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RETOUR DE PÈCHE

A Henri d'Arles.

Regardez, tout là-bas !... On voit — blanches mouettes Se profilant au bord de l’horizon mouvant — Lentement émerger douze voiles coquettes Sous l’haleine légère et folâtre du vent.

Les fiers Gaspésiens reviennent de la pêche Qui les a tout le jour retenus loin du bord.

Le ciel est clair, Fonde est calme, la brise est fraîche, Le cormoran se tait, et la plage s’endort.

Dans le bleu sidéral une étoile s’allume.

La douce nuit de mai descend sur les grands flots. Pas un vol d’alcyon n’effleure l’eau qui fume,

Pas un frisson des nids ne court sous les bouleaux.

MARINES

Mais tout à coup les sons d’une cloche lointaine S’élancent vers le ciel serein comme l’espoir;

Et le souffle du large indolemment promène Les suaves échos de l’angélus du soir.

Cet hymne de l’airain monte jusqu’à la nue Qu’illumine le feu des phares de l’éther.

Et les rudes pêcheurs courbent leur tête nue Pour saluer aussi l’Étoile de la Mer.

Avant qu’ils aient touché la plage où jase et chante La vague harmonieuse aspergeant les cailloux,

Des femmes, la gaîté dans leur prunelle ardente, Accourent du village au devant des époux.

Sautant dans les bateaux amarrés à la barre, Chacune aide son homme à porter sur le pier Ses dix drafts de morue — une pêche assez rare — Qu’attend, pour les peser, le rigide overseer.

Puis, le poisson vendu, les dollars dans leurs poches. Satisfaits, ces vaillants suivent maint sentier vert Pour rentrer au logis, où, traînant leurs galoches,

Les vieilles sont en train de mettre le couvert.

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