‹ Les fleurs de la poésie canadienne. 2. éd., augmentée et précédée d'une préfChapitre 19 sur 73 · L'ALOUETTE · texte numérisé non relu

L'ALOUETTE

Voici le jour ; n'entends-tu pas le chant de l'alouette qui s'élève sur la rive ?

Shakespeake.

tLOUEÏTE Gentillette, ■:s^^ Ta voix jette Chaque matin un chant si radieux, Si sonore.

Que l'aurore Doute encore 8'il nait sur terre ou s'il descend des cieux.

Dans le bois solitaire, D'un chant mélodieux Le rossignol, ton frère, Jette les sons joyeux.

Toi sur la rive humide Où s'arrêtent les flots.

Ta voix douce et rapide Vient consoler nos maux.

C'est pour toi que l'aurore Vient dissiper la nuit ; Pour toi le soleil dore Chaque fleur, chaque fruit ; C'est pour toi que la rose, Ouvrant ses yeux pourprés.

Répand, à peine éclose, Ses parfums dans les prés.

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Car ta voix matinale, Saluant le soleil Et la fleur virginale A son premier réveil, Répand dans la nature Tous ses brillants accords, Et se mêle au murmure Des vagues sur nos bords.

Quand la nuit de son voile Assombrit l'horizon, A la première étoile Tu redis ta chanson ; Ainsi, douce alouette, Ta voix chante toujours, Et la mort seule arrête « Tes chants et tes amours.

Au matin de nos jours, quand l'avenir en fleurs Etale devant nous ses riantes couleurs,

Nous trouvons dans notre âme, Pour saluer la vie, un chant pur et joyeux, Car le bonheur alors brille devant nos yeux

Comme un rayon de flamme.

Mais, comme l'alouette, à l'approche du soir, Brisés par la douleur, trompés dans leur espoir,

Nos cœurs pleins de tristesse Ne trouvent plus, hélas ! leurs accents du matin, Car ils ont vu se perdre aux ronces du chemin Les chants et les vertus qui charmaient leur jeunesse.

Mgr LAVAL, PREMIER ÉVÊQUE DE QUÉBEC '

Canada, plus beau qu'un rayon de l'aurore, Te souvient-il clés jours où, tout couvert encore Du manteau verdoyant de tes vieilles forêts, Tu gardais pour toi seul ton Heuve gigantesque, Tes lacs plus grands que ceux du poème dantesque, Et tes monts dont le ciel couronne les sommets ?

Te souvient-il des joui's où l'écho des montagnes

Chantait, comme un clairon, au milieu des campagnes

L'hymne de l'Iroquois scalpant ses ennemis ?

Où tes vieux héros morts, assemblés sur les grèves,

Venaient, pendant la nuit, illuminer les rêves

De tes sombres guerriers sur la rive endormis ?

Te souvient-il des jours où, passant dans l'orage,

Les dieux de tes forêts, portés sur un nuage.

De leurs longs cris de guerre enivrant tes enfants,

Leur montraient dans la mort une vie immortelle,

Où leur âme suivrait une chasse éternelle

D'énormes caribous et d'orignaux géants ? o(iv

Un jour, troublant le cours de tes ondes limpides, Des hommes étrangers, sur leurs vaisseaux rapides, Vinrent poser leur tente au pied de tes grands bois. Ils pliaient les genoux en touchant ton rivage ; Puis, au Maître du ciel adressant leur hommage. Plantaient un drapeau blanc à côté d'une croix.

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Et prenant ce drapeau, ces hommes au teint pâle Portèrent les rayons de sa couleur d'opale Jusqu'aux bords sablonneux du vieux Meschacébé ; Et devant cette croix qui brillait dans tes ombres, Tu vis tes dieux vaincus pleurer sur les décombres Amoncelés autour de leur autel tombé !

Pourquoi donc tous ces cris de bonheur et de fête ? Tes guerriers, apportant les fruits de la conquête, Rentrent-ils dans tes murs, jeune Stadacona ? L'Iroquois, terrassé par la valeur huronne, A-t-il laissé tomber la terrible couronne Qu'au sein de la bataille Areskoui lui donna i

L'Iroquois n'a pas vu de sa main affaiblie Tomber le tomahawk ; dans son âme remplie Des farouches instincts légués par ses aïeux, La peur n'a pas encor pu trouver une place. De l'étendard français il brave la menace Et garde fièrement et sa gloire et ses dieux.

Ce n'est pas un héros illustre dans l'histoire

Qui vient, tout rayonnant des feux de la victoire,

Déposer à Québec son glaive triomphant ;

Celui vers qui s'élève, en ce jour d'allégresse.

Ce concert solennel de joie et de tendresse,

Est un homme encor jeune, au regard bienveillant.

Le signe rédempteur qui brille à sa poitrine

Annonce à tous les yeux sa mission divine.

Il s'en vient commander les combats du Seigneur

Dans les vastes forêts où domine la France ;

Et sans craindre jamais l'obstacle ou la souffrance,

Il s'avance où l'appelle une pieuse ardeur.

De cet amour divin qui dévore son âme Partout il fait briller la bienfaisante flamme ; Sa sainte voix, troublant le silence éternel Des grands bois canadiens, fait surgir dans les nues Ces clochers rayonnants dont les flèches aiguës Au sauvage étonné montrent du doigt le ciel.

Affrontant les dangers des vagues mugissantes, On le voit ranimer les églises naissantes Qui s'élèvent au bord du Saguenay lointain ; Comme un soleil ardent répandant sa lumière. En passant il console et la pauvre chaumière Et le grand chef huron pleurant sur son destin.

Quand Mésy, d'Avaugour, abusant de leur force,

Osent donner appui, sous la hutte d'écorce.

Au trafic infamant de la liqueur de feu,

Intrépide gardien de la morale austère,

Il sait faire gronder, sans craindre leur colère,

Sur leurs coupables fronts les foudres de son Dieu.

Des bords gaspésiens au lac des Deux-Montagnes, Quand il a fait briller ces trois saintes compagnes.

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La douce Charité, l'Espérance et la Foi, Comme un vainqueur chargé des dépouilles opimes, Il montre cent tribus, ô conquêtes sublimes ! Qui des leçons du Christ reconnaissent la loi.

Mais bientôt s'arrêtant au milieu de sa course. Des saints enseignements il vient ouvrir la source, Et fonde la maison, ce foyer immortel, Qui verse encor sur nous ses torrents de lumière ; Où, des saintes vertus suivant la règle austère, On apprend à servir la patrie et l'autel.

Deux siècles sont passés sur cet illustre asile, Deux siècles sont passés, et toujours immobile Comme un roc au milieu des vagues en fureur, Il a vu s'élever, grandissant sous son ombre. Ces temples du vrai Dieu, ces collèges sans nombre Qui sont de la patrie et la force et l'honneur.

Mais déjà ce héros voit sa force tarie Dans les nombreux combats où s'épuise sa vie. Donnant à Saint- Vallier son glorieux fardeau, Il s'en va reposer les jours de sa vieillesse Dans ce paisible asile objet de sa tendresse. Où son cœur se prépare à la paix du tombeau.

Et quand la mort parut au sein de sa retraite. Elle n'eut qu'à cueillir cette fleur toute prête Pour les jardins bénis du séjour éternel. Et sur les bords heureux où son nom brille encore. Les chênes attristés, dans la forêt sonore, Chantèrent ses vertus aux archanges du ciel.

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