‹ Les fleurs de givreChapitre 27 sur 51 · AUTEUR DE LA « LÉGENDE DU MONT SAINT-MICHEL · texte numérisé non relu

AUTEUR DE LA « LÉGENDE DU MONT SAINT-MICHEL

Le ciel de la Neustrie, ami, te fit poète,

Et, sur ton luth brûlant du feu des anciens jours, Tu chantas Jeanne d’Arc, Rollon, Guillaume, Arlette, Le fabuleux Mont-Tombe et les Dix Vieilles Tours.

Et des clameurs d’assauts, des appels au secours,

S’unissent dans ton œuvre à des airs de musette .

Tout le passé normand, radieux, se reflète

Sur tes clairs feuillets d’or faits pour durer toujours.

INTIMA VERBA

Le souffle qui courait dans les vers de Corneille,. Animant tes refrains, enivre notre oreille,

Exalte notre cœur, rafraîchit notre front.

Sur toi le Verbe ouvrit son aile toute grande. Et les alexandrins sonnent dans ta Légende Comme 1 acier du glaive et l'airain du clairon.

JVEVETiMOTi'E

N evermore !... Ce mot, que Verlaine a tracé Au fronton d’un poème amoureux, plein de charmes. Où sa muse plaintive évoquait le passé,

Ce mot exotique est comme mouillé de larmes,

Nevermore\... Jamais plus je n’irai bondir, Enfant échevelé, dans le pré qui verdoie; Jamais plus je n’irai jouer et m’ébaudir Avec des compagnons électrisés de joie.

Jamais plus, au bosquet désert, je n’essaîrai D’imiter Robinson Crusoé dans son île; Jamais plus, jamais plus, je ne me sentirai Embraser par le feu d’un rêve juvénile.

INTIMA VERBA

Jamais plus, jamais plus je n’entendrai la voix De quelque jeune fille à la marche indécise, Tremblante, ouvrant son cœur pour la première fois, Me soupirer des mots que l’âme divinise.

Adieu l’enfance ! adieu le clair matin des jours !

Adieu l’enchantement de la jeunesse folle !

Plus de jeux ! plus de bruits ! plus de chants ! plus d’amours Pour moi toutes les fleurs ont fermé leur corolle.

Pour moi l’ardent midi de la vie a passé,

Et, pâle, à l’horizon déjà le soleil baisse.

Pour moi l’astre des saints espoirs s’est éclipsé Comme un phare devant le pilote en détresse.

Bientôt la nuit sans fin s’étendra sur mon front.

Et moi, que la vie a secoué sur sa houle,

Je voudrais, quand mes yeux mourants se fermeront, M’en aller dormir seul, loin des flots de la foule.

Je voudrais, près des bois, le plus obscur tombeau,

A 1 ombre d un vieux chene ou d’un vieux sycomore. Ce rêve aussi devra s’éteindre, et nul flambeau Ne le rallumera jamais plus. Nevermore !

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