JACQUES CARTIER
/M W ARfN, i^friinde est ton œuvre et sans tache est
^^^^'^^ Aussi l'ëcho puissant d'un siècle qui finit Aux descendants des preux rappelle ta mémoire Et, fils d'un grand passé, le présent te bénit.
Pourtant nul marbre ici ne redit ton histoire ; Mon regard cherche en vain ton nom sur le granit. Rien ne reste de toi sui- ce haut promontoire Où par surprise, un jour, l'aigle anglais fit son nid !
Console-toi 1 le temps de sa puissante griffe Attaquant sans remords le marbre pur, y biffe Les grands noms qu'y grava le ciseau du sculpteur.
Mais dans nos cœurs tu peux des ans braver l'outrage. Jusqu'aux bornes du temps, sans souci du naufrage, Laisse voguer ta nef, ô grand navigateur !
FRANCOPHOBIE
^^Mis, entendez-vous ? Ainsi qu'une marée fl^l Mugissant sous l'effort de ses flots révoltés, Sur nous se précipite une race exécrée. . . — Mais ces gens-là sont effrontés !
Ils entament déjà notre plus cher domaine, Ils avancent par bande ainsi que font les loups, Sous les yeux vigilants de la louve romaine . . . — Mais ces gens-là sont des filous !
Prescott, Russell, Essex râlent sous leur contrôle;"" Carleton et Renfrew^ sont envahis par eux : Encore une poussée et l'on nous jette au pôle. . . — Mais ces gens-là sont dangereux !
Comme une tache d'huile on les voit se répandre Des bords de l'Acadie aux champs américains. Et ce qu'on leur refuse ils savent bien le prendre . . . — Mais ces gens-là sont des coquins !
Voyez ces porteurs d'eau ne rêvant que conquêtes Nous dire sans façon : Messieurs, déguerpissez ! Ils nous faut vos prés verts et vos villes coquettes . . . — Mais ces gens-là sont bien pressés !
Dévorés du souci d'être propriétaires, Ces vils envahisseurs viennent en tapinois Avec de beaux écus nous enlever nos terres • . . — Mais ces gens-là sont des sournois !
Défendant un par un tous les droits qu'on leur nie. Par des œuvres de paix répondant aux affronts. Quand nous soufflons la guerre, ils prêchent l'harmo-
[nie. . . — Mais ces gens-là sont des poltrons !
Qu'on leur jette l'insulte, et que pour les confondre On kïs traite de gueux, de Chinois, d'étrangers, Il vont droit leur chemin sans même nous ré-
[pondre . . .
— Mais ces gens-là sont enragés !
Grâce à l'inique appui de nos lois arbitraires. Ils se disent amis et se font dictateurs ; Pour mieux nous dominer ils nous nomment leurs
[frères . . .
— Mais ces gens-là sont des menteurs !
Et pour vous démontrer jusqu'où va leur audace. En face des vainqueurs ils font les conquérants. Et se croient tous issus d'une héroïque race . . . — Mais ces gens-là sont ignorants !
Ils ont des écrivains qui se mêlent d'écrire ; Non contents de la prose, ils font même des vers ! En sauteux ? en français ? Je ne saurais vous dire . . . — Mais ils ont donc tous les travers!
Ils ont des orateurs puissants qui ne le cèdent A. nul de nos meilleurs, et même, les rusés ! Notre langue et la leur également possèdent . . . — Mais ces gens-là sont bien osés !
Sous la verge de Rome et sous le fouet jésuite Se courbent tous les fronts, rampent tous les partis ! Pas un seul n'a pleuré la liberté détruite. . . — Mais ces gens-là sont abrutis !
ADOI.PHE POISSON 225
Tout en se proclamant bons sujets de la Reine, Ils nous pressent partout, nous disputent nos droits. Au lieu de nous céder la palme dans l'arène. . , — Mais ces gens-là sont maladroits !
Ils veulent comme nous leur part de patronage ; Etre dans la milice un peu plus que sergents, Et partager aussi la poire et le fromage . . . — Mais ces gens-là sont exigeants !
Ils vont plus loin ! Ils nous volent, les misérables ! Jusqu'à nos plumpuddings et nos roastbeefs fumants ! Profanant sans remords ces mets si vénérables. . . — Mais ces gens-là sont des gourmands !
Ils sont prétentieux ; même je les soupçonne, Les naïfs ! de se ci'oire en tous points nos égaux. Nous qui représentons la race anglo-saxonne ! . . . — Mais ces gens-là sont des nigauds !
De robustes enfants leurs chaumières sont pleines, Ils essaiment partout, passent fleuves et monts ; Ils abattent nos bois, ils labourent nos plaines . . , — Mais ces gens-là sont des démons !
Vnndales d'Amérique, excités parleurs prêtres, Sûrs des nouvelles lois et forts des vieux édits, Ils s'emparent du sol pour devenir nos maîtres. . . — Mais ces gens-là sont des V)andits !
Le croii"ez-vous ? j'ai vu douze enfants par chaumière ! Même, au lieu d'en rougir, ils en sont triomphants ! D'(^xcès si monstrueux la race est coutumière. . . — Mais ces gens-là ont trop d'enfants !
Ils parlent une langue inconnue et barbare, Trop vulgaire et trop rude aux gosiers écossais ; Voilà pourquoi chez nous la parler est si rare . . . — Mais ces gens-là sont des Français !
S'ils n'étaient que Français ! mais ils sont catholiques ! Ils entendent la messe et disent l'oraison, Au lieu de s'inspirer de nos œuvres bibliques . , . — Mais ils ont perdu la raison !
Pour comble de scandale, ils vénèrent leurs prêtres. Ils s'attachent au sol oii sont couchés leurs morts ; Loyaux à la couronne, ils ignorent les traîtres . . . — Ces Canadiens ont tous les torts !