‹ Les fleurs de la poésie canadienne. 2. éd., augmentée et précédée d'une préfChapitre 31 sur 73 · LE RETOUR AUX CHAMPS · texte numérisé non relu

LE RETOUR AUX CHAMPS

fiNFiN, j'ai secoué la poussière des villes ; J'habite les champs parfumés.

^ l Je me sens vivre ici, dans ces vallons tranquilles,

Sur ces bords que j'ai tant aimés.

L'ennui me consumait dans tes vieilles murailles,

O fière cité de Champlain !

Je ne suis pas, vois-tu, l'enfant de tes entrailles,

Et ton cœur me semble d'airain.

Je suis né dans les champs ; je suis fils de la brise

Qui passe en caressant les fleurs ; Je suis fils du torrent qui mugit et se brise

Sur le roc avec des clameurs !

Je suis né du désert, du désert sans limite

Où régnent le calme et l'effroi ; Je suis né des forêts que la tempête agite,

Des cimes dont l'aigle est le roi !

Mes premières amours, douces fieurs des vallées,

N'ont-elles pas été pour vous, Pour vous, rocs au front nu, forêts échevelées,

Vag-ues des fleuves en courroux ?

Pour vous, charmants oiseaux qui semez, à l'aurore,

Les doux accords de votre voix, Comme des diamants qu'égrène un vent sonore,

Après l'orage, sous les bois ?

Je souffrais dans ces murs où s'entasse la foule.

Où riierbe ne reverdit pas, Où la fleur ne naît point, où la poussière roule

Comme un flot sale sous nos pas !

J'avais bien assez vu comme le fort repousse

Le faible à son boulet rivé.

Comme de son orgueil la sottise éclabousse

L'esprit qui traîne le pavé !

Nul vent harmonieux ne passait sur ma lyre, Et mes chants étaient suspendus.

Je ne retrouvais plus le souffle qui m'inspire. Et je pleurais les jours perdus !

Il me fallait de l'air, le parfum des prairies Où fleurissent les blancs muguets ;

Il me fallait l'espace et ces courses chéries Le long des onduleux guérets !

Il me fallait le calme, alors que chaque étoile Sourit comme un regard de Dieu,

Calme que rien ne rompt, si ce n'est une voile Qui retombe sur le flot bleu !

Il me fallait revoir, au milieu de la plaine

Ou sur le penchant du coteau, Le laboureur qui rêve à la moisson prochaine

En ouvrant le sillon nouveau !

Il me fallait l'odeur du foin qui se dessèche

Sur le champ où passe la faux.

L'odeur du trèfle mûr que flairent dans la crèche,

En hennissant, les fiers chevaux !

Il me fallait encore entendre l'harmonie Du nid que berce le rameau ;

Il me fallait entendre encor la voix bénie Du vieux clocher de mon hameau !

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