MULTIPLICATION PAR GRAINES
Ce moyen de reproduction est le plus naturel; mais il est aussi le plus lent. C’est par semis qu’on obtient des variétés de la même espèce; les sujets obtenus de cette manière s’acclimatent mieux au lieu qu on leur assigne , ils sont plus vigoureux que ceux résultant des autres procédés; ils vivent de leur vie propre, tandis que la vie des plantes obtenues de toute autre manière est en quelque sorte entée sur celle d’autres sujets. Mais il est fort difficile de se pro curer de bonnes graines, même chez les marchands les plus renommés. Le plus sûr est de les récolter soi-même et de les étiqueter soigneusement , afin de ne pas éprouver de ces déceptions d’autant plus fâcheuses que le mal est sans remède. En voici un exemple entre mille.
Madame la baronne de X..., charmante personne, accoutumée à voir tous les obstacles disparaître devant sa volonté, s’était tout à coup senti une vive passion pour l’horticulture. C’était au commencement du printemps, et devant les appartements de la baronne s’étendait une belle terrasse. Des caisses-parterre sont construites sous les yeux de la noble et belle jardinière ; elle-même les garnit de terre parfaitement choisie; puis elle fait acheter des graines, et la voilà manœuvrant la houlette et le plantoir, et semant serré, sauf à élaguer ensuite. Les graines lèvent à merveille; la baronne est enchantée; cestavec la tendresse d’une mère qu’elle veille sur ces pauvres petites plantes dont elle attend de si belles fleurs. « Toutes mes bordures , disait-elle, sont en pie s d’alouette doubles et variés; au centre l’hortensia , la digitale, les pivoines, etc... Ce sera charmant... et tout cela me devra la vie! »
Elle trouvait que les jours passaient trop lentement; mats elle se disait que
CULTURE DES FLEURS
tout arrive à point à qui sait attendre, et elle s'efforcait de faire taire son impatience. Les plantes grandissaient; les caisses semblaient couvertes d’un tapis de verdure ; mais les premiers jours de juin arrivèrent et les fleurs ne paraissaient pas. Madame X... reçut à cette époque la visite d’un savant horticulteur; elle voulut avoir alors son avis sur ses plantations, savoir la cause du retard de la floraison , et elle le conduit sur sa terfasse. Au premier aspect, 1 horticulteur ne peut retenir un éclat de rire.
— Pardon, belle dame, dit-il ensuite; mais, pour Dieu, qu’avez-vous semé là?
Du pied d’alouette qui doit être superbe , des pivoines, de...
— En ce cas, il faut que quelque sorcier ait passé par là, car vos bordures sont de très belles carottes ; je vois au centre des radis-noirs d’une végétation très satisfaisante, des ognons de cuisine de la plus belle espèce, et...
— Mauvais plaisant !
Pour toute répliqué, le savant se baissa et arracha de petites carottes très onnes a mettre en ragoût; de petits ognons propres au même usage, et quelques radis d’une assez belle venue. Le désappointement de la jolie baronne lut tel, qu elle renonça à l’horticulture et fit sur-le-champ enlever les caisses.
Le temps le plus convenable pour semer est le printemps : les graines nouvelles donnent en général des sujets plus robustes, plussains, d’une végétation plus vigoureuse que les vieilles ; mais les fleurs de ces derniers ont plus d’éclat etl on en obtient plus facilement des variétés, pourvu toutefois quelles aient été conservées avec soin à l’abri de l’humidité.
Les graines fines se mêlent avec du sable fin, ce qui aide à les semer également , on frotte dans ce sable les graines qui sont garnies de poils et d’aigrettes La terre étant bien préparée, nettoyée et ameublie, on sème les graines fines a la suiface, puis on appuie dessus avec la main, le pied ou une planche; ensuite on arrose légèrement et on recouvre d’une petite couche de terreau Les graines grosses, comme les pois, les haricots d’Espagne , etc. , se plantent par une, deux ou trois, dans des trous faits avec le plantoir à quatre ou cinq centimètres de profondeur; on arrose, puis on remplit le trou de terre mêlée de terreau. Les semis en terrines et en pots ont cet avantage qu’on peut les arroser en dessous en plongeant dans l’eau le vase jusqu’au tiers de sa hauteur; le fond du vase étant percé, l’eau monte doucement dans la terre et active singulieiement la végétation. Soit que l’on sème pour rester en place ou pour relever le plan et le repiquer, les soins à donner sont les mêmes.
Les grosses graines germant plus lentement que les petites, on peut en hâter la germination en les faisant tremper dans l'eau pendant vingt-quatre heures avant de les mettre en terre. S’il s’agit d’un semis de noyaux" il faut Ls faire
soient près de la surface de la^terre; si elles étaient enfoncées, il faudrait en mettre à nu quelques parties sur lesquelles les rejetons ne tarderaient pas à paraître.