RETOUR DE CHASSE
Les tueurs de bisons ont terminé leur chasse.
Après avoir posté, de peur du loup vorace,
Des gardiens qui devront protéger les blessés Et veiller sur les grands animaux terrassés,
Les Métis ont repris le chemin de la tente,
Où les femmes, tremblant des émois de l’attente,
Ont préparé pour eux un copieux repas.
Bien qu’ils soient harassés, que leurs chevaux soient las,. Ils vont à toute bride et dévorent la plaine.
Déjà les feux du camp, avivés par l’haleine De la brise du soir, qui commence à souffler,
A leurs regards chercheurs viennent d’étinceler A travers de grands foins ondoyants qui bruissent. Déjà des garçonnets au-devant d’eux bondissent,
Légers comme des faons qui prennent leurs ébats —
A LA (( BRUNANTE
Agitant leurs bonnets, poussant de longs hourras, Auxquels, comme un écho, répond, de proche en proche, En des cris délirants, la bande qui s’approche;
Et bientôt, débouchant du noir fourré d’un val,
Les habiles tireurs descendent de cheval,
Longuement salués de clameurs éclatantes.
Par les femmes servis à la porte des tentes,
Les hommes, affamés, mangent à belles dents,
Sous l’aveuglant éclat de grands brasiers ardents Tout a 1 heure allumes pour chasser les moustiques. Ils sont joyeux, ils sont verbeux, taquins, caustiques, A tout instant changeant de pose et de propos.
Et supputant déjà la somme que les peaux Leur devront rapporter au comptoir de la traite.
Le repas terminé, les fiers chasseurs, en fête,
Auprès d’un feu nouveau cuisant de nouveaux mets, A la mode des Cris, fument leurs calumets,
Et ne tarissent pas sur la course acharnée Dont le succès marqua la fin de la journée- Et de hardis marksmen exaltent leurs exploits.
Par moment les Métis parlent tous à la fois.
Chaque enfant les écoute et les fixe, en extase, Chaque femme, éjouie, en verve, jase, jase.
Brûlante du désir de voir lever le camp,