‹ Les fleurs de la poésie canadienne. 2. éd., augmentée et précédée d'une préfChapitre 28 sur 73 · LE RETOUR · texte numérisé non relu

LE RETOUR

,^K|TRAVERS les rameaux d'une forêt épaisse )l|f|( Le vent faisait entendre un lonff gémissement : ^^ La neige, en tourbillons, roulait, roulait sans Et les ombres du soir montaient au firmament, [cesse,

Au bord de la forêt était une chaumière Au toit garni d'écorce, obscure et triste à voir ; Le jour, ([uatre carreaux lui donnaient la lumière Et la lueur du poêle était sa lampe au soir.

Une femme, encor jeune et portant comme un voile Sur son front incliné les traces du chagrin, Etait assise seule à la porte du poêle. Et filait sa quenouille en chantant un refrain.

Auprès d'elle un enfant, sur un grabat de mousse, Doucement s'endormait en priant le bon Dieu. Ernest avait dix ans : sa parole était douce ; Il était le meilleur des enfants de ce lieu.

Et puis, de temps en temps, la solitaire femme Regardait une croix pendant aux murs noircis : Alors un long soupir s'échappait de son âme. Et sur sa main tombait son front plein de soucis.

De temps en temps encor sa paupière baissée Laissait couler des pleurs qui semblaient superflus. Elle n'espérait point. D'une voix oppressée Elle disait : O ciel ! il ne reviendra plus !

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Et comme elle chantait, unissant son cantique A ce gémissement du vent impétueux, Un homme vint frapper à sa porte rustique. Il entra s'appuyant sur un bâton noueux.

Elle trembla de peur ainsi qu'une colombe Tremble, au fond de son nid, à l'aspect du vautour. " Femme, dit l'étranger, de fatigue je tombe : Puis-je ici de l'aurore attendre le retour ? "

Elle lui répondit : " Le Seigneur me préserve

" De rester insensible à la voix du malheur !

" Asseyez-vous, monsieur, et que Dieu vous conserve !

" Qu'il vous donne la paix et calme ma douleur ! "

L'étranger vint s'asseoir près du feu sans attendre. De sa robuste épaule un manteau noir pendait ; Son œil, couleur du ciel, était brillant et tendre ; Sa barbe en ondoyant sur son sein descendait.

" Femme, votre douleur est-elle sans remède ? " Votre cœur abattu ne peut-il espérer ? " Au temps, vous le savez, toute amertume cède ; " S'il n'emporte la peine, il sait la tempérer.

— " Hélas ! reprit la femme essuyant une larme, " J'ai connu le bonheur et j'ai béni mon sort ; " Mais pour moi,maintenant,lejourn'aplus de charme ; " Je n'aime plus la vie et pourtant crains la mort !

" Par mon travail constant j'éloigne la misère ; " Et mon petit Ernest est si beau, si vermeil ! [mère " Pauvre ange, il ne sait pas tous les pleurs que sa " Verse pendant qu'il dort d'an paisible sommeil !

" Le cher petit n'a point souvenir de son père, " Car il ne laissait pas encore mes genoux •' Quand cet homme adoré, sur la rive étrangère, " Pour recueillir de l'or, s'en alla loin de nous.

" Quel besoin avions-nous de ces richesses vaines ? " Nous nous aimions tous deux et c'était le bonheur. '■' Souvent la pauvreté voit des heures sereines, " Et l'or ne guérit point les blessures du cœur !

'■ Ah ! si je le voyais avant que de descendre " Dans le sombre tombeau que m'ouvrent les ennuis ! " Je prie en vain le ciel, il ne veut pas m'en tendre, " Et les joursont pourmoi plus d'ombres queles nuits ! "

Elle disait ainsi les chagrins de sa vie. Et des larmes tombaient des yeux de l'inconnu ; Il se jette soudain dans ses bras et s'écrie : " Femme, console-toi, ton époux est venu ! "

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