‹ Les fleurs animéesChapitre 34 sur 51 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Par ALPH. KaRR.

N’aurez-vous donc jamais, Mesdames, aucune pitié de ces pauvres fleurs, le tribut le plus ordinaire que l’on apporte à vos pieds? — Ne songez-vous jamais qu’on les sépare de leur tige , et qu’on se hâte de vous les livrer pour que vous les voyiez mourir, — pour que vous respiriez leur dernier soupir parfumé?

Celles que je plains le plus ne sont pas encore celles qu’on vous donne en bouquets : celles-là reçoivent du sécateur une mort assez rapide ; — mais que dirai-je de ces pauvres malheureuses qu’on vous offre en pots ou en caisses, avec un peu de terre aux pieds, et dont l’agonie est si longue et si douloureuse. — Avez-vous donc quelque cruel plaisir à les voir souffrir ainsi ? — Les poètes dont les vers s’enroulent autour des mirlitons ou se plient en quatre dans les diablotins, à force de vous dire qu’elles sont vos rivales, vous ont-ils inspiré contre elles de mauvais sentiments?

Elles, vos rivales! elles qui ne font qu’ajouter à votre beauté ,

— elles qui, en foule, viennent mourir chaque jour dans vos cheveux et sur votre sein , ou, mort plus cruelle ! oubliées sur le marbre d’une console. — ou sur le velours d’une banquette

— au bal ou au théâtre !

Non , il est impossible que vous n’aimiez pas les fleurs, impossible que vous n’ayez pas quelquefois le désir de soulager celles qui jaunissent, se fanent et meurent dans vos jardinières;

— mais pour cela, il faut apprendre un peu, — car l’eau qui sauvera d’une en humectant son pied , sera mortelle pour l’autre et la noiera; — celle-ci aime l’air et celle-là, la chaleur. — Le tussilage, l’héliotrope d’hiver, meurt de ce qui fait fleurir le camellia , — de la chaleur de vos appartements.

Ne s’attacherait-il pas quelque chose qui tiendrait de l’amitié à la plante qui fleurirait chez vous pour la seconde fois? — à celle qui vous devrait ses éclatantes çouleurs et ses suaves parfums? — On aime ceux à qui on fait du bien. Les moralistes ont dit cent sottises en exigeant du dévoûment de l’obligé,

— c’est le bienfaiteur qui a tout le bonheur du bienfait , c’est lui qui doit et qui a la reconnaissance. — S’il l’attend , c’est un fou; s’il l’exige, c’est un usurier.

Cette fleur que j’ai soignée, cette plante qui se penchait faible et languissante , à laquelle j’ai rendu la vie et la santé , — ce n’est plus une plante et une fleur, c’est ma fleur et ma plante à moi.

L’ombre est plus douce sous ces arbres que j’ai plantés moi-

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