres de nos forêts, chênes, châtaigniers, charmes, aulnes, peupliers, bouleaux.
Tous les arts sont tributaires des amentacées; ils sont la richesse et la prospérité des États, et l’existence de ceux-ci y est même attachée. Cette observation n’avait pas échappé au ministre Colbert, qui disait souvent que la destruction des bois amènerait la perte de la France.
Le chêne est certainement une des productions les plus belles et les plus utiles de notre globe. S’il y a des arbres plus élevés et plus gros, il n’en est pas un seul qui offre un bois à la fois plus solide et plus facile à tailler; aussi de tout temps a-t-il été l’emblème de la force. On reconnaît ses feuilles dentelées sur les plus anciennes médailles. Il croît lentement, à peine au bout d’un siècle, son tronc a-t-il un mètre de circonférence, et cependant on en voit souvent dont la circonférence est de onze à douze mètres, ce qui suppose onze ou douze cents ans d'existence. De vieilles traditions révèlent que , dans les temps de barbarie , les hommes vivaient du fruit du chêne, qu’on nomme
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gland. Cela ne serait pas impossible, puisque parmi les variétés du chêne il en est dont le fruit est doux ; mais il ne faut pas, sur ce point, prendre à la lettre le rapport des historiens, car les anciens donnaient le nom de gland à tous les fruits des arbres de haute taille. La farine s’appelait le gland du hêtre; la noix, le gland de Jupiter, etc.
Une variété remarquable du chêne est celle dont l'écorce épaisse et spongieuse est connue sous le nom de liège. Tous les neuf ou dix ans , cette écorce se fend, se détache d’elle-même , et elle est remplacée par une autre qui se forme en dessous. Un arbre peut donner ainsi jusqu’à quinze récoltes avant d'être épuisé Le chène-liége croît spontanément dans les parties méridionales de l'Europe ; on en trouve beaucoup dans le midi de la France.
Le châtaignier mérite aussi d’être placé au premier rang des arbres les plus beaux et les plus utiles. Non-seulement son bois est excellent pour la charpente; mais ses fruits forment la principale nourriture des habitants de beaucoup de pays. Dans plusieurs parties de la France, telles que le Limousin, le Périgord, les Cévennes, la Corse, les habitants des campagnes nemangent pps d’autre pain que celui de châtaignes. Il en est de même dans les montagnes des Asturies, en Espagne; dans les Apennins, en Italie, et dans plusieurs cantons de la Sicile. La récolte des châtaignes est presque toujours très abondante, et elle ne manque jamais entièrement.
Sous le rapport de la beauté, le châtaignier ne le cède à aucun autre : son port est majestueux, et il arrive à une grosseur prodigieuse. Tel est celui que les voyageurs vont visiter sur le mont Etna, dont nous avons parlé plus haut, et qui n’a pas moins de quatre mille ans. On en voit un en France, près de Sancerre, dont le tronc a plus de dix mètres de circonférence, et qui est âgé de plus de mille ans; il y a plus de six cents ans qu’on l'appelait déjà le gros châtaignier.
Les aulnes sont aussi d'une utilité générale. Les saules forment une division considérable. L’espèce la plus remarquable est le saule-pleureur, dont les branches, en retombant, font de si belles arcades de verdure.
Parmi les peupliers, qui sont aussi fort nombreux, on distingue le peuplier d’Italie, celui du Canada , celui d’Athènes, et le peuplier baumier, dont on tire une substance odorante connue sous le nom de tacamahaca.
Les bouleaux se trouvent jusque vers le pôle Arctique, où ils sont les derniers vestiges de la végétation ligueuse. Leur sève est, pour les Kamtchakales, une boisson délicieuse. Dans l'Amérique septentrionale, les savants emploient l’écorce du bouleau pour faire des barques et des pirogues. En France, on en fait des sabots et des balais.
Enfin, c’est aussi aux amentacées qu’appartient le cirier, arbrisseau origi-
naire de l’Amérique, dont le fruit contient une assez grande quantité de cire. Il s’est parfaitement naturalisé dans le midi de la France; mais jusqu'à présent il n’a été considéré que comme plante d’agrément, et l’on n’a pas tenté d’en tirer un parti avantageux.
La dernière famille est celle des conifères, ou arbres toujours verts, à la tète de laquelle il faut placer le cèdre majestueux qui élève sa tête dans les nues ; le second rang appartient aux sapins, ces fiers enfants du Nord; le pin se place ensuite, puis les mélèzes, les cyprès, les ifs et l’éphédra, derniers et humbles enfants de cette famille de géants.
Ici finit la tâche du botaniste que nous quittons pour entreprendre celle de l’horticulteur. Après avoir tenté de faire connaître les plantes, nous essaierons de dire comment naissent les plus jolies, l'éducation qui leur convient, les dangers dont il faut les garantir, les défauts dont il importe de les corriger. Nous ferons de l’hygiène, de la pathologie, de la thérapeutique de parterre, et là, au moins, nous ne serons pas forcés d’avoir recours à un langage barbare pour raconter et faire comprendre de douces et gracieuses choses.